LIV. III, CHAP. LUI
Taura subjugué pleinement , il jouira d'un calme et d'une paix profonde.
Mais parcequ'il en est peu qui travaillent à mourir parfaitement à eux-mêmes, et à sortir dWx-mèmes entièrement, ils demeurent comme ensevelis dans la chair, et ne peuvent s élever au-dessus des sens.
Celui qui veut me suivre librement, il faut qu'il mortifie toutes ses inclinations déréglées, et (|u'il ne s'attache à nulle créature |3ar un amour de convoitise ou particulier.
RÉFLEXION
Personne ne peut servir deux maîtres : car, ou il ai-mera l'un et hdira [autre, ou il s attachera à [un et méprisera [autre ' . Nous ne pouvons servir à-la-fois Dieu et le monde, et la vie chrétienne consiste à s'affranchir de 1 esclavage du monde, pour acquérir ia liberté des enfants de Dieu ^ Or la grâce combat en nous pour Dieu, contre la nature corrompue qui nous entraîne vers le monde ; combat terrible dont on ne sort vainqueur qu^en mourant à soi-même , à
' Muuh. VI, 24* — ' Hom. viii, 21.
378 l'imitation de Jésus-christ.
ses pensée», à ses goûts, à ses iDclioatiom ; et la mort corporelle qui termine à jamais la lutte eotre la nature et la grâce , est la dernière victoire da chrétien ; ce qui f aisoit dire à lapôtre saint Paul : Qui me délivrera de ce corps de mort^? Exerçons-nons donc à mourir : détachons*nous entièrement de la terre et de toutes les choses de la terre; détachonsnous de nous-mêmes, et ne vivons plus qu'en Diea, de Dieu, et pour Dieu. Que cherchons-nous hors de lui? Ne renferme-t-îl pas tous les biens? Oh! quand nous sera-t-il donné de le voir tel qu'il est, face à face^; de nous rassasier de son être, de sa gloire' infinie ! Hâtons de nos vœux ce moment qui fixera notre éternité; et, dans lardeur de nos désirs, écrionr nous avec le prophète : Malheur à moi , parcetjue mon exil a été prolongé ! J*ai habité avec les peuples de Cédar^ et mon ame a été étrangère au milieu d'eux *.
• Rom. vu, a4. — ' I. Joann. m, a. — ^ Ps. xvi, i5. - 4 Ibid, cxix , 5.