CHAPITRE VI
Mesures prophylactiques en rapport avec cette notion.
Ce n’est pas une notion nouvelle ; elle a, nous l'avons déjà dit, été notée depuis longtemps par bien des auteurs, mais aucun ne nous a paru avoir suffisamment insisté sur l'importance de son rôle. Nous nous défendons d’avoir voulu démontrer ce qui l’est abondamment ; il nous à simplement paru utile d'essayer de faire ressortir la valeur incontestable de ce facteur souvent négligé.
‘Quand l'existence et le rôle des porteurs de germes furent établis, il apparut comme une nécessité urgente d'organiser une lutte contre eux, puisqu'ils constituaient un danger constant et obscur.
La campagne antityphoïdique allemande, entreprise en 1903, en est un bel exemple. L'organisation
était très importante, et on est en droit de se demander si elle a obinu des résultats en rapport avec ses
efforts. M. Debré (Revue d'Hygiène, 1919), les étudia
en Alsace-Lorraine et nota une baisse de la morbidité
quant à la fièvre typhoïde de 56 %. Mais, si l'on,
regarde les choses de plus près, on remarque que cette chute ne fait que prolonger celle que présente la courbe relative à la morbidité par la fièvre typhoïde depuis que furent entreprises les mesures d'hygiène générale : assainissement, vaccination, etc., etc. |
D'ailleurs, il est toujours très délicat d'instituer de pareilles entreprises. D'abord parce qu'elles représentent une lourde charge au budget de l'assistance publique, et qu'on a pas le droit de distraire pour des actions illusoires des ressources qui peuvent être si utiles ailleurs. Ensuite « parce que l'on ne saurait trop méditer cette pensée, comme le dit M. Jeanselme, que toute mesure violemment imposée et contraire aux habitudes et au génie d’une race n'est pas viable. »
Dans le cas particulier qui nous occupe, à savoir la lutte contre les porteurs sains, cette difficulté at
teint son maximum ; on peut, en temps d'épidémie,
faire accepter à la population civile des mesures même très strictes ; on peut, dans des milieux scolaires et militaires, veiller et agir utilement sur le
porteur sain ; mais comment, en temps normal, ne
ER
pas se heurter à l’insouciance, pour ne pas dire à la mauvaise volonté, d'un sujet qui n’a jamais été malade et qui ne croira que bien difficilement qu’il est un danger permanent pour la société. Le tuberculeux évolutif finira par consentir à ne pas disperser ses microbes à tous les vents ; le porteur sain, dans la majorité des cas, ne se soumettra pas volontairement et emploiera même toute son habileté pour échapper à des mesures de surveillance et de prudence. D'ailleurs en Allemagne, où un esprit de discipline passive est un puissant auxiliaire de l’hygiène, on a dû cependant supprimer assez vite certaines règles trop strictes concernant les porteurs de germes.
On nous répondra que dans toutes les questions d'hygiène et de prophylaxie on se heurte à ces mêmes inconvénients, et que jamais on n'’essaierait de lutter avec de telles craintes ; si, car ces craintes
doivent diriger le plan à établir, ces craintes et aussi
la connaissance chaque jour plus approfondie du mode d'action de ces porteurs sains.
C’est en s’attachant à ne pas séparer l’idée de porteur sain de celle de milieu intermédiaire que l’on doit orienter la prophylaxie. Dans la courte étude
qui précède, nous avons maintes fois répété que le
porteur sain et le milieu intermédiaire doivent être réunis pour que naisse l'épidémie ; essayons en pra-
tique de les séparer. Il faudrait écarter le porteur de
germes de certaines professions dans lesquelles le sujet doit manipuler des aliments ; cette mesure semble être d’un intérêt puissant pour la santé publique, quand on constate le nombre d'épidémies dues à des bonnes à tout faire, des cuisiniers, des pâtissiers ; quand on pense à l'envergure que peut avoir une épidémie de tÿphoïde ou de diphtérie éclatant à la faveur d’un lait pollué.
Cette mesure est d’ailleurs une de celles qu'on a cru devoir maintenir en Allemagne contre les porteurs de germes typhiques.
Mais, pour éloigner les bacillifères de certaines “professions, il ne faudrait pas attendre qu’une épiépidémie se soit produite ; le dépistage des cas, pour être fructueux, devrait être rationnel ; à la suite de la déclaration obligatoire d’un cas de maladie contagieuse, automatiquement, une enquête devrait s'établir parmi ceux qui ont approché le malade, pour rechercher les porteurs de germes et s’enquérir s'ils n'occupent pas un des postes.cités plus haut.
La prophylaxie pourrait être encore plus offensive en créant des centres de triage professionnel qui écarteraient les porteurs de germes des métiers où ils deviennent particulièrement dangereux.
Dans tous les cas dépistés, le porteur devrait être instruit abondamment du danger qu'il constitue et des précautions qu'il peut prendre pour le diminuer.
Une autre série de mesures viserait le milieu intermédiaire dans ses manifestations multiples : surveil-
lance bactériolique du lait et de ses dérivés, des viandes et de leur conservation, réglementation de certaines préparations constituant des milieux émineéemment favorables aux microbes, en été surtout (gélatine, gâteaux à la crème, charcuteries diverses, etc., etc.).
La prophylaxie déjà si bien établie contre certaines maladies contagieuses doit s'enrichir chaque jour de nouvelles règles, qui ne sont d’ailleurs que les corollaires de la puissante lutte pour la préservation de la santé publique entreprise comme une croisade par nos grands hygiénistes modernes.
me
SN