‹ Imitation de Jésus-ChristChapitre 227 sur 312 · LIV. III, CHAP. uv · texte numérisé non relu

LIV. III, CHAP. uv

La grâce ne veut rien de temporel-, ellfe ne demande d autre récompense que Dieu seul, et ne désire des choses du tempsy>même les plus nécessaires, que ce qui peut lui servir }M>ur acquérir les biens éternels.

i4- La nature se complaît dans le grand nombre des amis et des parents; elle se glorifie d'un rang élevé, dune naissance illustre; elle sourit aux puissants, flatte les riches, et applaudit à ceux qui lui ressemblent.

La grâce aime ses ennemis même , et ne s'énorgueillit point du nombre de^ ses amis ; elle compte pour rien la noblesse et les ancêtres, à m oins qu'ils ne sèment distingués par la vertu ; elle favorise plutôt le pauvre que le riche, compatit plus à Finnocent quau puissant, recherche l'homme vrai, fuit le menteur, et ne cesse d'exhorter les bons à s'efforcer de devenir meilleurs \ afin de se rendre ^semblables au fils de Dieu par leurs vertus.

i5. La nature est prompte à se plaindre de ce qui lui manque et de ce qui la blesse.

La grâce supporte avec constance la pauvreté.

< l.Cor. XII, 3i.

i6. La nature rapporte tout à eUe-roèine ; combat, discute pour ses intérêts.

La grâce ramène tout à Dieu , de qui tout émane originairement ; elle ne s'attribue aucun bien, ne présume point d'elle-même avec arrogance, ne conteste point, ne préfère point son opinion à celle des autres; mais elle soumet toutes ses pensées et tous ses sentiments à l'éternelle sagesse et au jugement de Dieu.

17. La nature est curieuse de secrets et de nouvelles; elle veut se montrer et voir, et examiner par elle-même ; elle désire d'être connue, et de s'attribuer la louange et l'admiration.

La grâce ne s'occupe point de nouvelles, ni de ce qui nourrit la curiosité : car tout cela n'est que la renaissance d'une vieille corrup tion , puisqu'il n'y a rien de nouveau ni de stable sur la terre.

Elle enseigne à réprimer les sens, à fuir la vaine complaisance et l'ostentation, à cacher humblement ce qui mérite l'éloge et Testiine, et à ne chercher en ce qu'on sait, et en toutes choses, que ce qui peut être utile, en l'honneur et la gloire de Dieu.

Elle ne veut point qu'on loue ni elle, ni ses

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œuvres; mais elle désire que Dieu soit béni dans les dons qu'il répand par pur amour.

i8. Cette grâce est une lumière surnaturelle, un don spécial de Dieu ; c'est proprement le sceau des élus, et le gage du salut éternel. De la terre oii son cœur gisoit, elle élève l'homme jusqu'à l'amour des biens célestes, et le rend spirituel, de charnel qu'il étoit.

Plus donc la nature est afFoiblie et vaincue, plus la grâce se répand avec abondance; et chaque jour, par de nouvelles effusions, elle rétablit , au-dedans de l'homme , l'image de Dieu.

RÉFLEXION

Selon la doctrine du grand Apôtre, nous avons en nous deux lois opposées: la loi de la chair, qui nous asservit au péché ; et la loi de lesprit , qui nous retient dans l'ordre par le secours'de la grâce que Jésus-Christ nous a méritée^. Partagés entre ces deux lois, entre la chair et l'esprit qui se combattent sans cesse^^ nous sommes ici-bas comme flottant entre le bien et le mal, entre Dieu et le monde; poussés vers Fun par

« Rom. vil. — ' Galat. v, 17.

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la nature, attirés vers lautre par la grâce, qui aabandonne jamais entièrement les plus grands pécheurs, de même que la concupiscence ne cesse ja* mais de solliciter les plus justes. Que deviendra notre pauvre ame en proie à cette guerre terrible ? Combien doit-elle trembler sur les suites d un tel coniibat? Et cest pourquoi, dit saint Paul, toute créature gérmiy et est comme dans le travail de [enfantement: et nous aussi, qui avons reçu les prémices de [esprit, nous jfemissons en nous-mêmes, attendant [adoption des enfants de Dieu, et la délivrance de notre corps\ Oh! quand viendra cet heureux jour? Quand goûteronsnous la douce paix d un amour désormais immuable! J'ai désiré la dissolution de ma chair pour être avec Jésus-Christ^, Mon ame. a soif du Dieu fort, du Dieu vivant. Quand viendrai-je et paroitrai-je devant la face de mon Dieu^?

' Rom. VIII, aa, a3. — * Philipp. i, aâ. — ^ Ps. xli, 3.

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