DE MARS À MAI
Ds Quensc 4 New-Yonx.—Une nuit d'enfer. —Nos premiers pas sur l'océan. — La vie que l'on mène à bord.—Un arrêt effrayant.—Terre ! Terre!
Steamer Muriel, Atlantique, 319 lat. N.
Lundi, 26 mars.—Nous partons de Québec, l'abbé Provancher et moi, à deux heures de l’après-midi, par le chemin de fer du Grand-Tronc, à destination de New-York.
A la gare précédant Saint-Agapit, nous arrive M. Montminy (2),
Personnes qu’il a bien connues, ce qui nous sers très utile. I] nous quitte À la gare de sa paroisse,
A 5 heures, nous sommes à Richmond, où r
ègne une tempête de neige. Nous allons souper ches le curé, M. Qui
Quinn, puis repar-
@ L'abbé Provancher a publié un récit détaillé de ce , sous le titre : Une Excursion aux Climats tropicaux. S'il se trouve, sur points, quelque d ue la mienne Un-f ie mien, je prio que l'on accepte sd manta is voir plu t que la mienne, Un livre, fait à t te reposée et avec le secours de la documentation qu'on veut, offre en effet plus de garantie d’exactitude qu'un journal rédigé Pour ainsi dire séance tenante.
2) L'abbé Montmin avait publié un petit volume - s y P pe
sur son voyage aux
tons à 64 hrs. Il nous fallut changer de train à Newport, après y avoir attendu plus d’une heure, à la gare. Ce fut assez ennuyeux; heureusement je trouvai là un jeune homme de Lévis, qui a voyagé beaucoup, au Mexique, au Texas et autres endroits: il me donna une foule de détails intéressants. Vers minuit, nous repartons.
L'examen de douane fut assez facile : l'employé se contenta de regarder nos malles, sans les faire ouvrir.
Mardi, 27 mars.—Tomme nous n'avons pas cru devoir prendre le char dortoir, il fallut dormir comme on le nouvait, c'est-à-dire tant que le conducteur du char ne nous éveillait pas avec son appel trop fréquent: Tickets! Tickets! A 7 hrs du matin, Springfield, où nous devions déjeuner: mais on ne nous en donna pas le temps. Par bonheur, on vint nous offrir, dans le char, des sandwiches excellents. Puis nous passons les jolies villes de Hartford, de New-Haven, etc. Enfin nous arrivons à New-York.
En descendant du train, nous nous confions à un employé de l'Express, qui nous fait conduire à notre steamer, moyennant $1.50. Notre cocher eut bien l’audace de réclamer 25 sous de plus pour avoir porté nos malles depuis sa voiture jusqu’au vaisseau, un arpent au plus. Pour éviter des complications dont nous pouvions très bien nous passer, nous décidâmes de lui payer ce qu’il deman-
dait.
Ensuite, nous retournons dans la ville: c’est un tintamarre, un
bruit, un brouhaha inconcevable.. .Nous allons au bureau de Cook & Son, pour changer mon argent canadien contre des valeurs anglaises.
En passant par divers endroits de la ville, par tramways et par chemin de fer élevé, nous arrivons enfin chez le curé canadien, M. Tétreau. Son vicaire est un jeune prêtre de Québec, M. E.-O. Corriveau (1). Nous y recevons un excellent accueil. Nous y rencontrons les docteurs Fontaine et Michon.—Je couchai dans la chambre du vicaire, au 4e ou 5e étage. Ayant remarqué près de la fenêtre de cette chambre un long câble enroulé, je m’informai
(1). Aujourd'hui curé de Saint-Frédéric de Beauce.
de sa destination: on me dit que c'était en cas d'incendie, où la voie de l'escalier pourrait être obstruée. C'était peu rassurant ; mais je n’eus pas le temps d’avoir peur bien longtemps, parce que je m’endormis aussitôt: car la fatigue du voyage et un dérangement d'estomac m’avaient exténué.
Mercredi, 28 mars. —Nous disons là messe à l’église canadienne.
A 3 heures de l’après-midi, nous sommes à bord de notre steamer, au Pier 47. Mais le chargement du navire n’est pas fini, et l’on nous dit que le départ se fera seulement à 7 heures. Nous restons néanmoins à bord, pour ne pas refaire connaissance avec la boue qui remplit les rues. Du reste, nous prenons beaucoup d'intérêt au chargement du vaisseau, et au va-et-vient des bateaux dans la rade: il y a là autant de mouvement que sur terre; c’est quelque chose d’inimaginable.
À 6 heures, nous dînons à bord, et faisons connaissance avec nos compagnons de voyage.
Dimanche, 1er avril. —27° lat. ; 69° long.
C’est Pâques aujourd’hui : un de nos Compagnons, un Français de la Guadeloupe, a été fort surpris de l’apprendre, cette aprèsmidi.
matin, à 6 heures.
Je me rappellerai longtemps cette première nuit passée sur le steamer. Il faisait une chaleur très grande dans notre cabine No. 1 ce qui était dû aux conduits de Vapeur ou d’eau chaude qui ont charge de la chauffer, et qui y réussissent parfaitement. Donc, première raison pour y dormir mal. Deuxièmement, le lit est d’une dureté inconcevable, quelque chose comme un pavé de pierre. Enfin, 3°, 4°, 10°, 50°, d'innombrables sifflets à vapeur se faisaie nt
hong HD a am an an bn bent on ve rt ——
entendre à tout instant, parce que les bateaux ne cessaient pas de circuler malgré la brume, et tenaient à donner avis de leur présence pour éviter les collisions. Ajoutons, pour terminer, de nombreuses cloches qui sonnaient dans la ville, très souvent, pour indiquer sans doute les heures, demi-heures et quarts d'heures. Et voilà comme je ne pus presque fermer l’œil pendant cette nuit.
Dans la soirée, le brouillard s’étant un peu dissipé, nous eûmes un beau spectacle: la vue de mille lumières de toutes couleurs, les unes fixes, à New-York et à New-Jersey; les autres en mouvement, celles des bateaux à vapeur.
Nous quittâmes la rade de New-York par une brume encore assez considérable, temps humide et un peu froid. Pendant quelques heures nous passâmes à travers les grandes îles qui forment le port de la grande ville; puis avant que midi fût arrivé, nous ne voyions plus de terre:ila mer et le ciel, de tous les côtés. Et c’est encore pareil aujourd’hui; et l’on nous dit que nous en avons encore pour quatre jours. Cela finira par devenir peu intéressant!
Notre steamer Muriel est fort petit, seulement 1,200 tonneaux. Il est étroit, mais très long. Jeudi et vendredi, la mer était un peu agitée: aussi le tangage était assez fort. Le roulis se fait peu sentir. Je fus d’abord assez effrayé de voir le mouvement du navire; je croyais à tout instant qu’il allait chavirer, pour le moins. Et l’on me disait que la mer était très belle! Mais alors, pensais-je, si la mer était mauvaise, ce serait joli de nous voir!
A midi, M. Provancher était malade, et il fut mal jusqu’au lendemain matin. Moi, je tins bon jusque vers le soir: mais il me fallut céder à mon tour.. Le soir, pas de souper, ni pour l’un, ni pour l’autre.
Depuis hier, la mer est très calme, ce qui n'exclut pas de longues oscillations des eaux, en sorte que le tangage est toujours assez fort. Ce matin, nous avions la mer d’huile, ce qui signifie que nous traversions de longs espaces absolument paisibles. A mesure que nous descendons vers le sud, la température s'adoucit et devient même chaude. Il a fallu recouvrir le pont d’une im-
mense toile, pour nous mettre à l'ombre. Mais il fait toujours un vent de sud assez frais, de sorte qu’il est extrêmement agréable de rester sur le pont à contempler ce beau ciel et cette mer tranquille, tout en se livrant à des causeries interminables.
Il paraît que le steamer n’est pas beaucoup confortable. Pour moi, qui ne suis pas encore bien expérimenté, je trouve tout pour le mieux. Par exemple, les passagers s'accordent à dire que la table est excellente. A 7 heures du matin, il y a le café (je tiens ce renseignement de mes Compagnons; car, à cette heure matinale, je ne pensais guère au café, moi). A 9 heures, le déjeuner: un déjeuner superbe. A 1 heure, le lunch, où l’on sert des viandes froides de toutes sortes. A 6 heures du soir, le diner, un dîner toujours recherché. Mais je mange toujours beaucoup plus des yeux que de la bouche, ce qui, au point de vue hygiénique, est tout à fait recommandable.
Enfin, les domestiques du bord sont pleins de politesse et de prévenance.
Depuis que nous avons passé le Gulf Stream, la mer, de verte qu’elle était, est devenue d’un bleu remarquable. Aujourd’hui surtout, elle est d’un bleu très intense.
De ce temps-ci, nous rencontrons souvent à la surface des eaux des méduses, mollusques, zoophytes ou autre chose, que je ne suis guère en état de décrire; puis des raisins des tropiques, espèce de fucus, plantes marines très curieuses, qui ne ressemblent pas du tout à nos varechs. Nous en avons fait recueillir, et M. Provancher les a mises en presse pour nos herbiers,
Aperçu aussi quelques marsouins. Vendredi dernier, j'ai vu un monstre marin qui est disparu trop vite pour que j'aie pu en garder autre chose qu’une idée fort vague.
Des goélands nous ont suivi quelques jours; mais ils ont cessé de nous accompagner. Un petit oiseau brun, qui suivait aussi, a fait comme eux. Qui les blâmerait d’avoir retourné en arrière?
Pendant les premiers jours, nous rencontrions quelques navires, steamers ou voiliers; je n’en ai vu aucun depuis vendredi soir.
De temps à autre, nous avons quelques légers orages; mais le soleil chaud et vivifiant revient bientôt. Quel air pur et agréable on respire sans cesse!
Lundi, 2 avril.—25° lat.; 65° long.—M. Provancher croit que ce que nous avons pris hier pour des méduses, doit être plutôt des argonautes, sorte de mollusques univalves: l’animal étend des membranes en guise de voiles, au-dessus de l’eau, et voyage ainsi en profitant du vent.
Hier soir, nous avons rencontré deux baleines; elles lançaient en l’air de fortes colonnes d’eau (pour parler à la façon d'autrefois; car on est aujourd’hui d’avis qu'il s’agit seulement de vapeur d’eau).
Aujourd’hui, nous sons rencontré deux navires, un goéland, un paille-en-queue (visu :1 . queue longue et fine), et un bout de madrier : tout attire l’attention, lorsqu'on manque de distractions. Hier soir et ce matin, nous avons vu aussi un bon nombre de poissons volants: c’est un spectacle très intéressant. Ces poissons, qu’on me dit être longs d’une douzaine de pouces, ont le dos brun et les côtés blancs; ils m'ont paru parcourir une distance d’une trentaine de pieds hors de l’eau. Il paraît que nous en verrons beaucoup, plus tard.
11 m'est arrivé de me lever, ce matin, à 64 heures. A 7 heures, je pris le café au lait avec un biscuit, et j’attendis ensuite avec grande peine le déjeuner de 9 heures. Vive le Canada, avec ses repas bien placés, et avec ses gens et ses choses qui ont plus de bon sens que les gens et les choses d’ailleurs...
La vie monotone que l’on mène à bord, finirait par devenir ennuyeuse, si elle se prolongeait seulement pendant cinq ou six mois. Même, si elle dure huit ou neuf jours, comme nous en sommes menacés, je crois que je perdrai un peu la tête. Avant déjeuner, on contemple le ciel et la mer immense; du déjeuner au dîner, on admire les beaux cieux bleus et la belle mer bleue; jusqu’au souper, on regarde les flots et la voûte céleste; ensuite, après souper, on promène ses regards sur le firmament étoilé et sur la vaste plaine
liquide. Comme vous voyez, c’est extrémement varié et très amusant’; il y a là de quoi abrutir une buse (1).
Quelques coquerelles se sont introduites dans notre cabine; peut-être les gens du bord, ayant eu vent de nos goûts entomologiques, avaient-ils recueilli à grands frais ces jolis insectes, pour nous faire bien plaisir. Malheureusement, M. Provancher et moi avons une horreur véritable pour ces compagnons de gîte. Aussi, chaque soir, nous les passons en cour martiale ; et M. Provancher, se faisant exécuteur des hautes œuvres, coupe la chaîne de leur existence; les cadavres sont laissés à la voirie, pour servir d'exemple aux maraudeurs.
J'ai constaté le phénomène que voici. Quand on regarde passer les flots durant un certain temps, et qu’ensuite on jette les yeux sur le plancher du navire, les planches qui le composent paraissent passer aussi comme faisaient les flots. Voilà un d: mes grands amusements; jugez des autres.
On tient le navire dans un état de propreté extrême: chaque matin, on lave les ponts à grande eau; puis une partie de la matinée se passe à essuyer, avec des linges mouillés, tout ce qui est recouvert de peinture. Tout ce qui est de cuivre, et il y en a beaucoup: serrures, poignées, grillages des fenêtres, etc., on frotte tout cela avec un zèle extraordinaire. Enfin on ne permet pas à un pauvre grain de poussière de rester en paix. Je suppose qu’on lave aussi les morceaux de houille avant de les jeter dans la fournaise de la machine.
Hier après-midi, le steamer s’est arrêté durant une demi-heure environ. J'ai demandé à un employé 1/ any thing was wrong.— Nothing is wrong, m’a-t-il répondu. Comme de raison, nous serions au fond de l’eau, que ces gens nous diraient que tout va bien, pour ne pas nous effrayer. Nous ne saurons donc que dans l’autre monde pourquoi le steamer a stoppé hier.
(1) Je ne sais si j'ai subi plus ou moins d’‘ abrutissement ” ; mais aujourd’hui j'aime beaucoup les ue sur mer, et je désavoue tout à fait, sur ce chapitre, mes sentiments de 1888.
Changement de propos : les mouvements du bateau ne m'incommodent plus du tout, excepté qu’ils me font marcher comme un Polonais qui a bu plus qu'il ne fallait. La mer est toujours bien belle et bien calme, c’est-à-dire calme comme la surface du Saint- Laurent quand la brise est très forte. Nous avons sans cesse le vent de sud en plein nez, ce qui ralentit notre marche. Le soleil devient brûlant, et j'ai déjà le teint gâté pour le restant de mes jours. Il ferait très chaud, n’était la fraîcheur relative de la brise, En définitive, température et navigation toujours très agréables.
Mercredi, 4 avril.—Je n'ai pu écrire hier, parce que la mer était un peu mauvaise, et que par conséquent j'étais un peu indisposé. Ce matin, nous avons vu la première terre: toute la journée, nous avons eu en vue diverses fles.—En ce moment, 5 heures du soir, nous arrivons à “St. Kitts” ou Saint-Christophe, où nous débarquerons et mettrons nos lettres à la poste.
SAINT-CgrisToPHE.—Croix du Sud.—Du nouveau, en hotanique.—Avec les mulâtres—Un curé anglican.—AnTiquA. — ‘“ Pretty nice men.” —Chez les poissons.—Nos compagnons de voyage.
En rade ée l'île Antigua.
Jeudi, 5 avril.—Hier soir, à 7 heures, on jetait l'ancre devant la ville de Basse-Terre, principale ville de St. Kitts ou Saint- Christophe. Cette île fut découverte au deuxième voyage de Colomb, me dit-on; elle appartient à l’Angleterre, et compte 28,000 habitants.
Bon nombre de mulâtres arrivent aussitôt, et nous donnèrent un avant-goût de la grande beauté de ces populations. Nous voyions une foule de lumières à terre, et entendions japper les chiens du pays: tout cela, vu les circonstances, ne manquait pas
se les
de charme... La brise était douce et fraîche, et embaumée des parfums de la canne à sucre, que l’on récolte en ce temps: c'était donc une soi ‘« délicieuse. à
Nous voyons, depuis plusieurs soirs, la Croix du Sud, la plus remarquable constellation du ciel équatorien.
Ce matin, il fallut se réveiller, bon gré mal gré, de bien bonne heure, car on commença le déchargement du vaisseau au petit jour, c’est-à-dire à 5} heures. En ces contrées, il n’y a presque pas de crépuscule, ni après le coucher, ni avant le lever du soleil, et les jours et les nuits sont à peu près d’égale longueur.
A 6 heures, M. Provancher et moi descendions à terre, avec deux compagnons, conduits par des mulâtres, à qui nous donnâmes cinq shillings, pour l'aller et le retour.
Sur le quai, un beau gendarme noir nous fait entrer à la douane, parce que M. Provancher avait à la main un petit sac de voyage, qu’il fallut ouvrir en présence du fonctionnaire. Ensuite, un jeune créole, très bien mis, se présente à nous, et devinant à notre anglais que nous étions Français, se met à nous parler français et s'offre À nous conduire à l’église catholique. Nous y sommes bien accueillis par le Rév. M. Smyth, qui ne parle qu’anglais. M. Provancher dit sa messe, et je remplis l'office de servant. Il était 7 heures quand j'aurais pu célébrer moi-même ; Mais, vu que le capitaine avait dit qu'il lèverait l'ancre à 8 heures, je crus devoir m’abstenir.
En attendant le café, j'examinais les fleurs du jardin, quand une petite fille de huit à dix ans, parlant anglais, créole ou mulâtresse, je ne sais, vint me présenter la main, et me demander, d’une manière fort gentille, comment je trouvais St. Kitts. ‘“ Well, Father, dit-elle, how do you like St. Kitts ? ”
Le curé nous offrit sa voiture pour faire une promenade, mais nous ne pûmes accepter, vu l'heure avancée, et nous prîmes congé de lui. En passant par le parc de la ville, au centre duquel est un joli jet d’eau, nous admirâmes la végétation tropicale. De toutes ces plantes, nous ne connaissions guère que le rosier, qui est en
fleurs. Il y avait là des palmiers en fleurs, des bananes aux fruits déjà formés, des cocotiers portant aussi leurs fruits non encore mûrs. J’ai vu, encore, l'arbre à pain, le cotonnier, avec fleurs et fruits en même temps. Il y a là un arbre énorme, du genre des baobabs, dont le feuillage a bien cent pieds de diamètre; il n’y en a qu’un seul spécimen dans l'endroit. Les Anglais l’appellent Banyan Tree. Des cactus, qui ont quinze à vingt pouces sur nos fenêtres, ont ici une quinzaine de pieds de hauteur. Un autre cactus, de la forme d’un melon, surmorté d’une touffe fleurie et qui atteint environ quinze pouces de hauteur, porte le nom de Pope’s Head, à cause de son sommet blanchi, qui rappelle la calotte blanche du Souverain Pontife.
Il n’est que 8 heures du matin, et quelle chaleur étouffante il fait déjà! C’est une chaleur humide, comme lorsque nous disons chez nous que le teps est ‘“ pesant.” Cela rappelait assez l’une de nos chaudes journées de juillet. Heureusement, il fait un bon vent d’est.
Le mont Misère, qui est voisin de la ville, est un volcan éteint; il a 4,300 pieds de hauteur. Mais son sommet est enveloppé de nuages,
Les maisons de la ville, construites en pierre, à deux étages, ont chétive apparence. Mn nous vante l’église anglicane, mais nous remettons à notre retuur de la visiter.
Nous revenons au quai à 8 heures, mais nous y apprenons qu’on nous donne encore jusqu’à 9 heures. Nous redescendons alors sur la grève, et y cherchons des coquillages, et recueillons des fleurs très jolies que nous ne connaissions pas, excepté une qui est une plante de jardin chez nocs. Toute une population noire, hommes, femmes et enfants, reste sur le rivage à contempler le déchargement du steamer. On remarque bientôt que nous cherchons des coquilles, etc., et plusieurs individus nous font escorte tout le temns. Quels pauvres gens, laids à faire peur, et couverts de haïllons. Ils parlent un anglais extrêmement difficile à comprendre, surtout pour nous. Nous en trouvons pourtant un qui
AUX PETITES ANTILLES : il
parle français, mais nous pouvons à peine le comprendre, lui aussi, Nous ignorions encore, à cette date, ce que c’était que le patois créole, anglais ou français.
Nous fimes une promenade dans une ruelle bordée de huttes des mulâtres, pauvres petites habitations en bois. Un négrillon en tout bas âge nous fait un beau salut. Les gamins de huit à dix ans ne sont vêtus que d’une chemise, Un Allemand des Etats- Unis, qui voyage avec nous, à qui je demandai s’il avait remarqué ce vêtement singulier, me répond que c’est très ‘“ com-for-ta-bl ” pour ce climat,
J’offre quelques cents des Etats-Unis au vieux mulâtre français qui nous a accompagnés dans cette course, mais il les refuse, ne pouvant en tirer parti dans cette contrée.
À 9 heures, nous revenons à bord, mais le déchargement est encore si peu avancé, que le départ est retardé jusqu’à midi.
Toutes ces îles, et nous en avons vu déjà plusieurs, ressemblent à des sommets de montagnes qui sortiraient des eaux; c’est une suite de pics coniques, plus ou moins boisés, au pied desquels on voit quelques plaines plantées de cannes à sucre.
Un ministre anglican s’est embarqué ici, avec sa famille, pour se rendre à l’ile Antigua. C’est un charmant homme, qui parle bien le français. Il est curé de deux paroisses rurales, à deux lieues de la ville. Il veut absolument qu’à notre retour nous l’avertissions, pour qu’il nous envoie sa voiture: car il désire beaucoup nous avoir pour hôtes. Pendant cette après-midi, il a eu bien de l'occupation: car la mer était un peu mauvaise, sa femme et ses enfants étaient malades, et il dut tout le temps leur donner ses soins.
Vis-à-vis St. Kitts, la mer était d’un beau vert clair; mais à peu de distance de l’île, la couleur bleue lui est revenue.
À 7 heures, ce soir, nous jetons l'ancre vis-à-vis Antigua. Aussitôt, un petit vapeur, des barques, des goélettes accostent le navire. Il fait un vent très fort, la mer est agitée, il fait noir, il pleut; et toutes ces embarcations sont encombrées d’affreux nègres,
s'agitant comme des diables, gesticulant, criant, hurlant: un vrai enfer, quoi! ’:ombre d’entre eux envahissent le steamer. Comme ils passaient près de moi, et que j’exprimais À mon ami l'Allemand les impressions que j’éprouvais, l’un d’entre eux, un grand individu de six pieds, à couleur d’ébène, comprit de quoi nous parlions; et, se tournant vers nous: “ We are pretty nice men! ” dit-il.
Malgré l'heure avancée, et vu que nous sommes en retard, on commence aussitôt le déchargement, qui se poursuit encore à cette heure (104 heures du soir), et nous lèverons l'ancre cette nuit même, Demain midi, nous serons à la Guadeloupe, une possession de la France celle-ci, où nous passerons quelques heures intéressantes. Il faudra donc attendre à notre retour pour connaître
Antigua.
A présent, revenons un peu en arrière,
Ces jours derniers, nous avons vu un grand nombre de poissons volants; par moment, ils s’élançaient en troupes nombreuses, comme des “ voliers ” d’ciseaux. Ce spectacle est très curieux.
Hier, nous avons passé à travers un banc de marsouins bruns, qui sautaient à l’envi en dehors de l'eau; souvert un bon nombre s’élançaient en même temps; j'en ai vu un s’élever de cinq ou six pieds au moins.
Depuis New-York, nous n’étions à bord que sept passagers, dont il est temps de parler. En embarquant, je me disais: sûrement, nous ne serons que deux pour parler français sur ce navire; et voici que nous avons vu bientôt qu’un seul ne pouvait causer en français: c’est un M. Moore, marchand de tabac de New-York, que nous avons laissé à Saint-Christophe. C’est un vrai type du Yankee: ong, mince, et dont les pieds ont une tendance à se mettre de niveau avec la tête. Il a les cheveux blancs, et ressemble pas mal à l’échevin Rhéaume, le grand patriote de Québec. C’est un original très curieux, et qui nous a fort amusés.
Un autre qui ne parle que difficilement le français, c 7 un M. Johnson, du Nouveau-Brunswick, un tout jeune ministre pres-
bytérien, qui s’en va évangéliser les nations à Trinidad et à Démérara. (C’est un fort aimable Sarçon, et je me suis très bien trouvé de sa compagnie.
Ensuite, vient un M. Kulkhe, un Allemand de New-York. Représentant d’une grande maison de commerce, il se rend jusqu’à Surinam. Il parle assez bien français et il est très aimable. Je passe de bonnes heures à causer avec lui.
Puis, voici deux créoles français. L'un, M. de Pompignan, rédacteur de la Défense coloniale, de la Martinique, où il se rend, est un homme très instruit et qui a beaucoup voyagé. Sa société nous est des plus intéressantes, et il nous donne une foule de renseignements utiles sur les Pays que nous visitons. Il est tout de même Français dans la force du terme... J'ai failli recevoir de lui une “ dégelée ” parce que je soutenais qu’à Paris on souffre plus du froid qu’au Canada.
L'autre créole, un jeune homme, M. Castéga, est de la Guadeloupe. Il arrive d’un séjour de quatorze mois à Panama, où il était employé de la Compagnie du Canal. Il vient de subir, pendant quarante jours, les fièvres paludéennes, et s’en va se guérir complètement dans sa famille. 11 est très faible, d’une grande maigreur, d’un teint livide. Comme il sait peu l'anglais, nous nous amusions beaucoup de le voir ‘“ badrer ” par notre Yankee, M. Moore, qu'il ne comprenait presque pas.
Enfin, il y a ces deux Canadiens-Français de Québec, dont je serais un peu embarrassé de tracer ici le portrait.
Le capitaine du vaisseau, M. Locke, à qui nous étions recommandés par M. Montminy, se montre très bon. J'aimerais même qu'il fût moins aimable pour moi, tant j'ai de peine à comprendre | son anglais.
J'ai profité du temps de ce déchargement du navire, qui ne me permettrait pas de dormir, pour compléter mes notes de voyage jusqu’à ce moment. C’est écrit comme cela vient, sans recherche aucune, comme on ne le voit que trop. ‘
Je viens de voir dans le salon où j'écris un insecte ressemblant
Dee = net à Un ‘2 ur nn de oi
à notre barbeau de cuisine, la blatte, raais de taille bien plus grande et à mouvements très accélérés. J'aurais pu capturer cet insecte, mais j'en avais trop horreur. Nous le prendrons une autre fois, quand M. Provancher sera là.—Nous avons vu à St. Kitts plusieurs insectes hyménoptères; mais impossible de les capturer, parce que nous n’avions pas nos filets entomologiques. D’après ce que nous avons vu, les insectes sont loin d’être en abondance comme ches nous. Excepté les rats, qui abondent dans le steamer. C'est bon signe : le bateau est sûr.
Il passe 11 heures, et je fi is ici. C’est plus facile d'écrire dans un temps d'arrêt, comme :lui-ci, que lorsque le navire est en marche.—On dit que le décuargement n’"st pas prêt de finir. Pauvre nuit, par conséquent, à cause du bruit terrible des machines.
Awriaua.—Les graves pélicans.—Le curé Fogarty.—Les institutions de St. Jobn.—La Victoria regia ‘en fleurs, — Porwrs-a-Prres (Guadeloupe). — Déjeuner à la française.—Au musée de M. Guesde.
Steamer Muriel, en route de l'île Antigua à la Guadeloupe.
Vendredi, 6 avril.—Ce matin, j'appris avec surprise, à mon lever, que le vaisseau allait passer toute la journée à Antigua.
Après le déjeuner de 9 heures, nous descendimes à terre à bord de la chaloupe à vapeur que nous avions vue hier soir. Elle conduisait en même temps plusieurs passagers d’un steamer de la Malle Royale, qui fait le service entre ces Îles, et qui venait de jeter l’ancre près du Muriel.
Nous avions à faire trois ou quatre milles pour atteindre la terre, et cela par une mer fort agitée.
I1 serait peu désirable de tomber à l’eau dans la baie où nous sommes, parce qu'il y a bien des requins. Nos compagnons qui se
sont levés matin en ont vu plusieurs autour du bateau. Pour moi, qui ne suis monté sur le pont que plus tard, j'ai dû me contenter d'admirer des troupes de petits poissons de douse à quinse pouces, ayant à peu près la forme de nos esturgeons. Ces poissons sont de couleur violette, avec la pointe supérieure de la queue jaune, Cette couleur violette pouvait être due à la couleur de la mer en ces parages.
Nous arrivons à terre, après avoir contemplé des pélicans posés gravement sur des rochers dénudés qui émergent des eaux. Sur un cap qui avance dans la mer, nous voyons une vieille forteresse, pourvue de canons: ces murailles paraissent si peu solides, que l’on craindrait de les voir s’écrouler à la première décharge des pièces qui les défendent.
Sur le sommet d’une autre pointe de rochers, s'élèvent les constructions d’un asile d’aliénés, lesquelles ne ressemblent en rien aux belles bâtisses de Beauport.
En arrivant à cette ville, qui s'appelle St. John, nous passons d’abord par le marché, espace entouré d’une halle couverte. Nous y examinons les productions du pays qui y sont étalés. Naturellement nous ne voyons ici que des nègres et négresses.—I] s'agit ensuite de changer nos souverains anglais pour de la menue monnaie anglaise, dont nous avons besoin à tout instant. Le consul américain, à qui je m'adresse, se r-ntre pou disposé À me satisfaire, pour de bonnes raisons sans doute. Nous allons alors à une banque, où nous réussissons,
Un jeune nègre nous conduit ches le curé catholique, le Rév. M. Fogarty, qui nous reçoit admirablement.
À l'extérieur des maisons, il faisait bien chaud, 81° Farenheit ; mais à l’intérieur, on était très bien: le vent frais qui entrait par toutes les fenêtres était très agréable.
Nous allâmes visiter d’abord un couvent tenu par des religieuses de Caen (France), appelées Vierges Fidèles, dont l’habit rappelle bien celui de nos Hospitalières. Auprès du couvent se trouve l’église catholique. Après l’avoir visitée, nous nous rendons
à l'Hôpital de la ville, en passant près de la résidence du gouverur et près de la prison, qui sert pour toutes ces îles anglaises, comme le susdit asile d’aliénés.
Les plantes que nous avons vues aujourd’hui sont d’abord la canne à sucre: nous y avons goûté, c’est d’un sucré très agréable. Je connais beaucoup de jeunes Canadiens qui se délecteraient à sucer ces bouts de bois. Et nos mouches domestiques, donc! quelle fête ce serait pour elles!—Il y a ensuite nombre d'arbres et de plantes dont je ne me rappelle plus seulement les noms.—Mais ce qui m'a le plus fait de plaisir, c’est la vue d’une Victoria regia, dont j'avais tant entendu parler, dans les livres au moins, et que je ne m'attendais pas à trouver ici. C’est une plante que l’on a découverte en Afrique, il n’y a pas encore longtemps, et dont l’on a transporté ailleurs quelques échantillons. La Victoria est une plante aquatique, comme nos nénuphars. (Celle que nous avons vue a des feuilles d'environ cinq pieds de diamètre, et qui peuvent porter un poids considérable. Nous avons eu la chance de trouver cette plante en fleurs: ces fleurs sont les plus grandes connues; elles sont de couleur blanche.
On nous avait d‘t de revenir à bord à 4 heures du soir. Mais le steamer ne se met en marche que vers 8 heures. La cargaison étant diminuée déjà beaucoup, le navire a plus de mouvement, et je me sens si incommodé que je vais bientôt me mettre au lit.
Dans le port de la Pointe-à-Pître, île de la Guadeloupe.
Samedi, 7 avril.—Ce matin, à 7 heures, nous arrivions à la Pointe-à-Pître, la ville la plus considérable de la Guadeloupe. A 9% heures, après le déjeuner, nous descendons à terre, dans une chaloupe conduite par des mulâtres. Et pour la première fois, je mets le pied sur un sol appartenant à la France.
Cette ville a plus l’air de quelque chose que celles où nous avons arrêté déjà. Les maisons ont plus belle apparence, les
magasins aussi, et l’on y parle français. Les noirs, que l’on rencontre partout, parlent aussi français, mais quel français ! Nous comprendrions cent fois mieux du bon anglais. C’est que ces noirs se sont fait une langue française à eux, une espèce de patois, que les blancs de l’endroit connaissent parfaitement d’ailleurs.
Nous passons d’abord par le marché, où nous trouvons un nombre immense de mulâtres, des femmes surtout, offrant toute espèce de choses en vente. Comme nous n’avons que des valeurs anglaises, impossible de rien acheter. Tous ces gens parlent avec une force de poumons et une volubilité telles, qu’il en résulte une clameur inimaginable. D'ailleurs, dès qu’il y a une douzaine de mulâtres quelque part, il devient difficile de s’enténdre.
Comme M. Provancher s’est chargé de s’enquérir d’un certain acte civil datant de 1786, nous allons à deux bureaux d’enregistrement, puis à la mairie, où un employé noir nous fait excellent accueil, nous parle et se montre poli comme un Parisien. Mais ces démarches n’ont qu’un résultat peu satisfaisant.
Enfin nous nous rendons au presbytère de l’église principale, où le curé et scs vicaires nous reçoivent très fraternellement, et nous gardent à déjeuner. Ce repas, qui eut lieu à 1 heure de l’aprèsmidi, nous intéressa beaucoup; je ne sais quelles viandes j'y man- | geai, ni quels fruits délicieux je goûtai. Je n’ose nommer ces fruits, tant que je n’aurai pas lu leurs noms quelque part: car, à la simple prononciation, je ne puis avoir une juste idée de leur orthographe; et, pour aucune considération, je ne veux m'’exposer à mal orthographier quoi que ce soit. Toujours est-il que tout cela fut arrosé d’un excellent madère et d’autres merveilleux vins de France.
Nous voyons ces messieurs du clergé français porter le rabat, ce qui nous cause une impression très agréable. Il y a aussi avec ces ecclésiastiques un religieux de Lyon, un Père de la Miséricorde, homme très aimable, qui passera par le Canada en mai prochain, po" “tourner en France. Tous ces abbés nous content les tracasseries que font subir au clergé les chefs de la France, en ces temps malheureux.
Après le déjeuner, le curé, M. Minoret, nous conduit chez un fonctionnaire, M. Guesde, qui nous fait voir son musée ethnologique, composé surtout d'objets en pierre, travaillés par les anciens habitants de ces îles: puis ce M. Guesde nous mène au musée L'Herminier, qui est assez considérable, et contient tous les articles d'un musée ordinaire: mais la plupart de ces plantes, insectes, mollusques, ete., m’étaient totalement inconnus. Il nous donne à chacun un exemplaire du Catalogue de sa collection particulière, préparé en langue anglaise, et d’une manière très détaillée, par M. Otis Mason, qui est de la Smithsonian Institution, je crois.
Si j'ai bon souvenir, le thermomètre, à l’ombre, marque audessus de 30° centigrade, c’est-à-dire près de 90° Farenheit !
On nous avait dit de revenir à bord à 2 heures de l’après-midi; mais le steamer ne s’est mis en marche qu’à 5} heures. Au retour nous aurons peut-être la chance d’être plus longtemps à la Guadeloupe.
Nous sommes maintenant en route pour la Dominique, où nous espérons avoir le bonheur de célébrer la messe, demain matin, jour de la Quasimodo.
Notre voyage va toujours bien, et nous sommes de plus en plus charmés,—surtout lorsque nous n’avons pas le mal de mer.
Roszau (Dominique).—Chez les noirs.— Le meilleur de tous les fruits. — Mes débuts dans l’art de l'équitation.—SanT-PIERRE (Martinique).—Un cordon sanitaire.— Petits plongeurs intrépides.—Menaces de quarantaine.
Steamer Muriel, Port de Castries (île de Sainte-Lucie).
Lundi, 9 avril.—Samedi soir, à 5} heures, nous quittions la ville de Pointe-à-Pitre, Guadeloupe, et après une navigation délicieuse, nous jetions l'ancre, vers 11 heures, dans la rade de Roseau, tlé de la Dominique. Pendant la soirée, je pus admirer un brillant
AUX PETITES ANTILLES 19 météore qui traversa l’atmosphère, vers le sud, Cela ressemblait à un globe de feu de couleur verte, répandant une brillante lumière pendant quelques instants: car ce fut l’affaire de quelques secondes,
Hier matin, vers 7 heures, M. Provancher et moi descendions à terre, et nous rendions au presbytère catholique. Nous y fûmes reçus par une mulâtresse de stature gigantesque, d’une grande majesté d’allure, et d’un caractère tout à fait jovial. Nous fûmes présentés aussitôt au Révérend Père Couturier, administrateur du diocèse en l'absence de l’évêque de ;:oseau, qui est actuellement en Europe. La plupart des paroisses de cette île sont confiées à des religieux de la Congrégation des Serviteurs de Marie Immaculée, qui est différente de celle des Oblats de M. I.
Nous célébrons la messe à la cathédrale, église vaste et assez belle, surtout à l'extérieur. J’eus pour servants deux petits nègres, qui remplirent très bien leur office.
A 9 heures, grand’messe paroissiale, à laquelle j’assistai avec grande édification. L'église était remplie, surtout par des mulâtres, qui paraissaient très recueillis. Les servants, au nombre de six, étaient des noirs, et faisaient bien les cérémonies, quoique
suivant des rites différents des nôtres. Un chœur de noirs chantait
à l'orgue, et il nous faisait plaisir d’entendre le même plain-chant que chez nous.
Ces mulâtres sont tous ou presque tous français. Ils sont très pauvres. Leurs manières sont naïves et bonnes. J'étais touché de voir ces déshérités avoir le bonheur de pratiquer notre sainte religion.
Ab ! quelle chaleur il fait ici ! Je regrette toujours le climat de notre Canada.
Encore ici, c’est la cuisine française, qui ne me va pas beaucoup. J’eus occasion de goûter le rhum du pays, auquel je préfère notre bière d’épinette. Le fruit que nous avons trouvé le plus. délicieux, jusqu’à présent, c’est la “ barbadine,” dont on mange l'intérieur, les graines et leur enveloppe pulpeuse, dans du vin blanc: c’est d’une saveur absolument exquise. Ce fruit, en nature,
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