‹ Imitation de Jésus-Christ [microforme]Chapitre 198 sur 417 · LIVRE III. CHAP. XXII · texte numérisé non relu

LIVRE III. CHAP. XXII

élever son esprit vers vous, et louer de tout son pouvoir votre bonté de ce que vous dispense, vos dons avec une si abondante effusion, si volontiers, si gratuitement et sans accep*‘on de personne. Tout vient de vous ; ainsi on doit vous louer en toutes choses.

Vous savez ce qu’il convient de donner à chacun ; etilne nous appartient pas de discerner pour- | quoi celui-ci a moins, et celui-là plus, mais à vous, en qui sont réglés les mérites de chacun en particulier.

4. C'est pour cela que je compte, Ô Seigneur mon Dieu ! que c'est même une grande grâce de n'avoir pas beaucoup de ces dons qui, brillant au dehors, semblent mériter aux yeux des hommes des louanges et de la gloire. De là

vient que, loin de tomber dans le chagrin, dars la tristesse ou dans l'abattement, par la considération de sa pauvreté et de sa bassesse, on en ressent bien plutôt beaucoup de consolation et de joie :

parce que vous avez choisi, ô mon Dieu ! pour vos amis particuliers et pour vos serviteurs ceux qui étaient pauvres, vils et méprisés du monde.

Tels ont été vos apôtres mêmes, que vous avez établis princes sur toute la terre. (Ps. xLiv, 47.) Ils ont vécu dans le monde sans se plaindre ; si humbles, si simples, si éloignés de toute malice et tromperie, qu'ils se réjouissaient même de souffrir des outrages pour votre nom. (AcT. v, H.), et qu'ils embrassaient avec beaucoup d’ardeur ce qui fait horreur au monde.

à. Rien ne doit donc donner

LIVRE III. CHAP. XXII 39 tant de joie à celui qui aime et qui connait vos bienfaits, que l'accomplissement de votre volonté en lui, et des décrets éternels de votre bon plaisir. Et cela doit le contenter et le consoler de telle manière, qu'il désire aussi volontiers d'être le plus petit qu'un autre souhaiterait d’être le plus grand, qu'il soit aussi paisible et aussi satisfait au dernier rang qu'au premier ; aussi disposé à être vil et abject, sans nom et sans réputation, que les autres désirent de se voir les plus honorés et les plus grands dans le monde; car votre volonté et l'amour de votre gloire doivent l'emporter en lui sur toutes choses, et lui donner plus de consolation et de plaisir que toutes les grâces que vous lui avez faites ou que vous pouvez lui faire.

Heureuse une âme qui est petite à ses yeux, qui est aussi Contente d’être au-dessous de tous que les autres le sont d'être audessus de tout le monde; qui fait consister son mérite et son bonheur à être inconnue, abjecte et méprisée, qui souhaite aussi ardemment d'étrelerebut et ec;mme l'horreur du monde que les autres désirent d’êtreestimés et honorés !

car cette âme fait les délices du Cœur de Dieu ; elle est grande aux veux de sa majesté, et se rend digne par son humilité de ses plus grandes grâces. Pour arriver à ce degré de perfection, il faut aimer la vie abjecte et inconnue, ne rien faire dans la vue d'être estimé et loué, agréer de bon cœur un mépris et un mauvais succès, comme une chose que

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