LIVRE Il. CHAP. LIV
le repos du corps, mais la grâce ne peut demeurer sans rien faire, et elle embrasse volontiers le travail.
8. La nature cherche à se proeurer ce qui est curieux et beau ; et elle abhorre ce qui est vil et grossier ; mais la grâce se plait aux choses simples et basses ; elle ne méprise point ce qui est rude, et se couvre sans peine de vieux haillons.
9. La nature a égard aux choses temporelles ; elle se réjouit d'un gain terrestre, elle s'attriste des.
pertes, elle s'irrite de la moindre parole injurieuse ; mais la grâce considère ce qui est éternel, ne s'arrête point aux choses du temps, ne se trouble point de leur perte, et ne s'aigrit pas pour des paroles trop dures, parce qu’elle a mis son trésor et sa joie
dans le ciel, où rien ne périt.
10. La nature est avide, et reçoit plus volontiers qu'elle ne donne ; elle aime ce qui lui est propre et particulier ; mais la grâce est charitable et communique ce qu'elle a : elle ne veut rien en propre, elle se contente de peu et juge que c'est un plus grand bonheur de donner que de recevoir.
(Acr. XX, 55.)
11. La nature a du penchant pour les créatures, pour sa propre chair, pour les vanités et pour les conversations ; mais la grâce porte à Dieu et à la vertu, elle renonce aux créatures et elle fuit le monde : elle hait les désirs de la chair; elle retranche toutes les allées et les venues, et rougit de paraître en public.
12. La nature est bien aise d'avoir quelque consolation extérieu-