LIVRE II. CHAP. ÏX
Jamais saint n'a: été si élevé et si éclairé de Dieu , qui availt ou après n'ait souffert quelque tentation.
Celui-là nest pas digne de la haute contemplation de Dieu , qui n'a pas été exercé, pour Sfm amour, par quelque tribulation.
Car la tentation présente est d'ordinaire un signe de la consolation qui- la doit suivre ; et cette consolation n'est promise qu'à ceùi que la tentation a éprouvés* Je ferai manger, dît Dieu , du frvdt de l'arbre de vie à celui qui aura vciincu. ( Apoc. 2. 7. )
C'est pour fortifier l'homme dans l'adversité, qiié cette divine consolation lui est donnée.
La tentation vient ensuite , afin qu'il ne s'élève point dans la prospérité.
Le démon ne dort jamais , et la chair n'est pas encore morte. Ainsi ne cessez point de vou» préparer au combat; car vous avez des ennemis à droite et à gauche qui ne donnent jamais de relâche.
PRATIQUE
Comme l'on va à Dieu par la foî , et non par les sens, et que la foi d'elle-même est sèche et obscure, nous ne devons pas être étonnés de nous voir tantôt dans la sécheresse et la désolation, et tantôt dans la consolation etdanslaioie.Toutconsiste à recevoir la consolation avec humilité , et à soutenir la désolation avec courage. L'or et l'argent, dit le Sage , sont épurés et éprouvés par le feu; et les âmes dignes d'être reçues au cœur de Dieu , sont épurées et éprouvées par le=
de nouvelles; et Dieu ôte aux superbes ce qu il donne ordinairement aux humbles.
3. Je ne veux point de consolation qui m'ôte la componction , et je n aspire point à une contemplation qui mène à Torgueil.
Car tout ce qui est élevé n'est pas saint « tout ce qui est doux nest pas bon, tout ce qu'on désire n'est paii pur, et tout ce qui est cher i l'homme n'est pas agréable à Dieu,
J'accepte volontiers une grâce qui me rend plus humble et plus circonspect , et plus prêt à mé renoncer moi-méaie.
Celui qui a senti le don de la grâce et la peine de sa privation, n'osera s'attribuer aucun bien ; mais il avouera qu'il est pauvre et dénué de tout.
Rendez à Dieu ce qui est à Dieu (Mat. d2. 21 ), et attribuez-vous ce qui est de vous; cest-à-dire, rendez à Dieu grâces pour grâces , et attribuez-vous le péché à vous seul , reconnaissant que la peiné que mérite le péché vous est bien due.
4» Mettez -vous au p{/us bas rang ( Luc. i4 1 o ), et vous serez élevé au plus haut: car il n'est point de montagne sans vallée.
Les plus grands Saints devant Dieu, sont les plus petits à leurs propres yeux ; et plus ils sont élevés en gloire , plus ils s'humilient en eux-mêmes.
Pleins de la vérité et de la gloire ce-
leste, ils ne recherchent point la vaine gloire. Fondés et affermis en Dien , ils ne peuvent être susceptibles d'aucun orgueil ; et comme ils rapportent à Dieu tout le bien quils ont reçu, ils n'en attendent point de gloire des autres ; mais ils ne veulent que celle qui vient de Dieu.
Us désirent, sur toutes choses, que Dieu soit loué en eux et dans tous les Saints; et cest là que tendent toujours leurs désirs.
5« Soyez donc reconnaissant pour les moindres grâces, et vous mériterez d'en recevoir de plus grandes. Que le moindre de ses dons soit pour vous comme le plus grand; et la plus petite de ses grâces, comme le présent le plus précieux.
Aucun don ne paraîtra petit ou méprisable, si l'on considère la dignité de celui qui le donne : car le Dieu souverain ne peut rien donner qui soit de peu de valeur.
Tout doit être agréable de sa part, jusqu'aux peines et aux coups dont il nous afflige , parce qu'il ne permet jamais que rien nous arrive , qu'il ne le fasse pour notre salut.
Que celui qui désire de conserver la grâce de Dieu soit reconnaissant lorsqu'il la lui donne, et patient lorsqu'il la retire; qu'il le prie; afin quelle revienne, et qu'il soit humble et vigilant , pour ne la plus perdre.
Ne^vous élevez jamais pour les dons de Dieu , qui sont souvent des supplëmens de votre faiblesse, toujours des effets de sa Dontë , et ordinairement au-dessus de vos mërites. Lorsqu'actuellement, en offensant Dieu, vous sentez votre cœur touche de votre ingratitude et de votre infidëlitë, vous devez vous humilier et vous confondre devant Dieu , de le voir si plein de bontë , et de vous voir si rempli de malice. Pënëtrë d'une vive douleur d'avoir blesse le cœur d'un Dieu qui vous recherche lors même que vous le fuyez , et qui vous comble de ses grâces lorsque vous vous en rendez indigne , retournez à lui par une vraie pënitence ; demandez-lui pardon de votre faute , et ne pensez plus qu'à le venger et à vous punir.
PRIÈRE
Seigneur , dont la bontë est innnie , et la misëricorde à Tëpreuve de nos misères , ne permettez pas que l'ingratitude nous fasse oublier vos bienfaits , et
Sue rinndëlitë nous rende indignes de vos grâces, ous reconnaissons devant vous que nous ne mëritons que votre abandonnement , votre haine et l'enfer; mais nous vous conjurons, ô mon Sauveur! de nous traite!*, non selon ce que nous méritons , mais selon l'inclination dominante de votre cœur, qui est de nous faire misëricorde. Ainsi soit-il.