LIV. IV, CHAP. III
remède divin , il s y enfonce de plus en plus. La sainte communion retire du mal, et fortifie dans le bien.
Si donc je suis maintenant si souvent négligent et tiède, quand je communie ou que je* célèbre le saint sacrifice,' que seroit-ce si je re-^. nonçois à cet aliment salutaire, et si je me privois de ce secours puissant?
. Ainsi, quoique je ne sois pas tous les jours assez bien disposé pour célébrer les divins mystères, j'aurai soin cependant d'en approcher aux temps convenables, et de participer à une grâce si grande- Car c'est la principale consolation de l'ame fidèle , tandis qu'elle voyage loin de vous dans un corps mortel'^ de se souvenir souvent de son Dieu, et de recevoir son bien-aimé dans un cœur embrasé d'amour.
4. O prodige de votre tendresse pour nous! Vous, Seigneur mon Dieu, qui donnez l'être et la vie à tous les esprits, vous daignez venir à une pauvre ame misérable, et avec votre divinité et votre humanité tout entière, rassasier sa faim !
' Ck)r. V, 6.
44o l'imitation de jésus-christ.
O heureuse, raille fois heureuse lame qui peut vous recevoir dig^nement, vous son Seigneur et son Dieu, et goûter avec plénitude la joie de votre présence !
O qu'il est grand le Seigneur qu'elle reçoit! qu'il est aimable l'hôte qu'elle possède! que le compagnon , l'ami qui se donne à elle, est doux et fidèle! que l'époux qu'elle embrasse est beau! qu'il est noble et digne d'être aimé par-dessus tout ce qu'on peut aimer, et tout ce qu'il y a de désirable !
Que le ciel et la terre, dans leur parure magni^que , se taisent devant vous , ô mon bienaimé! car tout ce qu'on admire de beau en eux ils le tiennent de vous, dont la sagesse n'a point de bornes \ et jamais ils n'approcheront de votre beauté souveraine.
RÉFLEXION
Un orgueil secret, qui se déguise sous les apparences d'un zèle plus éclairé et d'une vertu plus révère, prétend nous interdire lapproche fré^entcdc
' Ps. CXLVI, 5.
Liv. IV, cHAP. m. 44 1
la Table sainte, et semble exiger de simples hommes la pm'eté des Anges , pour participer au don le plus signalé de la grâce du Rédempteur. N écoutons point ces opiniâtres et ces superbes : Jésus-Christ est venu sur la terre pour les foibles et les pécheurs, non pour les justes et les forts; les Sacrements sont faits pour Fhomme, et non Fhomme pour les sacrements; et si rhomme étoit obligé de consulter ses mérites pour recevoir son Dieu lui-même , qui vient établir chez lui sa demeure, dans son juste effroi , il lui fermeroit à jamais cette demeure, indigne dune si grande et si terrible majesté. Mais vous venez. Seigneur Jésus, pour remettre les péchés du monde ' et pour sanctifier le pécheur repentant ; vous desirez plus ardemment que ce pécheur lui-même de purifier son ame; et le moyen le plus efficace est celui qui plaît le plus à votre amour. Ah! quand nous recevrions à-la-fois toutes les grâces émanées de vous , communiquées par vous , toutes ensemble sont- elles comparables à Fauteur de la grâce se donnant lui-même à nous , et nous apportant ainsi , non les dons célestes seulement, mais la source même et le principe de tous les dons qui font mériter le ciel? O prodige de Finfinie charité! Par un renversement de toute Fhumaine raison , ici la chair
> Joann. i , 29.
44 2 l'imitation de jésus-christ.
nourrit Fesprit : c'est une chair vii^piale qui éteint le feu impur de toutes les passions; une chair immolée, qui a satisfait à la justice, et qui nous délivre des tentations; une chair divine qui nous dégage de toute affection terrestre , pour nous élever jusqu'à la pure essence de Dieu. N'ahusons pas, sans doute, mais usons souvent de cette chair sacrée, soutien de notre foiblesse, gage de nos espérances, qui produira eu nous rhomme nouveau, et x)ui a fait les plus grands saints. Quy a-t^il de beau et de bon y dit un prophète, si ce n'est le pain des ébis, et le vin qui fait les vierges * ?