I . Le Beffroi y iQoS
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cérulé du printemps baignant les bâtisses blanches, le domaine d’un hobereau. Dans le bâtiment rectangulaire qui se profile entre la rue et les jardins sont compris les ateliers de sculpture, vastes cubes qui se pressent symétriques, deux d’entre eux abritent en leur mystère silencieux les trésors issus du génie de Rodin.
Rapidement, nous traversons le premier, affecté aux praticiens, d’où récemment sortaient les Victor Hugo olympiens écoutant les voix inspiratrices ; là des gestes mesurés mettent au point la précieuse matière qui prend la forme de vasques symboliques et de corps au sortir de limbes ; là le Penseur, colosse de bronze noir, attend le Panthéon, en sa masse réfléchie l’action va suivre le tourment de la pensée, il va se lever à la minute qui vient et se mêler à nous tout petits, angoissés de son énormité.
Puis on pénètre dans l’atelier semblable du maître ami, il nous précède, avec sa bonne grâce exquise et coutumière, par l’étroite
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ruelle sinuant entre les groupes et les selles qui sous la main lente virent circulairement pour mettre en lumière les profils successifs de Tœuvre. 11 reste jeune, râblé, à fencolure solide et souple comme celle d’un faune antique, aux traits accusant la finesse ; l’œil mi-clos pétille de malice dans la vivacité d’une explication ou bien s’éveille, grand ouvert vers ma compagne, curieux toujours d’une étude nouvelle : « Ce masque vous plaît-il? » Gladel ajustement saisi et décrit ce regard. Parmi les palpitations de vies imprévues et les formes ailées retenues dans leur élan par la buée de marbre que le maître a pris soin de laisser à leurs bases, voici les toutes récentes : l’Adolescente s’abandonnant sur Zéphire éployé qui l’emporte dans la nuée marmoréenne ; étrange sensation de matière volatilisée, projetée vers l’éther, adorable alanguissement d’un corps virginal et neigeux qui s’offre tout entier dans un rêve d’oubli, confiant en la force de celui qui le porte, protectrice du repos dans l’azuré voyage. L’ondoiement des membres graciles
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et pleins aussi, le retour du bassin sur le torse, des jambes sur elles-mêmes, la cambrure des petits pieds infléchis l’un vers l’autre en imprévu mouvement font du motif une fleur épanouie de charme, de jeunesse idéale, mais vivante et de foi sereine, si fraîche que tout à l'heure quand elle sera plus haut dans l'air, il va sûrement neiger des petites fleurs. Quel exemple pour ceux de nos académies qui croient ne pouvoir indiquer le mouvement sans ostentation ni prétentieuse raideur ! Rodin connaît le secret des antiques, s’il faut accentuer pour donner l’impression du réel, c’est dans le sens du caractère que seul d’ailleurs peut rendre un tact exceptionnel.
Ensuite, un buste d’homme, bronze aux plans volontaires, signes de jugement et de décision, auquel pendant les vingt journées, période de liberté que le modèle consacra entière à l’artiste, celui-ci travailla sans arrêt, n’abandonnant la tâche que rompus de fatigue, et modèle et sculpteur. « Et ce délai put suffire, car l’homme posait si bien ! », dit-il reconnaissant, dans sa modestie
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habituelle ; réflexion à retenir pour certaine jeunesse moins inquiète d’étude que de louange . Enfin, un marbre de femme, radieux de pureté, nimbé de la couronne d'une chevelure épaisse selon la mode gracieusement appliquée, la chute des épaules et le creux de la gorge noyés dans la pierre. Il fallait l’interprète subtil pour allier dans ce noble visage les qualités d’un éphèbe de Masaccio et la langueur féminine dont se trouvent imprégnés les yeux, les lèvres et les ailes du nez frémissantes ; la tête tourne sur le socle sous les rayons filtrés par le haut vitrage et l’on se surprend à aimer follement la matière transmuée, si souvent froide et insupportable... ailleurs. L’exactitude des grands volumes encore ici se vérifie avec une richesse de détails fouillés sous l’apparence du sacrifice : science et scrupule ; mais Rodin aura beau s’en défendre et je fais cause commune avec Judith Gladel, le sentiment seul peut ainsi dans le marbre attendrir les yeux d’une femme. Les volumes, pensait à mi-voix Rodin devant la Tête de cire de Lille, oui, mais
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aussi l’amour infini dans celle-ci comme dans celle qu’il termine.
Le modèle arrive en toilette d’une distinction sûre, il est debout devant la psyché, seul meuble de l’atelier, réveillant de son acajou riche le gris des parois nues et Tunité du peuple homogène ; d’un geste aisé la dame se décoiffe et dans le poudroiement de l’ambiance incolore où s’estompent les murs, sa haute silhouette drapée de bleu s’avance, en valeur, vers celle du maître, noire, qui va disparaître sous le sarrau blanc pour commencer le travail et s’absorber devant le visage de la femme, inspiratrice. Le modèle saisira-t-il l’entière beauté de son buste déjà vivant ?
Le même jour de soleil, j’avais revu au palais de l’avenue d’Antin, dans une harmonie d’ombre bleue et de lumière dorée, les deux statues exposées par Rodin ; la souplesse est le caractère de la figure couchée, au dos scrupuleusement modelé, souplesse et majesté pareilles à celle de l’autre dressée, qui par le hautain équilibre des masses et des lignes évoque une
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impression de triomphe, telle la Victoire de Samothrace. Songeant à ces choses, sous les massifs de marronniers géants assis sur un bloc de marbre fruste, base d’une rustique tonnelle, je revivais dans les âges et revoyais des divinités blanches dans le style des bois sacrés; ma pensée remontait à Donatello et plus haut dans les temps, à Phidias, aux temps renommés.