CHAPITRE LU
Que rhomme ne doit pas se juger digne des consolations de
Dieu, mais plutôt de châtiment.
I. I.e F. Seigneur, je ne mérite point que vous me consoliez et que vous me visitiez; ainsi vous en usez avec moi justement, lorsque vous me laissez pauvre et désolé.
Quand je répandrois des larmes aussi abondantes que les eaux de la mer, je ne serois pas encore digne de vos consolations.
Rien ne m*est dû , que la verge et le châtiment : car je vous ai souvent et grièvement offensé, et tnes péchés sont sans nombre.
Après donc un strict examen, je me reconnois indigne de la moindre consolation.
Mais vous, ô Dieu tendre et clément, qui ne
voulez pas que vos ouvrages périssent, pour
faire éclater les richesses de votre bonté en des
vases de miséricorde * , vous daignez consoler
' Hom. IX, 26.
372 l'imitation de Jésus-christ.
votre serviteur au-delà de ce qu'il mérite, et d'une manière toute divine.
Car vos consolations ne sont point comme les vaines paroles des hommes.
2. Qu'ai-je fait, Seigneur, pour que vous me donniez quelque part aux consolations du ciel?
Je n'ai point de souvenir d'avoir fait aucun bien; toujours, au contraire, je fus enclin au vice et lent à me corriger.
Il est vrai, et je ne puis le nier. Si je parlois autrement, vous vous élèveriez contre moi, et personne ne me défendroit.
Qu'ai-je mérite pour mes péchés, sinon l'enfer et le feu éternel ?
Je le confesse avec sincérité : je ne suis cligne que d'opprobre et de mépris; je ne mérite point d'être compté parmi ceux qui sont à vous; et bien qu'il me soit douloureux de l'entendre, je rendrai cependant contre moi témoignage à la vérité; je m'accuserai de mes péchés, afin d'obtenir de vous plus aisément miséricorde,
3. Que dirai-je, couvert, comme je le suis, de crimes et de confusion ?
Je n'ai à dire (jue ce seul mot : J'ai pèche,
Liv. m, CHAP. LU. 373
Seigneur, j'ai péché; ayez pitié de moi, pardonnez-moi.
Laissez-moi un peu de temps pour exhaler ma douleur y avant que je m en aille dans la terre de ténèbres y que recouvre tombre de la mort ' .
Que demandez -vous d'un coupable, d'un misérable pécheur, sinon que, brisé de regrets, il s'humilie de ses péchés.
La véritable contrition et l'humiliation du cœur produisent l'espérance du pardon, calment la conscience troublée, réparent la grâce perdue, protègent l'homme contre la colère à venir j et c'est alors que se rapprochent et se réconcilient dans un saint baiser Dieu et l'ame pénitente.
4. Cette humble douleur des péchés vous est, Seigneur, un sacrifice agréable, et d'une odeur plus douce que celle de l'encens.
C'est le délicieux parfum que vous permîtes de répandre sur vos pieds sacrés ; car vous ne méprisez jamais un cœur contrit et humilié^.
Là , est le refuge contre la fureur de l'en-
* Job. X, 20, !i2. — * Ps. L, 18.
374 l'imitation de jésus-christ.
nemi*, là, le pécheur se réforme, et se purifie de toutes les souillures qu'il a' contractées aadehors.
RÉFLEXION
Priez Dieu de vous envoyer ses consolatioDS^eQ reconnoissant que vous êtes indigne d'être consolé; espérez de parvenir à la pureté des anges , coniiesp sant en même temps que vous êtes plongé dans la fange du péché; confondez-vous dans votre néant, et n aspirez à rien moins qu à la gloire des cieox. La grâce du Seigneur conciUera en vous toutes ces contradictions apparentes : ses miracles sont d'abais^ ser rhomme sans Tabattre , et de l'élever en abattant son orgueil.