UV. III, CHAP. XLV
Soyez di8cret, me dit quelqu'un, soyez dis^ cret; ce que je vous dis n'est que pour vous. Et pendant que je me tais, et que je crois la chose secrète, il ne peut lui-même garder le silence qu'il m'a demandé; mais, dans l'instant, il me tcahk, se trahit lui-même et s'en va.
Éloignez de moi, Seigneur, ces confidences trompeuses; ne permettez pas que je tombe entre les mains de ces hommes indiscrets, ou que je leur ressemble.
Mettez dans ma bouche des paroles invariables et vraies ; et que ma langue soit étrangère à tout artifice.
Ce que je ne peux souffrir en autrui, je dois m'en préserver avec soin.
5. Oh! qu'il est bon, qu'il est nécessaire pour la paix, de se taire sur les autres, de ne pas tout croire indifféremment, ni tout redire sans réflexion, de se découvrir à peu de personnes, de vous chercher toujours pour témoin de son cœur, de ne se pas laisser emporter à tout vent de paroles; mais de désirer que tout en nous et hors de nous s'accomplisse selon qu'il plaît à votre volonté !
Que c'est encore un sûr moyen pour confier-
336 l'imitation de jésus-christ.
ver la grâce céleste, de fuir ce qui a de Féclat aux yeux des hommes, de ne point rechercher ce qui semble attirer leur admiration; mais de travailler ardemment à acquérir ce qui prodoit la ferveur et corrige la vie !
A combien d'hommes a été funeste une verta connue et louée trop tpt!
Que de fruits, au contraire, d'autres ont tirés d'une grâce conservée en silence durant cette vie fragile , qui n'est qu'une tentation et une guerre continuelle !
RÉFLEXION
Le siècle offre de toutes parts des hommes que Fâge a détrompés de ses faux plaisirs, de ses fausses amitiés, de ses inconstances, de ses discours frivoles, de ses espérances mensongères. Fatigués de tant d'afflictions et de vanités, ils s'éloignent avec dégoût et confusion d'un monde qui les a trop longtemps abusés, tandis qu'une jeunesse imprudente s'y précipite, indocile à leurs avis, et fermant les yeux aux pièges qu'on lui tend de tous côtés. Ainsi se succèdent et s'écoulent les générations entre Terreur et le repentir. Heureux alors le vieillard qui consacre humblement au Dieu des miséricordes les