‹ Impressions d'un passant [microforme]Chapitre 27 sur 35 · FREE · texte numérisé non relu

FREE

io 14609 USA (716) 482 - or À pie (716) 288 - 5989 - Fax

beau lac Ramesay, je lui préfère, en fait de situation pittoresque

et de constructions élégantes, et la ville de Cannes et un grand nombre d’autres localités. Elle a beau se trouver dans Ontario, le province supérieure, elle ne brille ni par la perfection de.sa voirie, . ni par la beauté de ses édifices, ni par le charme de ses alèntours. J’espérais au moins pouvoir jeter un coup d’œil sur les mines de cuivre et de nickel qui lui donnent du renom ; mais, pour comble d’infortune, j’appris que cette exploitation est distante de quatre milles ; par conséquent nous n’avons pas le temps de nous y rendre,

Ce qu’il y a de mieux à Sudbury, c’est l’église catholique, qui, sans être un monument remarquable, est au moins un édifice convenable, dont l’intérieur surtout est bien décoré et d’une grande propreté. Trois Jésuites sont attachés à cette église. Du reste, me dit-on là-bas, la Compagnie de Jésus dessert une bonne moitié des paroisses et missions du diocèse de Peterborough, dont Sudbury fait partie. Ce qu'il y a d'étonnant, c’est que ces terrihles Jésuites soient aussi puissants en cette région, et que la société civile n'y soit pas encore bouleversée de fond en comble. Pour un peu, on serait porté à croire que tout ce que l’on raconte de leurs ténébreux agissements contre la sécurité des Etats ne soit plus ou moins exagéré |!

L'hôpital de Sudbury est tenu par les Sœurs de la Charité. On paraît estimer, en Amérique du moins, que si ces religieuses conspirent souvent et même toujours, ce n’est que pour soulager les malades et les infirmes, et l’on ne trouve pas qu’il soit bien urgent de les bannir du pays.

Les Canadiens-Français forment la moitié de la population de Sudbury. C’est dire qu'ici aussi, sans faire semblant de rien, nous travaillons tranquillement à la conquête de la province d’Ontario, qui, l’un de ces quatre matins, se réveillera aux trois quarts fran-

Nous partimes de Sudbury sans éprouver trop de regrets... Nous quittions ici le C.P.R. pour voguer sur la “ Soo Line.” Ce chemin de fer conduit de Sudbury au Sault Sainte-Marie, Sur

le flanc de chacune des voitures, le nom de la ligne est indiqué en un MmOonogramme très original, que le lecteur ge figurera aisément, Pourvu que son imagination soit à la hauteur de sa curiosité, pourvu aussi que ma capacité descriptive ne soit Pas au-dessous de ma bonne volonté. Il y a donc d’

La région que |’ de réjouissant à contempler : aspect désolé, sans presque de végétation ; ici et là, des travaux miniers. Au bout de quelques heures, on atteint le fameux district d’Algoma, et l’on côtoie ensuite la rive septentrionale du lac Huron, vis-à-vis l'ile Manitoulin et autres

redevient belle, quoique dans sa parure d'automne ; seules les fougères,

ire du “ Soo,” pour parler comme les Yankees, Ce n’est donc Pas par patriotisme, le croire, que nous descendimes à la gare de la ville canadienne

I y a à Sault Sainte-Marie un fort grand et les fenêtres closes indiquent qu’il est comme abandonné. Cela ne signifie pas que le mouvement des touristes soit bien considérable de ce côté. L’endroit est pourtant intéressant. Sans cesse, il Y passe des vaisseaux de toute taille et de toute forme, qui des-

otieniienanurese ERRNNIE

en nsc tenns rares

Res teen die

mg ns nr rte ermetnansanns

cendent du lac Supérieur au lac Huron. Sur les deux rives, voit des élévateurs en grand nombre, et des usines égalem nombreuses ; par exemple les fameuses “ Clergue Steel Work du côté canadien, avec leurs hauts-fourneaux que l’on dirait

volcans, à leurs panaches de flammes et de fumée. Le soir, l’asp de la ville américaine, toute scintillante de lampes électriques, tout à fait remarquable,

Il y a jusqu’à un bataillon de l'Armée du Salut qui, dans soirée, parcourt les rues en jouant du tambour et en chantant cantiques, pour engager les pécheurs à se convertir et encoura; les justes à lutter contre le démon. Enfin, il y a là un tramw électrique, qui est bien l'idéal de tous les tramways, puisqu'il ro: sans bruit, lorsque, dans toutes les autres villes du monde, croirait à un effroyable tremblement de terre au passage d'u simple voiture de tramway. |

C’est ici que nous devio::3 nous embarquer pour la travers du lac Supérieur, sur l’un des steamers du C.PR. Mais cela n’al pas tout seul ! Nous qui pensions naïvement qu’il n’y avait qu s’en aller pour telle heure, à tel quai et à monter sur tel vaissea

D'abord, quelque canadienne que soit la Compagnie du Pac fique, ses steamers, qui viennent d’Owen Sound, ne font escale q sur la rive américaine, 1] nous fallut donc traverser le Sault, au ondes bouillonnantes, sur le bateau Fortune, qui nous déposa le quai du Sault Sainte-Marie des Etats-Unis. Mais comme c’e ici l’un des ports d’entrée des Etats-Unis, il s’y trouve un bures de douane, institution dont l’une des fins, en tous les pays d l'univers, est de créer pour les voyageurs le plus d’ennuis qu'il es possible,

Dans {a circonstance, les passagers qui ne portaient qu’un canne où un parapluie eurent toute liberté de s’en aller où il leu plut. Quant à nous, qui avions du bagage, nous dûmes rester su le débarcadère, à la belle étoile — en plein midi, et la barrière de sortie se refermant nous retint prisonniers, En même temps, ur fonctionnaire nous donna des explications auxquelles nous ne com:

x rives, on également | Works”, dirait des ir, l'aspect riques, est

ii, dans la intant des ncourager tramway qu’il roule onde, on age d’une

traversée ela n’alla vait qu’à vaisseau !

du Paciscale que ault, aux posa sur me c’est à bureau

pays de qu’il est

qu’une ù il leur ster sur rière de nps, un ne com-

primes rien, de même qu’il ne comprit rien non plus à nos réponses : cela parut l’amuser. Pour nous, qui nous débattions dans les brouillards d’une situation apparemment inextricable, nous n'avions guère le cœur à rire. L'affaire semblait être sans issue, et nous en étions à nous demander si nous n’allions pas rester là jusqu’à la fin du monde, lorsqu'un brave jeune homme qui se trouvait là, et qui avait suivi toutes les péripéties de l'embarras où nous nous enfoncions de plus en plus, nous tendit soudain la perche de salut, Nous adressant la parole dans le “ canayen ” le plus pur, en deux mots il réussit à tout débrouiller. Car, ainsi qu'il arrive souvent dans ces malentendus si fâcheux, le cas était tout simple. D’abord, nous n'avions pas à subir les formalités de l'examen de la douane, puisque nous ne devions faire autre chose que de mettre le pied sur le territoire des Etats-Unis Pour nous en éloigner aussitôt ; mais, d'autre part, le gouvernement de la République, ayant à cœur de ne pas se laisser duper par des voyageurs dont l’air innocent pouvait n'être qu’un trompe-l’œil, avait tout sujet de nous surveiller, et voilà pourquoi il nous retenait en attendant notre départ quasi comme des prisonniers, D'autre part, comme une “ Transfer Co.’’ quelconque devait nous prendre au débarcadère où nous étions pour nous conduire au lieu d'embarquement, nous aurions dû être munis d’un billet de passage sur ses voitures, L'agence qui nous avait fourni tous nos billets de voyage ne nous avait pas donné le ticket requis en l'occurrence, parce qu’elle pensait que le vaisseau du C.P.R. nous prendrait sur la rive canadienne. Il nous suffit done, pour faire la paix avec les puissances administratives qu’il appartenait, de donner les pièces d'argent qu’il fallait ; et tout rentra dans l’ordre, sans compter que nous pûmes enfin prendre part à l’amusement qu'avait témoigné le gendarme américain. I] n’y a rien comme de savoir à quoi s’en tenir pour assurer le bonheur des gens. ,

Quant au bon jeune homme qui nous avait obligeamment tiré l’épine du pied, nous devions le retrouver sur le bateau. C'était un Canadien-Français de North Bay, et donc l’un de nos conqué-

GS — RS us Se ge 27 PO QE 2 k FES à pe imp PA s — RÉRRRA UE CU Pe Ole agite ro RoAS dés édailans 24 must, Hd ue A mens nie

rants de la province d'Ontaric. Il s’en allait prendre posses de la fonction de serre-frein sur le chemin de fer Canadian North J'ai eu la discrétion excessive de ne pas lui demander son ncmn qui fait que je conserve son souvenir d’une façon assez indétermir par contre, ce vague même m'inspire une sorte de sympathie gé rale pour tout ce qu'il y a de serre-freins à l'emploi du Canad Northern. Et puis, enfin, je retrouverai bien mon homme dan: paradis, où finissent par arriver tous les Canadiens-Français, et probablement il sera rendu plus vite que moi, grâce à son mé dangereux. Car si l’on me voit souvent installé dans les voitu de chemin de fer, du moins l’on ne me prendra pas de sitôt à : promener sur le toit des convois en marche. eo

l'hôtel Kaministikwia.—Porras-pu-Rar (Kenora).—La prairie du M nitoba.— Arrivée à WINNIPEG.

Les “ C.P.R. Upper Lake Steamships ” voyagent depuis Ow Sound, sur la baie Géorgienne, jusqu’à Fort William, et traverse: donc les lacs Huron et Supérieur. Ajoutons qu'entre Owen Sour et Toronto la durée du trajet par chemin de fer est de quatre heure et que l’on met une vingtaine d'heures à se rendre par steam d’Owen Sound au Sault Sainte-Marie. Les gens qui projettent u voyage dans l'Ouest canadien devront être ravis d’avoir ces petit renseignements,

Le vaisseau sur lequel nous primes passage le 9 septembre s trouva être l’Afhabaska, de 2,300 tonneaux et d’une longueur d 270 pieds. Ces steamers des lacs sont de beaux navires, de mêm apparence que les transatlantiques et pourvus de ce qu’on appel “les améliorations modernes.” Le dessus du vaisseau forme un:

possession n Northern.

on nc mn, ce éterminée; ithie géné- | Canadian me dans le çais, et où son métier 8 voitures sitôt à me

longue et belle promenade, où les dyspeptiques jouent des jambes Pour venir au secours de leur estomac paresseux.

Les rapides du Sault Sainte-Marie ont une déclivité totale de 18 pieds, ce qui est évidemment propre à empêcher les vaisseaux de les remonter. Pour rendre possible le passage de l’un à l’autre lac, on a pratiqué trois canaux, deux sur le territoire des Etats- Unis, dans le Michigan, et l’autre du côté canadien, dans l'Ontario. Et pour peu que le commerce augmente encore, comme il arrivera sûrement, il faudra en construire d’autres. Pour donner une idée de ce qu’est actuellement le mouvement maritime entre les deux grands lacs, il suffit de mentionner que, durant l’année 1904, il est passé 12,153 vaisseaux par les canaux américains, et 3,967 par le canal canadien, soit en tout : 16,120 (1), ce qui fait une moyenne d'environ 77 par jour. Les gens qui aiment cela, à voir passer des navires, n’ont donc qu’à venir s'installer à l'entrée ou à la sortie de ces canaux pour se désennuyer à leur aise, — au moins durant la saison de la navigation, du mois de mai au mois de novembre. C’est déjà quelque chose que de goûter de la joie sept mois sur douze ! Pour ce qui est des cinq mois d’hiver, il est facile de les vivre d’une façon tolérable, lorsqu'on peut contempler de temps en temps les parades des clubs de raquette, à Québec, et suivre, semaine par semaine, les chroniques des grands journaux de nos villes, où ces dames et ces demoiselles résolvent si sa, ;ement les cas de conscience, d’étiquette et de littérature qu’on leur soumet de toutes parts. Tout cela n’est donné d’ailleurs que par parenthèse et sans y appuyer ; car je ne suis pas plus chargé qu’un autre d'indiquer aux gens la meilleure façon de tuer le temps lorsqu'on a pas le courage de l’employer à toutes les choses utiles qui se présentent.

Pour nous, durant nos vingt-trois heures de navigation sur l’Athabaska, nous n’eûmes pas un moment à chercher à vaincre l'ennui. Car le voyage fut très agréable, A chaque instant nous

(1) Scient'fc American. 4 16v. 1905,

dd

rencontrions des vaisseaux de tout tonnage et de tout aspec Y en eut un, surtout, qui m'intrigua fortement : sa forme

trapue, absolument inusitée dans nos Pparages de l'Est, su bien à Provoquer les points d'interrogation, Un: compls Voyageur m'expliqua, heureusement, que ce navire étrange bâti, c'était tout simplement un Magasin qui s’en allait co cela voguant sur les flots. Européens routiniers et arriérés, a] chez et écoutez! — Ces 16,120 navires de la flotte des lacs supéri VOus savez, ce ne sont pas des bateaux de plaisance. Le comn qui les utilise entend qu'ils fassent leur trajet le plus rapider qu'il se peut. Les cargaisons qu'ils transportent sont atten là-bas avec impatience ; là-bas d’autres cargaisons sont to prêtes à partir, et il faut aller les prendre le plus tôt qu'il est poss Ah!silya quelque part de la “ vie intense”, c’est dans ce c merce des lacs, Dans ces conditions, vous imaginez bi

lérable que le Vaisseau dût s'arrêter la moitié d’un jour, au 8

sions... Pourtant, l’on n’a toujours plus de sel ou de café à bo

négociant de génie a eu l'idée de ces navires-magasins, remplis Vaisseaux de commerce, et leur vendre en marchant — ce qui n’ Pas pour surprendre — Je sel, le café, les aiguilles, les serviett les clous, et autres marchandises dont on peut avoir besoin à bo N'est-ce pas merveilleux d’ingéniosité, de facilité, d’opportunit, Voilà bien l’une de ces choses qui ne se font qu’en Amérique, qui pour cela n’en sont Pas moins raisonnables.

Cette première demi-journée de navigation sur le lac Supérie: fut absolument délicieuse. La température était très calme, et soleil chaud. Lorsque surtout la terre s’effaça de toutes parts, toi donnait l'illusion de la navigation océanique. Les goélands mêm

pléter la ressemblance de cette navigation d’eau douce avec de l'océan, Et jusqu’à cette belle musique des sirènes d’al, i i i » Soit sur notre havire, soit st autres vaisseaux pris comine nous dans ce brouillard. Grâce i teamer, nous ne fimes d’abor avec quoi que ce fût. Et quand les forces coalisées du sole d’un vent assez fort eurent à la fin chassé le brouillard, la i Car, j':i omis d’en faire men!

au centre du lac Supérieur, on n'aperçoit plus que le ciel et ]” toujours pour compléter l'illusion d’un voyage en pleine r Seulement, ici, cette occlusion de la terre ne dure qu'un p nombre d’heures.

C’est vers la baie du Tonnerre à-vis l’entrée de cette baie,

Quelque satisfaction que |’ la baie du Tonnerre, je dois po

, dont la renomde pousser aussi nord des Etats-

re avec celle es d'alarme, , soit sur les Grâce à ces d’abordage du soleil et rd, la terre re mention, iel et l’eau, leine mer.

u'un petit

ons. Visle Royale, une autre A midi, rd à Fort le la baie, cts pitto-

affectent suffire à

on a vu inéraire, te, Au rions dû is dans Duluth, la sorte IS toute igation.

renom- T aussi

Etats-

Unis que nous avons dû laisser de côté. Puis en traversant l'Etat du Minnesota, nous aurions fini également par

Il est vrai que cela aurait allongé de moitié le tr.

Marie jusqu’à la capitale

et Port-Arthur, ce qui d Ce fut à Fort William que nous fimes nos adieux au steamer

Nous avions toute l'après-midi à passer À Fort William. Je me hâte — cer il y a assez longtemps que je porte ce détail, non pas comme un secret, mais comme un accablant fardeau pour ma mémoire —, je me hâte de dire que nous descendimes à l'hôtel “Kaministikwia.” Peut-on vraiment s’appeler comme cela, dans un siècle, dans un pays, dans une ville où le temps est si précieux ! On voit bien que ce sont les sauvages d’autrefois qui, pour tuer le temps dont ils n’avaient que faire, se sont amusés à composer ce mot si long et si compliqué, et l’ont appliqué à une rivière qui, elle aussi, évidemment, “ se la coulait douce,” Et la Compagnie du C.P.R. a pensé que son hôtel de Fort William aurait beaucoup de vogue si on l’affublait d’une dénomination aussi extravagante,

La belle institution, que celle des villes bâties tout en longueur,

2 sur une seule ligne! La belle invention que celle des tramways,

qui filant tout le long de cette ligne vous permettent de tout visiter en un rien de temps! Nous passâmes ainsi une heure et demie, sur les banquettes du Wagon, à parcourir tout Fort William, à pousser jusqu’à Port-Arthur, distant d’une couple de milles, et à visiter de même cette dernière ville de part en part.

Ces deux petites villes, habitées chacune par une population d'environ 4,000 âmes, sont encore bien dépourvues de monuments artistiques. Les terrains vacants y abondent, et les gens qui ne trouveraient pas facilement ailleurs À mettre pignon sur rue peuvent venir ici s'installer à leur aise, Mais il ya partout des usines, des

élévateurs, des quais, et il y règne partout une activité qu’explique très bien leur belle situation qui commande la tion des grands lacs et qui en fait aussi l’un des postes im du C.P.R. Leur avenir commercial sera certainement ( brillants. Je me sens là-dessus tellement en veine de pr que je m’aventure à prédire qu’en un jour prochain Fort et Port-Arthur se rejoindront pour ne faire qu’une seule vi pour le cas — car il faut tout prévoir — où chacune des deu voudrait imposer son nom à la grande cité qu’il y aura là, je la liberté de proposer qu'on lui donne, pour éviter toute [ la belle appellation de... Kaministikwia. D'avance j'adre vœux très sincères aux Kaministikouais !

11 failait ici reprendre le chemin de fer, et pour un tr 426 milles.

Le C.P.R. entretient durant l’été un double service de express vers l'Atlantique et vers le Pacifique. L'un se : “ Imperial Limited”, et l’autre ‘“ Transcontinental Line.” sur le convoi de ce dernier service que nous nous embarqu: 73 heures du soir, le 10 septembre. Le chemin de fer met Q heures à traverser la région de la “ Rainy River ” et du L Bois : pays extraordinairement parsemé de rivières et de | cela soit dit sur la foi des cartes géographiques : car le to

d’yeux là-dedans que pour dormir le plus profondément qu’il Le matin, par exempie, il est chagrin de n’avoir pu au moin: un coup d’œil en passant sur Portage du Rat (1), petite vi plus de cinq mille âmes, qui est située À une quarantaine de de la frontière du Manitoba.

Vers les 7 heures du matin, on entre enfin dans cette pre du Manitoba—qui nousa donné tant de fil À “retordre’’ depu certain nombre d’années, qui ne s’est pas beaucoup montrée air à l'égard des catholiques et des Canadiens-Français, etàq

1) D'après les journaux, cette ville, s'est donné le nom de Kenor: es event se dénomination officielle à partir du 10 ant 1905.

activité fébrile,

gouvernement fédéral aurait bien dû, au bon moment, tirer les

ande la naviga- Æ oreilles pour lui apprendre à faire son devoir.

stes importants Nous faisons ici connaissance pour la première fois avec la ment des plus À prairie, la fameuse prairie de l'Ouest. Comme ce genre de pays > de prophétie, Æ nous paraît étrange, à nous gens de l'Est! Cette terre plane à n A perte de vue, sans même la moindre ondulation, sans forêt et sans se e. Et

presque d’habitations : il nous faudra des jours et des jours pour nous y habituer. Tantôt, la plaine est couverte de broussailles ; tantôt, ce sont des champs de blé à n’en plus finir; de temps en temps, de petits hameaux. Les jeunes d'aujourd'hui qui voyageront par là dans vingt-cinq ans verront un beau et riche pays

À 9 heures du matin le train s'arrête à la gare de Winnipeg. On peut croire qu’il n’y eut pas besoin de nous pousser dehors pour nous faire descendre, Le temps est clair ; l'air est pur, sec et froid; c’est À faire grelotter des gens de l’Est, qui ne se figuraient point

les deux alliées ra là, je prends toute chicane, > j'adresse mes

r un trajet de

vice de trains un se nomme

ine.” Ce fut qu’on pôt geler à ce point à la date du 11 septembre,

nbarquâmes à Tout est sans dessus dessous à cette station de Winnipeg, où r met 9 ou 10 Æ l'on commence les travaux d’une gare qui coûtera son million : il et du lac Des y à aussi les bouleversements que nécessite la construction d’une et de lacs — JE sorte de voie souterraine pour le passage d’une ligne de tramway +" le touriste, DE bar dessous la voie du C.P.R. Nous en verrons d’ailleurs bien -dortoir, n’a À d'autres dans la ville elle-même.

nt qu'il peut, Mais quel curieux spectacle, que celui de l’arrivée à Winnipeg u moins jeter d’un train de la Transcontinental Line. D'abord, le train lui-même etite ville de

comprend une belle suite de voitures : énorme locomotive, wagons de grandes dimensions. Et toute cette foule qui attend à la gare, et toute cette foule qui descend des voitures : foule composée d’in-

ine de milles

tte province JE dividus de je ne sais combien de races diverses, aux costumes très ” depuis un Æ divers, suivant les pays d’origine ; gens évidemment cossus, à côté trée aimable de pauvres diables que les nouvelles de la dernière cote de la Bourse

et à quile D laissent bien indifférents. Le spectacle mérite done d’être vu, à

bien des égards. Toutefois, je n’insiste pas pour que l’on accoure de 600 lieues à la ronde afin de le contempler.

» Kenora, qui

WiNNPEG et Satwr-Bontracr,—Cathédrale, collège, etc.—Souvenirs — Un évêque nâturaliste.—Le doyen du clergé du Canada. —La scolaire —Le sol du Manitoba.—Le « temps de Québec " —( relatives à Winnipeg. —Sainte-Marie de Winnipeg.—Que de pi Palais législatif —Le River Park. —La voirie de Winnipeg. —Le

on.

C'est à Winnipeg qu’il faut descendre, non seulement On va à Winnipeg, mais encore quand on veut aller, comme à Saint-Boniface, La rivière Rouge, avec son affluent l’Assini sépare les deux villes l’une de l’autre. Une course en voitur à deux milles nous luère de la gare de Winnipeg au palais épiscopal de Saint-Boniface.

À mon grand regret, Mgr Langevin, archevêque de Boniface, n’est Pas encore de retour du Voyage qu'il a fait, ce en Europe, Sa Grandeur a heureusement laissé en pleine vie, son personnel, ses principes et ses pratiques d’une très large } talité ; et deux minutes après notre arrivée nous étions parfaite chez nous,

bien indigne de sa qualité d'église métropolitaine d’un pays ren

beaucoup top exigu pour la Population du lieu. C’est au pr qu’il a fallu recourir À des mesures héroïques, et sans exemple di

nance. Pour le dire en termes beaucoup plus Prosaïques, or édifié vis-à-vis la grande porte de l’église et pour en prolonger

ouvenirs de jadis.

orders struction d’une nouvelle cat} jué de pianos 1— © drale soit décidée en principe et doit être, en pratique, prochainepeg.—Le microbe !

lement quand comme nous, l’Assiniboine, | voiture d’un palais archi-

caisse les millions les plus imaginaires du monde, a dû s’employer à les démentir vigou-

reusement. Car s'il y a quelque désavantage à manquer un peu d'argent, il est extraordinairement ennuyeux d’être regardé à tort

ue de Saintfait, cet été, ine vie, dans large hospiparfaitement

d'1 supplicié s'élève un beau monument en granit rouge, et l’on y à gravé cette simple inscription : “ Riel, 16 novembre 1885’, qui. indique la date de l'exécution.

Le palais de l’archevêque, construit en pierre, a été doublé depuis la mort de Mgr Taché. L'édifice est vaste, bien aménagé et aussi confortable qu'il convient. Il est entouré d’un grand

1 la journée 8 beaucoup * oasis char- | it. Voyons

grise, n’est jardin, bien entretenu, et où l’on est tout surpris d’apercevoir un s saisissent JS remarquable groupe en marbre, représentant saint Hubert et ses odeste, est deux chiens de chasse. Ce groupe est dû au ciseau renommé de ays remar- la comtesse d’Uzès, de Paris, et se trouve rendu là par suite de je t en outre ne sais plus quelle aventure étrange,

é au point ë :

(1) Il semble que, devant le portail de la chapelle de Saint-Louis, à Carmple dans thage, iy a une construction de ce , destinée à abriter les personnes qui ne " la conte- peuvent trouver place dans l'édifice trop petit, ues, on a tract), Se5t au printemps de 1906 que l'on a commencé les travaux de cons-

, ru

on d’une cathédrale ui, à j d'après les plans adoptés, sera un monuolonger la ment de très grande slt, +

A l’intérieur du palais, on a conservé les pièces occupé Mgr Taché dans l’état où elles étaient de son vivant. Le sa comme une sorte de musée historique de l'Eglise manitobaine y voit, par exemple, le fauteuil du trône épiscopal de Mgr P: cher, et d’autres souvenirs également intéressants des pr temps de la colonisation de la Rivière-Rouge. En outre, des hawks, des tambourins, et autres articles, donnent une idé industries et des habitudes des diverses tribus sauvages de 1 La bibliothèque est déjà considérable ; Mgr Langevin en : pour ainsi dire, son affaire personnelle. 1] s'est imposé la patriotique de réunir sous son toit une collection aussi con que possible des ouvrages publiés par les écrivains cana français ; et chaque fois qu’il passe dans la province de Quét glane à droite et à gauche, dans les bibliothèques des institu et des particuliers, avec un zèle constant et presque toujours tueux.

Bon ! Enfin voici, en Amérique, un évêque naturaliste ! manquait encore à l’illustration de notre honorable corpor. des enthousiastes de l’histoire naturelle, Toutefois ce n’est comme nous, à l’étude de la vie organique... morte et... empe que se livre Monseigneur Langevin. Il est de ces naturalistes préfèrent suivre de près la vie vivante. Voilà pourquoi son m d'histoire naturelle n’est pas dans une ou plusieurs pièces du p archiépiscopal, mais bien dans le pré voisin ; et les spécir peuvent à leur aise y voleter, y gambader et y jeter chacun sot particulier. Il n’y a pour le moment, dans la collection 00logi: qu’un chevreuil antilope, deux grues et trois faisans ; mais en c œuvre comme en toutes les autres, le plus difficile est fait puis l'on a commencé. Car c’est toujours toute une affaire, en « que ce soit, que de commencer.

A l’archevêché, on pratique l’hospitalité à la façon canadien française, c’est-à-dire que chacun s’y trouve à l’aise comme c soi. Ainsi qu’il en est des maisons ecclésiastiques de chez nc c’est vraiment l’hôtel du clergé. Aussi, durant les quatre ou c

occupées par Le salon est tobaine. On

jours que nous avons passés dans cette demeure, nous avons rencontré des prêtres et des religieux de toutes les parties du diocèse, même des curés de Pembroke et du Dakota. En sorte que sans

Mgr Provan- Voyager, nous avons pu faire connaissance avec un bon nombre de des premiers WE. ecclésiastiques qui défendent vaillamment les intérêts de la foi re, des toma- catholique et de la nationalité française dans ces régions où les une idée des ennemis de l’une et de l’autre cherchent à l’emporter. Tout en es de Me: cultivant les belles vertus chrétiennes dans le cœur de leurs paroisin en a fait,

siens, ces prêtres donnent aussi quelque attention aux progrès agricoles de leurs paroisses, et vont ‘jusqu’à mettre eux-mêmes la main à la pâte, non sans bonheur, parfois, pour donner le bon exemple : témoin l’un de ceux que j'ai rencoñtrés, qui a douze hevaux dans son écurie et qui récolte quatre mille minots de blé sa ferme. C’est bien le moins, quand on habite le Manitoba, que l’on récolte du blé en abondance, Il y a, à l’archevêché, un prêtre belge, un prêtre ruthène, un prêtre polonais. Ces deux derniers desservent des colonies de leur

086 la tâche ssi complète s canadiensle Québec, il institutions ujours fruc-

aliste ! Cela

corporation JÆ, ationalité, qui ne pourraient encore être organisées en paroisses e n’est P88, Mdistinctes. Car toutes les races de l’Europe semblent s’être donné L empaillée rendez-vous au Manitoba et dans tout l'Ouest. Quand tous ces rralistes AU Epeuples divers se seront mélangés et assimilés plus ou moins au L son musée cours des siècles, on verra là une population des caractéristiques ‘8 du palais Le 1rquelle on ne peut aujourd’hui avoir d'idée. L'histoire de spécimens Bavenir sera peut-être bien autrement intéressante que celle du un son Cri nssé et du présent.

zoologique, J'ai cru, un moment, trouver le P. Arnaud, le “ roi des Monaisen cette Manais”, au palais archiépiscopal de Saint-Boniface. C'était le P. ait PUSqUe EDandurand, qui est bien la figure la plus originale de tout le e, en quoi

personnel de la maison. En voilà un qui est vraime

anadiennemme chez chez nous, re ou cinq

ropiapneee

les pays. Ce vieillard, âgé de 85 ans, et qui a célébré le 63e anni- | versaire de son ordination sacerdotale pendant notre séjour à Saint- Boniface, est encore très alerte et d'esprit très éveillé, au point de suivre attentivement toutes les opérations de la guerre russojaponaise. La richesse de ses souvenirs, sa bonté indulgente et sa constante bonne humeur font la joie des hôtes de l’archevêché. Il à trouvé là une retraite paisible et douce, où s'écoule aimablement sa vieillesse dans les exercices de la charité et de la piété (1).

Non loin de la cathédrale, se trouve le collège de Saint-Boniface, qui joue le rôle de petit séminaire diocésain. Nous allons le visiter, dans l'après-midi du dimanche, et nous y fûmes accueillis avec la plus grande cordialité. L'institution est dirigée par des RR. PP, Jésuites, au nombre desquels se trouve le célèbre P. Drummond, dont la parole et la plume sont également puissantes, et toujours prêtes à défendre la vérité contre les accès du fanatisme sectaire qui lève souvent 'a tête dans ces milieux de l’Ouest.

Ce collège, re ativement spacieux, est construit en brique blanche, chauffé à l’eau chaude et parfaitement aménagé. On s'y éclaire encore au pétrole, en attendant l'électricité. En avant de l'édifice s'étend un beau parterre encore tout fleuri, mais qui a déjà subi les morsures de l’automne.

Nous remarquons que les arbres, en ce pays, sont de taille assez réduite. Nous y reconnaissons une espèce de chêne et surtout beaucoup d’érables à Giguère ou négondos, dont la gelée précoce a rendu les feuilles jaunissantes.

Il y a encore, äans les environs, un très joli édifice en brique blanche : c’est une école normale édifiée récemment par le gouvernement provincial Roblin, qui montre réellement de la bienveillance envers les catholiques. Cette largeur d’esprit des gouvernants rend la situation tolérable, au point de vue scolaire, dans les municipa-

{D Les journaux de Montréal ont fait mourir subitement le P. Dandurand, vers la fin de mars 1905, publiant son portrait et sa biographie, Cela ne l'em- > Pas, par exemple, de continuer même en 1906 vivre comme de plus

lités rurales, où la majorité des habitants est souvent composée de catholiques, Par contre, dans les villes, c’est-à-dire à Winnipeg et à Brandon, l’état des choses est déplorable. Les catholiques y sont obligés de soutenir leurs écoles à leurs frais, tout en payant des taxes pour le maintien des écoles protestantes ; ils voient même leurs propres édifices scolaires frappés de la taxe d’école par des municipalités sectaires, Il est difficile ou plutôt impossible de

ces pays est souvent composée de pauvres gens qui vivent péniblement.— Au moins, les majorités catholiques n’ont jamais, en aucun lieu du monde, tenu une conduite si peu généreuse, pour employer une expression polie. —Qu'il est donc remarquable, aussi, que la seule religion persécutée, dans l’univers, soit toujours la catholique ! I] y a là une magnifique Preuve, quoique négative, de la vérité de la sainte Eglise catholique. Pour terminer ces notes sur Saint-Boniface, il faudrait encore parler, si j'avais pu les visiter, des institutions religieuses d’ensei- &nement et de limmense hôpital des Sœurs de la Charité. On achève justement d’ajouter, au coût de $200,000, à ce dernier édifice, une aile très considérable. Cette institution, comme d’ailleurs tous nos hôpitaux confiés aux religieuses, est conduit d’une façon gi supérieure, que les protestants de Winnipeg ne sont pas les derniers à venir s’y faire traiter. I] faut être fou, ou plutôt diaboliquement forcené comme les chefs actuels de la France, pour s’être employés à chasser de leurs hôpitaux ces admirables, angéliques, idéales garde-malades que sont les religieuses.

Il faut avouer que Saint-Boniface, habité presque exclusivement par nos compatriotes, ne paye guère de mine. Les Maisons, d'aspect peu fortuné, sont disséminées sur un vaste espace. Le tramway de Winnipeg pousse bien une pointe dans la ville, mais le service qu'il y fait ne rappelle que de très loin celui des tramways de New-York ; cela néanmoins vaut encore un peu mieux que rien.

Quant à la voirie, elle est probablement satisfaisante quand il a fait beau longtemps ; mais, par un temps de pluie, c’est quelque chose d’inconcevable, Cela tient à l'exagération des qualités du sol manitobain. Cette terre, qui est peut-être unique en son genre, est comme onctueuse, visqueuse et huileuse ; elle est d’une prod'gieuse fertilité au point de vue agricole. Mais elle ne vaut rien, ou plutôt elle est impraticable pour faire de bons chemins, par les temps pluvieux. Aussi, il fallait voir les rues de Saint-Boniface, par les jours de piuie où nous étions là ! Les roues des voitures s’enfoncent lamentablement dans cette terre à consistance molle, y laissent après elles de profonds sillons, et, retenant sur leurfcirconférence une couche terreuse qui s’accroît indéfiniment, deviennent d’une grosseur énorme. Quant aux chevaux, ils ne tardent pas”à se voir chaussés de mottes invraisemblables. Je ne sais comment se tireraient d'affaire, ni même s'ils pourraient s’en tirer, des gens qui entreprendraient de marcher là-dedans. Sur les trottoirs, en temps de pluie toujours, les piétons n’ont qu’à se bien tenir ; mais c’est précisément ce qui est difficile. Car on croirait marcher sur une surface graissée,

On voit, par ce léger croquis, s’il est gai de se promener, quand il pleut, dans les rues de Saint-Boniface. 11 y à donc là un sol dont la valeur est inestimable pour la culture, mais qui est le plus défavorable du monde pour y placer des villes. Il est évident qu’à force de dépense on peut arriver, comme on le fait à Winnipeg, à faire des rues excellentes par l’asphalte ou le macadam. Mais actuellement, et malgré une activité indus ‘ielle pleine de promesses d’un bel avenir, Saint-Boniface ne parait pas être en état de pourvoir aux frais énormes de l'aménagement de ses rues (1). En attendant que les finances municipales y soient devenues d’une prospérité suffisante, on pourrait peut-être avoir recours, pendant les saisons pluvieuses, aux ballons, aérostats et autres véhicules aériens, pour faciliter les communications.

1) En 1906, le conseil municipal de Saint-Boniface s’occu: sérieusement PAT 2. la voirie de la ville.

C'est faute de ces moyens de locomotion en l'air que nous n'avons pu répondre à la douzaine d’invitations que l’on nous a faites d’aller visiter diverses localités de la campagne. J'aurais tenu particulièrement à faire une excursion chez mon ancien contrère du grand séminaire, l’abbé Jolys, qui s’est tant dévoué et a tellement poussé le progrès religieux et matériel au milieu de ses Ouailles, que sa paroisse a dû s’appeler de son nom. Mais il fallait, pour s’y rendre, faire un trajet en voiture, et j'ai dû renoncer au voyage dans la crainte de m’enliser irrémédiablement et à perpétuité dans la boue manitobaine.

Nous avons même été forcés, par la pluie battante, de rester à la maison deux jours durant. Cela ressemblait fort à nos : surnées froides et pluvieuses d'automne, dans l'Est. Je n’ai pas besoin de dire que nous nous serions fort bien passés de retrouver si loin ce que l’on appelle parfois “ le temps de Québec.”

Enfin, le troisième jour, le soleil apparut, et nous profitâmes du beau temps pour traverser la rivière Rouge et visiter enfin Winnipeg, l’ancien Fort Garry.

C’est, malgré sa fondation encore récente, une grande ville que Winnipeg. Le guide du C.PR. lui attribue une population de 75,000 âmes, en faisant observer qu’en 1871 il n’y avait là qu’une centaine de personnes. Voilà un développement que l’on peut sans risque qualifier de merveilleux.—Si l’on demande pourquoi l’on n’a pas, à l’origine, établi Saint-Boniface en cet endroit même, je répondrai que je n’en sais absolument rien. D'autre part, peut-être veut-on savoir pour quelle raison on est venu se fixer ici et y faire une ville nouvelle, plutôt que d’aller prendre un pied-à-terre à Saint-Boniface, où se trouvait déjà une agglomération assez considérable de population ? II paraît que c’est bien là, aussi, ce qu’on avait voulu faire. Mais, ai-je ouï dire, Mgr Taché n'avait pas cru devoir concéder aux nouveaux venus les terrains de grande étendue qu’il possédait, et qu'il réservait sans doute pour ses établissements religieux de l'avenir. ‘Et comme on tenait à s'établir au confluent même des rivières Rouge et de l’Assiniboine, on avait dû aller se

mettre de l’autre côté de ces cours d’eau, en face de Saint-Boniface.

La fixation, en cette nouvelle cité, du siège du gouvernement provincial, des grandes vsines et du principal bureau des Terres du C.PR., la fondation de grands établissements de commerce amenèrent bientôt une immigration incessante : et la ville grandit à° vue d’œil. Il me paraît certain qu’un jour ou l’autre Winnipeg

englobera Saint-Boniface, qui ne sera plus qu’un quartier de la

grande ville, La perspective d’être un jour dévorée de la sorte

est peut-être peu réjouissante pour Saint-Boniface : mais comme

cette annexion sera pour l’ancienne ville le signal d'améliorations

de tout genre, il n’y a pas lieu de s’apitoyer beaucoup sur le sort

des futurs annexés... Toute la question, c’est de savoir quelles

seraient, au point de vue catholique et français, les conséquences

de la disparition du centre national qu'est aujourd’hui Saint-

Boniface, Mais cette question vaut qu’on s'y arrête !.…

En attendant le contingent que fournira l'annexion de Saint- Boniface, Winnipeg ne compte qu’un dixième de sa population qui soit catholique. Ces catholiques sont répartis en plusieurs paroisses, dont l’une, établie dans l’hiver de 1905, et composée de Canadiens- Français, est confiée à la direction des Oblats.

Les mêmes religieux étaient déjà à la tête de l'importante paroisse de Sainte-Marie, qui possède une grande église et un coquet presbytère. Au momeni où nous visitâmes cette église, l’école — une “ école sépars:”, bien entendu — venait de finir, et les bambins s’en allaient d’un air d'oiseaux prisonniers qui s’aperçoivent soudain que la porte de leur cage est ouverte, Une école à l’église... Que signifie cela ? Cela signifie que, suivant les exemples remarquables d’autres pays, on fait aussi à Winni comme on peut ; quand on n’a pas d’autre local, on fait l’école à l’église, tout simplement. Toutefois, cette destination assez étrange de l’église n’était que provisoire. Car en ce moment même on était sur le point d’achever la construction d’un vaste et élégant édifice scolaire, en brique blancte, située en face de l’église, et dont le coût ‘’élèvera à plus de quarante mille piastres. Ils ont du zèle

pour l’éducation, ces catholiques de Sainte-Marie ! Ils sont même sélés et généreux, au point de contribuer en outre au soutien des écoles de leurs compatriotes les fanatiques protestants du lieu. Il faut ajouter que c’est la loi qui les pousse à une générosité aussi extraordinaire.

Le P. L. Gladu, qui fait partie du clergé de la paroisse, et qui était venu nous relancer jusqu’à Saint-Boniface, s'empare de nous sans vouloir entendre raison, et nous transporte fort loin, en dehors des limites de la ville, pour nous déposer sur le seuil d’un grand couvent, dont il est le digne aumônier, Ce couvent, c’est l’Académie Sainte-Marie, qui dépend de la paroisse de même nom. Il est tenu, et de manière admirable, comme on l’imagine bien, par les Sœurs de Jésus-Marie d’Hochelaga. Plus de cent jeunes filles y reçoivent l'instruction. L'édifice, ouvert depuis deux ans, est déjà trop petit, et devra être agrandi dans un avenir prochain : c’est bien là l’histoire de toutes nos maisons d'éducation de la province de Québec. Ce qu'il est inutile de mentionner, c’est que ce couvent, à tous les étages et dans toutes les pièces, est tout brillant de propreté soigneuse et d’élégante simplicité. Etonnez-vous de voir les protestants les plus irréductibles s’'empresser de confier leurs filles à des maisons de ce genre ! — Naturellement, il n’y a pas un coin de la maison dont on nous ait fait grâce, pas une classe où nous ne soyons entrés pour voir les élèves à l'ouvrage. Nous en avons donné, là, une nouvelle preuve de l'intérêt que nous portons à l'éducation de la jeunesse ! Mais le détail qui m'a le plus frappé et qui s’est logé dans un coin de ma mémoire pour n’en plus jamais sortir, c’est qu’il y a dix-sept pianos dans cet établissement. Cela démontre sans doute combien ces gens du Manitoba ont de zèle pour le culte des beaux-arts, eux que l’on regarderait volontiers comme ne songeant pas à autre chose qu’à profiter du sol merveilleux qu'ils possèdent pour inonder de bon blé tous les pays de l'univers. Mais, à un tout autre point de vue, dix-sept pianos : conçoit-on ce qu’il y a là de menaces pour la tranquillité future des familles et pour le sommeil des paisibles voisins de l'avenir !

Si le parti ‘“ ouvrier ” voulait se faire prendre au sérieux, il devrait n'avoir rien de plus pressé que d’ajouter aux cinq cents articles de son ‘“ programme ” un article par quoi l’on demanderait aux pouvoirs publics de limiter, dans une institution quelconque, le nombre des instruments destinés à troubler, dans l'avenir, la paix publique...

L'après-midi, ce fut le R. P. Guillet, supérieur des Oblats de Duluth, qui voulut bien se faire notre cicérone dans cette ville où il a lui-même résidé.

Je tenais particulièrement à visiter l'hôtel du gouvernement de la Province, L'édifice, construit en brique blanche, est d’un style sobre, mais encore agréable ; ses dimensions sont restreintes, et doivent à peine suffire au fonctionnement de la machine administrative. C’est ainsi que la bibliothèque de la législature n’a pas de local particulier, et se trouve éparpillée un peu partout dans le palais ; son conservateur — s'il existe — doit être habituellement dans l’état d'âme de la poule qui voit ses poussins dispersés dans toutes les directions. Quant à la salle des séances de l’Assemblée législative, elle est remarquablement aménagée et décorée ; et l’on se figure difficilement que ce fut en une si jolie pièce qu’ait pu avoir lieu, certain jour, la strangulatior des droits de la minorité catholique en matière scolaire.

Tout autour de ce palais législatif, s'étendent des pelouses bien entretenues et parsemées de bosquets.

Disons en passant que si l’on emploie tant la brique, ici, c’est, il semble, parce que la pierre de construction que l’on trouve dans le pays n’a pas beaucoup de valeur. Au moins, les échantillons que j'en ai vus étaient loin de payer de mine,

À quelque distance des “ murs ” de la ville, il y a le River Park, où l’on se rend en tramway. C’est même la compagnie du tramway qui en est propriétaire, — comme c’est le cas dans la plupart des grandes villes du continent, où ces associations ont trouvé ce moyen ingénieux des pares de plaisance pour augmenter de beaucoup, durant la belle saison, la circulation sur leurs voies et par suite

Pour grossir les recettes. Ce River Park, par exemple, n’est encore que dans l'enfance, s! l’on peut s'exprimer ainsi, On voit qu'il est de création récente, Les massifs et les bosquets n'ont pas encore eu le temps d'atteindre l'opulence. Les chemins qui courent à travers le terrain sont à peine raffermis après les pluies de ces derniers jours. D'ailleurs, les restaurants, les salles d'amusements, les baraques diverses, tout est fermé ; le silence règne partout, et tout cède devant la marche de l'automne. Enfin, c'est le désert et son abandon. Heureusement, les animaux qui sont chargés de mettre un peu de zoologie au fond du tableau, sont encore là, et c'est bien ce que nous pouvions souhaiter de mieux, nous pour qui les gymnastes, les danseurs et autres personnages de ‘“ Dime Museum ” ne sont pas le dernier mot des joies de l'existence terrestre. Des buffles, des wapitis, des orignaux, des chevreuils, des hiboux, des poules de prairie : voilà les “ attractions ” qui sont encore là, et qui nous intéressent grandement.

Et puis nous parcourons à pied ou en tramway les principales rues de Winnipeg. Ce terrain tout du même niveau, voilà qui continue à nous paraître très étrange. C'est très commode pour faire la promenade, mais cela manque beaucoup de pittoresque. Qu'on ne me parle pas de ces villes où il faut monter sur les clochers pour avoir une vue d'ensemble du groupement des édifices !

La voirie est excellente à Winnipeg, et fait grandement contraste avec celle de Saint-Boniface. Pourtant le sol est sans doute le même, et ce n’est qu’au prix de frais énormes que l’on peut établir ainsi des voies excellentes. Les rues, toutes tirées au cordeau, sont larges, et souvent plantées de jeunes arbres qui promettent de l’ombrage aux promeneurs des âges futurs. Ces rues, on les prolonge à l’envi, et l’on a peine à y suffire, tant l'esprit de construction est intense à Winnipeg. Le C.P.R. donne l'exemple, en cette matière, — à des gens qui n’avaient guère besoin d’un pareil encouragement — : tout est en effet, comme je l'ai déjà dit, sens dessus dessous à la station du chemin de fer, où l’on a transféré les bureaux divers dans je ne sais quels hangars peu réjouissants ;

A nb die DIT SSL LEE 2eme ns.

ee — É

où je ne sais quel vague local sert de salle d'attente ; Où l’on est à construire je ne sais quelle sorte de passerelle ou de voie souterraine pour permettre au tramway de traverser le chemin de fer ; où l’on bouleverse enfin tout le terrain adjacent, pour y élever une gare-hôtel qui coûtera près de deux millions de piastres. .. Dans la ville, tout le monde projette de bâtir, ou demande des plans aux architectes, ou fait des propositions aux entrepreneurs, ou creuse des fondations, ou dispose des briques en forme de murs, ou revêt de zinc des couvertures, ou fait des boiseries dans des pièces de logis : tout cela, assure-t-on, su coût de cinq millions de piastres en l’année 1904 (1). Il n'y , ni races, ni conditions, ni sexes, ni âges, qui soient à l'abri, de 3 Winnipeg. du microbe de la bâtisse. On bâtit ici, là, à droite, à gauche, partout.— Bref ! Que dirai-je ? L'abbé Burque et moi, nous sentions venir le moment où nous allions être pris, nous aussi, de la contagion générale. Et nous Cécidâmes de quitter un lieu où l’on respire avec l’air de pareils germes d’édification à outrance. Nous partirons pour l'Ouest par le premier train possible de la ‘ Transcontinental Line ” !

Départ de Winnipzo.—Du h'é, du blé, du blé —BnranDon, Reaina, Moosz 3AW.—Dans l'Assiniboia.—Dans l'Alberta.—La façon de paître durant l'hiver.—On compte sur le “ transformisme ”’.— CALGARY. —On dirait de la neige.—Séjour à BAnrr.—‘ Banff's Springs C. P. R. Hotel ’.—Accès d'enthousiasme aigu.—Musée du Parc des Montagnes Rocheuses.—Promenade solitaire, au soir, dans le silence des choses.—Crépuscule tardif.

Le train de la “Transcontinental Line” se trouvant en retard d’une couple d'heures, le 15 septembre, je sacrifiai de bon cœur l'agrément d'attendre, au milieu des colis et des bagages, qu'il arrivât en gare, et je profitai du loisir pour combler une lacune de

(1) En 1905, du mois de janvier su mois d'août, on a donné des permis de ction pour une valeur ue huit millions et demi !

notre bref séjour à Winnipeg, et aller faire visite au curé de l’Immaculée-Conception, M, l'abbé Cherrier, qui était alors le directeur de la Northwest Review. Malheureusement, il était absent de la ville et ne devait rentrer qu'après notre départ. Je constatai toutefois que son église paroissiale est fort belle, et que son presbytère, de petites dimensions, est un joli édifice,

A midi, ce 15 septembre, nous quittions enfin Winnipeg pour exécuter d’un trait une course d'environ 1,000 milles,

Toute l'après-midi, nous traversons les plaines incomparables du Manitoba. Tout le blé est coupé, et le sol est partout recouvert de blé en moycttes ou en javelle, De quelque côté que l’on regarde et jusqu’à l'horizon, en toutes les directions, ce n’est partout que du blé. Ce spectacle ne m'impressionne pourtant qu’à demi, parce qu’il me faudrait voir le grain debout pour en bien apprécier la quantité. Heureusement, l'abbé Burque, qui est grand clere en toutes espèces de choses, est en état de juger que tout ce qui s'offre

confiance, et nous tombons tous deux dans le ravissement à l'aspect

Le commerce du blé est donc la grande ressource de « pays, Aux stations du chemin de fer, on voit un ou plusieurs élévateurs, où les gens viennent faire classer, peser et emmagasiner le grain, Puis, quand on , besoin d'argent, ou qu'on trouve satisfaisant le prix du marché, or. vend son blé à la compagnie d'exportation, et tout est dit. L'organisation, comme on voit, est toute simple, mais elle est juste ce qui convient et rend aux cultivateurs les meilleurs services. Car, à cette distance des Pays d'exportation, un colon ne saurait isolément, et avec profit, entreprendre de disposer par lui-même de sa seule récolte.

Et toujours cette plaine parfaitement plane, sans accidents de terrain ! Cela ne cesse pas d’être étrange au plus haut point, pour quelqu'un qui a passé vingt-sept ans de sa vie dans les montagnes du Saguenay.

Vers le soir, nous remarquons la belle petite ville de Brandon.

Au dire du guide du C.P.R. il y a ici une population de 5,380 âmes. C’est l’un des plus grands marchés de grain, au Manitoba ;Ù sy trouve huit élévateurs, maintes manufactures, un asile soutenu par le gouvernement provincial, et une station agronomique dépendant d'Ottawa.

Et voici la nuit qui vient. L'heure du repos est sans doute agréable à voir arriver après une dizaine d’heures de séjour dans un train de chemin de fer ; mais cela veut dire aussi que l’on va traverser, sans le voir, une couple de cents milles d’un beau pays. C’est ainsi que nous passâmes en pleine nuit à Régina et à Moose Jaw, et que donc, après avoir pris la peine de faire un voyage dans l’Ouest canadien, nous sommes aussi ignorants de ces intéressantes petites villes que tant de gens aux goûts prosaïques qui n’ont jamais remué de chez eux.

Régina et Moose Jaw : cela veut dire que nous étions entrés dans l’Assiniboia sans en avoir eu connaissance. Tout l’avant-midi du lendemain, nous voyageons encore à travers ce Territoire (1). La plaine y est unie et recouverte d'herbe jaunie. C’est un pays à pâturage, où 1 us n’aperçûmes pourtant qu’un seul grand troupeau de bestiaux. Des fenêtres du train, je pus voir aussi quelques représentants de la faune de cette région, ‘en la personne ” de quelques petits rongeurs, que les Américains nomment “ Gophers”?, et de quatre antilopes, jolis quadrupèdes d’environ trois pieds de hauteur, et qui ont de la ressemblance avec les ruminants africains de même nom ; ils sont désignés, dans la nomenclature scientifique américaine, sous l'appellation d’Antilocapra Americana, Ord.

De toute cette journée du 16 septembre, nous n’aperçûmes à peu près aucun arbre dans ces plaines immenses. A Medicine Hat, petite ville d'environ 2,000 âmes, se trouve, aux environs de la station du chemin de fer, une sorte de parc établi par le C.P.R., où l'on entretient diverses essences ligneuses, dont le satisfaisant état

(1) Devenu, en 1905, la province de Saskatchewan.

de santé démontre à tous les regards la possibilité qu’auraient les arbres de prospérer en ce pays.

Dans l'après-midi, nous ‘“ Voguons ” à travers l'Alberta. Le sol est d’abord ondulé, et redevient ensuite, à mesure qu’on s’enfonce dans l’ouest, le plateau uni dont l'aspect nous est déjà familier. De temps en temps, on rencontre des lacs de peu d’étendue, ressource précieuse pour les troupeaux de chevaux et de bêtes à cornes, que nous apercevons en plus grand nombre dans ce Territoire (1).

On sait que ces troupeaux, qui sont quelquefois très considérables, vivent à peu près à l’état sauvage dans ces plaines, et y Passent même l’hiver sans aucune espèce d’abri : état de chose dont on n’a pas encore entendu dire qu’ils se soient plaint d’une façon sérieuse, bien que le froid soit fort rigoureux en ces régions. La neige, qui est loin d’y tomber en aussi grande quantité que dans l'Est, vient pourtant quelquefois compliquer fortement la situation, par la difficulté que les animaux ont alors à trouver leur nourriture, Les chevaux s’en tirent généralement assez bien : ils grattent la neige avec leurs sabots et atteignent facilement l'herbe précieuse,

Pauvres bêtes ont à fouiller la neige pour arriver jusqu'aux touffes herbeuses, Cela n’est qu’un jeu, quand la neige est molle, et l’on n’y risque pas autre chose que de s’enrhumer. Mais quand la neige . est dure et surtout quand elle ge recouvre d’une couche de glace, les museaux sont vite blessés et ensanglantés, et les animaux se voient forcés à des jeûnes effrayants, I] y a là, pour les cœurs sensibles, beau sujet de s’émouvoir ; et je ne sais si leur attendrissement ne resterait pas inconsolable et même ne deviendrait pas contagieux au point de tirer des larmes au genre humain tout

(1) Devenu, en 1905, la province d’Alberta.

entier... Mais heureusement on peut invoquer ici le pouvoir consolateur du transformisme (théorie scientifique qui va enfin servir à quelque chose), et en déduire l'espoir que, après des générations, des générations et des générations, grâce à cette intense ‘ lutte pour la vie ” qu’ont à subir les bœufs du Nord-Ouest, et en vertu du principe de l’ “ adaptation aux milieux ” qui aura si constamment exercé son action, le museau de ces animaux finira à la longue par se transformer en pelle de fer...

Une ou deux fois par année, bestiaux et chevaux reçoivent la visite des cow-boys qui cernent leurs troupes affolée: st les pou +::. vers des enclos semi-circulaires, que l’on. aperçoit aux environs uc beaucoup des stations du chemin de fer, et où l’on fait choix des individus que l’on estime propres à la vente. Des marques artificielles permettent de reconnaître et de répartir les animaux qui appartiennent aux divers propfiétaires de ranches. Pour ce qui est des jeunes animaux, comme les éléments d’un exercice exact de la justice distributive font absolument défaut, on les partage suivant la moyenne du nombre de bêtes adultes que possède chacun des propriétaires.

Vers le soir, nous aurions dû apercevoir de loir, c’est-à-dire d’une cinquantaine de lieues, les premiers sommets des montagnes Rocheuses. Mais il aurait fallu pour cela que le temps fût bien clair. Or, non seulement l'atmosphère n’était pas limpide, mais même il pleuvait.

En passant, nous jetons un coup d’œil sur Calgary, petite cité de 6,000 âmes, et dont l’aspect est très agréable. C'est un centre très important de la région de l’élevage des animaux et de l’approvisionnement des districts miniers.

Du reste, dans tout ce pays, l’aisance paraît remarquable. Presque partout les habitations ont un air propre et coquet. Des endroits aussi nouvellement établis, dans l'Est, ne présentent pas ordinairement un aspect aussi soigné.

Mais que signifie donc ce sol d’une blancheur éclatante que nous avons aperçu, aujourd’hui, en divers endroits ? Je n’ai pu

tout d’abord m'empêcher de croire qu'il y avait eu déjà des chutes de neige en ces régions, et qu'il en était resté des traces ici et là.

de pluie s’évapore au contact de l'air, et le sel tout Pur couvre la surface du terrain. C’est, en petit et par l'opération de la nature

Pour que rien ne manquât à notre expérience de la prairie, ROUS AVONS vu aussi au cours de la journée, de vastes espaces tout en feu. Il s'agisse: là, évidemment, de préparer le sol pour les opérations agricoles. |

» après une course ininterrompue de 34 heures en chemin de fer, nous arrivons à Banff, à 10 heures du soir, avec 4 heures de

À un mille environ de la station du chemin de fer, le C.P.R. a bâti un superbe hôtel, au coût d’un demi-million. C’est là, au

de même. Car il me semblait que la Compagnie du C.P.R. avait

Nous nous installons donc dans la diligence du Banff’s Springs

C.P.R. Hotel, et nous enfonçons dans “ l’horreur d’une profonde nuit ” et de la belle route établie dans les gorges des montagnes. De toutes parts nous apercevons vaguement des masses sombres, dont l’aspect mystérieux nous glace autant que l'air très vif de la soirée. Tout en haut, au travers de ces amoncellements gigantesques, apparaît le beau ciel étoilé du bon Dieu. Au bout d’un quart d'heure, qui avait bien paru durer le double, la voiture s'arrête devant un immense édifice tout brillant de lumières électriques, couronné de tourelles et de hauts pignons, que l’on prendrait pour l’un de ces pics à découpures fantastiques qui partout bordent l'horizon. Les officiers du lieu s’empressent autour de nous ; ils nous reçoivent dans leurs bras ; ils nous poussent aimablement à l'intérieur du palais. Nous y tombons dans un “ parlor ”’ monumental. C’est une salle immense, située au centre de l'édifice, où tous les étages viennent aboutir en des balcons superposés, et qu'éclairent les fenêtres du dôme lui-même ; des feux brillants flambent en pétillant dans les deux vastes cheminées ; et partout

. des fauteuils commodes, des canapés moelleux, où des groupes de

touristes causent paisiblement ou lisent les récents magazines, — Toi, mon porte-monnaie, silence! On ne te demande pas ton avis !...

Dès que nous sortimes, le matin, nous fûmes saisis par le ravissement, l’enivrement, l'enthousiasme et toute la gamme des émotions violentes... La majesté, le grandiose, le pittoresque éclatent de toutes parts dans cette nature merveilleuse qui nous entoure... Longtemps, nous promenâmes nos regards insatiables de l’un à l’autre de ces sommets aux formes capricieuses, tantôt ‘’énudés, tantôt coiffés de touffes verdoyantes, quelques-uns couverts de neige. De ces pics altiers, le mont Cascade et les autres, il y en a qui atteignent une altitude de près de 10,000 pieds.

Voilà toute la description que je ferai de ces merveilles, tant je sens l'impuissance de ma petite pointe de plume à retracer convenablement des spectacles aussi extraordinaires ; Sans compter que rien n’ennuie autant la plupart des lecteurs que le genre des-

criptif — sans doute parce que la plupart des écrivains manquent du talent de faire en cette matière difficile les chefs-d’œuvre qu'il faudrait. :

L'hôtel est entouré de balcons et de terrasses très étendues

d'eaux chaudes et sulfureuses, qui guérissent de tous les maux

des systèmes artificiels de locomotion, et trouvant d’ailleurs que les Paysages qui s’offraient partout à la vue suffisaient pleinement à alimenter nos facultés admiratives.

Par exemple, nous ne nous privâmes pas de faire des excursions pédestres dans les belles routes tracées à travers les rochers et les bois. En nous rendant de la sorte du côté de la station du C.PR.,

musée d’histoire naturelle, que nous visitâmes longuement. C’est. le gouvernement d'Ottawa qui a fondé cette institution scientifique,

notables développements ; autrement, à quoi servirait-il d’avoir d’intimes attaches avec le Trésor d’un Pays si riche ? Que ai l’on est curieux de savoir Pour quel motif le. Bouvernement fédéral s’est senti tout à coup pris d’un zèle si dévorant pour la cause de l’hi

toire naturelle, qu'il n’a cru pouvoir le rassasier qu’en établissant

Vous ignorez donc que le gouvernement d'Ottawa a établi là-bas

une réserve d'au delà de 5,000 milles carrés, qu'il a dénommée “ Parc des Montagnes Rocheuses”, et que Banff est précisément la porte d’entrée, au point de vue du chemin de fer, de cette vaste réserve ! Un musée où l’on réunira, avec le temps, tous les spécimens de la flore et de la faune de ce district, c’était une “attraction” toute indiquée pour intéresser les voyageurs, et dont l'importance est grande au point de vue scientifique.

Ce musée est contenu dans un coquet. édifice en bois verni, et où se trouve aussi le bureau du surintendant préposé à la surveillance et à l'administration du Pare lui-même.

Il y a un peu de tout dans ce musée, mais seulement des spécimens recueillis dans la contrée, et cela donne une valeur spéciale à ces collections — qui ne sont encore que dans l'enfance. La section ethnologique nous montre beaucoup d'articles divers provenant des peuplades sauvages de la contrée. Puis, il y a un herbier, des spécimens de diverses essences ligneuses, des insectes, des oiseaux, des mammifères. Ces derniers sont représentés surtout par le bœuf musqué et le bison. L’orignal, le caribou, le chevreuil ou antilope, le mouflon n’y ont que la tête : cela est sans doute un peu mieux que rien, mais tout à fait insuffisant pour un musée. Aussi, fais-je des vœux ardents pour que le gouvernement d'Ottawa laisse là pour un moment ses histoires de chemins de fer, de canaux, de création de provinces nouvelles, etc., et complète, jusqu’à la queue inclusivement, ses quadrupèdes du musée de Banff,

La journée se passa ainsi en promenades à travers ces beautés grandioses de la chaîne de montagne, ou en délicieuses réveries sur les terrasses de l’hôtel, Nous nous efforcions de fixer dans notre souvenir ces incomparables paysages, qui jouiraient d’au moins autant de renommée que les plus fameux sites des Alpes d'Europe s’ils étaient aussi accessibles à la généralité des voyageurs. Pour moi, à côté de la joie de ce séjour de vingt-quatre heures à Banff, je n’ai à mettre, de tous mes souvenirs de voyage, que le parcours du lac des Quatre-Cantons au milieu des montagnes de la Suisse, et je

A TRAVERS L'AMÉRIQUE pu NORD 211

ne sais pas me décider à donner la palme du pittoresque à l’un ou à l’autre,

un jaguar...

dispositions il se pourrait même que l’on ne se tirât pas honorablement de la simple rencontre d’un lièvre timide... Ces Perspectives effroyables me laissèrent bien toutefois assez de liberté d'esprit pour constater que, à cette date du 17 septembre, i i acilité à 7} heures du soir, à la seule + À cette date et à cette heure, il y a longtem à la végétation, elle porte bien la marque et les feuillages jaunissants annoncent la saison.

Cepend::nt les ténèbres ont fini par l’emporter sur les dernières urs du jour ; le rideau est tombé sur la scène grandiose. I] n’y a plus qu’à s'éloigner du théâtre aux décors incomparables. Mais l’on emporte avec soi, pour ne l'oublier jamais, le souvenir deg sublimes spectacles auquel on vient d'assister.

Départ de Banrr.—Un retard de quatre heures, et ses conséquences.—8i une locomotive prenait l'épouvante...—Dans la Colombie-Anglaise.—Moyens de supporter, le jour comme la nuit, ces longs trajets en chemin de fer.— Une attaque possible de bandits.—Le comble des prévenances du C. P.R. —AÀ Vancouver.—Idéal des ‘ excursions à bon marché”.

Le train du Transcontinental n'arrive à la station de Banff qu’à 10 heures du soir, soit 4 heures après le temps règlesnentaire, Un retard de quatre heures, après une course de 800 lieues, ceia mérite de l’indulgence ; et l’on pourrait probablement constater, dans l’histoire, qu’il y a eu parfois des trains de chemin de fer coupables d'infractions encore plus graves à la loi de l’exactitude, et cela après des trajets relativement courts.

On serait tenté de croire, après tout, que, pour des touristes qui ne sont guère pressés, il importe peu de partir de Banff à 6 heures ou à 10 heures du soir. Eh bien, la conséquence d’un retard de cette sorte, ce fut de nous priver du plaisir de voir l’une des parties les plus pittoresques des montagnes Rocheuses. Des pics fameux, que nous n’avons pas plus aperçus que si notre course se fût effectuée dans l’Afrique équatoriale, je me contenterai, pour que le lecteur sache un peu ce que nous avons perdu, de mentionner le Mount Stephen, le Cathedral Peak, le “ Canyon of the Kicking Horse”,—priant que l’on veuille bien lire les noms des autres merveilles dans les guides ou sur les cartes géographiques.

Il y eut bien d’ailleurs quelques compensations aux désagréments de la situation. Si, en effet, nous avons perdu dans la soirée du 17 septembre un certain nombre de points de vue intéressants, même grandioses et sublimes, par contre, le matin suivant nous en avons contemplé d’autres, moins extraordinaires, paraît-il, mais “+ nous n’aurions pas eu seulement connaissance si notre convoi # «t suivi exactement l’horaire normal — oh ! cet horaire théorique ! fabriqué trois ou quatre mois à l’avance dans les bureaux de ces messieurs du C.P.R., qui y vont à leur aise lorsqu'il n’y a

qu'à jouer du crayon sur leur papier blanc, mais qu'il serait curieux de voir manœuvrer un grand train du Transcontinen-

parfois des demi-journées de retard ; Mais il arriverait certainement des cas où l’on verrait la locomotive, se dérobant au contrôle de mécaniciens inexpérimentés, s’élancer à des vitesses insensées prendre même le mors aux dents, s'échapper au premier tournant par la première tangente venue, et tout à fait affolée, tenter de

de jour et de nuit il faut s'attendre à parcourir de longs espaces de pays “ sous l'empire des ténèbres.” D'autre part, si l’on revient par la même route, les horaires des trains sont réglés de telle sorte — grâce au savoir-faire de ces Messieurs des bureaux du C.P.R.— que l’on traversera en plein jour les endroits par où l’on était venu la nuit ; et l’on aura donc tout vu. Que si, malheureusement, il arrive que l’horaire ne soit Pas exactement suivi, alors, comme je l'ai dit, la thèse ne va plus, et l’on perd tout à fait l’occasion de tou‘ voir. Pour nous, qui ne devions pas revenir Par ia voie canadienne, ce qui était perdu était perdu sans espoir.

Pendant cette nuit funeste, et même peu de temps, une heure environ, après avoir quitté Banff, nous sortions de l’Alberta pour entrer dans la Colombie: ise, Plongés déjà dans les profondeurs du sommeil, nous ne fûmes Pas autrement émus de l’événe-

ment, qui n’a du reste absolument rien de remarquable. Car il est très permis d'imaginer que s’il y a quelque chose de parfaitement semblable à l'extrémité occidentale de l'Alberta, c’est l'extrémité orientale de la Colombie-Anglaise ; et vice versa.

Toute la journée suivante, le train courut à travers les montagnes. Les paysages, qui varient constamment dans cette région, ont sans doute beaucoup de pittoresque ; mais comme la beauté de ces spectacles est continue, on finit par être indifférent à ces points de vue qui s'offrent de toutes parts. Pour réveiller l’attention, il ne faut pas moins que le célèbre canon de la rivière Fraser. D'ailleurs, à mesure que le soir approche, le paysage devient de plus en plus remarquable, En même temps, plus nous avançons à l'ouest, plus les signes de l’automne disparaissent, et plus la végétation paraît avoir conservé tout son éclat des beaux jours. Il y a certainement de la satisfaction à courir ainsi après l'été, surtout quand on réussit à le rattraper.

On pourrait croire que rien n’est plus assommant que ces longs trajets en chemin de fer. Cela dépend beaucoup, évidemment, des conditions dans lesquelles on voyage. Si l’on passait des trois ou quatre jours immobilisés sur une banquette quelconque, obligé de s’y recroqueviller de façon plus ou moins fantaisiste pour dormir un peu la nuit, et n’ayant à l’heure des repas que des biscuits secs à se mettre sous la dent, on finirait vraisemblablement par ne pas tarder à en avoir assez d’un régime si primitif, Mais lorsqu’on voyage en touriste, on ne se propose pas, généralement, de s’exténuer de fatigue et de privations, et l’on est assez avisé pour tirer parti des accommodations que les compagnies de transport s’ingénient à mettre à la disposition de leurs clients. C'est ainsi que, dans les “ Parlor Cars”, les ‘“ Sleeping Cars ” et les ‘“ Dining Cars”, on trouve moyen de se faire une vie supportable, au moins pour quelques jours. On y dort fort bien en d'excellents lits, pour autant que la paix règne dans sa conscience, à l'exclusion des importuns remords. La seule inquiétude raisonnable que l’on puisse avoir, en ces régions, c’est de se voir éveillé au milieu de la nuit par deux

ou trois bandits qui auraient eu l’idée originale de s’introduire dans le wagon à quelque arrêt, de réduire à l'impuissance le valeureux nègre qui remplit là le rôle de valet de chambre, et de: vouloir ensuite se créer aux dépens des voyageurs des ressources pour leurs vieux jours. Mais, Pour ne pas parler du déplaisir que cause certainement la brusque interruption d’un sommeil doux et bienfaisant, il n’y aurait qu’à se montrer bon enfant et À s'empresser de livrer à ces aimables brigands sa montre, ses bagues et le contenu de son portemonnaie : de cette façon, l’on se tirerait très bien d'affaire, et, se retournant, on reprendrait facilement le somme interrompu. Le bel épisode de voyage que cela ferait, ensuite, pour intéresser ses hôtes au dîner de famille et pour arracher des petits cris aux vicilles dames et aux jeunes aussi ! Il est justement arrivé une aventure de cette sorte sur le C.P.R. dans les tout dernières semaines qui ont précédé notre voyage : c'était la première fois qu’un tel événement se produisait sur notre chemin de fer canadien La chose est beaucoup moins rare sur les chemins de fer des E. .ts-Unis. Pour ne pas mettre en péril la réputation de sécurité dont jouissent les trains du C.P.R., la compagnie se proposa de tirer une vengeance terrible d’un attentat si excessif ; mais les bandits furent assez avisés pour dépister toutes les recherches, et tout en est resté là, au moins en ce qui concerne la justice de ce monde.

Je puis ajouter que l’on n’a guère, sur le C.P.R., à souffrir des appréhensions de déraillement, de collision ou de tamponnement, Ces accidents y sont tellement rares, que cela ne vaut pas la peine de s'inquiéter de semblables éventualités, qui sont à peine dans le domaine des choses possibles.

Durant le jour, les choses vont aussi joliment bien. Pour chasser l’uniformité, mère de l'ennui, il y a bien des moyens à la portée du voyageur. Tantôt, il se place sur les banquettes de droite ; tantôt il va s’asseoir sur celles du côté gauche : puis, lorsqu'il a épuisé ces ressources de distraction, il va s'installer tout à l'arrière du Parlor Car, qui est ordinairement le dernier du train,

Eee hirssuncesmmnennnmenes ne

et il y jouit du spectacle fameux de la double ligne des rails qui se prolongent au loin avec d'étonnants effets de perspective. Ensuite, lorsque les menaces d’ennui acquièrent une certaine intensité, notre touriste s’en va dans le café-fumoir : il y allume un cigare : il lit quelques pages de l’une des revues illustrées qui sont là ; s’il a le poignet solide, il écrit une petite lettre à quelque ami ; il cause un brin avec un voyageur qui est en route pour l’île Honolulu, le Japon ou autre lieu ; il se trouve même des gens qui commandent au garçon un verre de vin pour arroser la jeune plante d’une amitié éternelle qu’ils viennent de lier avec quelque compagnon de wagon qui s’en va résider aux antipodes.

Mais la suprême distraction du voyageur, à bord des trains de long cours, ce sont les repas. Comme on y attend généralement que vous ayez commandé un plat pour le préparer, vous passerez facilement une heure ou une heure et demie à table. Et comme cela se renouvelle trois fois dans la journée, il y a là encore un excellent moyen de tuer le temps, aussi bien que de diminuer le poids du porte-monnaie,

Il n’y a vraiment plus qu’une ombre au tableau, qu’un nuage dans un ciel si pur. Quel dommage que l’on ne puisse savoir ce qui se passe dans tous les pays du monde ! On est si bien habitué, aujourd’hui, à lire son journal le matin, le midi et le soir, pour apprendre tout de suite ce qui vient d’avoir lieu à Berlin, à Tokio, à New-York et ailleurs !‘ Quand la voie ferrée traverse un pays où des villes importantes sont semées partout, il est facile d'obtenir aux gares des journaux tout frais sortis des presses typographiques. Mais, en des contrées encore primitives comme l'Ouest canadien, il ne faut pas compter, pour alimenter sa curiosité, sur la presse des petites villes auxquelles le train s’arrête de temps en temps : on y trouve bien le compte rendu d’une joute récente de foot ball, le procès-verbal de la dernière séance du conseil municipal, et des détails très étendus sur l'accident qui a fait perdre à M. Smith sa plus belle vache, à qui il est arrivé, probablement à cause de sa myopie, de tomber la tête la première dans un puits, dont elle a

avalé toute l’eau en s’y noyant (le puits se trouvant comblé par là même, M. Smith a décidé, de l'avis de Mme Smith, de laisser les choses en l'état, et de creuser un autre puits à quelque distance). Mais le service télégraphique de ces feuilles locales est déplorablement élémentaire, et, après les avoir lues, on reste dans une belle ignorance de ce qui a pu se paser deux heures auparavant dans les grands et les petits pays du reste de l'univers.

Oui, voilà ce qu'il en est,

Mais il y a la compagnie du C.P.R., qui est une compagnie intelligente, Chaque matin et chaque soir, elle distribue aux Voyageurs de ses grands trains et fait afficher dans ses hôtels un bulletin écrit à la machine, où se trouve le résumé télégraphique des derniers événements de la politique, du commerce, de la navigation. C'est ainsi que l'appétit des informations trouve à se rassasier, et que l’on peut arriver ensuite à destination sans craindre de passer pour plus neuf qu’il ne convient,

De tout ce qui précède, il est permis de conclure que l’on peut voyager des jours et des jours sur les grandes lignes de chemin de fer sans trouver l'existence trop amère.

couver. Un quart d'heure après, nous étions installés à l'hôtel Vancouver, bel établissement tenu par le C.P.R., où le service se fait par des domestiques chinois — ce qui ne signifie nullement qu’il soit mal fait. On nous dit que M. Shaughnessy, président de la Compagnie du Pacifique, est pour cette nuit l’un des hôtes de

Nous retrouvons ici, après un trajet de mille lieues, la grande navigation maritime, De fait, on peut s’embarquer, au port de Vancouver, pour la Chine, le Japon, l’Australie, et bien d’autres pays baignés par l'océan Pacifique, voire même pour le Yukon et l’Alaska. Quand même l’on n’a pas du tout l'intention de s'engager dans des voyages aussi extraordinaires, c’est déjà une satisfaction

appréciable que de pouvoir se dire : je n'aurais qu’à monter sur ce steamer que voilà, et dans une moitié de mois je débarquerais à Yokohama, à Hong Kong, ou ailleurs. -. Sans compter que, pour

À Vancouver —Une flore vigoureuse. —La tyrannie des programmes, —Déli. cieuse traversée du détroit de Géorgie. — Les adieux au C. P. R.—Vicrorra. —En collaboration avec la lune.— Des Chinois Comme sur les images, —Le palais législatif. — Visite au leutenant-gouverneur.—Le beau musée provincial. —Ccnfiance au brin d'herbe. —Une acministration bon enfant. —EsquimaLT.— Impossible de savoir s'il y a là des fortifications. —C'est nous, Maintenant, les propriétaires de la station navale,

Une nuit et une avant-midi, c’est tout ce que nous avons été à Vancouver, et l'ennui n’a pas même eu le temps d'entamer notre bonheur.

Vancouver est situé sur le côté sud-est du détroit de Géorgie. Sa population n’atteint Pas encore trente mille âmes. I] faut dire aussi que la fondation de cette ville ne remonte pas loin dans les âges passés. En effet, d’après le guide du C.PR., l’épaisse forêt y régnait encore en 1886.

Du toit de l’hôtei où nous logeons, on a une belle vue de toute la ville, du port remarquable qui l'entoure d’un côté, et des hautes Montagnes qui de toutes parts forment un fond de tableau d’une rare magnificence,

Une longue promenade en voiture nous permit de constater que la ville est bien bâtie. L'église de Notre-Dame du Rosaire, de style gothique, est d’un aspect agréable, Nous ne fûmes pas peu surpris de rencontrer là, dans la personne du sacristain, un Français

de France, qui avait donc fait la moitié du tour du globe pour trouver à utiliser ses talents,

Une course autour du parc Stare; nous proeura de belles jouissances. Ce parc, d’une grands étendue, cour: le long de la mer, et rappelle l’antique forêt qu “ecouvrait tovce la pointe de terre où Vancouver est établi. On y voit queiques spécimens gigantesques de pins, de cèdres ‘et d’épinettes, qui rendent grand témoignage des qualités du sol et du climat de cette région. Ajoutons des marronniers, des acacias, des érables dont les feuilles, de dimensions colossales, commencent à peine à jaunir ou à rougir. Du reste, à cette date du 19 septembre, la végétation est encore dans toute sa beauté et aussi vigoureuse qu’elle est, dans l'Est, au milieu de l’été. Il y à jusqu’à des roses en plein épanouissement aux branches des rosiers. Quelle infortune qu'il y ait si loin de nOS pays à cette terre enchantée !

Il nous fallut avoir recours à toute notre énergie pour nous arracher, au bout de quelques heures, à ce paradis terrestre, Mais le programme était là qui, d’une voix inexorable, nous imposait le départ. Car voilà bien l'ennui des itinéraires fixés d'avance, et suivant lesquels il faut en un temps donné parcourir telle région déterminée ou tel r ombre de pays. Que de fois, charmé par les côtés agréables du séjour en queique localité ou par le bien-être que l’on trouve en quelque hôtel, on aimerait à y passer encore un peu de temps : mais alors on dérangerait tous les points suivants du programme : on ne pourrait plus revenir chez soi à la date arrêtée ; ou bien il faudrait laisser de côté tel et tel autre point que

voyager à l'aventure, prenant les choses comme elles viennent, Partant et arrivant suivant son caprice du moment. Mais il ya peu de touristes à qui leurs ressources Ou leurs occupations laissent une pareille liberté.

Ce n’est pas une affaire bien compliquée que de : rendre de Vancouver à Victoria, la capitale de la Colombie-Britannique. Il

n’y a pour cela qu’à s’embarquer à bord du Princess Victoria, à l'heure convenable, et ensuite à laisser aller les choses. Au bout de quatre heures, on débarque à Victoria. Le steamer dont il s’agit est fort luxueux ; on le donne aussi comme le plus rapide de tous les vaisseaux du continent. Il appartient à la ligne C.P.R. Co.'s British Columbia Coast Service. C’est long, ; mais cela résume tant de choses !

Cette traversée du détroit de Géorgie, dans les conditions où nous l’avons faite, est un voyage absolument délicieux. Cette après-midi-là, la température était très douce ; la brise ne faisait qu’agiter un peu la surface des eaux. Dans un ciel sans nuages brillait constamment le chaud soleil de septembre. Des îles nombreuses, et toutes verdoyantes, à travers lesquelles on circule avec ravissement ; au loin, et de tous les côtés, les montagnes de la grande île de Vancouver et celles du continent : le spectacle est merveilleux, et l’on ne se lasse pas de l’admirer. L'un des points qui attirent le plus l'attention, c’est le mont Baker, situé dans le territoire de Washington (Etats-Unis), et dont le sommet recouvert de sa calotte de glace reste visible tout le temps de la traversée.

Tout ce que je puis dire, pour exprimer le mieux les jouissances de cette courte navigation, c’est qu’elle a été l’une des trois excursions, exécutées au cours de mes pérégrinations diverses, dont je conserve le souvenir le plus agréable... On veut savoir quelles sont les deux autres ?... Me prêtant volontiers à satisfaire cette curiosité, je mentionne le parcours du lac des Quatre-Cantons, au fond des glaciers de la Suisse, et la descente de la rivière Richelieu, de Chambly à Sorel.

En débarquant du Princess Victoria, on se sépare définitivement du “ système ” du C.P.R., et non sans regret. Cette affiction, il est vrai, ne va pas jusqu'aux larmes : car il serait excessif de s’imaginer que l’on a pu voir le C.P.R. étouffé par les sanglots et s’essuyant les yeux avec son mouchoir... Mais du moins le voyageur, qui vient de passer une quinzaine de jours sur les bateaux, sur les convois ou dans les hôtels de notre grande compagnie de

chemin de fer, où le service est toujours excellent, ne peut s’empéche: de ressentir quelque impression désagréable à la pensée que, dans la suite de son voyage, il ne pourra plus compter d’une manière aussi certaine sur une satisfaction complète. Car les grandes compagnies qui, on le sait, n’ont pas plus de cœur que les petites, et toutefois vont jusqu’à dorloter leurs hôtes, ne se rencontrent pas partout.

Un autre sentiment que l’on éprouve, en atteignant l'extrémité de la ligne du C.P.R., c’est celui de l'admiration pour une organisation aussi colossale, et dont Pourtant tous les détails sont réglés avec tant de perfection. Quand on a fait un trajet de mille lieues sur une même ligne de chemin de fer, on se rend très bien compte que l’on a touché du doigt l’une des merveilles opérées par le génie humain, et l’on ne s’étonne plus qu’il faille jusqu’à trente mille hommes, c’est-à-dire une véritable armée, pour assurer le fonctionnement régulier d’une machine aussi gigantesque.

La jolie ville que Victoria ! Capitale d’une grande province, et toutefois si petite en étendue, et si faible de population : car elle ne dépasse guère encore le chiffre de 25,000 âmes. Il est certainement glorieux pour un pays de posséder des agglomérations énormes de centaines et de centaines de milliers d'habitants. Mais, dans la pratique, vivent les si petites villes qu’il suffit d’une demi-heure de promenade pour les traverser de part en part.

Victoria est bâtie à l'extrémité sud de l’île de Vancouver — une île de 5,000 lieues carrées, de 100 lieues de longueur, et large de 15 à 20 lieues. Comme cette île n’est qu’une petite région de la Colombie-Britannique, il n’en faut pas davantage pour avoir une idée de l’immense territoire de cette province : elle a bien au delà de 100,000 lieues carrées! Moi qui étais sous l'impression, à voir sur les cartes géographiques ce petit coin du Canada, que c'était

là l’une de nos plus petites provinces canadiennes ! Voilà donc encore une preuve, tangible pour ainsi dire, de la formation que donnent les voyages ; et cela n’est pas pour ralentir l’ardeur que

naar mers renamnamnsenmonue = F

222 IMPRESSIONS D'UN PASSANT j'ai de visiter le plus d’étendue possible de l'enveloppe du globe

I y a à Victoria plusieurs belles rues commerciales, larges et. bordées de beaux édifices. Un tramway circule partout et met en <ommunications rapides toutes les parties de la ville. Les voitures de ce tramway sont munies d’un fumoir, qui témoigne à l'égard des amateurs du tabac d’une sollicitude qui a quelque chose de touchant. L’éclairage des rues est fort bon, et se fait en collaboration avec la lune... Cela veut dire qu’à Victoria l'électricité et la lune travaillent chacune leur tour ; quand l’une est en service, l'autre s’abstient. C’est ainsi que, pendant la nuit que nous avons passée là, on n’a allumé les lampes des rues qu’à une heure du matin. Ce système est d’une efficacité satisfaisante et d’une évidente économie ; au moins, on ne peut dire qu’à Victoria on brûle la chandelle par les deux bouts, comme on le fait, en l'espèce, dans nos villes de l’Est — où, grâce au brillant éclairage électrique des rues, il y a des gens qui naissent, vivent et meurent sans pres-

Que avoir jamais vu l’astre des nuits, sans avoir savouré les joies du clair de lune, et où l’on ne s'efforce même plus “ pour prendre la lune avecques les dents”, comme au temps de Rabelais.

Le parc dénommé Beacon Hill contient de jolies pièces d’eau,

Des arbres de très haute venue en disent long sur le climat et le sol de la région, dans laquelle, à la date où nous sommes, la saison d'automne ne s'annonce encore que par ses premiers symptômes, Les gazons non entretenus ont seuls pris la couleur jaune. C’est à peine si les érables commencent à subir la décoloration de leur feuillage. Pour tout le reste, en ce 20 septembre, la végétation est dans son plus beau, et les jardins sont encore tout fleuris ; et dans les vergers les pêches et les poires pendent encore aux pêchers et aux poirirs. La chaleur est assez grande sur le haut du jour ; mais, en somme, la température délicieusement tiède de cette

journée nous rappelle très bien celle qui règne à la mi-juin dans la province de Québec.

’ils ont à trans

une annexe du palais législatif.

Ce palais, de construction récente, s'étend, dit-on, sur une acre entière de terrain, et a coûté un million de piastres : ces détails en disent déjà long à des habitants du continent américain. Il faut ajouter qu’il est bâti en pierre, d'architecture plus ou moins romane, à deux et à trois étages, surmonté d’un grand dôme et de nombreuses tourelles, et qu’il est enfin d’un ensemble à la fois imposant et très élégant. L'intérieur est bien décoré, surtout le vestibule, surmonté d’une belle voûte, et la salle de l'assemblée législative — surmontée d’un treillis destiné évidemment à empêcher les discussions des hon dans les nuages.

i les corridors et les tout à coup en face

sr a etrnn rar ren

pa spas

nage, compatriote que les hasards de la vie politique ont porté depuis longtemps aux sommets administratifs, M. Joly, que je n'avais pas rencontré depuis bien des années, est assurément très vieilli ; mais il a conservé; en son grand âge, une admirable verdeu. Il nous accueillit avec l’aimable courtoisie qui rend son commerce si agréable. Nous causâmes longuement de l'avenir merveilleux qui paraît réservé à la Colombie-Britannique, dont les ressources sont inépuisables, en fait d'agriculture, d’horticulture, d’exploitation des pêcheries, des mines et des bois de commerce. Tout le premier, comme il convient, M. Joly est épris d’un véritable enthousiasme pour les richesses de la belle province qu’il gouverne, et pour la douceur du climat qui y règne. On sent qu’il lui en coûtera, à la fin de son terme d'office, de renouveler connaissance, en nous revenant, vec le vent de nord-est et le dur hiver de la province de Québec.

A chacune des extrémités du corps principal de ce palais législatif, il y a une annexe de même style et à deux étages, et reliée avec le palais par un corridor ajouré. L’une de ces constructions est exclusivement occupée par le musée provincial.—Ce qualificatif de provinciai, c’est bien le caractère distinctif de ce musée, avant tout destiné à contenir toutes les productions naturelles de la Colombie-Britannique. Plusieurs autres provinces, entre autres celle de Québec, ont ainsi formé des musées provinciaux. Et qu'y a-t-il de plus intéressant pour l'étranger que de pouvoir ainsi, dans chacune des capitales, connaître d’un coup d’œil la faune, la flore et les productions minérales de toute une région canadienne ? Sans compter que lorsque toutes les provinces auront établi et développé des musées de cette sorte, on se trouvera à avoir poussé fort loin la connaissance de l’histoire naturelle du Canada.

Quoique sans doute il n’existe pas depuis bien longtemps, le musée de Victoria est déjà considérable. 11 occupe les deux étages de l'édifice qui le contient, le deuxième étage étant ou :rt en galerie circulaire. Le cabinet du conservateur est tout à fait remarquable, à l'extérieur du moins, par ses riches boiseries, faites des plus beaux bois de la Colombie-Britannique.

Le règne végétal est Par des collections d’essen

l'étranger, l'ind

it jusqu’à mouflon, dont l’une dite nouvelle vient oiseaux sont en

croissance.

Les collections et.aologiques, consistant en ustensiles, armes, costumes et autres objets dus à l’industrie des tribus sauvages, sont très fournies.

Deux immenses vitrines sont remplies d'insectes des divers ordres, surtout de papillons, et c’est bien la section qui retient davantage les visiteurs,

Mais on dirait que ce

d'herbe dans nos

ne pouvait pas au moins être poli quand on

is — au publie, et comme si la vie du bri u’il ne peut

prospères quoique les gamins aient toute liberté d'y prendre leurs ébats folâtres. ‘

Mais où la confiance administrative a pris des proportions inattendues, c’est au musée provincial. Les quadrupèdes sont là partout sur le parquet, sm:: vitrines pour les protéger. Aussi, les visiteurs, dont la mentalité (comme on dit de nos jours) est absolument la même dans tous les pays, se donnent la satisfaction de flatter les ours et les chevreuils, de tirer les oreilles du bœuf musqué et la queue du mouflon ! Même, les tiroirs ou les vitrines qui contiennent les collections d'insectes, de mollusques, d'œufs d'oiseaux, ne sont pas fermés à clef ; et chacun à sa guise peut manipuler les spécimens et, pour peu que sa conscience se soit malheureusement habituée à fermer les yeux au moment opportun, les mettre dans sa poche sans plus de cérémonie.

Il faut donc que les Cblombiens soient encore tout à fait primitifs pour se fier autant que cela à la probité des gens, ou bien... qu'ils reçoivent bien peu souvent la visite des civilisés de l'Est, au nombre desquels il ne manque pas d'individus dont le sans-gêne n’est arrêté que par les serrures et les cadenas. Il est d’ailleurs évident que, dans un musée, on ne doit permettre qu’au sens de la vue d’être en exercice. Les spécimens des collections ne sauraient être longtemps en bon état, si l’on permet aux visiteurs de les manier à leur guise.

À ce qu’il semble, il n’y a pas lieu de faire des remarques de ce genre relativement aux autorités militaires du pays, lesquelles, dit-on, construisent d'immenses fortifications à Esquimalt. J'ai visité Esquimalt, et je n’y ai pas même vu l'ombre d’une forteresse! Cela sans doute ne signifie pas qu’il n’y a pas d'ouvrages militaires à Esquimalt : car les stratégistes de notre époque ont fini par apercevoir que le vrai moyen d'empêcher qu’un fort soit démoli c'est de le cacher. Dans la vie ordinaire, on connaissait déjà un peu ce principe de protection. Donc, aujourd’hui, on enfonce les forts dans la terre le plus profondément qu’on peut. De temps en temps, durant la bataille, une grosse pièce d'artillerie lève la tête,

lance s0 | boulet, et se recouche tout de suite, ennemi ; mais il n’

les marguerites en fleurs, Esquimalt est situé à deux ou trois milles de Victoria, à laquelle le relie un tramway électrique. C’est l’une des stations navales les plus importantes de 1 que. Il y à là des magasins militaires, des usines de réparation, etc. En dehors de ces i i remarquable,

Je veux donc bien nstruit des ouvrages Militaires

ttention des autorités viter des affaires dont on sait à quel moment mais dont l'or, ignore

trop quand et comment

soin d’y intérêt des cuirassés et

ormirons que mie

LL et les Chinois trouveront à qui parler, quand l'envie leur prendra EI d’envabhir le Canada par là-bas pour se faire un peu la main avant de se mettre à la conquête de l’Europe.

| | | | | 5e ‘Sur l'océan Pacifique.—Un incident de cabine.—Rencontre d'un mineur du | | Klondike.—Comme quoi je devrai aller me promener en Alaska.—InterfL | rogatoire très suggestif.—Il faut tout dire au douanier —Un religieux de | | Paris qui eut peine à se tirer d'affaire au port de New-York.—La tem- | | pête classique, vagues en furie, etc.—Calme subit, dans ls Golden Gate. | | —Après la douane : la médecine.—Au quai de Sax FRANCISCO. | +:

Que je dusse un jour yoguer sur l'océan Pacifique, cela n’était jamais entré dans mes rêves d’enfanse. A présent, on me prédirait qu’un jour je ferai du canotage dan: lune des anses du Yiang-tsékiang, que tout de suite je trouverais l'événement très vraisemblable. .

Et pourtant il est fort vrai que j'ai parcouru 750 milles sur cette mer qu’n appelle à juste titre Grand Océan, et que durant | deux jours et trois nuits j'ai été ballotté sur ces vagues dont les rides qui agitent parfois la surface du lac Beauport ne sauraient donner aucune idée.

Nous quittâmes Victoria à 74 heures du soir, le 20 septembre, à bord du City of Puebla, un beau steamer de 2,623 tonneaux, l’un des plus grands de la Pacific Cnast Steamship Co. Nous partions | | par une température très douce et par un beau clair de lune. Toutefois, dès que le navire eût pris le large dans le détroit de Juan de Fuca, qui sépare l’île de Vancouver du territoire de Washington, E.-U, la brise devint froide et très forte ; et le séjour sur le pont | perdit beaucoup de ses agréments, au moins pour les passagers | | assez dépourvus de l'instinct de “ struggleforlification”’, si nécessaire en voyage, pour ne s'être pas assuré, en temps opportun, la

FH | | | f] |

Possession d’une place auprès ct à l'abri de l'énorme et chaude cheminée du navire.

Il était encombré, ce navire, Passagers de cabine. Nous avons place et nous voir réduits, comme de plus à visiter la Colombie-Bri

ington que vaisseaux de cette ligne, qui ne font que toucher Victoria, en route pour San Francisco, Mais à cette satisfaction d’être venus si à point ches l'agent de la Compagnie, vint s'ajouter une autre joie très vive, quand cet officier nous apprit que les frais de cabine et de pension, ‘“ berth and meals””, se trouvaient compris dans ce que nous avions payé à Québec pour notre billet d’excursion circulaire. Les fines délices, quand on s’attend à payer $25, d'entendre dire que l’on n’a rien du tout à débourser ! C'est, en tout cas, affirmeront bien des geus8, une sorte de bonheur

qui n’est vraiment pas beaucoup fréquent.

Lorsque les embarras de l’embarquement et du départ se furent ir la cabine que nous avons choisie à

» Comme je l’ai dit :

et y ramasse peut-être de l'or à pelletée,

D'abord, l'abbé Burque, tout pénétré de l'importance du volume de ses poumons, prétendit que jamais il ne pourrait dormir dans une si petite cabine, occupée déjà par deux hôtes à respiration également pulmonaire, J ’essayai bien de lui démontrer qu'il faisait erreur ; mais j'en fus pour mes frais d’éloquence. I] allait, disait-il, s'installer sur les banquettes du salon, s’envelopper de sa couverture de voyage, et y goûter un sommeil excellent.

Sur les onse heures, je me rendis donc tout seul à notre cabine, laissant M. Burque en possession complète du salon : car tous les passagers s'étaient déjà retirés pour la nuit,

Qu'on juge de ma stupéfaction lorsque je constatai, en entrant dans la cabiné, que le lit destiné à M. Burque était déjà occupé par quelqu'un ! Je ne pouvais pourtant pas admettre, surtout à priori, que mon ami fût l’objet du phénomène si inusité de la bilocation ! En effet, cet:hôte inattendu était un voyageur quelconque qui était loin de lui ressembler, Et comme j'aperçus aussitôt qu’il ne dormait pas encore, je jugeai utile de l’informer, avec les précautions oratoires les plus choisies, qu’il ne pouvait être là, dans ce lit retenu par mon compagnon de voyage, que par suite de quelque malentendu. I] fallait bien démolir dès le début sa bonne foi évidente, pour empêcher la prescription de commencer 8. uvre | Au reste, ajoutai-je, dormez en paix ! car mon ami ne viendra pas cette nuit réclamer sa place. Et demain matin, nous irons au fond de l'affaire.

Le matin suivant, j'étais encore à faire ma toilette, lorsque je vis arriver le capitaine et le commissaire, fort en émoi de l'erreur qui avait été commise et très ennuyés de ce que par leur faute, croyaient-ils, un “ clergyman ” avait dû passer la nuit à la belle étoile. Je ne suis pas sûr d’avoir réussi à les convaincre que c'était de son libre choix que mon confrère avai préféré doruir au salon, tant la chose a dû leur paraître invraisemblable — surtout racontée par moi en un anglais invraisemblable. L'incident, lui, se termina de la façon la plus vraisemblable : on désigna un lit d’une autre cabine à l’hôte surnuméraire, et l'abbé Burque, fort de son expé-

lience personnelle, renonça de lui-même à passer sur les bancs du salon les autres nuits que nous fûmes en mer.

Ca fait vite connaissance, sur les vaisseaux, avec ses compagnons de voyage, Naturellement, nous rencontrâmes là un autre Canadien-Français. Car il p’y a pas d’endroit au monde où l’on ne soit sûr d’en trouver au moins un. Celui-là était un M. Lanouet, originaire de Sainte-Anne de la Pérade, et il a fait du chemin, lui aussi, durant sa vie, Ancien mineur d'Australie et du Transvaal, il habite depuis longtemps la Californie, Cela ne l'empêche pas d’être propriétaire d’un claim de valeur en certaine localité du Klondike, Il revient justement de là-bas, s'étant mis en voyage le 2 septembre pour faire soigner un bras qu'il s'était cassé le jour précédent. Il m'en a raconté, des choses du Yukon, sur le long et sur le large ! 1} pense souvent à son équipage de huit chiens, d’une valeur collective de $1,200, et qu’il a aissés en pension, pour la durée de son absence, au prix de cinq piastres par mois pour chacun. Il est utile de connaître ces détails sur le coût de la vie, pour les chiens au moins, dans le Klondike,

Puis, voici deux aimables jeunes gens, de New-York, des cat’ )liques, qui viennent engager la conversation avec moi, un soir, lorsque je prenais des notes de voyage, sur une table de la salle à manger, laquelle, en dehors des repas, constitue le salon du steamer. Ils arrivent justement d’une promenade en Alaska, et me font voir une quantité de photographies qu’ils ont prises durant leur voyage. Ils réussissent très facilement à me faire venir l’eau à la bouche, avec leur causerie illustrée. “ Vous devriez, me disentils à la fin, aller faire un tour au Klondike et dans l'Alaska. Cela vous intéresserait énormément !” Eh! Je le crois bien, que cela m'intéresserait, et que je devrais y aller! Il n’est pas du tout certain, non plus, que je n'irai jamais jusqu’à cette extrémité — de l'Amérique.

Pour l'instant, nous filons vers le sud en longeant les côtes du territoire de Washington, de l’Orégon et enfin de la Californie. Mais cela se fait sans que nous nous en apercevions beaucoup : car

durant la plus grande partie du trajet le vaisseau tient tellement la haute mer que nous ne pouvons voir la terre.

Durant le premier jour, le ciel est couvert de nuages, la température est désagréable. Heureusement, la mer est assez câlme, malgré la forte brise qui souffle constammen:. Tout le monde paraît se porter bien, et la table est toujours bien achalandée à l'heure des repas. J'admire le courage de plusieurs jeunes ‘“ misses”, que la violence du vent n'empêche pas de procéder à de longues marches sur le pont, afin de prendre leur exercice habituel en dépit des circonstances adverses.

On croit peut-être qu'il est tout simple d’arriver par mer aux Etats-Unis ? C’est une erreur très profonde, comme on va le voir par quelques-uns des détails qui vont suivre.

Dès la première journée de notre séjour à bord, chacun des Passagers eut à comparaître devant un officier tout galonné, pour répondre à un interrogatoire relatif à son passé, à son présent et à son avenir. D'où venez-vous ? Avez-vous l'intention de résider aux Etats-Unis ? N'y venez-vous qu'en passant f...et cent autres questions, entre autres. celles-ci que je n’oublierai pas de sitôt : Avez-vous déjà séjourné en prison ? dans un asile d'aliénés ? Remarquons la délicate courtoisie de ces demandes ; car on aurait pu tout aussi bien nous dire : ‘“ Avez-vous déjà assassiné quelqu'un de vos amis? Vous est-il arrivé d’avoir été déclaré fou par des autorités compétentes ? ” Aussi, ce fut avec une sorte d’admiration et raême de reconnaissance que nous déclarâmes, en face de l’Aigle américain, que jamais encore nous n’avions été enfermés dans les prisons ou les asiles d’aliénés.

11 y a ensuite la question des droits de douane. On enregistre le nombre des colis que le voyageur emmène avec lui, et la quantité de cigares et de liqueurs alcooliques dont il est approvisionné, Il importe de répondre à tout cela avec précision et franchise. Car, au port de débarquement, quand il s'agira de l’examen des k un douanier sera là avec le rapport de l'interrogatoire auquel chacun des voyageurs a été soumis sur le steamer. Et si l’on découvrait

alors quelque désaccord entre les déclarations enregistrées et la réalité des choses, il en résulterait des difficultés à faire frémir, surtout si la bonne foi du patient n’était pas évidente. Jai assisté autrefois, en débarquant à New-York, à une scène de ce genre, dont le héros était un religieux de Paris (c'était l’époque, qui durait depuis plus d’une douzaine de siècles, où il y avait encore des religieux en France, alors que l’on ne s’était pas encore aperçu du formidable danger qui menaçait la nation française tant que l’on n'aurait pas forcé les gens à être vraiment libres, c’est-à-dire à abstenir de porter des robes de bure,de chanter matines au milieu donc, que ce bon religieux avait trois sacoches, lorsque la feuille d'enregistrement n’en indiquait que deux. Il ne savait pas un mot d'anglais, ni même d’espéranto (qui du reste n'avait pas encore été fabriqué), et il eut du bonheur de nous avoir, l'abbé Provancher et moi, pour le tirer d'affaire — sans quoi il serait peut-être encore, à l’heure qu'il est, sur le quai de Brooklyn, à tâcher de s'entendre avec son douanier, l’un parlant anglais, l’autre parlant français.

Cet étonnant cérémonial par lequel il faut passer pour être autorisé à débarquer sur le territoire des Yankees, ce fut à peu près le seul incident de quelque intérêt qui vint interrompre un peu la monotonie de la maussade navigation que nous fimes sur l’océan Pacifique. D'ailleurs, cette monotonie dut céder à la fin, sous le coup des éléments.

En effet, le second jour, les phénomènes météorologiques se chargèrent de nous donner quelques émotions. Non seulement, ce jour-là, le temps resta couvert ; mais la pluie vint ajouter au tableau sa note si peu divertissante. Je demande aux voyageurs s'ils connaissent quelque chose de plus ennuyeux que la pluie en mer! Je ne sais si cela est dû à l'excès “ hydrologique ” qui nous enveloppe alors de toutes parts : mais on éprouve, en des circonstances de cette sorte, et comme aux beaux jours de la prime enfance, une

irrésistible envie de pleurer, sans savoir pourquoi... Puis voilà le vent qui se fait violent, et voilà la mer qui se

démonte. Naturellement, le mal de mer se met de la partie, p de passagers disparaissent de la circulation, victimes cette étrange maladie, et ne s’aperçoivent même pas que l’on s rapproché de la terre et qu’on la côtoye toute l'après-midi, nuit qui suivit, la dernière de notre navigation, fut bien l’une « plus mauvaises que j'aie jamais subies. La tempête croisse toujours en violence, et l'agitation de la mer faisant de mên j'aurais préféré, pour ma part, me trouver ailleurs qu’en ce poi précis du globe, Les ténèbres ont toujours pour effet, comme sait, de décupler les inquiétudes, et l’inexpérience même du voy geur le porte à s’exagérer sans cesse les incertitudes de la situatio surtout quand il est enfermé dans une petite cabine de vaisseau ( ne peut juger du véritable état des choses que par les bruits d

Le lecteur croira facilement que, malgré tout le calme qui peut régner dans la conscience du voyageur, le sommeil n’est guère profond en de telles circonstances, d'autant plus que les mouvements du navire se font si rapides et si violents qu’il est peu facile de conserver l'équilibre nécessaire : il est même étonnant qu’à certains moments l’on ne s'échappe pas par la fameuse tangente pour être lancé en dehors de sa couchette,

trophes lorsque tout à Coup, sur le matin, le calme le plus parfait succéda soudainement à l'agitation extrême. Que s’était-il done passé ?

La solution de l'énigme était facile à trouver, même du fond de la cabine. C’est que nous étions entrés dans la passe de la “Golden Gate”, qui conduit de l’océan à la baie de San Francisco.

partie, et ictimes de e l’on s’est midi. La | l’une des croissant de même, 1 ce point omme on du voyasituation, isseau et bruits du

première e tout à iolents ; endroit b étaient

jui peut t guère rements icile de ertains e pour

} Catasparfait

1 done

u fond de la 1Cisco.

plus des trois quarts de la ville,

On n’en finit plus

de montrer patte blanche avant de pouvoir s'installer sous l’aile de

—La Californie, et ses prix d'excellence, — J] pleut, il pleut, bergère ”’. .— Des côtes comme on n'en voit pas à Québec.—Les Oddfellows.—La Monnaie —La féerie du Diamond “—L'Institut Hopkins.—A bord de l'Observation Car. —La vogue du ‘“P. Marquette ”.—Clif House.—Les fameux Lions de mer.—Un beau musée. —A l'église Saint-Patrice.—Nouvel indice du vériterrestre.—Chez l'archevêque Riordan.—A la cathédrale.—Ches le curé de Holy Cross.—La tyrannie du programme.

Nous voilà à San Francisco, capitale de la Californie (1). Je le

crois à peine! Unami de ma famille, qui avait été pris de la fiävre de l’or il ya une cinquantaine d’années, et qui avait été chercher

(1) Tout ce que l’on trouvera dans ce chapitre sur San Francisco n'a plus &uère qu’un intérêt historique, après l’épouvantable catastrophe du 18 avril

et des jours suivants, où le tremblement de terre et l'incendie ont détruit

fortune dans les mines alors si renommées de la Californie, ne paraissait comme une sorte de héros. Il faut reconnaître, au qu'en ce temps-là il'était plus difficile de se rendre à San Francis qu’il ne le serait aujourd’hui d’aller prendre un bain dans le | Tanganika, au centre de l'Afrique.

En débarquant du City of Puebla, nous fimes choix un peu l’aveugle du Palace Hotel, situé sur la rue principale (Market stres et au cœur même de la ville. Mais, dès nos premiers pas da l'édifice, nous fâmes tout ahuris de constater que nous étions dans l’un des plus grands et des plus luxueux hôtels du mond Comme toutefois nous n’étions pas gens à reculer devant quoi q: ce fût, nous en primes bravement notre parti, et nous résignâme Pour une fois, à jouer aux millionnaires durant quelques jour Cela du reste peut seifaire sans frais exagérés, quand on sait t peu mener son affaire.

Parlons donc tout de suite du Palace Hotel pour donner di idées à nos compatriotes des petites villes canadiennes qui auraier l'intention d'ouvrir des ‘“ maisons de pension”, ou ‘“ repos dk voyageurs.”

L'immense hôtel, qui contient un millier de chambres toute montées, couvre un terrain de près de trois acres d’étendue, Il coûté, affirme-t-on, sept millions de piastres. L'édifice est un blo colossal de sept étages, dont le style est assez joli. L'’ameublemen est très soigné ; le service s’y fait avec une extrême politesse, pa

- les soins d’une véritable armée de serviteurs.

Mais ce qui est la caractéristique de cet hôtel, et qui est pro bablement unique au monde, c’est la ‘“ Famous Court Loungin, Room”, comme dit le prospectus de la maison. Essayez donc d traduire cela en français! En tout cas, c’est une salle dont 1: superficie est d’un quart d’acre, ce qui représente, paraît-il, doux mille pieds carrés. Elle est couverte, à cent cinquante pieds de hauteur, par un toit en verre. Située au centre de l'hôtel, elle s'élève au travers des cinq étages supérieurs, qui donnent sur ce vaste espace par des galeries bordées de colonnes. Il y a ainsi cinq

belles colonnades superposées qui règnent tout autour de la salle, et dont le spectacle est féerique, le soir, lorsque sont allumées les rangées de lampes électriques qui courent le long de toutes ces galeries. Les deux tiers du parquet sont occupés par une sorte de salon, où l’on a réuni à profusion des palmiers et d’autres plantes d'ornement en pleine croissance ; au milieu de ces feuillages réjouissants, il y a partout des canapés, des divans, des causeuses, de grands fauteuils. Là-dedans, après dîner, on fait sa digestion le plus confortablement, le plus aisément et le plus agréablement du monde ! Quant à l’autre tiers du parquet, il est surélevé en une sorte de scène, et séparé du reste par une élégante colonnade demi circulaire et supportant un entablement fort gracieux surmonté lui-même de belles plantes vivantes. (Cette scène, c’est le “ Court Café”, où l’on prend des déjeuners et des dîners aussi fins et au: à pantagruéliques qu’on veut, Pour autant que le permetten’ puissance digestive dont l’on est doué et surtout la rondeur de 2 portemonnaie. Car, il n’y a pas besoin de le dire, les prix marqués le long des interminables menu- sont fort élevés ; et le voyageur ordinaire qui voudrait ‘“ prendre de tout”, en aurait pour de longues heures, et surtout en sortirait ruiné par la note formidable qu'il aurait à solder. C’est ainsi que l’administration, qui met ler chambres de l'hôtel à un tarif très modéré, escompte la gourmandise de ses hôtes pour se bien rattraper. Enfin, un délicieux orchestre, dissimulé dans un coin du “ théâtre”, fait d'excellente musique pour assaisonner d’idéal les ragoûts et les sauces savamment combinés.— Si le général Annibal avait eu à loger dans une Capoue comparable au Palace Hotel, l’histoire aurait pour lui une indulgence

Mais, il en est temps, Paulo majora canamus.

La Californie, qui s’étend, le long du Grand Océan, entre l'Etat d’Orégon et le Mexique, a beaucoup de particularités qui en font Un pays très intéressant à étudier. J'ai là sous les yeux toute une page d’un “ Guide ”’ qui énumère les titres par lesquels cet Etat l'emporte sur les autres régions de la république des Etats-Unis.

Par exemple, c’est la Californie qui a produit le plus d’or, de les pays de l'univers ; qui possède le plus beau climat du mo qui contient la plus haute montagne des Etats-Unis (le : Whitney, d’une altitude de 15,046 pieds) ; qui est le plus r per capüa, de tous les Etats de l’Union ; qui peut se vanter d’: le plus gros arbre du monde (109 pieds de tour), et aussi le élevé (365 pieds) ; sans compter encore bien d’autres préroga: remarquables.

“Le plus beau climat du monde !”” Je veux bien le er mais je n’ai pas été à même d’en obtenir la certitude. Nous a: passé trois jours à San Francisco, et il nous a fallu visiter la le parapluie tout grand ouvert, une bonne partie du temps. Il eu même des heures où la pluie devenait torrentielle, tellement ( en est résulté des dorhmages sérieux dans la ville et dans tout l'E Cette température me rappelait beaucoup la ‘“ saison des plui dont j’ai vu le commencement aux Antilles ; mais, suivant les us: météorologiques, cette période caractéristique n'arrive ici q mois de novembre, et nous étions encore en septembre. Elle é donc exceptionnelle, cette température désagréable. C’est | aussi ce que l’on nous disait pour nous remonter l'humeur. refrain-là, ce n’est pas la première fois que je l’entends. On m * chantait aussi, en 1900, à Rome où, sur les seize jours que je pa là au cours du mois d'avril, j'en pouvais compter quinse de pluvie à Nice et À Paris, où je grelottais durant le joli mois de m “C'était exceptionnel ” pour la saison ! — Un savant et spirit magistrat de Québec, qui en a vu grand, lui aussi, de la surface globe, et à qui je faisais des confidences sur cette espèce de “guigs qui m’accompagne dans mes voyages, me dit que désormais, av: de partir pour quelque pays étranger, il aurait soin de s’inforr si je ne devrais pas m'y trouver en même temps que lui, # d'avancer ou de retarder le séjour qu’il y ferait, et de se préser ainsi des températures “ exceptionnelles ” qui me font part escorte...“ Vous êtes bien heureux ! lui ai-je répliqué. Je sr pas çette ressource, moi ! ”

l'or, de tous du monde ; is (le mont plus riche, nter d’avoir ussi le plus

prérogatives

n le croire, Nous avons iter la ville aps. Ilya lement qu'il tout l'Etat.

les pluies”, les usages e ici qu’au Elle était C'est bien imeur, Ce On me le le je passai e pluvieux; s de mai!

t spirituel surface du à “guigne” ais, avant s'informer e lui, afin préserver t partout

, Je n'ai

zèle persistant et i

construites en bois.

bien entendu que je ne car l’occasion m’a tout à les contrôler. -

essoufflé le moins du monde.

dans les terres.

sud, et ne communiquant avec la

Eh bien, en dépit de ce déluge qu’ont versé sur nous, avec un

les incendies n’étaient pas fréquents et particulièrement désastreux, on me répondit qu'il n’en est rien, et que l’on n’y passe pas au feu

sont, paraît-il, très restreintes. Qu'il soit me porte pas garant de ces affirmations :

fait manqué de faire des expériences pour

Les rues de San Francisco, au moins d'animation. Cela est d’ailleurs assez compte près de quatre cent mille habitants.

2 baie de San Francisco n'est pas une de ces baies à large ouverture, qui ne sont qu’un enfoncement plus ou moins prononcé C’est plutôt une

sont généralement dans ces conditions,

phénomène serait que le pin de la Californie, dont les

les principales, sont pleines naturel pour une ville qui

sorte de lac allongé du nord au mer que par une étroite ouvertuer

nommée ‘ Golden Gate.” San Francisco occupe la pointe de la langue de terre qui du sud enclot la baie dans sa partie inférieure < et vient aboutir à la “ Porte dorée.” C'est précisément cette situation entre l’océan et l'immense baie qui lui assure un climat si tempéré et si constant. Quant à la baie elle-même, elle constitue un port incomparable, l’un des plus beaux du monde.

Il n’est pas surprenant qu'avec se: avantages de tout genre San Francisco soit l’un des points recherchés par les touristes, sur la côte du Pacifique. Et même, les grandes associations de l’Amérique du Nord ne manquent pas d’y tenir volontiers quelqu’une de leurs conventions ou réunions générales. C’est ainsi qu'il y avait à peine une heure que, le jour de notre arrivée, nous étions installés au Palace Hotel, lorsque le bruit des fanfares et des acclamations nous attira aux fenêtres. C’élait simplement une grande parade de la société des Oddfellows, convoqués de tous les points des Etats-Unis et du Canada. Le défilé des sociétaires, portant bannières et insignes, dura près de deux heures. Nous y assistâmes pour nous rendre compte de la puissance de cette association suspecte, fille de la franc-ma unerie, et par conséquent hostile en son esprit à la seule véritable Eglise de Jésus-Christ, bien que, sans doute, beaucoup de ses adeptes ne s’en doutent seulement pas...

Il s’est trouvé que la première institution que vous ayons visitée, à Son Francisco, fût la Monnaie, qui est, affirme-t-on, le plus grand établissement du genre dans le monde entier. Durant l’une des années précédentes, on y aurait frappé des pièces de monnaie pour une valeur de soixante-dix millions de piastres, L'édifice lui-même est imposant. Dès que l’on y est entré, il faut enregistrer son nom et son adresse sur un registre spécial. C'est là une précaution excellente et qui aiderait à vous retrouver si l’on soupçonnait plus tard qu’au cours de la visite, vous avez probablement empli vos poches de lingots d’or ou d’argent.— Puis, en attendant qu'il y ait assez de visiteurs d’arrivés pour que cela vaille la peine de déranger le guide, on examine à son aise une belle collection de médailles des Etats-Unis qui se trouve dans l’une des

premières salles. Enfin, quand il y a assez de gens de réunis, on parcourt les salles diverses de l'établissement, sous la direction du fonctionnaire chargé de promener les curieux à travers les méandres

. de ce Pactole. L'officier vous explique toutes les opérations aux-

Quelles vous assistes, depuis la fusion du métal, jusqu’à la frappe et au dernier polissage des pièces d’or ou d'argent. Jamais — je dois l’avouer — je ne m'étais vu si près de la fortune ! Jamais non plus je n’ai vu si bien représenté ce que la mythologie raconte du supplice de Tantale ! Car il est superflu de mentionner que, non seulement on n’a pas la courtoisie d'offrir à chacun des visiteurs, en souvenir de la circonstance, l’une de ces pièces d’or de $20 que nous nous amusâmes longtemps à voir frapper par la machine, mais qu’on a soin de tenir les visiteurs assez éloignés de ces richesses pour qu'ils n’aient pas même la pensée d’un essai de rapine. Pour moi, je contemplai sans aucune espèce d'émotion deux belles “briques ” d’or, et un amas de lames d’or de la valeur d’un million de piastres...

Nous fûmes bien autrement émerveillés par un spectacle d’un autre genre, où les hasards de la promenade nous conduisirent sans que nous en connaissions rien d'avance. Je veux parler du ‘ Diamond Palace.” Voici en quels termes modestes on en parle sur le prospectus que l’on distribue aux visiteurs : “ To visit San Francisco without seing the DIAMOND PALAcE would be like visiting Europe without seing Paris. It is a leading feature of San Francisco. À marvel of beauty and elegance, and unquestionably the most magnificent jewelry emporium in the world — the splendid conception of a master mind, a controlling genius... ” Est-ce assez “ Yankee ”, cette réclame à outrance ? —Le Diamond Palace, c’est tout simplement la boutique d’un bijoutier, dans laquelle, par une ingénieuse disposition de miroirs, de lustres et de lampes électriques, on produit un spectacle absolument féerique ; de fait, je n’ai vu nulle part de pareils effets d’éblouissement. On peut imaginer si les bijoux, les colliers et les bracelets agrémentés de diamants et d’autres pierres précieuses, qui constituent le stock

rm retaper are

en renre mme citgmeemnttnn A ERA M | ane Pense

a nu " aus

du marchand, brillent avantageusement au milieu de ces illuminations merveilleuses. Enfin, une vingtaine de tableaux, les uns représentant des sujets bibliques, et les autres des scènes de genres divers, ajoutent beaucoup au cachet artistique de l'institution. Des fac-similés des plus célèbres diamants qui existent intéressent aussi la curiosité du visiteur et jouent leur rôle dans les reflets lumineux qui lui donnent l'illusion d’un palais enchanté.

Quittant les éblouissantes splendeurs du Diamond Palace, nous continuâmes notre promenade, dont le but était, ce jour-là, la visite du “ Mark Hopkins Institute of Art”, où nous arrivâmes après avoir gravi péniblement l’une de ces rues presque perpendiculaires dont j'ai parlé précédemment.

Mais, comme il arrive souvent, nous fûmes bien récompensés de nos fatigues, tout d’abord par le beau panorama qui s’offrit à nos regards du sommet de l'élévation où nous étions parvenus, et d’où la vue :mbrasse la ville, le port et la baie de San Francisco.

L'édifice du Hopkins Institute est d’un style très original, et l’une des belles constructions de la ville. L'intérieur est très richement décoré, chacune des pièces principales différant des autres par une ornementation particulière. Les ouvrages faits des plus beaux bois de la Californie sont admirables de variété et de perfection artistique. Dans ce riche décor de marqueterie, de menuiserie. d’ébénisterie, rehaussé par des freëques de valeur, sont disposées des collections considérables d'œuvres des peintres et des sculpteurs d'Amérique et de l’étranger.

Les jouissances artistiques qu’offraient le Hopkins Institute nous y firent un peu oublier la marche du temps ; et lorsque ensuite, après une marche rapide, nous voulûmes pénétrer dans l'édifice de : la California Academy of Sciences, on nous informa que les portes du musée étaient déjà fermées depuis une heure. Ce fut une contrariété pour moi ; car, étant en relations depuis des années avec cette institution, j'aurais eu un plaisir particulier à visiter ses riches collections d'histoire naturelle.— Mais, comme vont les choses ! et comme la “ destinée ” se joue des pauvres humains !

on Car’, pour la première fois au cours de . C'est une voiture de tramway, ouverte de toute Part, qui deux fois par jour Parcourt toute la ville, afin de permettre aux étrangers d’en visiter rapidement les points les plus remarquables, L’ “ Observation Car”, qui s'appelle ‘ Golden Gate ” et sur lequel nous fimes notre i i par gradins de chaque côté :

qui fait peu d’honneur à ceux qui l'ont i Voyageurs ne voient bien que d’ Sur la voiture, se diquer aux voyageurs téressant le long de la route, et de leur donner sur chaque chose des renseignements précis et concis.

L'édifice le plus route est l'hôtel de ville, On a dépensé six ou sept

vous mettre en frais de description.

Rien ne m’a plus frappé,

pas multipliée de tableaux d’

yeux des jeunes de ! +

a rt M Ga dr

Il s’agit tout simplement d’une réclame commerciale ! Il s’agit d'annoncer je ne sais plus quel produit, du ‘“ whiskey”’, je crois, à qui l’on a donné la désignation de “ P. Marquette ” ! — Que cela,

encore, est bien ‘ Yankee ” !

Cependant notre voiture électrique traverse des places et des parcs, eôtoie souvent des jardins, et finit par s’élancer en pleine campagne. Cela nous permet de faire un peu connaissance avec la flore du pays. Eh bien, la végétation qui s'offre à nos regards ne ressemble guère à celle de la province de Québec. C'est ici, en effet, la végétation semi-tropicale. On y voit partout des palmiers qui croissent en pleine terre et beaucoup de plantes qui nous sont inconnues. A cette date du 25 septembre, les jardins sont encore parés des plus belles fleurs. Il y a, en ce pays, nous dit-on, des roses aux rosiers durant tout le cours de l’année. Quant aux pelouses, nous les trouvons généralement peu attrayantes, le soleil les ayant brûlées. On nous assure que les pluies de ces derniers jours les feront reverdir. Dans quelques mois, d’ailleurs, commencera la véritable saison des pluies ; car le déluge au milieu duquel nous nous débattons durant notre arrêt à San Francisco, eela ne compte pas du tout dans la série régulière des phénomènes météorologiques du paye : ce n’est que du surcroît.

Mais voici l’océan ; voici une plage superbe pour l’agrément des baigneurs ; voici un hôtel ravissant qui est juché sur un rocher surplombant dans la mer... Il ferait bon s'arrêter ici, et jouir un peu de la vue d’aussi beaux spectacles, dans ce rayon de soleil qui d'aventure s’est glissé, durant cette demi-journée, à travers les grosses nuées chargées de pluie.

Justement, notre “ Observation Car ”’ s'arrête et nous donne une heure pour faire connaissance avec toutes les agréables choses réunies en ce lieu, qui s’appelle le “ Cliff House”, nom que l’on ne manque pas de trouver bien choisi, quand on aperçoit sur quel escarpement on a construit l’hôtel ou casino destiné à extraire tout l’argent poc:ble des complaisants touristes.

Ce séjour onchanté de Clif House, distant de sept milles du Palace Hotel, s trouve à l'entrée même de la Golden Gate, par conséquent au bout de la presqu'ile qui, du côté sud, enferme la baie de San Francisco. De 1à on a une belle vue sur l'océan Paci-

Mais l'attraction que l’on vante surtout, c'est le spectacle des otaries, “ Sea-Lions”, dont l'on suit les ébats en face même de l'hôtel. 11 y a là, à environ deux cents pieds de la côte, des rochers émergeant de la mer et qui sont un séjour favori de ces animaux marins, grands phoques à pelage brun, porteurs d'oreilles fort développées. On les voit, en grand nombre, grimper avec peine sur les rochers et s’y chauffer Paresseusement au soleil, en poussant de temps en temps des cris rauques, dont l’étrangeté et la rudesse sont très remarquables. Tout cela intéresse beaucoup les touristes, qui passent des heures à contem , des balcons de l'hôtel, un spectacle si extraordinaire. Les propriétaires du Cliff House ont eu une inspiration des plus heureuses, lorsqu'ils ont choisi ce lieu pour y dresser leurs filets — destinés, bien entendu, à prendre les innombrables badauds qu'il y a sur cette terre. Car, pour ce qui est des otaries, loin d’avoir l'idée de leur faire la chasse, on veille sans doute avec un soin jaloux à ce que personne ne les regarde même jamais de travers. Ils constituent, en effet, pour l’établissement, une attraction de premier ordre, puisqu'elle est unique et se maintient toute seule et sans aucun frais.

Mais il n’y a pas, en cette place d’eau, que ces plaisirs de | mer et de la plage. Tout auprès du casino, se trouvent de vastes constructions qui contiennent d’abord de grands bassins de natation fort bien aménagés, l’un pour les messieurs, l’autre pour les dames, et qui offrent des ressources précieuses aux gens qui veulent prendre

a ER ER —————

des bains de mer sans avoir à redouter d’être croq'iés par les requins ou avalés par les baleines. ù

Il y a surtout un grand musée d’ethnologie et d'histoire naturelle, pour l'instruction des visiteurs. Comme on le voit, l’organisation de ce lieu de plaisance est complète, et l’on n’a rien négligé pour attirer et pour intéresser les gens.

Dès l'entrée du musée, se tient un homme de génie qui a su dresser les plus jolis serins du monde à tirer du canon (non pas, évidemment, de bien grosses pièces d'artillerie), à “ faire le mort”,

‘sans compter d’autres exercices aussi merveilleux. Nous donnons

volontiers quelques sous au grand homme qui a su à ce point établir sa domination sur de tout petits oiseaux, et nous pénétrons dans le musée. st

Mais il est très considérable, ce musée. La collection ethnologique renferme une grande quantité d'objets divers propres à renseigner le visiteur sur l’industrie et les mœurs des peuplades sauvages de l'Ouest américain. Puis, c’est une très riche collection de mollusques, et grand nombre de spécimens de mammifères, d'oiseaux, de poissons, de reptiles, et même de monnaies de toutes les parties du monde. Parmi les spécimens les nlus remarquables, au point de vue du pittoresque autant que de la science, je mentionnerai un otarie et un morse d’une stature gigantesque, et surtout un bœuf de dimensions absolument extraordinaires. Usant des privilèges du voyageur “ qui vient de loin”, j'oserai dire que ce. bœuf est aussi large que sont longs les bœufs du commun. Enfin, cet animal est vraiment le “ Jumbo ”’ de la race bovine. Les gens qui, voilà quinse ou vingt ans, ont pu voir l'immense éléphant ainsi dénommé, comprendront ce que cela signifie — et le diront aux autres,

Il y aurait eu à voir encore, à San Francisco, bien d’autres institutions dignes d'intérêt, si nous avions pu y prolonger notre séjour. Par exémple, il y a peu de voyageurs qui ne visitent pas un peu à fond le fameux quartier chinois, qui couvre une étendue d’une dousaine de “ blocs”, et qui est habité par une vingtaine de

mille Chinois. Mais quand on ne peut rester que trois jours dans une aussi grande ville, et qu’encore il pleut presque tout ce temps, il faut se résigner à remettre à un voyage ultérieur la visite de plusieurs points intéressants.

L'un de nos trois

liques, nous n’étions pas en peine de trouver le moyen de remplir nos devoirs religieux d'obligation. Ce fut à l’église Saint-Patrice, la plus rapprochée de notre hôtel, que nous nous rendtmes pour cet

Eglise catholique, de yance, des cérémonies et des habitudes religieuses identiques à celles de leur propre patrie! O la touchante prérogative des prêtres catholiques, de retrouver des frères dans le sacerdoce, et qui le reçoivent à bras ouverts, en tous les points de l’univers où un tabernacle, humble ou somptueux, contient le Dieu de l’Eucharistie ! ... Quelque fréquentes qu’aient été pour moi les occasions de toucher du doigt, pour ainsi dire, cette unité et cette charité qui règnent partout dans la société sainte fondée par N.<. Jésus-Christ, je ne m’habitue: pas à la beauté de ce spectacle, et chaque fois que je le vois se renouveler, j’éprouve encore, comme à la première, les mêmes sentiments de joie, d’admiration et de reconnaissance. . . Ce fut à la table de l'abbé Cummins que je fis connaissance avec les pommes de la Californie : de beaux et gros fruits, et d’une admirable coloration. Après y avoir goûté, comme après avoir goûté aux pommes européennes, je suis toujours du même avis ; on ignore ce que c’est que la

exégètes et autres savants, la thèse que voici : à savoir que le paradis terrestre de jadis se trouvait dans la vallée du Saint- Laurent. Cela est d'autant plus vraisemblable, me semble-t-il, q ue c’est encore là qu'il est aujourd’hui, le paradis terrestre.

AREA Mn Hush hr Ma RM D Lt à

Eee a HS he ARS en CE ae a

Ce même dimanche, qui était le dernier jour de notre arrêt à San Francisco, je fis aussi d’autres visites dans le monde ecclésiastique de la ville, J’allai d’abord présenter mes hommages à l'archevêque, 8. G. Mgr Riordan, qui avait passé plusieurs jours, quelques semaines auparavant, à l’archevêché de Québec, et qui même est l’un de nos compatriotes, puisqu'il est originaire de Chatham, N.-B. Comment peut-on naître au Nouveau-Brunswick, et arriver à occuper un siège épiscopal sur la côte du Pacifique ? Il n’y a sans doute pas de recette assurée pour obtenir ce résultat. Toutefois, generaliter loquendo, on peut dire que la moindre des conditions qu’il y ait à remplir, est bien celle de quitter d’abord le Nouveau- Brunswick. Pour ce qui est de Mgr Riordan, c’est à Chicago, au milieu d’un ministère paroissial' très actif et très fructueux, que les Bulles pontificales vinrent le chercher pour l'envoyer présider aux destinées de l’Eglise de la Californie.

L’archevêque de San Francisco est certainement l’un des prélats distingués de l’épiscopat des Etats-Unis. Il brille également par une science remarquable, par d’aimables qualités sociales, par ses talents administratifs, et surtout par le “‘ sentiment catholique ” le plus intense. C’est lui qui, en ces dernières années, obtint gain de cause, au tribunal de La Haye, dans ce procès célèbre où le gouvernement des Etats-Unis se vit condamné à restituer à l'Eglise de l'Ouest une somme très considérable qui lui était due comme conséquence de l’acquisition de la Californie, jadis possession mexicaine, et qu’il s'était refusé jusque-là à solder.— Après m'avoir reproché, avec une vivacité toute aimable, de n'être pas descendu à son palais en arrivant à San Francisco, Sa Grandeur voulut bien m'exprimer aussi son regret de ce que je n’eusse plus que quelques heures à passer en cette ville, et de ce qu’Elle n'avait plus mêmefle temps de me faire visiter son superbe séminaire, établi à une assez longue distance de la ville.

Du palais provisoire de l’archevêque —- qui dans peu de semaines ira occuper le nouveau palais qu'il achève de construire,

je me rendis au presbytère de la cathédrale, pour rendre visite à l'abbé Chs-A. Ramm, qui avait accompagné Mgr Riordan dans son récent voyage à Québec. Le bon P. Ramm m’accueille fort bien, et, lui aussi, me fait reproche de n’être pas venu le voir beaucoup plus tôt, désireux qu'il aurait été de nous faire connaître un peu mieux San Francisco. Il me conduisit, cependant, à la cathédrale. Ce que cette église offre de plus beau à voir, ce sont les vitraux de Munich qui sont à ses fenêtres, et surtout son maître autel, qui est en marbre blanc, avec colonnettes en onyx.

Il me restait encore une visite à faire dans le clergé de San Francisco. En effet, Mgr l’archevêque de Québec m'avait recommandé d'aller saluer de sa part M. John MeGinty, curé de Holy Cross, qu’il avait bien connu autrefois à Rome. Father McGinty fut absolument ravi du bon souvenir que lui témoignait son illustre ami. Lui non plus ne se fit pas faute de me blâmer vertement — en sa qualité d’Irlandais, probablement — de n’être pas venu tout d’abord m'installr à son presbytère : et cela prouve enfin, de façon définitive, le grand esprit d’hospitalité qui règne dans ce clergé de San Francisco, En tout cas, ce sympathique Father MeGinty, ne sachsnt que faire pour montrer combien lui était agréable cette visite de quelques minutes que je lui faisais, prit le parti de recourir aux grands moyens. M’entraînant dans la salle à manger, il me présenta ses deux vicaires, et fit couler le blond champagne dans les coupes de cristal...‘ C'est, sans doute, monsieur le curé, du champagne de la Californie que nous buvons là ? demandai-je fort honnêtement. — Certainement non ! répliquatill Le champagne de la Californie n’est pas assez bon pour qu’on le boive à la santé de Monseigneur Bégin ! ”

Voilà! Il fallait partir de San Francisco au moment même où les choses se mettaient à aller si bien. Mais il y avait l’impérieux programme de voyage. .. Ah ! les programmes |... ,

Départ de Sax Francisco. — Un paternel agent de chemin de fer. — Où nous avons trouvé que nous étions des héros.—O4xLann.—Le nord de la Ca-

gon-café-salle de lecture.—Le désert du Névada.—L'Utah En Pullman sur les eaux du Grand Lac Salé.—Comment on récolte le sel.—OcDpEn.— Saur Laxs Crrr, — Le catholicisme y est florissant, —Un reporter qui à du toupet.

Le lundi, 26 septembre, nous quittions San Francisco et cet inoubliable établissement du Palace Hotel, un hôtel où les voya- &eurs ont la joie de ne pas trouver affichée dans leur chambre cette Pancarte accoutumée, contenant l'interdiction de fumer et dix autres défenses aussi intelligentes, sans compter une douzaine d’injonctions auxquelles le voyageur doit se soumettre sous peine de graves complications. Non! au Palace Hotel, on ne vous enlace pas dans les réseaux d’une discipline sévère, et les choses n’en vont pas plus mal pour cela.

La sagesse nous faisait une loi de retenir d'avance, à San Francisco même, nos places dans les wagons Pullman, pour le jour et pour la nuit, durant tout le trajet que nous aurions à faire jusqu’à Saint-Louis, où nous devions faire une station prolongée. Renvoyés d’une agence à l’autre, nous dépensâmes toute une matinée à cette œuvre importante, et qui était assez compliquée parce que nous devions faire deux ou trois arrêts en route. Au moins, il nous fut donné de rencontrer, dans l’un des bureaux de billets où nous fimes affaire, un agent qui prit un soin paternel de nos intérêts. J'avais dressé, pour obtenir les billets qu’il fallait, un programme adapté aux circonstances de lieu et de date où nous voyagerions sur telle

ou telle ligne de chemin de fer, et de façon à arriver à Saint-Louis le samedi soir suivant, Or ce fonctionnaire, d’une idéale obligeance, voulut bien me laisser entendre que j'avais disposé les choses avec l’habileté d’un aveugle qui entreprendrait de peindre un tableau ; et, à la place du programme que j'avais si péniblement élaboré, il nous en dressa un autre qui nous permettrait de passer de jour

dans les endroits les plus renommés pour leurs sites merveilleusement pittoresques. Par exemple, comme on ne saurait tout avoir et qu’il faut toujours bien, dans un voyage accéléré, se résoudre à passer de nuit en quelques localités, avec ce nouvel itinéraire, nous dûmes sacrifier à peu près la visite de deux villes importantes que nous aurions aimé à voir un peu en détail.

Avant tout, qu’on me laisse chanter, un moment, l’héroïsme dont il fallait être animé pour oser, À cette époque-là, monter en : chemin de fer. Il régnait, en effet, durant cet été de 1904, une sorte d’épidémie d’accidents sur les voies ferrées des Etats-Unis (1). Chaque matin et chaque soir, en ouvrant le dernier journal paru, nous avions au déjeuner et au souper quelque catastrophe plus ou moins sérieuse à nous mettre tout d’abord sous la dent. En achetant le journal, nous en étions venus à nous demander, comme dans une sorte de pari, à quel endroit avait bien pu avoir lieu la plus récente collision de trains : “ Tiens, c'est à X., sur la ligne du... ! Peuh ! c’est un petit accident : il n’y a que dix morts et trente-cinq blessés !... ”’ — Et nous allions entreprendre un trajet de 3,000 milles, sur ces chemins de fer des Etats-Unis !

Tant que nous avions voyagé sur le C.P.R., nous nous étions toujours crus en parfaite sécurité. Car les accidents, comme on le sait, sont très rares sur notre grand chemin de fer canadien, soit

ue, qui serait dressée d'après des chiffres “officiels”, et que l'on

dns 1 7 (Londres) du 16 re 1005,'/il y'eut en

l’année 1904, sur les chemins de des Etats-Unis, 1 ,046 personnes tu A gs voyageurs), et 84,155 blessées. Total : 94,201 Et sil’on veut savoir q

la valeur de ces chiffres, de ls même source nous apprendrons u’en l’année 1904, il y a eu, aux Etats-Unis, un tué sur 1,622,267 voyageurs, et, en Angleterre, un /ué sur 199,7 nn À, ; et, quant aux blessés, il y en

nis, È

Parce que la voie est très bien entretenue, soit parce que le service Y est parfaitement organisé, soit parce que le trafic n’y est relativement que peu actif. Mais désormais c’est aux voies ferrées du pays des accidents de chemin de fer que nous allions avoir affaire ; nous allions nous engager sur une sorte de champ de bataille... Il le fallait bien, pourtant. Nous u’étions pas pour nous fixer À San Francisco et y finir nos jours! Nous ne pouvions guère non plus noliser un vaisseau et aller tourner le cap Horn pour revenir à Québec !

J'avoue, d’ailleurs, qu’une fois en route, nos appréhensions n'étaient pas beaucoup vives. Le jour, surtout, quand il fait si beau soleil et que le convoi va si bien, on ne s’imagine pas aisément que, d’un instant à l’autre, une locomotive d’un autre train va nous arriver comme cela sur la têtes. . La nuit, c’est différent : davantage, l’on sent qu’on marche dans l'inconnu. Sur l'océan comime sur les chemins de fer, la crainte est centuplée par l'horreur des ténèbres. Et lorsqu'on s’éveille, au matin, on est presque surpris de se retrouver encore vivant, et l’on regarde comme un devoir, avec raison, évidemment, de remercier Dieu d’avoir échappé par sa divine protection aux périls que l’on a redoutés.

Nous n’étions toujours pas les seuls qui, ce 26 septembre, avions l’effronterie, la témérité ou l’héroïsme de nous exposer au péril d’être broyés d’un moment à l’autre : car la foule des voyageurs qui partaient en même temps que nous était considérable. C'est bien aussi ce que nous avons remarqué toutes les fois que nous avons voyagé sur les chemins de fer des Etats-Unis : les trains étaient toujours encombrés, malgré les accidents qui se produisaient tous les jours. C’est que, malgré tout, si l’on croit facilement que les autres sont exposés aux accidents, on n’imagine pas aisément — du moins le jour, comme j'ai dit — que soi-même l’on a pourrait être victime...

Sur un “ Ferry ” de belle allure nous commençons par traverser la baie de San Francisco, la gare du Southern Pacific se trouvant à Oakland, ville qui fait vis-à-vis à la capitale de la Californie.

Oakland est une ville dont la population dépasse 70,000 âmes, et qui mériterait bien sans doute d’être visitée. Mais nous n’avons le temps que d’y mettre le pied, pour monter tout de suite dans le train

Le chemin de fer côtoie longtemps la baie de San Francisco, en montant vers le nord. Dans les campagnes que nous traversons, j'observe souvent des champs complètement inondés. On le serait à moins, après les jours de pluie que nous venons de subir! Le gazon des prairies est brûlé, — d’où il est facile de conclure que durant les mois précédents le soleil n’a pas constamment tenu le rôle effacé qu’il a joué ces jours derniers. Par contre, le feuillage des arbres est toujours verdoyant, et les jardins sont toujours parés de belles fleurs.

Une heure environ après le départ, je m'aperçois tout à coup, en levant les yeux du Bæœdeker où je cherchais une direction pour mes futurs enthousiasmes de touriste consciencieux, que nous étions en pleine navigation... Par exemple, voilà qui était un peu fort ! Nous étions toujours dans le “ Parlor Car”’, et tout de même nous nous sentions balancer sur la mouvante surface des eaux. .. On ne sait jamais, avec ces Américains, à quel moment l’on passe de l’ordinaire à l’extraordinaire ! Le mystère, toutefois, ne fut pas long à percer. Notre train, tout simplement, pour traverser une sorte de grand lac formé au nord par une expansion de la baie de San Francisco, s’était installé sans bruit sur un “ bateau passeur”, qui nous laissa débarquer de même, sans plus de commotion, sur l’autre rive, d’où le chemin de fer continue à s’avancer au nord-est, traversant dans sa largeur l'Etat de Californie. Les endroits les plus remarquables que nous rencontrâmes, le reste du jour, furent les villes de Sacramento et de Reno, cette dernière se trouvant dans le Névada ; nous ne fimes d’ailleurs que les entrevoir en passant. Mais le pays que nous avons traversé, cette après-midi, est tout à fait intéressant pour le touriste. La voie ferrée circule à travers la chaîne des Rocheuses, et les paysages très pittoresques n’y manquent pas. Par moment, on côtoie de vrais abîmes, et l’on

Morphée,— un complaisant négrillon pour lui préparer les plus

éprouve des émotions de la plus rare fraîcheur, non seulement à la vue de spectacles si peu ordinaires, mais aussi à la pensée de la figure que l’on ferait si l’on allait, à bord de son “ Parlor Car”, * débouler là-dedans et jusqu'au fond... Et comment remonter de pareils précipices ? — Mais c’est là une préoccupation très négligeable ; car, en pratique, lorsqu'on a descendu si vite dans ces gorges effroyables, pour l'ordinaire on y reste. :

Dans ces montagnes, nous rencontrons parfois des exploitations de bois de commerce ; en d’autres endroits, c’est le travail des mines que l’on voit en pleine opération. Dans les vallons, on aperçoit des établissements agricoles, et surtout des vergers fort intéressants. Toutes ces petites distractions ont leur prix pour intéresser e instruire le touriste, qui ne peut qu’emporter un excellent souvenir de ce riche pays de la Californie. D'ailleurs, à part ces beautés de la nature au milieu desquelles il circule durant des heures, le touriste jouit encore des longues causeries avec ses COMpagnons de voyage, qui deviennent promptement des amis — qu'il ne reverra jamais de sa vie. Pour moi, je me liai surtout durant ce premier jour avec un jeune citoyen de l'Angleterre, qui s’en retournait dans la ‘* dear old country”, après quelques années de séjour au Japon. Nous fimes aussi connaissance avec nombre de Yankees, et j'ai du

industriels de tout acabit, j'ai rencontré beaucoup de courtoisie, de savoir-vivre, de largeur d'idée et de parfait bon sens. Quant aux conditions matérielles du voyage, j'en ai rarement vu d'aussi bonnes que sur ce train “

fauteuils pour fumer son cigare en attendant la visite du dieu

fameux grogs,— un pupitre et de la papeterie au chiffre du S.PR, »— une bibliothèque de livres et de

suivante à traverser, iri nord-est, ce grand Etat du Névada. Toutefois nous n’en pûmes voir, le jour, qu’environ le tiers oriental, consistant en des plaines incul i même tout à fait arides. Ce n seillerai à mes compatriotes, q diriger dans leur répugnance po:

de cette région désolée n’a done ÿ Par bonheur, il y a çà et là, de neige, qui jouent dans le Paysage un rôle excellent.

Voici, au milieu du jour, que nous pénétrons dans la partie septentrionale de l’Utah. Nous revoyons ici de beaux établissements agricoles, où les céréales croissent vi vergers produisent des fruits d’une admirable venue, En effet, l’Utah, avec la variété de ses climats, offre de grandes ressources ; on n’a commencé à le coloniser que depuis à peine cinquante ans, et sa population est déjà de trois cent mille âmes.

Le Grand Lac Salé est

us Mmanqua pour aller » “ Saltair Beach”,

contempler le lac lui-même, Puisque nous l'avons traversé tout entier dans sa partie supérieure,

St ET LE 7 NA

ARR D dates; ais # Abd LE Mn ans Mb ic ne a A a ds nd 4 tn

nOn pas en bateau, ni à la nage, mais en chemin de fer ! Traverser un lac immense en chemin de fer ; voilà encore qui est bien Yankee, et bien propre à plonger des Latins dans un abtme de stupéfaction. \ Donc, ils se sont dit, les Américains, que la ligne droite étant la plus courte il serait ridicule de s’amuser à contourner la partie nord du lac pour allonger inutilement la route à parcourir : et ils ont lancé le chemin de fer à travers le lac, tout simplement. Le terrassement qu'il a fallu faire est long, ai-je lu quelque part, de vingt milles ; mais il a été relativement facile à élever, à cause du peu de profondeur de cette partie du lae, lequel d’ailleurs ne dépasse nulle part, dans toute son étendue, la profondeur de trente-trois pieds (1). Mais comme il est pittoresque de voguer ainsi, commodément :nstallé dans une luxueuse voiture, à travers les ondes de la plaine liquide ! La surface du lac, à ce moment, reflétait les nuances les plus riches et les plus variées, où dominaient les teintes vert clair de l’émeraude,

On attribue au Grand Lac Salé une superficie de 2,500 milles carrés. Sa plus grande longueur serait de cent milles, et sa plus grande largeur de soixante. Cette vaste étendue d’eau assure aux

saumure pareille. Il paraît pourtant qu'il y vit une sorte de petite crevette, dont la taille atteint les dimensions d’une tête d’épingle.

Puisqu'il y a tant de sel dans ces eaux, il était tout simple de chercher à profiter de l’aubaine, en utilisant une mine d’une telle

(1) On dit æ la profondeur de cette nappe d'eau diminue d’une facon constante, et qu'il suflira de dousaines d'années la disgarition totale du Grand Las Salé.” Cet abaissement des eaux serait en offef

’un pied environ par année. -

tte DS 1 EE AL A Où ZX A qe

bien aplanis, dits ‘“ Marais salants’’

trer les eaux et à fermer ensuite les conduits qui les ont amenées, Au bout d’un certain temps, l’élément liquide s’est évaporé en laissant là le sel dont il était chargé. Ï1 n’y a plus qu’à ramasser ce précieux “ chlorure de sodium”, comme disent les chimistes, i ‘on voit auprès des Marais

eaux et que le les cam

: - Pacific ne dépasse pas Odgen, du côté de l'est. ‘C'est le

estern qui, en trois quarts d’heure, City. Nous y arrivâmes le mardi l'après-midi, c’est-à-dire vingt-neuf San Francicso

Southern Rio Grande nous conduisit à Salt Lake 27 septembre, à 3 heures de heures après notre départ de

Salt Lake City ! Voilà encore que æ r

éalise. .. ce que je n’ai

compliqué.

en es du concerne le Grand Lac Salé, à établir our

ses rivages et un peu plus bas que le ni::-au du lac, d'immenses plateaux i » Puis À y laisser péné-

ann tit mit ra

FR

Fi meme mme

RES al DO PANNE OMC TS & FE QE 8 ris it, PUR « RE # à ME Ti CODES EPST TT à EL tS t LPC PESTRNNS A RS PES het, À 40: dE ersh tri dédié tas L'MOupas. AS: 1 q PL CUUNET sr

seulement pas 086 jamais rêver. Non, jamais je n’avais pensé qu'un jour je verrais cette ville, le “ Diamant du désert”, l’ “ Orgueil de l’Utah””, la “ Ville sainte des Mormons.” \ Salt Lake City est située À une dousaine de milles de la rive du Grand Lac Salé. Sa population est de plus de 80,000 âmes. Centre d’un pays où les richesses minières et agricoles sont très grandes, capitale d'un Etat dont le développement rapide a 6t6 merveilleux, desservie par d'importantes lignes de chemin de fer, jouissant d’un climat délicieux, cette ville est — après Québec, évidemment, — l’une des plus intéressantes que l’on puisse visiter en Amérique. n à En débarquant à Salt Lake City, nous allons rapidement nous installer à l'hôtel ‘“ Kenyon’’, — qui est loin d’être une bicoque, puisque, par exemple, chacune des chambres de l’établissement est munie d’une boîte de téléphone pour communications locales et à longue distance. Puis, M. l’abbé Burque et moi, nous sauton: ‘ans une voiture pour faire le tour de la ville.

11 faut reconnaître que les Mormons ont bien organisé leur cité sainte. Peu d’autres villes pourraient se comparer à cette ville comme modèle d'installation moderne.

La ville est toute divisée en carrés réguliers et égaux comme ceux d’un damier. Chacun de ces “ blocs ” occupe une superficie de 660 pieds carrés. Les rues, qui sont done toutes à angles droits,

sont uniformément larges de 132 pieds. Elles sont pavées en asphalte ou en pierre. Dans les quartiers importants, les trottoirs en pierre sont aussi larges que certaines rues de Québec. Le long des trottoirs et au bord de la chaussée court un filet d’eau — recouvert aux traverses des rues par une petite passerelle en fer — qui joue un rôle important pour la propreté et l'assainissement des voies publiques. Je n’ai vu pareille chose, dans mes voyages, que dans les villes des Antilles. Tous les poteaux de télégraphe, téléphone, tramway et éclairage, sont placés en ligne au milieu de la chaussée : cette régularité même de leur disposition donne à la ville un cachet. d'originalité, et l’on en arrive à trouver que c’est déco-

une façon &cuérale, ls Magasins et Leaue 1; de

s'il y a là vingt-trois

par-dessus tout, ce fut d’ êché catholi

cantiques avec accompagne-

le lendemain, en sortant u matin — pour appren

FEFTSEETAABFSS

» je demandai les sur quelle ligne de chemin

| : 3 again

de fer avait eu lieu la catastrophe quotidienne. Par une étrange aventure, personne n'avait perdu la vie ce jour-là sur les chemins, de fer des Etats-Unis. “ Pas d'accident depuis vingt-quatre heures... Voyons, ces journaux ne sont guère informés !”” m'écriai-je très ennuyé ; et j'allais rejeter l'inepte journal, lorsqu'un titre attira mon attention : c'était, ni plus ni moins, le compte rendu d’une interview que j'avais donnée la veille 1... Voici la . traduction de ce document inattendu, publié sur la Salt Lake

Tribune du 28 septembre 1904 :

L'abbé Huard, accompagné du Révérend F.-X. Burque, de Québec, Canada, est descendu hier à l'hôtel Kenyon. L'abbé Huard fait un grand voyage aux Etats-Unis, et s'est arrêté ici en route pour l'Est. Ila passé l'après-midi à se faire voiturer à travers la ville, et il se dit vivement impressionné par la beauté de Salt Lake.

u Votre ville, a-t-il dit, est fort différente de ls mienne. Nos rues ont été tracées il y a des siècles, et elles sont johment étroites et tortueuses, tandis que les vôtres sont larges, bien pavées et entretenues. Naturellement, nous regardons Québec comme la ville reine de l'hémisphère occidental, mais je dois féliciter les citoyens de Salt Lake de leur ville magnifique ”.

Or, je n’ai pas besoin de dire que, pendant nos quelques heures de séjour à Salt Lake City, nous n'avons parlé à aucun journaliste. Les seules personnes qui ont pu connaître n08 impressions, la veille, ce sont le cocher qui nous a promenés dans la ville, le gérant de l'hôtel où nous étions descendus, et un négociant de Minnéapolis avec qui nous avions lié connaissance sur le train du Rio Grande Western, et qu: nous revimes sur la rue durant quelques minutes dans la soirée. Il est possible, après tout, que le reporter de la Tribune ait interrogé à notre sujet quelqu'un de ces personnages, après avoir vu nos noms et adresses sur le registre de l’hôtel. Mais il est tout aussi probable qu'il aura imaginé l'interview de toutes pièces : ce serait d’ailleurs tout à fait conforme aux mœurs de la presse contemporaine, aux Etats-Unis surtout.

ss non me

Saur Lars Crrr.—Le Tabernacle,— Le Temple.— Livre de Mormon.—Où l'on Va savoir enfin ce qui s'est passé dans l'Amérique préhistorique. —Histoire des éphites —Grandeur et

FI

CA -4 RL U=] E à &

avant tout, vers les ‘“ Temple FA Grounds”, vastes terrains enclos par un mur de pierre, plantés jue d'arbres et parfaitement entretenus. En y pénétrant, on trouve are d’abord un élégant édifice qui est le “ Bureau of Information and éli- Church Literature.” Nous y sommes accueillis avec grande courtoisie par un Ancien (Elder) de l'Eglise mormonne, M. C.-H res Wilcken, qui se met à notre entière disposition et nous fait une te. abondante distribution de brochures sur l’Utah et sur l'organisation lle, de l’Eglise mormonne. Après nous avoir priés d’inserire nos noms de sur le régistre des visiteurs qui se trouve là, M. Wilcken nous olis accompagne au Tabernacle. iginai d'Allemagne, et élevé dans nde le protestantisme, il se convertit plus tard à la foi des Mormons, tes C'est maintenant un vieillard, d’un air fort respectable, et dont la » la bonne foi possible, et vraisemblablement réelle, ne peut qu’inspirer ges, une véritable pitié pour son état d’ignorance de la seule vraie tel. religion.

de Le fameux Tabernacle est bien l’un des édifices les plus curieux eurs de l’univers. Long de 250 pieds et large de 150, il est de forme ellipsoïde : son toit, sans ouvert ;

une des moitiés d’un œuf Ongueur. La hauteur de l'édifice

Murs, percés de vingt portes très

* “I x | + Éd à =- $ $ |

En du DS nn ©

grandes, ont douse pieds d'épaisseur. La merveille, c’est qu’il n’y a ni piliers ni poteaux pour supporter la voûte colossale. Quant à, la capacité de cette immense salle, toute remplie de banes en toùtes ses parties, une brochure publiée sur l’Utah par la Compagnie du chemin de fer Union Pacific dit que 13,462 personnes peuvent s’y asseoir en même temps ; mais l’une des ‘publications mormonnes n’assure des sièges qu’à 8,000 personnes, ce qui forme déjà une assemblée fort passable. Comme les Mormons doivent mieux connaître leur affaire que l’Union Pacific, retenons ce chiffre de 8,000,— quitte à laisser les autres 5,462 s'arranger comme elles pourront.

Mais une autre merveille de cet édifice unique au monde, c’est la perfection de ses propriétés acoustiques. De l’une des extrémités de la salle immense, on entend un faible chuchotement proféré à l’autre extrémité. Dans ces mêmes conditions nous avons très bien perçu le bruit causé par la chute d’une épingle, à une distance de près de 250 pieds.

Notre ‘“ Elder ” ne manque pas de nous dire, d’un air parfaite-

ment convaincu, que les Mormons ont été l’objet d’une particulière assistance de Dieu, pour la construction d’un édifice aussi extraordinaire. Il ajoute qu’il n’y est pas entré un seul clou, et que tout a été fabriqué sur place par les Mormons eux-mêmes, y compris le grand orgue, qui s’élève à l’endroit où serait placé l’autel s’il y en avait un. La boîte de cet instrument est de style très curieux ; les deux tourelles de sa façade ont une élevation de 58 pieds. Les qualités de son de ces orgues sont, paraît-il, absolument remarquables. Enfin cet instrument serait l’un des plus beaux de l’univers, si même il ne l’emporte pas sur tous les autres. Une organisation chorale de plus de 500 membres est chargée de la musique vocale aux assemblées religieuses qui se tiennent dans le Tabernacle, tous les dimanches, à 2 heures de l’après-midi. M. Wilcken nous invita gracieusement à venir à la réunion du dimanche suivant, pour jouir de l'excellente musique qui s’y fait : invitation que nous déclinâmes pour plus d’une raison valable.

8SvE+ DoMGRXE RP

Il y & encore, à quelque distance du Tabernacle, l’ ‘ Assembly Hall”, bel édifice gothique qui peut contenir près de 3,000 personnes, et dont la construction a coûté $150,000.

Mais le plus riche des monuments élevés par les Mormons, c'est assurément le Temple, masse importante de granit qui occupe

jamais vu. Sa longueur est de 1864 pieds, et sa largeur de 99. A chacune de ses extrémités s'élève trois hautes tours carrées et surmontées de clochers en forme de pyramide, La plus haute de ces tours est élevée de 210 pieds, et supporte un ange colossal en cuivre recouvert d’or.

Dans le Temple, on administre le baptême aux enfants âgés de-huit ans. ‘“ Car, nous dit l’Elder, nous ne croyons pas au péché

toute tache.” On utilise encore les pièces du monumental édifice Pour diverses réunions cultuelles. C'est là tout ce que nous Pouvons dire de l’intérieur du Temple. Car nous n’y avons pas pénétré, les profanes n’y étant jamais admis. Il faudrait se faire recevoir Mormon, pour avoir permission d’y entrer. Or, n'est-ce pas ? s’il y eut jamais un jeu qui n’en vaut pas la chandelle, c’est bien celui-là !

Avant de laisser là les Mormons, le touriste jette encore un regard sur quelques autres choses plus ou moins dignes d'intérêt. Mentionnons, par exemple, le monument de Brigham Young, sur-

très élégante villa qui devint la résidence de l'épouse No 1 du “* grand homme ” : enfin, la fameuse Eagle Gate, qui est une sorte d’arche en fer surmontée d’un grand aigle à ailes déployées, et qui primitivement donnait entrée sur le terrain possédé par ledit prophète,

pere

Au cours de notre visite, M. Wilcken nous témoigna que jamais les catholiques n’ont persécuté les Mormons d'aucune façon ni em aucun endroit. Le compliment était sans doute beaucoup plus extraordinaire dans la pensée du brave homme qu'il ne l’est en réalité. Ce n’est pas chez nous, en-effet, que l'esprit de persécution s'est jamais manifesté à travers les siècles.

Mais il me semble que le lecteur réclame quelques aperçus sur : le Mormonisme et son histoire. Cette exigence est raisonnable, et me voici tout disposé à la satisfaire.

Le titre officiel de l’Eglise mormonne paraît être celui-ci :

‘ Eglise de Jésus-Christ des Saints du dernier jour.’ C’est bien un peu long pour notre époque et notre continent américain ; et l’on peut prévoir que certain jèur on désignera cette religion, si elle continue d’exister, par quelque nom d’allure plus rapide.

Donc, une fois, il y avait un homme qui s’appelait Joseph Smith. Il était né en 1805, à Sharon, Etat du Vermont, Etats- Unis. Dès ses jeunes années, il avait grande piété. Ce fut à la suite d’une de ses ferventes oraisons, qu'il reçut un jour (21 septembre 1823) la visite d’un ange, du nom de Moroni, qui jadis avait été un mortel comme nous et même un prophète... d'Amérique. Dès cette première apparition, Moroni révéla à Smith l'existence du Livre de Mormon, composé de feuilles d’or de huit pouces sur sept et formant une épaisseur d'environ six pouces. Ce fameux Livre était caché dans le sol, non loin de la demeure de Smith. Mais ce ne fut que le 22 septembre 1827 que Moroni lui permit de prendre possession du dépôt précieux. D'ailleurs, lorsque Smith eut fait la traduction du Livre d'or, l’ange se le fit remettre, et personne ne saurait plus le revoir. Cela est fort commode pour le traducteur du volume divin! Or, il faut savoir que les Mormons vénèrent ce Livre comme renfermant la parole de Dieu, au même titre que la Bible elle-même ; c’est une Révélation faite en faveur des habitants de l'Amérique, comme—-disent-ils—la Bible est la Révélation faite aux peuples de l'Orient. Et les Mormons croient aux enseignements de l’une et de l’autre.

Qu'est-ce donc que ce “ Livre de Mormon ? ”

D’après les détails du titre qu’il porte, dans la traduction publiée en 1830, c’est un récit fait par la main de Mormon, qui lui-même le rédigea d’après les plaques de Néphi ; c’est un résumé

être redécouvert à l’époque qu Du reste, je prie qu’ je ne vois pas beaucoup clairement.

Ce Livre est un abrégé, fait par Mormon et son fils Moroni, des annales des peuples qui habitaient les

très reculée. Et puisque se présente ec sujet de l’Amérique préhistorique, qui

et autres doctes ethnologistes vont continuer à chercher et à ne rien trouver.

Les nations les plus importantes de l'Amérique préhistorique furent les Jarédites, les N éphites et les Lamanites.

JAREDITES, — Lors de l’événement de la Tour de Babel et de la Confusion des langues

» Probablement au nord de 1 isthme de Panama. Comme on le voit, ce n’est pas d’hier que notre continent est habité! En tout cas, les Jarédites devinrent une nation prospère, grâce sans doute à la “ protection ” qu’ils surent maintenir —;, hormis que ce fût plutôt le “ libre-échange ” qui eut leur préférenee : car ce

gl

point-là a été laissé dans l’ombre par les annalistes. Mais voilà ! — solennelle leçon pour nos partis politiques ! — des factions se formèrent, qui luttèrent entre elles avec un sèle si intense que tout le monde se tua réciproquement, excepté le roi Coriantumr, qui dut son salut, évidemment, à ce qu'il avait su rester impartial entre les divers partis, dont aucun ne pouvait probablement le traiter en adversaire, Remarquons que cette destruction totale des Jarédites : eut lieu près de C'umorah, où l’on devait plus tard retrouver le

Page 1