LIVRE III. CHAP. XX
d. Mais, Ô malheur déplorable!
un faux plaisir l'emporte dans une âme dévouée au monde : elle regarde comme des délices les épines qui la déchirent (JoB xxx, 7.), parce qu'elle n’a ni connu ni goûté les douceurs de Dieu et Les agréments intérieurs de la vertu.
Ceux, au contraire, qui ont un parfait mépris pour le monde, et qui s'efforcent de vivre à Dieu sous une sainte diseipline, savent quelle est cette divine douceur promise au vrai renoncement, et ils en voient mieux les égarements grossiers du monde, et les diverses illusions auxquelles le monde est sujet.
PRATIQUE
Il ne suffit pas de sentir et de connaitre sa faiblesse, ses misères et le danger perpétuel où l'on est de suivre ses passions et de
se perdre ; il faut encore s'en humilier devant Dieu, recourir à lui avec confiance, gémir incessamment des peines de notre exil, se rejeter et s'appuyer sur la bonté de Dieu, retourner à lui dès qu'on est tombé, se relever après ses chutes, et ne pas demeurer dans l'état de péché, de tiédeur et d'infidélité, où notre faiblesse nous engage.
Je vous avoue, Ô mon Dieu, que la vie me serait à charge, si je n'y trouvais à souffrir et à mourir pour vous. Agréez donc que, lassé de moi-même et fatigué des misères de cette vie, je les remette, ces misères, dans un cœur plein de miséricorde comme est le vôtre, afin que vous ayez la bonté de me soutenir, et de me donner la patience à me souffrir