LIVRE I. CHAP. XX- IO
Que pouvez-TOUs voir ailleurs que vous ne voyiez où vous êtes? Vous avez devant vos yeux le ciel , la terre et tous les élémçns. Toutes les choses du monde n'en sont-elles pas composées?
8. Que pouvez-vous voir, en quelque lieu que ce soit, qui puisse long-temps demeurer stable sous le soleil ? Vous croyez peut-être par -là vous satisfaire pleinement, mais vous n'en viendrez jamais à bout.
Si tout ce qu'il y a au monde était présent à vos yeux ,* que serait-ce autre chose qu'une vaine représentation ?
Levez les yeux vers Dieu dans le Ciel , et demandez-lui pardon de vos péchés et de vos négligences.
Laissez aux vains les choses vaines , et ne songez qu'à ce que Dieu vous commande.
Fermez votre porte sur vous, et appelez à vous Jésus votre bien-aimé. Demeurez avec lui dans votre cellule; car vous ne trouverez point ailleurs une si grande paix.
Si vous n'en fussiez point sorti , et que vous n'eussiez rien écouté deç nouvelles du monde, vous vous seriez mieux conservé dans la véritable paix. Dès-là que vous prenez plaisir à entendre des nouveautés* il faut nécessairement que vous en receviez quelque trouble dans votre cœur.
PRATIQUE
La retraite extérieure ne suffit pas pour occuper et pour contenter un cœur qui se dësoccuperait des créatures', pour ne s'occuper que de lui-même ; mais il y faut joindre la retraite, intérieure , qui consiste dans l'esprit de recueillement et d'oraison. Une âme séparée de tous les amuseniens de ses sens, cherche eu Dieu, et trouve en lui cette' pure satisfaction qu'elle ne peut trouver dans nulle créature. Un respectueux et un fréquent souvenir de la présence de' son Dieu applique son esprit; un désir vif et ardent de lui plaire, et de se rendre digne de son amour , occupe son cœur. Elle ne se soucie que de lui seul, et tout le reste ne lui est rien. Dans sa chère solitude elle s'abîme , et elle^ expire en Dieu. Elle ne respire que son amour ; elle oublie tout, pour ne se souvenir que de lui seul;
mer et de le posséder dans le Ciel ; ell.e se nourrit de la lecture des livres sain is et de l'exercice de l'oraison ; elle ne s'ennuie point de traiter avec Dieu des affaires (le sou salut, ou elle soutire humblement l'ennui qu'elle y ressent ; et , pour honorer son domaine souverain par la destruction du péché en elle, elle renonce ;ui désir d'être contente , pour le contenter.
FRIERE.
O mon Dieu ! quand sera-ce que le silence, la retraite et l'oraison feront l'emploi de mon âme , comme ils font souvent l'objet de mes désirs? Qu'il m'ennuie de tant parler, même de vous , et de faire si peu pour vous! Venez , Seigneur, venez, ô l'unique objet de mon amour ! 6 le centre et le souverain bien de mon auip ! venez remplir mon esprit do cette, impression vive et souveraine de votre présence, à qîiî tout cède en moi î Venez me parler au cœur, et dites-lui ce que vous voulez qu'il soit pour vous; mais faites en lui, avec lui et par lui, ce que vous lui dites. Hélas ! mon exil durera-t-il encore long-temps? Quand est-ce que le voile qui sépare le temps de l'éternité tombera^ Quand vcrrai-je ce que je crois? Quand trouverai-je
ce que je cherche ? Quand possdderai-je ce que j*aime? qui est vous, ô mon Dieu! Faites, Seigneur, que ces saints désirs, que Vou^ m'inspirez, soient suivis du bonheur éternel que j'espère de voire miséricorde. Ainsi soit-il»