‹ Imitation de Jésus-ChristChapitre 46 sur 312 · LIV. I, CHAP. XX · texte numérisé non relu

LIV. I, CHAP. XX

Vous croyez peut-être vous rassasier; mais vous n'y parviendrez jamais.

Quand vous verriez toutes choses à-la-fois , que seroit-ce qu'une vision vaine?

Levez les yeux en haut vers Dieu y et priez pour vos péchés et vos négligences.

Laissez aux hommes vains les choses vaines : pour vous, ne vous occupez que de ce que Dieu vous commande.

Fermez sur vous votre porte, et appelez à vous Jésus votre bien-aimé.

Demeurez avec lui dans votre cellule; car vous ne trouverez nulle part autant de paix.

Si vous n'étiez pas sorti, et que vous n'eussiez pas entendu quelque bruit du monde , vous seriez demeuré dans cette douce paix : mais parceque vous aimez à entendre des choses nouvelles, il vous faut supporter ensuite le trouble du cœur.

RÉFLliXION.

Les païens regardoient la solitude comme un mai ' ; elle ne leur présentoit qu un vide immense, parce-

' Senec. epist. 26. — Cic. de Amie. 3 1.

06 l'imitation de Jésus-christ.

. qu'ils y étoieat seuls en effet; et ils retourooient vers le monde, dont le trouble et les amertumes leur étoient moins insupportables que cette paix qui resserobloit au néant. G est, au contraire, dans la solitude et dans le silence que le chrétien trouve son Dieu; qu'il jouit de ce Dieu qui remplit son cœur, et que ce cœur ne peut contenir. D'ineffables douceurs l'y accompagnent; et si le devoir len arrache, si, malgré lui, le monde le rappelle, il n y revient que pour s'y faire une solitude nouvelle, dans laquelle le monde est jugé, et où son caractère s'élève, sa vertu se fortifie par l'aspect même des vanités qui sont la perte de tant d'autres. Toutefois il n'y est point à l'abri des tentations; il faut que sans cesse il veille dans le monde , que sans cesse il y combatte : la solitude, plus douce et plus heureuse pour lui, étoit en même temps plus sûre.

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