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DANS LA SÉANCE DE LUNDI 10 OCTOBRE

DE L*ASSOCiATlUN SCIENTIFIQUE POUR l'aVANCEMENT DE LA MÉTÊUKOLOGiE ET DÉ l'astronomie

IMIÈSIDENCE DE M. LE VEURIEU

Ce ne fut qu*à 5 heures 45 minutes du soir que M. Nadar put entin crier le fameux . Lâchez tout !

La ville de Bruxelles n'avait fourni que fort tard (à midi 3/4), les sii mille mètres cubes de gaz nécessaires pour gonfler le Géant.

Au moment du départ, on s'aperçut que ce gaz, excellent pour Téclairage, était très lourd, et n'avait qu'une force ascensionnelle très faible. Le ballon ne voulut s'enlever qu après la descente de quatre voyageurs. Lui qui, en caplivilé et en plein Champ-de-Mars, à Paris, avait emporté trente-cinq artilleurs avec tout le matériel, refusait à Bruxelles treize aéronautes. Nous restâmes neuf et le Géant quitta la terre aux applaudissements prolongés d'une foule immense.

A trois heures, nous avions reçu la dépêche suivante due à la courtoise sollicitude de M. Le Verrier :

a Paris, Observatoire, 1 heure 30 minutes.

^ Beau. Nuages élevés marchant E. à 0. Girouette E. un quart N.-E. faible. Baromètre 771 mill. 4.

» Ce malin, beau et vent faible sur nord France et Belgique. »

— Nous n'irons donc pas en Allemagne ou en Russie ! — Telle fut l'exclamation générale de la part des voyageurs.

— Le ciel est pur; le vent est doux : nous sommes plus favorisés que vous ne le croyez, messieurs, reprit M. Nadar. Souhaitons de ne pas tomber dans la mer, et remercions M. Le Verrier,

Le désir de M. Nadar eût été de faire un très long voyage , de passer toute la nuit en ballon, et de commencer les observations scientifiques le lendemain, dès l'apparition de l'aurore. Mais pour cela un vent soufflant do l'ouest eût été nécessaire. Le contraire se présentait : il fallait bien faire contre mauvaise fortune bon cœur.

La commission scientifique, nommée par le gouvernement belge et composée de MM. Sierkx, aide- de-camp du Ministre de la guerre; Léon Derote, ingénieur des ponts et chaussées ; Frédérix, lieutenant d'infanterie, — se mit alors à placer dans la nacelle tous nos instruments (baromètre à siplion de Fortin, hygromètre condenseur de M. Regnault, thermomètre à minima de Walferdin, boussole à réflexion, etc.) — avec un certain regret, car elle prévoyait, — on vient de le voir, — que nous ne serions pas dans les airs, le lendemain, pour faire au grand jour toutes nos expériences.

M. Nadar s'était préoccupé aussi d'un moyeu de sonder la distance de la nacelle à la terre, par les nuits même les plus noires. A cet effet il avait fait attaclier à la nacelle unesonnerie d'alarme inventée par lui, et qu'il fit disposer par M. Cambier, ingénieur belge *.

Au moment du départ, le baromètre Fortin de la nacelle indiquait une pression de 769 mil!. 72 après réduction à 0, et le thermomètre marquait + 1^ degrés.

Nous traversâmes Bruxelles de l'est à l'ouest, et nous prîmes la direction de Ninove, qui se trouve à l'ouest de la ville. Il était 5 heures 50,

La boussole à réflexion, que nous avons consultée, donnait pour l'angle de notre direction avec le nord 272 degrés. Nousallions donc vers l'ouest avec 2 degrés nord.

Le baromètre marquait 7J 5 mill. 12, et le thermomètre 12 degrés. Nous étions donc à une hauteur de 620 mètres.

Nous fûmes spectateurs d'un splendide coucher de soleil. L'horizon était cerclé d'une bande de feu d'un rouge éclatant, qui se bronza bientôt, et fut éteinte par une nuit sans lune et très-noire. Les étoiles brillaient d'une vive splendeur dans un fond sombre et répandaient

• Cet appareU se compose de ressorts attachés liorizontalement et au-dessus de la balustrade de la nacelle. Us out toujours une tendance à remonter, et libres, se tiennent presque debout. Devant ces ressorts se trouve une sonnette, qui est fixée à une lame de fer, elle-même attachée à deux tiges ou crampons fixés à la nacelle. Cette lame tourne, et en tournant agite la sonnette, qui est parallèle à la balustrade, et en est écartée d'une distancé égale à la longueur des ressorts. Pour faire usage de cet appareil, on attache nar uue corde un poids à Textrémité de chacun de ces ressorts. Ce poids les fait anaisser, et comme ils sont de môme longueur que la distance qui sépare la lame portant la sonnette de la nacelle, ils agitent cette lame et cette sonnette quand ils passent soit par-dessus, soit par-dessous. Le poids est assez fort pour les maintenir courbés sous la lame, mais la pesanteur de la corde ne l'est pas assez. Quand le poids ne les maintient plus, ils remontent donc et exécutent le mouvement de sonnerie. A ces quatre ressorts, M. Nadar a fait attacher quatre ficelles de longueurs différentes, 200, 150, 100 et 50 mètres, — afin de tout prévoir, — car bien que la plus longue dût porter avant les autres, il peut se faire que le ballon descende obliquement et avec une grande rapidité. Dans ce cas , les sonneries successives et presque simultanées avisent impérativement d'avoir à délester bien vite. Comme on le voit l'idée de M. Nadar est aussi ingénieuse que praticable. L'expérience l'a prouvé.

comme une vague lumière, mais insuffisante pour nous voir d'un bout à l'autre de la nacelle; nous ne pouvions lire ni l'heure à nos montres ni les graduations de nos instruments, à moins de nous servir d'une lampe de Davy, allumée à l'avance, mais éclairant trop peu pour permettre de bonnes observations.

Nous avons souvent senti sur la nacelle une légère brise, qui devait coincider avec chaque changement de direction et de courant. C'est M. Nadar, le premier, qui a observé ce fait dans ses précédents voyages, contrairement au dicton aérostatique disant qu'une bougie allumée dans la nacelle ne serait jamais éteinte.

A sept heures, nous passions au-dessus de Ninove ; à huit heures, nous planions au-dessus d'Audenarde. Nous demandâmes avec un porte-voix où nous étions, et nous entendîmes très distinctement répondre : a Audenarde ! »

A huit lieures trente minutes, nous passions sur Courtrai. Jusqu'à neuf heures trente minutes, nous nous sommes dirigés vers le nordouest. A partir de ce moment, le ballon prit une direction vers la droite, c'est-à-dire plus boréale. Ce changement a été constaté par les aéronautes. Le Géant même sembla s'arrêter un instant, hésiter et attendre une décision de la pari du vent, qui était très faible.

Au bout de quelques minutes, nous reprîmes la direction du nordouest, non sans être promenés dans divers sens au-dessus de la Flandre occidentale, poussés et repoussés tour à tour par le vent d'est, qui nous avait amenés et la brise de mer qui soufflait de la côte en sens presque opposé.

Quand nous avons changé de direction, après avoir passé au-dessus de Courtrai, nous avons alors suivi une route mieux déterminée et notre vitesse s'est accélérée. Nous avons pris la résultante de la rencontre des deux courants d'est et de nord-ouest. Nous avons vérifié ce fait, le lendemain matin, en relevant à la boussole à réflexion la direction du guiderope ^ tendu derrière la nacelle et que traînait le ballon sur le sol. Il nous a donné la projection horizontale de la route tracée dans l'air par le Géant, et nous avons trouvé qu'il allait de TE. N. E. à TO. S.O., c'est-à-dire que, si nous n'étions pas descendus à Ypres, l'aérostat passait au-dessous de Boulogne, traversait la Manche, en suivant le sud de l'Angleterre et allait se perdre dans l'Océan atlantique. Lorsque nous avons vu que l'aérostat accélérait sa vitesse et que

* Le Quide-rope, dont la Iradaction corde-terre indique l'usage, est une longue corde due à l'invention de Green, que Taérouaute f iit filer hors du bord de la nacelle quand il veut descendre. Elle porte la première sur le sol où elle s'étend traînant à l'arrière de la nacelle au fur et à mesure des progrès de la descente. Elle est terminée par une guette de cheval^ qui se charge d'eau, de boue, de scories. Elle s'alourdit ainsi, et fait vis-à-vis du ballon en marche l'ofûce d'uu véritable serre- frein sur les voies ferrées.

nous allions rapidenaent vers la mer, M. Nadar a ordonné la manœuvre |)our la descente.

A ce moment, nous sentions un froid 1res vif : malheureusement il nous a élé impossible d'observer le Ihermom^ilre. Au bout de dix minutes, nous touchions mollement la terre, à 10 heures du soir, après quatre heures quinze minutes de navigation aérienne.

Nous demandâmes où nous étions à des paysans qui s'enfuirent d'abord et ne revinrent auprès de nous qu'avec mille précautions, et ils nous répondirent : <c Hameau de Sainl-Julien, à 6 kilomètres audessus d'Ypres, à 26 kilomètres de la mer et à 105 kilomètres de Bruxelles. »

Si nous étions restés encore une demi-heure dans les airs, M. Nadar ne pouvait plus dire : a Tant que j'aurai du gaz au-dessus et de la lerre au-dessous, j'irai. » La terre allait manquer. Nous sommes descendus afin de pouvoir recomniencer un nouveau voyage aérostatique qui, nous l'espérons, pourra nous permettre de faire quelques observations utiles à la science. Nous ne demanderons rien, je dois ajouter, h V Association pour l'avancement de la météorologie et de l'astronomie — que sa bienveillance et le concours précieux de ses conseils. Le Géaiic

) — par la voix de M. Nadar — se met avec empressement à son service.

* \J Association ne doit rien avoir à dépenser à ce sujet. C'est la curiosité

i publique qui doit payer — et qui payera — en France comme à l'élrau-

1 ger, les observations scientifiques.

[ Le Géant tient à honneur de se mettre gratuitement à la disposition

i de la science et des savants.

TûVis. Inip. de Dubuiston (.1 Ce r. Cnq-llOioii. u - ».;2

!X)Ulî PAUAITHI' UlUllllAlNgMKNI

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