QUESTIONS RELIGIEUSES
La mosso consulaire. — Une manifestation française — LVglise du Mouski. — Les honneurs rendus au ministre de France. — L'union religieuse en Orient. — Dieu sauve la République française. — Tja protectrice des inténHs catholiques. — Les capitulations. — Un protectorat exclusif. — De François I" à nos jours. — La religion franquo. — Un droit de préséance. — La question copte. — Les coptes schismatiqucs et les coptes rattachés à Rome. — Les droits de TAutriclie — Venise ot le traité de Campo-Fonnio. — Les franciscains réformés. — La mission du Soudan. — Une faute. — Le ministres d'Autriche h la messe consulaire copte. — La fusion des Églises. — Le cardinal Langénieux au Caire. — Le monopole des protectorats. — Du haut d'une chaire.
Quatre fois par an, aux grandes fêtes religieuses de Tannée, Pâques, Pentecôte, Toussaint, Noël, le ministre de France au Caire, en grand costume, accompagné de tout son personnel, du consul, des députés de la nation et de la plupart des membres de la colonie française, se rend à l'église latine du Mouski et y entend la grand*messe, dite messe consulaire, spécialement chantée en son honneur.
Tous les Français résidant au Caire sont conviés à cette cérémonie. Le plus grand nombre, malgré les diver-
gences d'opinions politiques et religieuses, se fait un devoir d'y assister, comme une affirmation toujours répétée des droits que les traditions et les traités nous ont légués depuis des siècles dans tous les pays ressortissant à l'empire ottoman.
Pour rendre la manifestation plus imposante, le ministre donne rendez-vous à ses compatriotes dans les salons mêmes de l'agence de France. Une longue file de voilures stationne devant la porte. Le ministre monte dans la première. Le cortège s'ébranle, s'engage d'abord dans les larges avenues du quartier Ismaïlieh, puis dans les rues étroites du quartier arabe, devant les yeux ébahis des étrangers qui s'arrêtent, regardent, se demandant quels sont ces hommes, les uns en uniforme, les autres en habit noir, où vont toutes ces voitures filant dans la même direction les unes à la suite des autres. Ce cortège — les indigènes qui le voient passer le savent bien — va représenter dans l'église catholique du Caire la France protectrice des intérêts religieux en Orient.
L'église, ce jour-là, n'est pas assez grande pour contenir les nombreux fidèles qui se pressent sous ses voûtes. Tout à l'heure, quand le ministre de France entrera précédé de ses huit cavvas aux pantalons bleus bouffants, à la petite veste rayée de fils d'or, frappant les dalles de leur longue canne à pomme d'argent, et des enfants de chœur aux robes rouges, entourant le prêtre portant la croix qui sera allé attendre à la porte le représentant da la France, lui rendant ainsi les honneurs souverains, bien des têtes se pencheront pour le voir, parmi lesquelles apparaîtront des visages bronzés d'hommes du pays et des visages voilés de femmes coptes.
La messe est dite avec tout le cérémonial usité dans
les grandes solennités. Un évêque ou un archevêque officie généralement. Le ministre est placé devant le chœur, ayant à ses côtés les deux députés de la nation, derrière lui tous les Français qui l'ont accompagné. Ses huit cawas se tiennent devant lui, debout, sur deux rangées, appuyés sur leur longue canne, formant comme une haie pour les prêtres qui viendront à diverses reprises dans le courant de la cérémonie, suivis d'enfants de chœur, selon le rite et selon le protocole, le saluer et le faire participer aux droits et aux honneurs dévolus seulement au prêtre officiant. Gomme à ce dernier, ils lui apporteront l'évangile et le crucifix à baiser ; comme lui, ils l'encenseront par trois fois avec les profondes salutations d'usage.
La messe, très curieuse, très compliquée, se déroule majestueusement pendant deux heures avec ses diacres, ses sous-diacres, ses enfants de chœur, évoluant autour de l'autel suivant les rites les plus cérémonieux de la liturgie romaine, sur l'accompagnement de chants plaintifs de l'orgue et de voix fraîches d'enfants psalmodiant des cantiques. Tour à tour, debout, assise ou agenouillée, la petite phalange française est là, écoutant les prières sacrées, se conformant aux prescriptions liturgiques, suivant les mouvements du ministre qui est devant elle.
Ce spectacle est des plus curieux. Il l'est bien davantage encore quand on apprend par une lèvre indiscrète qu'une partie des assistants n'appartient pas à la religion célébrée devant elle, qu'il y a là des protestants, des Israélites, des membres de loges maçonniques, des vénérables même. C'est que les passions religieuses sont de celles qui s'éteignent le plus vite loin de la mère patrie, en Orient surtout, car il y a là un intérêt supérieur,
celui du pays, qui commande l'apaisement aux consciences des plus sectaires, le silence aux voix des plus intraitables.
Ce ne serait pas faire œuvre de Français que de ne pas prêcher et approuver, quand elle existe, l'union en tout et pour tout.
La messe se poursuit, s'achève.
Soudain, tout le monde est debout. Pas un assistant qui ne sente tressaillir un peu son cœur.
Dans cette église lointaine, sur une terre non française, chantée par des prêtres généralement italiens ou autrichiens, une phrase s'élève au milieu des derniers tumultes de l'orgue, se répercutant par trois fois sur les voûtes et sur les parois ; c'est le Domine, fac salvam rempublicam Gallorum — Dieu sauve la République française — invocation lancée par l'Eglise en l'honneur de celle qui assume la protection de ses intérêts dans les terres du sultan.
Puis, la porte du chœur s'ouvre. Un prêtre portant la croix en sort, passe devant le ministre, rentre dans la sacristie. Derrière lui viennent successivement les enfants de chœur portant les encensoirs, les objets du culte, les vêtements sacerdotaux, puis les sous-diacres, les diacres, les prêtres, et enfin l'évêque officiant qui s'arrête devant le ministre, le salue cérémonieusement comme deux heures auparavant, au moment d'entrer dans le chœur, et s'en va.
La messe est finie. L'Eglise a rendu une fois de plus l'hommage qu'elle devait à la France.
La même cérémonie se répète à quelques jours d'intervalle dans les églises des catholiques orientaux rattachés à Rome — arméniens, grecs, syriens — sauf pourtant dans les églises coptes.
2G4 impressions d egypte
Ce n'est pas sans une très grande curiosité et sans une certaine émotion qu'un Français assiste pour la première fois à l'une de ces messes consulaires. La curiosité s'explique par l'attrait d'une solennité toute nouvelle pour lui ; l'émotion est aussi compréhensible en présence de ce fait d'un ministre de France reçu avec tous les honneurs dans n'importe quelle église catholique d'Orient par des prêtres de n'importe quelle nationalité.
Les églises sont ainsi un peu comme des terres françaises éparpillées sur la terre ottomane.
Cette protection religieuse, exclusivement réservée à la France de par les capitulations, n'a pas été l'une des moindres causes de notre influence traditionnelle en Orient ; elle n'a pas cessé de contribuer à son extension. Son importance a toujours été telle que la Convention elle-même avait continué à subventionner les institutions religieuses établies dans toute l'étendue des territoires turcs.
On sait que les capitulations sont des traités intervenus entre le sultan de Constantinople et certaines puissances, garantissant aux étrangers résidant ou voyageant dans l'empire ottoman certaines immunités et l'exercice de certains droits que la loi musulmane ne leur garantissait pas. Elles consacrent entre autres le libre exercice du culte catholique.
La première capitulation, qui date de 1535, ne fit que généraliser l'application de principes et d'usages depuis longtemps suivis dans les pays musulmans. Elle eut une importance capitale au point de vue des rapports religieux de la chrétienté avec le sultan, car, pour la
première fois, celui-ci consentit, par l'intermédiaire du roi François I®*", à entrer en relations officielles avec le pape. Dès lors, l'Eglise eut une situation officielle dans les provinces musulmanes et, en particulier, dans les lieux saints qu'elle avait essayé de conquérir par tant de croisades. Elle put y exercer pacifiquement son influence, grâce à François P"^, et, dès le seizième siècle, les institutions catholiques se développèrent rapidement en Orient ; les ordres religieux se multiplièrent ; des églises furent construites et des monastères fondés sur tous les points de l'empire ottoman.
Les traités qui assuraient ainsi la liberté du culte catholique pouvaient cependant à un moment donné être violés ; des atteintes pouvaient être portées aux privilèges religieux. Dès lors, l'une des puissances contractantes des capitulations devait forcément intervenir pour en assurer le respect ; l'Eglise devait avoir besoin du protectorat de l'une d'elles. Ce protectorat appartient à la France de par la tradition historique constante et ininterrompue et de par les textes formels des capitulations.
M. du Rausas, qui professe à l'Ecole française de droit au Caire un cours fort intéressant sur le régime capitulaire, s'est complu à rechercher tous les exemples qui, historiquement, démontrent ce protectorat exclusif de la France.
Il en est de fort curieux.
Dès 1528, avant même qu'un traité fût intervenu avec le sultan, François P"* se faisait auprès de Soliman le porte-parole de la catholicité au sujet d'une ancienne église transformée en mosquée et s'affirmait ainsi protecteur du Saint-Siège.
Quelques années plus tard, l'ambassadeur de France à Gonstantinople, faisant un pèlerinage à Jérusalem, un
historien arabe conle qu'il était attendu comme le Messie par tous les chrétiens qui avaient à se plaindre des santons.
Au seizième siècle, des pèlerins flamands, suisses, allemands, vénitiens et espagnols ayant été faits prisonniers et réduits en esclavage, ce furent les rois Henri II et Charles IX qui négocièrent leur rachat et leur firent rendre la liberté.
Dans un mémoire adressé au roi Louis XIII où il lui est rendu grâce par tous les religieux de Jérusalem en sa qualité de « seul protecteur, seul conservateur des lieux saints », on lit à la fin ces quelques lignes : « Tout l'Etat du Turc est rempli de chrétiens, lesquels tous subsistent par le seul nom français et se maintiennent avec celte protection. »
Enfin, un discours adressé à Louis XIV par rainl)assadeur de France à Gonstantinople débutait ainsi : a Les rois de France ayant été de tout temps les protecteurs de la religion chrétienne dans les Etats du Grand Seigneur, etc., etc. »
La religion chrétienne, par ce privilège qu'avait la France de la représenter et de la protéger seule, devint bientôt, aux yeux des Ottomans, à ce point inséparable du nom de France qu'ils ne la désignèrent plus que sous le nom de religion franque. C'est sous cette appellation qu'elle figure désormais dans presque tous les traités.
La capitulation de 1740, que Louis XV conclut avec le sultan Mahmoud pour renouveler et confirmer définitivement celle de 1535, reconnaît d'une façon formelle la protection de la France dans toute l'étendue de l'empire ottoman sur tous les religieux de la religion franque sans distinction de nationalités.
Elle accordait en outre à l'ambassadeur de France un
droit de préséance et le droit de représenter à Gonstantinople tous les souverains n'ayant pas d'ambassadeur accrédité auprès de la Sublime Porte. Le Saint-Siège était dans ce cas.
Gomme confirmation de ces prérogatives, toutes les capitulations conclues avec les autres puissances restaient muettes sur la question religieuse.
G'est donc en vertu de ces droits que le ministre de France au Gaire, dans toutes les églises catholiques de l'Egypte, province ottomane, est reçu comme le représentant officiel du Saint-Siège, comme le protecteur auquel tous les religieux, sans distinction d'origine, doivent s'adresser, en cas de conflit avec les autorités du pays. On comprend dès lors quelle importance devait avoir cette protection et quelle influence devait acquérir la puissance protectrice auprès de populations ne connaissant en somme d'autre loi que leur loi religieuse
Gette influence subsiste toujours.
La messe consulaire en est une des preuves les plus évidentes ; elle en est aussi la dernière manifestation.
Il n'est pas exagéré de dire que c'est avec un soin jaloux que nous devons veiller au maintien de cette coutume qui reste comme le signe caractéristique des droits que nous possédons vis-à-vis des églises de tous les rites relevant de Rome. Nous l'avons pourtant laissée échapper et passer en d'autres mains dans les églises du rite copte.
Gar il y a aussi la question copte.
Si elle ne divise pas autant de diplomates que la question d'Orient, elle soulève néanmoins un débat intéressant entre l'Autriche et la France.
2G8 IMPRESSIONS d'É(;ypte
Les coptes sont les véritables descendants des anciens Egyptiens convertis au catholicisme dans les premiers siècles de notre ère. Ils ont gardé les traditions du passé en dépit des dominations successives qui ont pesé sur eux. L'Eglise copte actuelle n'est autre que l'ancienne Eglise d'Alexandrie qui fournit tant d'illustres évéques, docteurs et anachorètes, depuis Athanase, Cyrille, Origène jusqu'à saint Macaire, saint Pacôme et saint Antoine. Ils se séparent de l'Eglise de Rome en ce qu'ils suivent Eutychès dans sa croyance en une seule nature dans Jésus-Christ.
Les coptes, comme d'ailleurs tous les chrétiens orientaux, se séparent en deux catégories : ceux qui sont restés schismatiques et ceux qui se sont rattachés à Rome. Ces derniers — 6 ou 7,000 environ — ne sont qu'en fort petit nombre, comparativement aux 5 ou 600,000 qui n'obéissent qu'au patriarche schismatique copte d'Alexandrie.
Ce sont pourtant eux qui font l'objet du litige.
Les usages et les traditions voudraient qu'en leur qualité de catholiques d'Orient, soumis au Saint-Père, ces coptes fussent protégés par le ministre de France en Egypte et célébrassent une messe consulaire en sa présence. Il n'en est rien. C'est l'agent diplomatique d'Autriche qui depuis quelques années préside à leurs solennités. A quel moment précis celui-ci s'est-il rendu pour la première fois dans l'Eglise copte du Caire ? C'est un point sur lequel on n'est pas suffisamment renseigné. Toujours est-il que la coutume en a été prise et que nous l'avons laissée prendre sans qu'une protestation énergique fût faite.
On trouve toujours des raisons pour justifier un fait établi. L'Autriche en a trouvé.
L'article 10 du traité de Passarovitch, conclu en 1718
entre la Porte et la république de Venise, conférait aux Vénitiens le droit d'exercer les pratiques de leur culte et de visiter leurs églises dans tous les Etats du sultan. Or la république de Venise n'existe plus depuis 1797. Le traité de Campo-Formio l'a annexée à l'Autriche. Cette dernière puissance prétend avoir hérité ainsi de
tous les droits acquis par l'Etat vénitien.
Les principes du droit international n'admettent pas une telle prétention : lorsqu'un Etat est annexé par un autre Etat, les conventions internationales conclues par l'Etat annexé, sauf celles qui se rapportent à des questions territoriales ou financières, disparaissent avec lui. D'ailleurs, les avantages concédés par le sultan à la grande cité commerçante, avantages obtenus également par les autres villes méditerranéennes, Florence, Pise, Gônes, ne consacraient nullement en leur faveur un droit de protection religieuse, mais seulement un droit de propriété. Les églises et les couvents autorisés n'en restaient pas moins sous le protectorat général de la France.
Gomment cette question vénitienne se rattache-t-elle à la question copte ? — Voici :
Ce furent les franciscains réformés vénitiens, devenus Autrichiens par la suite, qui s'attachèrent à la conversion des coptes schismatiques et qui en convertirent un certain nombre. Le fait d'avoir converti équivaut, aux yeux de l'Autriche, à un droit de protection, sanctionné selon elle par le traité de Passarovitch dont elle se prévaut dans le cas qui nous occupe.
On peut toutefois lui reprocher de s'en être aperçu un peu tard.
Mgr Sogaro, évêque autrichien du Soudan, par cela même en relations constantes avec les coptes répandus en grand nombre dans la haute Egypte, vint après les
évtnemenls de 1885 se fixer au Caire ; il prit Thabitude de célébrer dans son église, propriété autrichienne, des messes auxquelles il convia spécialement les coptes. Le ministre de France protesta contre ces messes ; on tui répondit qu'il ne fallait pas y attacher de l'importance, attendu que Mgr Sogaro 41 'était là que provisoirement.
L'Autriche prit ainsi contact par ses prêtres avec un certain nombre de coptes qui s'habituèrent à avoir au milieu d'eux son représentant, si bien qu'un beau jour, suivant en cela l'exemple du ministre de France dans les églises latines, l'agent diplomatique autrichien se rendit en grand costume à l'église copte où il se fit dife une messe consulaire. Le silence de la France ne fit que l'encourager.
La messe consulaire d'Autriche a lieu maintenant régulièrement comme la messe consulaire française.
Les droits de la république de Venise sur les coptes n'ayant jamais été admis, l'Autriche ne peut se prévaloir de ces droits. Les franciscains ayant voulu établir sur eux un protectorat, sinon de droit, du moins de fait, Napoléon I®*", en 1806, fit proclamer par le Pape la reconnaissance du protectorat de la France sur la basse Egypte. Malheureusement, nous laissâmes, en 1846, se fonder la mission des Pères de Nigritie, plus connue j sous le nom de mission du Soudan, protégée par l'Au-
triche. Ces religieux étendirent ainsi leur influence sur les coptes et s'attribuent maintenant, à tort ou à raison, la propriété de leurs établissements.
Ce protectorat est d'autant plus anormal que TAutriche n'a aucun intérêt de langue, de politique ou de tradition historique dans la question. Lors du sacre du nouvel évêque des coptes ralliés à Rome, Mgr Kyrillos Macaire — celui-là même envoyé en mission auprès du
négus Ménélik par le Pape Léon XIII après la guerre italo-abyssine — l'agent diplomatique d'Autriche qui présidait à la cérémonie fut forcé de s'adresser en français aux assistants après la messe pour se faire comprendre d'eux. La plupart des prêtres coptes, à commencer par l'évêque lui-même, ont fait leurs études au séminaire français des jésuites de Beyrouth. Mgr Macaire, dans une cérémonie récente, rendait hommage à la France, en présence de notre représentant au Caire.
Cette protection dft 5 ou 6000 coptes romains n'est peut-être pas aujourd'hui d'une importance considérable, mais elle deviendrait digne de toute notre attention, si les idées du Souverain Pontife se réalisaient un iour. Le rattachement des Eglises d'Orient à l'Eglise de Rome entraînerait en effet dans le giron de l'Eglise catholique les 6 ou 700000 coptes schismatiques, les confondrait avec le petit nombre de coptes déjà ralliés et les place rait en conséquence sous le protectorat de l'Autriche qui acquerrait ainsi une influence considérable en Egypte.
Une pareille hypothèse ne nous permet pas de nous désintéresser de cette question de la protection des coptes.
On comprend d'autant moins cet abandon de notre part. que les coptes, tant schismatiques que catholiques, n'ont pas ménagé en maintes circonstances leurs sympathies pour la France. Sans remonter au siècle dernier où le patriarche copte d'Egypte ayant un rapport à adresser au sultan le faisait passer par les mains de l'ambassadeur de France, il suffit de rappeler avec quel éclat le cardinal Langénieux fut reçu il y a deux ans par les coptes du Caire.
Le cardinal revenait de Jérusalem où il avait présidé le congrès eucharistique en qualité de légat du pape. Il logeait à l'agence de France. Le patriarche schismatique
copte vint le voir le premier. Le lendemain, le cardinal lui rendit sa visite dans son église. Le patriarche, pour le recevoir, revêtit ses vêtements sacerdotaux, la cape et la mitre, et fit sonner les cloches à toute volée, comme pour un supérieur. C'est alors que l'on parla de la fusion des deux Kglises.
L'agent diplomatique d'Autriche demanda l'an dernier au gouvernement égyptien de reconnaître le protectorat autrichien sur les coptes; le gouvernement égyptien répondit que la question n'était pas de son ressort et qu'elle ne pouvait être résolue qu'à Rome.
La question copte est une de celles qu'il ne faut pas laisser de côté. La protection religieuse en Orient n'a sa raison d'être que si elle est un monopole.
Il est inadmissible qu'un tel rite échappe au protectorat d'une puissance, alors que tous les autres sont placés sous ce protectorat. Les religieux de tous ces rites ont assez prouvé leur dévouement à la France par leur infatigable propagande pour que nous n'ayons pas l'air d'abandonner certains d'entre eux et d'oublier les services qu'ils nous ont rendus.
Le souvenir de la France ne sera jamais perdu dans un pays, tant que du haut d'une chaire, devant des populations dans lesquelles l'esprit religieux est profondément enraciné, seront prononcées des paroles telles que celles qu'un prêtre maronite adressait le jour de l'Epiphanie à ses fidèles dans une église du Caire : « Prions pour le sultan, souverain de tout l'empire, pour le khédive, souverain du pays, pour la France, notre protectrice. Que notre devise soit toujours : L'âme à l'Eglise, le cœur à l'Egypte, l'esprit à la France. »