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Pour une exposition. Galerie Georges Petit

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lucide de soi-même en un lieu différent de celui de la conception, propice en outre à l’échange des idées, source de forces nouvelles. De là le groupement des toiles énumérées, temps d’arrêt léger non pour la recherche d’une voie autre, mais pour la continuation de celle instinctivement suivie dès un long temps, puis délibérément choisie conforme au tempérament.

L’expression de milieux intimes et d’harmonies en accord avec l’être même qui éprouve le désir de s’énoncer et de fixer un rythme de la chanson perçue discrète dans l’ambiance est le but. Heureuse est l’artiste d’y trouver la satisfaction de vie, accrue lorsqu’à autrui parvient à se communiquer son émotion intérieure. On traduit sa propre existence : ici l’âme calme et concentrée aime les heures tranquilles de la vie des êtres et des choses en correspondance avec sa propre pensée, et sûre de n’être point déçue, vit dans la paisible vérité des jours qui passent, traduisant avec amour sincère ce que d’aucuns lui disent, pénétrée de leurs

MARIE DUHEM

charmes successifs, mais non exemple des tourments inhérents à quiconque s’efforce à la création d’un peu de beauté. La préférence est en elle surtout des heures blondes, où visages et choses semblent apparaître plus significatifs, que ce soit la figure amie dans le cercle familier, la maison dans son enclos ou la fleur au rebord du verre, au moment où l’œil la perçoit avant f effeuillement souvent proche, harmonisée par le sort journalier et non par le dessein.

Et comme il se doit, à travers l’œuvre se lit l’origine, doublement, quand les impressions ataviques se formulent sur le sol natal, au sein de la race où s’est continuée l’existence et où les facultés émotives en restant générales s’essorent plus intenses. Marie Duhem est originaire de la campagne d’Artois, de cet Artois mystérieux et primitif, peuplé de petits villages encerclés de verdure piquant, de leurs bouquets foncés, la plaine rousse ou verte, et les souvenirs de l’enfance aux impressions neuves et profondes, richesse en nos cerveaux, se retrouvent

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en son art accrus du charme spécial au pays berceau. Au cœur d’Artois et de Flandre sommeillent, enfouies, les maisonnettes coiffées de chaume ou de tuile, aux murs blanchis de chaux, assises au bord de jardinets humides, parterres humblement fleuris, cernés de buis. Du logis proche, les tout petits enfants gagnent Forée du bois, la main dans la main, craintifs, ou bien, près du seuil, les fillettes commencent une ronde sur un air de complainte vieillotte, aux feux du couchant. Là aussi sont les béguinages aux fleurs naïves caressées par des mains gourdes, les théories des sœurs, formes noires sur les pelouses sombres, ou blanches dans les sapinières au sol rougi d’aiguilles orangées. Si des terres, la route est suivie vers la mer, sous les ciels renouvelés, aux horizons plus bleus, les terrains sont plus blonds, de blancs et de sables, où s’érige la gerbe durement récoltée; au mystère des provinces intérieures succède la séduction de leur ceinture humide de la vague vert tendre de la Manche.

Plus que tous autres, un lien joint les sen-

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sibles aux êtres et aux milieux, et le nœud se resserre par le travail qui les fait d’eux plus proches encore. Quant alors aux liens de vie s’ajoutent ceux du sang, et lorsque les ancêtres ont, sur une même place, déjà poursuivi l’œuvre d’une même race, par le temps préparé, le cerveau de l’artiste à son tour, dans le champ épi d’or plus riche, célébrera justement dans la grande vie la sève de son sol. Ainsi, dans l’amour du milieu qui élève à la compréhension de l’universelle harmonie, une ferme conscience guide l’œuvre selon les forces, flamme claire et tendre épandant autour d’elle le rayonnement de sa sérénité.

Qu’il me soit permis d’en exprimer le reconnaissant témoignage.

LE VIEUX JARDIN DE FLANDRE

QiCavez-vous fait de la beauté ?

Ruskin

Dans la maison blanche, Gélis douloureusement songeait. Gomme elle était jolie, la maison où vivait Gélis, longue et basse, sans

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