LIVRE III. CHAP. XXI
goût de l'éternité ; mais, pour y arriver, il faut se débarasser des amusements de l'esprit qui le dissipent et le retirent de Dieu, et des attaches du cœur qui le lient à la créature, afin que l’âme libre d'elle-même et affranchie de la servitude de ses passions, prenant, comme dit le Prophète royal, des ailes de colombe, s'élève vers Dieu et se repose en lui seul.
Comment puis-je, Ô mon Dieu, mon souverain bien et mon unique consolateur, m'élever vers vous, vous attirer à moi et me tenir fortement uni à vous, moi qui suis rempli, pénétré et accablé de tant de misères, d’inelinations déréglées pour le mal et de répugnances continuelles au bien?
Mais ce qui m'est impossible,
vous est facile, Seigneur. Je compte sur votre puissance et votre bonté. Vous savez l'état où je suis ; vous pouvez m'aider, si vous le voulez. Je gémis incessamment sous le poids de mes miséres, je m'adresse à vous pour en être délivré par votre miséricorde : je ne puis être content ct heureux que par vous et en vous.
Venez donc, & mon Dieu, venez
consoler et soutenir un cœur qui ne respire que vous, et qui ne peut vivre que de son Dieu et pour son Dieu. Ainsi soit-il.