LIV. II, CHAP. III. iri
Ayez donc premièrement du zélé pour vousmême, et vous pourrez ensuite avec justice l'étendre sur le prochain.
2. Vous savez bien colorer et excuser vos fautes , et vous ne voulez pas recevoir les excuses des autres.
Il seroit plus juste de vous accuser vousmême et d'excuser votre frère.
Si vous voulez qu'on vous supporte, supportez aussi les autres.
Voyez combien vous êtes loin encore de la vraie charité et de l'humilité, qui jamais ne s'irrite et ne s'indigne que contre elle-même.
Ce n'est pas une grande chose de bien vivre avec les hommes doux et bons ; car cela plaît naturellement à tous; chacun aime son repos, et s'affectionne à ceux qui partagent ses sentiments.
Mais vivre en paix avec des hommes durs, pervers, sans régie, ou qui nous contrarient, c'est une grande grâce, une vertu courageuse et digne d'être louée.
3. Il y en a qui sont en paix avec eux-mêmes et avec les autres.
Et il y eu a qui n'ont point la paix, et qui
112 l'imitation de jésus-ghrist.
troublent celle d autrui : ils sont à chargée aux autres et plus à charge à eux-mêmes.
Il y en a enfin qui se maintiennent dans la paix, et qui s efforcent de la rendre aux autres.
Au reste, toute notre paix, dans cette misé-» rable vie, consiste plus dans une souffrance humble que dans lexemption de la souffrance.
Qui sait |e mieux souffrir possédera la fAus grande paix. Celui-là est vainqueur de soi^ et maître du monde, ami de Jéàus^hrist et héritier du ciel.
RÉFLEXION
La justice établit la paix \ dit l'Écriture : elle l'établit parmi les hommes, lorsqu elle s accorde avec la charité; et en effet, si nous ne nous supportons mutuellement, étant aussi imparfaits que nous sommes ; si nous uspns envers le prochain d'une justice orgueilleuse, dont laustérité farouche ne sache jamais ni fléchir ni pardonner, quel moyen avon^nous de n'être pas en guerre avec tout le monde? De là le précepte de l'Apôtre : Portez le fardeau les Uns des autres*. La justice établit notre paix avec Dieu; mais
• Is. xxxiii, I, a. — ' Gai. vi, i.