CHAPITRE XXVII
Contre les langues médisantes.
4. Jésus-Cnrisr. — Mon fils, n'ayez point de chagrins si quelques-uns ont une mauvaise opinion de vous, et tiennent de vous des discours qui vous font peine à entendre.
Vous devez avoir de vous-mi-
} me des pensées encore plus désa-
vantageuses, et croire que personne n'est plus faible que vous.
Si vous vivez de la vie intérieure, vous prendrez peu garde à des paroles qui volent.
Ce n’est pas une petite prudence que de setaire dans les rencontres fâcheuses, et de se tourner intérieurement vers moi, sans se laisser troubler par les jugements des hommes.
2. Que votre paix ne dépende point de la langue des hommes ; car, soit qu'ils interprêtent vos actions en bien ou en mal, vous n’en étes pas pour cela un autre homme. Où est la vraie paix et la véritable gloire ? n'est-ce pas en moi ? Celui qui ne désire point de plaire aux hommes, et qui ne craint point de leur déplaire, jouira d’une grande paix. Les inquiétudes du cœur et la dissipa-
LIVRE IL. CHAP. XX VIII ail tion des sens procèdent de l'amour déréglé et de la vaine crainte.
PRATIQUE
Rien n’est plus capable de nous inquiéter et de nous troubler que les jugements et les discours des autres sur nous. Nous nous faisons un mérite de leur plaire, et un malheur d’en être méprisés, et cependant qu'est-ce que l'estime
et le mépris du monde, qu'une ombre, une fumée, une vapeur qui sedissine,et qui n’ajoute rien à ce que nous sommes ou à ce que nous devons être! 0 respect humain, quand céderez-vous en nous au respect que nous devons à notre Dieu? Hélas! faut-il que les vues humaines quenousavons, détruisent en nous ce qui pourrait plaire à Dieu? Que dira-t-on de moi si je dis ou si je fais ceci?
Mais que dira Jésus-Christ, si je ne le dis ou si je ne le fais pas?
Ne vaut-il pas mieu. obéir à Dieu qu'aux hommes, plaire à Dieu que de plaire au monde?
Pourquoi done ne le fais-je pas ?
Ne souffrez pas, Seigneur, que le respect humain l'emporte jamais sur celui que je vous dois:
mais faites plutft que la vue respectueuse et souveraine de votre présence et de votre volonté nous engage à tout faire, à tout quitter et à tout souffrir pour votreamour.
O mon Sauveur et mon juge! attachez mon cœur au vôtre par la crainte de vous déplaire et par le désir de vous être agréable. Ainsi soit-il.