LIVRE III. CHAP. III
que le monde fût créé, et avant que je fusse né dans le monde.
PRATIQUE
Il est étonnant de voir tout ce qu'une espérance vaine et trompeuse fait faire aux hommes pour un bien temporel et périssable, et le peu qu'une espérance solide, certaine et fondée sur la parole de Dieu même, fait faire aux chrétiens pour un bien spirituel et éternel. La vue d’un intérêt, et l'espérance de gagner du bien, tout incertaine qu'elle est, anime tous les cœurs, charme tous les déplaisirs, essuie toutes les larmes, soutient tous les travaux, et l'on se croit bien payé de ses peines quand on a acquis l'honneur, le plaisir ou le bien qu'on espérait. Il n’y a que l'espérance du paradis, et la vue d’un bonheur
éternel, lequel peut se. mériter par la patience et par les bonnes œuvres, qui n’anime, ne soutient et ne console personne.
Que j'ai deconfusion, Seigneur, de voir que je me donne tant de peine pour plaire au monde et pour contenter mes passions, et j'en prends si peu pour contenter ou votre justice par la pénitence, ou votre: bonté par F'éxactitude à mes devoirs: Hélas ! que ne faisje pour vous, 6 mon Dieu, ce que je fais pour moi ! Que n'aitje autant d'ardeur pour vous plaire que j'ai dé vivacité à me satisfaire ! Changez, Seigneur, changez l'objet et l'inclination de mon cœur. Substituez-vous:'en: ma place, et faites que: votre : amour ait en moi autant d'ardeur à vous
LIVRE III. CHAP. IV plaire que-votre amour-propre en a à me contenter. Donnez-moi pour vous cet amour qu'on peut appeler de dédommagement, c està-dire qui répare, par sa vivacité et par sa constance, les lâchetés et les alternatives de mon amour pour vous. Ainsi soit-il.