LIVRE III. CHAP. XX
viteur, et l'assister en tout ce qu'il a à faire.
Animez-moi d’une force céleste, afin que je ne sois point maîtrisé par le vieil homme ; pour cette chair malheureuse qui n’est pas encore bien soumise à l'esprit, et contre laquelle nous aurons toujours à combattre, tant que nous serons én cette misérable vie.
Hélas ! qu'est-ce que cette vie, où l'on n'est jamais sans affliction et sans misère, où l'on est plein d'ennemis et d’embüches ? Car une tenwiion ou une affliction n'est pas plus tôt finie, qu'elle est suivie d’une autre ; l’on n’est pas même sorti du combat avec ce premier ennemi, qu'il s'en présente d’autres lorsqu'on y pense le moins.
4. Comment après cela peut-on aimer une vie si pleine d'amertu-
me, et sujette à tant de calamités et de misères? Comment peut-on l'appeler vie, elle qui engendre tan‘ de morts et tant de corruption ? Et cependant on l'aime, et plusieurs cherchent à y établir leur plaisir.
On reproche assez souvent au mondequ'il est vain et trompeur, et néanmoins on ne le quitte pas aisément, parce que ies désirs déréglés de la chair ont trop d'empire. Mais s’il y a des choses qui nous invitent à aimer le monde, il en est d’autres qui nous incitent à le mépriser. La concupiscence de la chair, la concupiscence des yeux et l'orgueil de la vie (JoaN.11,46.), nous portent à aimer le monde ; mais les peines et les misères qui les suivent par une juste punition. font naître pour Jui de la haine et du degont.