LIV. I, CHAP. IL
Quand j'aurois toute la science du monde, si je n'ai pas la charité, à quoi cela me servi roitil devant Dieu, qui me jugera sur mes œuvres?
2. Modérez le désir trop vif de savoir : on ne trouve là qu'une grande dissipation et une grande illusion.
Les savants sont bien aises de paroître et de passer pour habiles.
Il y a beaucoup de choses qu'il importe peu ou qu'il n'importe point à l'ame de connoître; et celui-là est bien insensé qui s'occupe d'autre chose que de ce qui intéresse son salut.
La multitude des paroles ne rassasie point Famé; mais une vie sainte et une conscience pure donnent le repos du cœur et une grande confiance près de Dieu.
3. Plus et mieux vous savez, plus vous serez sévèrement jugé, si vous n'en vivez pas plus saintement.
Quelque art et quelque science que vous possédiez, nen tirez donc point de vanité : craignez plutôt à cause des lumières qui vous ont été données.
Si vous croyez beaucoup savoir, et savoir
6 l'imitation de JÉSUS-€HRIST.
bien , souvenez- vous que c'est peu de chose près de ce que vous ignorez.
Ne vous élevez point en vous-même * : avouez plutôt votre ignorance.
Comment pouvez-vous songer à vous préférer à quelqu'un, tandis qu'il y en a tant de plus doctes que vous, et de plus instruits en la loi de Dieu?
Voulez-vous apprendre et savoir quelque chose qui vous serve, aimez à vivre inconnu et à n'être compté pour rien.
4. La science la plus haute et la plus utile est la connoissance exacte et le mépris de soimême.
Ne rien s'attribuer et penser favorablement des autres, c'est une grande sagesse et une grande perfection.
Quand vous verriez votre frère commettre ouvertement une faute,, même une faute très grave, ne pensez pas cependant être meilleur que lui : car vous ignorez combien de temps vous persévérerez dans le bien.
Nous sommes tous fragiles; mais croyez que personne n'est plus fragile que vous.
' Rom. XI , 20.