CHAPITRE XL
nu PETIT NOMBRE DE CEUX Qri AIMENT LA CROIX
JÉSUS a maintenant beaucoup de gens qui aiment son royaume céleste, mais peu qui se chargent de sa Croix.
Plusieurs recherchent ses consolations; mais peu se plaisent à ses souffrances.
Il en trouve assez pour manger à sa table , mais peu qui veuillent imiter son abstinence. Tous veulent se réjouir avec lui ; mais peu veulent souffrir quelque chose pour Tamour de lui.
Plusieurs suivent Jésus jusqu'à la fraction du pain , mais peu jusqu'à boire le calice de sa passion.
Plusieurs révèrent ses miracles; mais peu embrassent Tignôminie de sa croix.
Plusieurs aiment Jésus, tant qu'il ne leur arrive point d'adversité. Plusieurs aiment Jésus et le bénissent, tant qu'ils reçoivent des consolations de lui. Mais s'il se cache, et s'il les abandonne tant soit peu, ou ils se plaignent, ou ils tombent dans un excès d'abattement.
2. Ceux, au contraire, qui aiment Jésus pour l'amour de Jésus , et non pour leur consolation particulière, le bénissent dans toutes les traverses et les peines d esprit, comme dans les plus grandes consolations.
Et quand même il lui plairait de ne leur accorder aucune consolation , ils ne laisseraient pas néanmoins de les loiier* et de l'en remercier continuellemept.
3. O combien est puissant l'amour de Jésus, quand ilest pur, et qu'il n'est altéré par aucun mélange d'intérêt ou d'amourpropre ! Ne faut-il pa^ regarder comme des mercenaires tous ceux qui recherchent sans cesse des consolations ?
Ne font^ls pas connaître» en n'envisageant, comme ils font, que leur cornmodite et leur avantage, qu'ils s'aiment plup que J---C. ? -
Où trouvera-rt-on un homme qui veuille servir Dieu gratuitement ?
4. 11 est rare de trouver une personne assez spirituelle pour être vraiment dénuée de tout.
Qui pourra rencontrer ce véritable pauvre d'esprit , qui ne tienne en rien à la créature? C*esù un trésor d\in si grand pria>^ qu'il faut i'aUer chercher au bout du monde. (Prov. 3i. 10.)
Quand Vhontme donnerait tout ce qu*il possède , ce ne serait encore rien en comparaison. (Gant. 87.)
Quand il aurait fait iine grande péni^ ten<^e , ce serait peu encore. Quand il au-^ rait acquis toutes les sciences , il en serait bien loin. Quand il aurait une grande vertu et la dévotion la plus ardente , il n'aurait pas encore tout ce qu'il lui faut; la chose la plus nécessaire lui manquerait.
Quelle est-elle cette chose? C'est qu'après avoir tout quitté, il se quitte lui-même, qu'il sorte entièrement de lui-même , qu'il ne retienne rien de son amour-prôpre , et qu'après qu'il aura fait tout ce qu'il aura cru devoir faire, il se persuade qu'il n'a rien fait.
5. Qu'il fasse peu de cas de ce qui parait grand et estimable ; mais qu'il se tienne
sincèrement pour un serviteur inutile :
suivant cette parole de la vérité même: Quand vous aurez fait tout ce qui voths aura été commandé , dites : nous sommes des serviteurs inutiles. (Luô. 17.
Ce sera alors qu'il possédera la véritable pauvreté et le dénuement d*esprit , et qui! pourra dire avec le Prophète: Je suis pauvre et délaissé. (Ps. 24* 16. )
Personne cependant n'est plus riche , plus puissant , ni plus libre , que celui qui sait ainsi renoncer à soi-même et à toutes choses, et se mettre au dernier rang.
-^PRATIQUE
Qu'il est de Chrétiens qui adorent J.-^G. pauvre dans sa crèche et soufî'raiit sur la Croix , qui ne veulent ni rien soufirir ni manquer de rien ! Et cependant il est né , il a vëeu et il est mort dans la pauvreté et dans les soufifrances, pour nous apprendre le dénuement de toutes choses , et la patience dans toutes nos peines ; pour nous apprendre^ dis-je, des vertus nécessaires a notre salut; pour nous les apprendre par ses paroles et par ses exemples, et pour nous en mériter la pratique par ses grâces. Que vous sert d'adorer J.-C-, votre Sauveur et votre modèle, si vous ne l'imitez, et si vous ne mettez toute votre confiance en lui? Prenez donc la résolution de pratiquer le dénuement de toutes choses, en privant vos sens de tout plaisir dai^gereux ou inutile, en refusant à votre esprit toute vanité et complaisance volontaires sur soi-même , et toute malignité à condamuer les .autres ; en dénuant votre cœur de toute attache à sa propre satisfaction, ou de toute recherche de lui-même dans les occasions. Portez même cette pauvreté intérieure et "ce dénuement jusqu'à renoncer en tout à votre propre volonté , pour ne désirer et ne faire que celle de Dieu, C'est ainsi
que vous cëdant à Dieu en toute rencontre, vous rétablirez le maître et comme le propriétaire de votre cœur , et que la pratique de ce constant dénuement fera de Dieu même votre partage dans Tëternité.
FRIBRS.
Je conçois , ô mon Sauveur ! une haute idée du dénuement que vous exigez d*un cœur chrétien , en l'obligeant de se céder à vous , et de substituer votre amour en la place de son amour-propre. Mais que je suis éloigné et même incapable de le pratiquer ae moi-mêmel Âidez-moi^ Seigneur, à me renoncer en tout^età mourir incessamment à moi-même. Ne soufirez
qu'il trouvera quclqi se rechercher en quelque chose, aussitôt il se quitte , et qu'il meure à soi-même , pour ne vivre plus qu'en vous et pour vous.
C'est alors que je pourrai dire avec votre apôtre : Jésus-Christ est ma vie, et il m'est avantageux de mourir à tout, pour ne pins vivre que de lui, comme lui, et pour lui. Ainsi soit-iL