Importance du parcours partiel sur les chemins de fer
Lorsqu’un chemin de fer est exécuté et exploité par une compagnie, elle est maîtresse de proposer le tracé dans lequel elle croit reconnaître les avantages qui compensent ses sacrifices.
Si on établit en principe que les chemins de fer doivent être exécutés en tout ou en grande partie par l’État et avec les fonds du trésor public , c’est-à-dire avec l’impôt, le bon sens et 1 équité exigent que les lignes arrêtées desservent la plus grande population possible, attendu que chacun participant à 1 impôt, on doit chercher à le rembourser, autant que faire se peut.de sa part contributive par l’utilité qu’il pourra retirer des chemins de fer.
Il est vrai que d’autres éléments concourent à la formation de l’impôt, éléments qui au premier abord ne paraissent pas venir de la population : telles sont les contributions foncières, les contributions indirectes, les douanes, etc. ; mais avec un peu de réflexion, et en s’appuyant d’ailleurs des faits statistiques et financiers, on ne tarde pas à remarquer que là où il y a le plus de richesses, source de ces contributions, là se
trouve généralement une plus grande population, et en définitive la population représente en quelque sorte l’impôt ; cette
hase est effectivement admise dans notre gouvernement représentatif pour la formation de la Chambre des Députés, lesquels sont appelés à la discussion de l’impôt en nombres à peu près proportionnels à la population respective des différentes parties du territoire français.
Ce serait donc, selon moi, un des principes du tracé d’un chemin de fer exécuté par l’Etat que quand la direction générale d’une ligne est adoptée, elle doit être déviée , et altérée même, de manière à ce que son tracé de détail passe autant que possible par les lieux les plus populeux peu éloignés.
Dire de Combien on doit se détourner de la direction principale pour s’approcher des agglomérations d’individus est un point délicat qui laissera toujours de l’incertitude ; je veux seulement ici montrer par des résultats tirés de quelques chemins de fer en activité que les relations intermédiaires, entre elles ou avec les deux extrémités d’une ligne, donnent lieu à une circulation sur laquelle on ne paraît pas avoir porté assez d’attention jusqu’à présent, et qui est le plus souvent prédominante (1) ; d’où j’infère que la déviation, loin d’être un aussi grand mal qu’on l’a pensé, peut produire un bien.
Lorsque sur un chemin de fer terminé par deux grandes villes on compare la circulation des voyageurs allant d’une de ces villes à l’autre avec la circulation de ceux que donnent ou reçoivent les points intermédiaires, on est frappé de la grande influence de ces dernières relations, lesquelles donnent souvent la prépondérance au parcours partiel sur le parcours total .
La circulation ou l’utilité des différentes parties d’un railway est assez bien représentée par le produit du péage, qui est en raison composée du nombre de personnes et de la distance qu’ elles ont parcourue. On arrivera donc à la connaissance du rapport dont je parle , en comparant le chiffre des
(1) J’avais déjà exprimé cette opinion et donné des faits à l’appui dans une discussion qui a eu lieu en mai 1841. Depuis j’ai étendu mes recherches, elles n’ont fait que fortifier mon opinion.
recettes fournies par le parcours total avec celui des recettes données par le parcours partiel, ou, ce qui fera encore mieux ressortir ce que j’ai en vue de montrer, en comparant la recette des parcours partiels avec la recette générale de tout le chemin, eu égard aux voyageurs.
Voici les résultats pour quelques chemins de fer.