LIVRE III. CHAP. XLVIII
6. C'est pour cela , ô éternelle Vérité , que vous avez dit clairement : Où est votre PtéêOT ^ là est votre cœur. ( Matt 6. a i , J Si j'aime le Ciel, je pense volontiers aux choses du Ciel. Si ) aime le monde, je me réjouis des faveurs du monde, et je m'attriste de ses revers.
Si j'aime la chair , mon imagination s'occupe souvent de ce qui flatte la chair. Si j'aime l'esprit , je prends plaisir à méditer les choses spirituelles : car je parle et j'entendsf parler volontiers de ce que j'aime, et j'en remporte les images dans mon esprit.
Mais heureux celui-là , ô Seigneur !
qui pour l'amour de vous bannit de son cœur toutes les créatures , qui fait violence à la nature, et qui crucifie les désirs de la chair par la ferveur de l'esprit; afin que sa conscience étantdevenue tranquille, il vous offre une oraison pure, et que, débarrassé au dedans et au dehors de tout ce qui est terrestre, il soit digne de se mêler parmi les chœurs des Anges.
PRATIQUE
Que servirait de sentir el dç ddplorer les misères de celte vie , et de soupirer après le bien de l'autre, si nous ne tâchions de faire un bon usage des maux du temps par la patience , en les prenant de la main de Dieu; et par Thumililé, en nous reconnaissant dignes de les souffrir -, et si nous ne nous appliquions par une fidélité constante à mériter ces biens de î'ctcrnité, après lesquels nous soupirons? O jour bienheureux ! ô joie éternelle! ô bonheur infini et coDStanl î
004 LÏMITATION DE J.-C
6 établissement ! 6 demeure ! ô plénitude de Dieu en nous, 6tde nous en Dieu ! ô rass^iement! ô félicité ! 6 transformation d'uue âme bienheureuse en son Dieu^ qui lui est toute chose! Quand serar-ce que ie.vous
Posséderai? mais quand sera-ce que je vous mériterai ? assé de moi-même et de l'inutilité de mes désirs , je vous souhaite , ô paradis 1 avec ardeur ; et cependant je fais si peu pour me rendre digne du bonbeur éternel que vous me proposez ! Joignons , mon âme , joignons le mérite du Paradis à l'estime du Paradis. Regardons-le comme une couronne qu'il faut conquérir par la sainte violence que nous devons nous faire , et comme une récompense qu'il faut acquérir par une vie vraiment surnaturelle et de mérita
PBI£RE.
Quand sera-ce , ô mon Dieu ! que, dégagé des choses visibles et terrestres , je me rehlermerai tout en vous , 6 bien souverain et invisible ! pour y trouver toute la consolation et tout le bonheur de mon âme? Quand' verrai-je en vous , ô mon Sauveur ! ce que îe crois ? Quand possédierai-je ce que j'aime, et quana trouverai-] e ce que je cherche? Gonsolez-moi dans mon exil , soutenez-moi dans mes peines , fortiiîez-moi dans mes accablemens. Venez , ô mon Jésus I venez dans mon âme par l'impression de votre grâce , de votre présence et de votre amour. Prenez possession de mon cœur , pour ne vous en séparer jamais. Je languis , je soupire , et je brûle du désir de vous aller voir dans le CieL O quand sera-ce que la vue succédera à la foi , et l'expérience à l'attente?
Que la vie est onéreuse à une âme qui n'aime que vous, 6 mon Sauveur! et que la peine qu'elle a de la souffrir lui est un rude martyre! Non, Seigneur, je ne puis plus vivre sans vous aimer , ni vous aimer autant que je Le veux sans vous voir.^ Finissez donc ma peine en finissant ma vie. Parlez , mon âme , parlez à voire Dieu ; mais plutôt , ô mon Dieu \ parlez à mon cœur, pour le faire mourir à soi-même, et ne vivre qu'à vous. Ainsi soit-il.
UVRK III. CHA». xux. 35:
CHAPORE XUX.
BV BÉSIK DB LA VIB iTB&NELLE 9 ET QUELS BIERf SOIfT PBOmS JL CEUX QVI GOMBATTEIIT.
xiSUS- CHRIST.
Mon fils, quand vous vous sentez inspiré d'en haut du désir de la béatitude éter* nelle, et que tous souhaitez de sortir de la prison de lotre corps , pour pouvoir contempler ma lumière sans ombre d'au-* cune vicissitude, ouvrez votre cœur, et recevez cette sainte inspiration avec toute Tardeur possible.
Rendez des actions extraordinaires de grâces à la souveraine Bonté, qui vous traite si favorablement, qui vous visite avec tant de douceur, q\ii vous excite si ardemment , et qui vous soutient d'une manière si puissante, afin que votre poids ne vous entraîne pas vers les choses de la terre.
Car ces sentimens ne sont point leffet de vos pensées ni de vos efforts, mais de la seule faveur de la grâce céleste et de mon divin regard; afin que vous profitiez en vertus, et que votre humilité soit plus grande; afin que vous vous prépariez aux j^ combats à venir , et que vous vous effor- q^ ciez de vous unir à moi de toutes les ^ affections de votre cceur, et de me servir avec une ardente volonté.
Obb LIMITATION DE J.-C
£. Mou fils, souvent le feu brûle, mais la flamme ne s'élève point sans fumée.
Ainsi quelques-uns brûlent du désir des choses du Ciel , lesquels cependant ne sont pas exemptsde la tentation des affections charnelles. C est pourquoi ils n'agissent pas purement pour la gloire de Dieu , dans ce qu'ils lui demandent avec tant d'instance.
Tels sont souvent vos désirs, que vous me faites entcmlre vous élre si fort à cœur. Gdr ce qui a la tacha de Tîntérét propre n'est ni pur ni parfait
3. Demandez - moi , non ce qui vous plaît et vous accommode, mais ce qui m'est agréable et glorieux; parce qije, sst vous jugez sainement , vous devez envisager mes ordres, et les suivre préférablement à vos désirs, et à tout ce que vous pouvez sou* haiter. Je sais quels sront vos désirs, et j ai entendu vos soupirs fréquens.
V^ous voudriez être dé^ dans la liberté de )a gloire où sont les enfans de Dieu; vous prenez plaisir par avance à cette mai-son éternelle, à cette céleste patrie , où h )oie se. fait pleinemcat ressentir.
Mais l'heure n'en est pas encore venue: il y a encore pour vous un autre temps à passer, cest-â-dire, un temps de guerre, de travaux et d'épreuves.
Vous souhaitez, d'être rempli du sou-r verain bien; mais vous ne pouvez pps l'obtenir maintenant. C'est moi qui suis
le souveraiti bien; attendez - moi , dit le
Seigneur, jusqu'à ce que k règne de Dieu
irie&ne.
• 4» Vous avez encore à être éprouTé
sur la terre, et exercé en beaucoup de
manières.
' Vous goûterez des consolations de
temps en temps; mais ce ne sera pas
avec une abondance qui ne vous laisse
irien à désirer.
Forêiflez-vov^ donc, et ayez d/a courage ( Jos. t, 6 ) , pour faire et pour sotiQrir ce qui est contraire à la nature. 14 faut q^& vous vous rievêtiez de i'homme nouveau, et que vous soyez changé en un autre homme. . ( Ëph. 4* 24- I- Reg. lo. 6 et 9. )
Il faut que vovs fassiez souvent ce que vous ne voudriez pas , et que vous abandonniez ce qui vous contente. Les choses réussiront aus^ autres à leur gré , et ce que vous souhaiterez n'aUra point de succès. Ce que les autres^ disent sera écouté, et on ne fera nul cas de ce que vous dites. Ils obtiendront ce qu'ils auront demandé, et vous demamlerez sans pouvoir, obtenir.
5. Le» antres seront grands dans la boQche des ^hommes, et personne ne parr lera dé vous. On confiera aux autres dif-férens emplois, et Ton ne vous jugera capa^ble de rien. •
La nature s en attristera quelquefois, et ce sera beaucoup si vous le supportez
vrwrx^
en silence. C'est en cette manière, et en plusieurs autres semblables , que le Seigneur a coutume d'éprouver son serviteur fidèle, afin qu'il puisse se renoncçr et se réprimer en toutes choses.
Il n'y a presque rien en quoi vous ayez plus besoin de mourir à vous-même , que lorsqu'il vous faut voir et souffrir ce qui répugne à vo^re volonté, surtout quand on vous ordonne de faire des choses qui vous semblent déraisonnables et peu utiles.
Et parce qu'étant dans un état de dépendance, vous n'osez résister à une puissance supérieure, il vous parait dur de suivre l'ordre d un autre , et de .quitter tout sentiment propre.
6. Mais considérez, taoxy fils, le fruit de ces travaux , leur fin prochaine et la récompense excessive qui les suit; et, loin d'en ressentir de la peine, votre patience y trouvera un puissant soutien ; car pour cette légère envie à laquelle vous renoncez présentement de bon cœur, vous la verrez pour jamais satisfaite dans le Ciel.
C'est là que rien ne vous manquera de ee que vous voudrez , et de ce que vous pourrez désirer. C est là que vous aurez la jouissance de toutes sortes de biens, sans craindre de les perdre. C'est là que TotK volonté, unie pour toujours à la mienne, ne désirera rren d'étranger ou de particulier.
C'est là que personne ne vous résistera ,
ne se plaindra de vous , ne tous causera d'obstacle , et ne s'opposera à vous ; mais les objets de vos désirs, s'offrant â vous tout à la lois, vous contenteront pleinement , et combleront toutes les afifections de votre cœur.
C'est là que je rendrai la gloire pour les opprobres que l'on aura supportés; un vêtement de joie pour les ennuis soufferts, et une place au royaume éternel pour la dernière place que l'on aura choisie. C'est là que se fera connaître le fruit de l'obéissance , qu'on se réjouira du travail de la pénitence que l'on aura embrassé^ et qu'une humble sujétion sera couronnée avec gloire.
7. Abaissez-vous donc maintenant avec humilité sous la main de tous , sans vous mettre en peine qui est-ce qui vous parle ou qui vous commande. Mais faites en sorte ^ sur toutes choses, que, soit que votre supérieur , ou un plus jeune, ou un égaU vous demande ou témoigne souhaiter de vous quelque chose, vous preniez tout en bonne part, et que vous vous appliquiez à l'accomplir avec une sincère volonté.
Que l'un recherche une chose , et que l'autre en veuille une autre; que l'un se glorifie de ceci , et l'autre de cela , et qu'ils en reçoivent mille et mille louanges ; pour vous, ne vous réjouissez en aucune de ces choses, mais dans le mépris de
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vous-même , dans racoomplissement de ma seule volonté, et dans ma gloire.
Ce que vous devez désirer, c'est ^1^6 Dieu soit toujours glorifié en vous , soit p0/r votre vie, soil par votre mort (Phîl. I. 20. )
PRATIQl/E. '
On se lasse de souffrir les épreuves de Dieu , et l'on voudrait recevoir de lui des consolations perpétuelles ; mais les consolations ne sont données aue pour sou* tenir les épreuves, et les douceurs de la consolation sont des forces que Dieu nous donne pour soutenir ses rigueurs apparentes et ses bontés véritables, qui consistent à ne nous pas épargneiNles peines du temps , pour nous épargner celles de Pijternité. Ne crayçz donc pas être rejeté de Dieu, lorsqvie vous ne sentez que du dégoût à le servir; mais faites pour lui plaire, avec ^délité, ce que vous feriez si vous trouviez du goût à son service. Humiliez-vous alors en vous jugeant indigne de toute consolation, et soutenez le Seigneur, qui prend plaisir de vous voir le servir sans plaisir, et vaincre vos répugnances au bien y et vos inclinations au mal , par un pur désir de lui plaire, et par une vraie crainte de l'ofienser. Ab ! qu'une éternité oienbeureuse vous dédommagera bien des accablemens de cette vie, si vous les souffrez avec confiance, avec fidélité et avec patience! C3ourage donc, mon âme, nous n'avons plus qu'un moment à souffrir, et nous serons éternellement beureiix.
PRIÈRE
Faites, Seigneur, que tout mon plaisir soit de vous plaire, et de faire et de souffrir ce que vous voulez. Non, mon Dieu, je ne vous demande point -d'autre consolation que le bonheur de vous être fidèle, sans même que j'aie d'autre consolation : car Je veux vous aimer plus pour vous que pour moi. Que votre amour, mon Dieu ! triomphe des recherches et des répugnances de mon amour-pi'opre , et soyez-moi tout dans le temps, pour m'être tout dans l'éternité. Ainsi soit-il.