CHAPITRE LU
qu'il Né faut point s'estimer digne de consolations^ MAIS PLUTÔT DE CHATIMENS.
LE CHRETIEIf.
SEiGifEUR, je ne suis pas cligne de vos consolations , i^i d'aucune visite céleste , et vous me traitez avec justice quand voua m'abandonnez à l'indigence et à la désolation. Car i quand je pourrais me répandre en pleurs comme une mer, je ne mériterais pas encore d'être consolé de vous.
Aussi je ne mérite rien autre chose que d'être maltraité et puni , parce que je vous ai souvent et grièvement offensé , et que j'ai manqué lourdement en bien des choses.
Après donc avoir bien considéré ce qui en est, je me trouve indigne de la moindre de vos consolations.
Mais vous , ô Dieu bon et miséricordieux ! qui ne voulez pas que vos ouvrages périssent, vous daignez, pour faire paraître les richesses de votre bonté sur des aases de mdséricorde (R.om. 9. 23 ) , consoler votre serviteur d'une manière plus qu'humaine, et au-delà de tout ce qu'il peut avoir de mérite. Car vos consolations n'ont rien de semblable aux vains discours des hommes.
3. Qu'ai- je fait, Seigneur, pour avoir quelque part à vos douceurs célestes? Je ne me souviens pas d'avoir fait aucun bien , mais d'avoir toujours eu de la pente au vice, et de la négligence à m'en corriger.
C'est la vérité, et je ne puis en disconvenir. Si je disais autrement , vous vous élèveriez contre moi , et il n'y aurait personne pour me défendre.
Qu'ai-je mérité pour mes péchés, sinon l'enfer et le feu éternel ? *
Je l'avoue dans la vérité, que je suis digne de toute confusion et de tout mépris ^ et qu'il ne m'appartient pas d'être mis au nombre de vos dévots. Et bien que j'aie peine à l'entendre , je rendrai néanmoins , pour la vérité , témoignage contre moi-même , en m'accusant de mes péchés ^ afin de me rendre digne d'obtenir plus aisément votre miséricorde.
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5.Que dirai- je, coupable comme jesujsy et tout chargé de confusion ? Je n'ai pas la hardiesse de parler, si ce nest pour dire seulement : J'ai péché, Seigneur, j'ai péché; ayez pitié de moi, pardonnezmoi.
Donnez -moi quelque relâche, afin que je donne des larmes à ma doulev/t avant que d'aller dans cette terre ténébreuse , et couverte des ombres de la mort. ( Job. lo. 20 et ai. )
Que désirez-vous de plus d'un criminel et misérable pécheur, sinon qu'il ait le cœur brisé, et qu'il s'humilie pour ses fautes ?
La Traie contrition et l'humiliation du cœur est la source de l'espérance du pardon , de la réconciliation d'une cou^ science troublée, et du recouvrement de la grâce. L'homme par-là se voit à cou*vert de la colère à venir; et c'est là que Dieu et l'âme pénitente se rencontrent pour s'entre-donner un saint baiser.
4* C'est pour vous. Seigneur , un sacrifice si agréable, que l'humble contrition du pécheur ! Elle répand en votre présence une odeur infiniment plus douce que ne l'est celle des parfums.
Elle est aussi ce parfum agréable que vous voulûtes que l'on répandît sur vos* pieds sacrés; parce que vous n'avez ja^ mais rejeté un cœur contrit et humUié^ ( Luc. 7. 58. Ps. 5o. 19. )
C/est là qu'est le Ueii de refuge «centre la fareur de renneini. C est là que tous lés défauts contractés d ailleurs, et toutes les souillures se corrigent et s'effacent.
PRATIQUE
Bien qu« nous devions toujours nous )uger très' indignes que Dieu ait la bonté de nous consoler dans nos peines , et que nous ne méritions que les derniers accableinens, ayant tant de fois mérité FEn- 1er ; il est bon cependant de gémir dans notre exil , et de soupirer dans le sentiment de nos misères, après un Père de miséricordes y et le Dieu de toute Consolation : car un cri » un gémissement d'une âme pénétrée de reconnaissance pour les bontés de son Dieu , et de la vive douleur d'avoir péché, est capable de désarmer sa colère y de fléchir sa misëricorae , et de l'engager à lui pardonner..
Qu'une âme , tout accablée qu'elle est du poids de ses iniquités , est consolée y et sûre des bontés de son Dieu , dès qu'elle retourne à lui avec une douleur sincère de ses péchés , et avec une résolution efficace de les Quitter, et de changer de vie f Alors Dieu, qui a plus d'envie de nous pardonner que nous n'en ayons de lui demander pardon » cesse a'étr« son Juge ; il devient son Père ; il oublie ce qu'elle a été , et se souvient de ce qu'il est \ il la traite avec autant de bonté que si elle ne l'avait jamais oflensé.
FRiiRE.
Donnez - moi , mon Dieu , cette douleur sincère de mes péchés , et cette contrition qui les éfTace. Je puis bien pécher sans vous, mais je ne puis sans vous me repentir , ni me détacher de mon péché. Oui , mon Père , j'ai péché , j'ai offensé votre bonté , et c'est ce qui me pénètre de douleur. Punissezmoi, mais pardonnez ' moi , et que ma punition soit de vous aimer et de me haïr. J'ai péché contre le Ciel et devant vous j je ne mérile pas d'être du nombre de vos enfans : heureux si vous me recevez parmi vos serviteurs 5 si ^ rae nourrissant du pain
de mes larmes , vivant dans le travail , dans une crainte respectueuse pour vous , et dans une obéissance exacte à vos volontés, je passe ma vie à gémir y à soupirer , à me punir et à vous venger ; et si je lâche de ne me pardomier jamais ce que vous voulez bien me pardonner. Otez-moi la vie, 6 mon cher Sauveur ! ou m'ôtez le péché , car je ne puis plus vivre et vous offenser. Faites que dans Foccasion je me souvienne de celte résolution , et que ce souvenir m*empêche de vous déplaire. Ainsi soil-il.