I. Exposition Albert Besnard. Galerie Georges Petit
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Fréquemment, un instinct railleur et léger nous porte à déprécier les contemporains que Tavenir imposera, on s^obstine à ne reconnaître que le passé ; ce qui est ne sera jamaisjpour la majorité, égal à ce qui fut. Erreur qu’il faut repousser sans relâche, car une époque, pour atteindre au plein développement de sa culture, doit savoir prendre conscience de ses ressources et se tourner attentive vers ceux qui en constituent les éléments ; il en est de la société comme de l’homme, elle doit savoir prêter l’oreille aux bouillonnements de son sang, comme en reconnaître les faiblesses, sans se taxer ni d’orgueil ni de honte. Aussi, sachons, sans attendre demain, être fiers de ceux de notre temps qui en sont les flambeaux et rémémorons-nous l’exposition, trop tôt close, des œuvres d’Albert Besnard,où se réfléchit son âme ardente ; l’effet de pareille manifestation reste un bienfait présent.
Et nulle autre part, l’attention ne saurait être sollicitée avec plus de fruit que dans notre Nord industriel, centre de travail et
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d’idéal, dont l’esprit solide est susceptible aussi de s’intéresser à la besogne de l’artiste initiateur aux joies de la vie et à la noblesse de reilort collectif.
Je n’ai point à refaire le commentaire des toiles réunies, ])rôtées par les collections privées ou sorties récemment de l’atelier db\lbert Besnard, non plus que de la théorie aux grâces captivantes, des compositions au pastel, au lavis, à l’eau forte dont le catalogue comptait plus de quatre cents numéros. L’historique d’un tempérament et d’une vie aussi remplie se trouve exposé dans une préface écrite par M^^Besnard, préface que je reprendrai, dont je puis affirmer qu’elle reste le guide averti et nécessaire, le plus S})irituel que critique ait ordonné pour notre instruction dans le livre aux pages éployées par Besnard, pour le bien des esprits. Je redirai seulement l’attraction, l’impression.
En deux salles voisinent les œuvres en dispositions concordantes, il n’y a plus là vision d’un éclair exceptionnel au milieu de l’incohérence ordinaire dos expositions, mais
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un ensoleillement égal, faisceau de rayons divers, cependant homogènes, entre lesquels aucun corps étranger ne vient s’interposer, dont aucune importunité ne vient troubler la quiétude. Lyrisme de la couleur en ses combinaisons de fragments empruntés aux cercles de riris ; jeux et ris de gris et de franchises, des ombres transparentes,soutiens du modelé crâne, et des surfaces lumineuses, diaprées les unes et les autres ; par ces ressources, réserves crues en lui et accrues par la science, Albert Besnard retrace toutes vies, flexions de nuques féminines, aristocratiques images de la grâce française, chairs avivées à l’arc-en-ciel de cascades en perles au lac d’Annecy, nudités moites, réflectrices de Tafricaine bleuité.
Les croquis, les gestes indiqués sont les premiers apprêts de portraits où sur la grisaille préparatoire encore, expressive déjà de l’intimité comme de l’attitude du modèle, le peintre se livre entier à l’exécution libre qui donne à l’effigie une fraîcheur de fleur éclose du matin, solidement basée sur sa tige nerveuse ; ils sont
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rembryon, pulpe chère de l’idée formulée qu’ils recèlent complète, des grandes décorations où la fougue mènera les cortèges olympiens et roulera les mondes. L’artiste, perspicace du tréfonds que recouvrent les figures humaines, comprendra le mobile des actions et leur cours éternel que ses peintures murales transcriront en symboles n’ayant rien à redouter d’une péremption ; peintre de la ronde des heures dans l’encorbeillement des nuées safranées et roses, autour du Phébus d’or, il sera, dans la décoration de l’Ecole de pharmacie et des monuments de Paris à la science, celui de l’Humanité et de sa revivification. De ces travaux grandioses, l’exposition des salles Petit, qui d’ailleurs n’eussent pu les contenir, nous permit dé juger l’origine et l’ascension vers la sereine gravité. N’oublions pas que pour sa part, notre région fut spécialement favorisée par le séjour de Besnard à Berck-sur-Mer ; en tableaux clairement suggestifs, il y compose un de ses poèmes sur le dévouement au Bien, auquel libéralement, en caractère accompli par la magni-
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ficence et ie désintéressement, il consacre plusieurs années, descripteur de la maladie, de la convalescence, de la régénération qui nous fait du devoir une loi commune vers l’idéal de fraternité .
iVubaine en même temps pour le studieux que de pénétrer un métier de cet aloi : huile et eau, gouache, détrempe, véhicules et procédés maniés avec une dextérité consommée ; frottis brossés, coulées, taches et zébrures lavées, posées, lacées d’une main infaillible. Quand l’ouvrier est de cette taille pour servir le sens intérieur que l’on sait, Tétendard à ses armes claque au vent dans l’histoire.
Je désire maintenant revenir aux lignes de Besnard, préface introductive du catalogue. Rare le critique d’art qui sache, en pleine connaissance,exposer le principe d’une œuvre et sa direction, expliquer les filons divers, gisements de richesses en apparence diiïérentes, mais en réalité parentes, constitutives d’un tempérament, et pour suivre son cours, se fonder non sur des extériorités, ce qui est à la
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portée (le tous, mais sur révolution intérieure, ce qui est à la portée de peu. Besnard a
réalisé la une page littéraire que l’éloge amoindrirait, claire et logique, transcendante, adéquate à Fart qu’elle analyse ; elle est la main amie dont le soutien supprime notre peine dans l’accession aux esthétiques de Nietzsche et de Schopenhauer .
Dans la critique d’art, une poignée de littérateurs, historiens respectés et écoutés sont les compagnons de l’artiste digne, chéris de lui, petite troupe vengeresse des platitudes ignares et des prétentions qui pullulent, usurpatrices du titre de critique pour élever en vain ce qui ne leur est pas supérieur. Aide heureuse, quand dans le groupe, aux côtés du littérateur, il arrive à l’artiste lui-même de prendre une place, conférencier qualifié de ses pareils. Pouvoir de Besnard, descripteur émérite, panégyriste chevaleresque de Carrière, au soir où pour la dernière fois, il nous fut donné de haleter sous l’éloquence hachée du grand tribun de la plèbe ; pouvoir de Besnard en ses lignes.