COMMENT L'ON TRAVERSE L'OCEAN
Très occupé à ne rien faire.— Age gwodagis.—Avec les Allemands.—Si nous les aimons les Anglais ! — De la mui , jour et nuit. — Nous l'avons vu, nous, le mont Pico —Grsnazran.
En mer, 3-12 mars.
Que d’eau! Que d’eau! (1) Voilà huit cents lieues que nous en parcourons, et il en reste encore. Je comprends enfin le sèle des “ prohibitionnistes.” Quand il y a tant d’eau dans la nature, il est en effet bien absurde de se mettre en frais de composer d’autres boissons. Donc, vive l’eau pure — quand on n’a ni vin, ni moka, ni chocolat, ete., à se mettre au gosier.
Mark Twain, qui est un fameux blagueur, écrivit un jour, après un voyage fait à bord de l’un des vaisseaux de la North German Lloyd, que, s’il avait un livre à composer, son désir serait de venir s'installer, pour le faire, à bord de l’un des steamers de cette Compagnie. En voilà une bonne ! Car, pour être franc, nous sommes ici, du matin au soir, tellement occupés à flâner, qu'il ne resterait plus un moment pour le travail. Il est même étonnant que je parvienne à rédiger les quelques pages que voici. La seule explication possible, c’est que cela se fait sans travail. On comprendra, je pense, après lecture, qu’il en soit ainsi.
(1) Pour ne pas être accusé de seulement en 1905 que cette chal de MacMahon. En effet mt: pres se prouvait en fa
mots dont il s’
Le Kaiser Wilhelm IT, qui nous voiture à travers l'Atlantique, cet un grand vaisseau blanc, de je ne sais plus combien de millier, de tonneaux. C’est grâce à lui que j'arrive à faire 15 nœuds à
If faut voir l’ordre et la propreté qui règnent à bord ! Dès qu'un grain de poussière se dépose quelque part, une dizaine de matelots se précipitent pour l’enlever et le jeter à la mer. .. une meule au cou.
Je remarque surtout que l’on ne fait ici rien à moitié. On prend son temps pour tout, et l’on n’épargne aucun soin. Quandil s’agit d’attacher quelque objet, on n’y va pas de main morte, Le moindre hublot est retenu par trois écrous énormes. Aussi, quand viendra la tempête, tout sera prêt pour la résistance. Je laisse à chacun le soin de tirer de cette manière d'agir la morale qui lui
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Par exemple, cela ne manque pas d’Allemands. De l'équipage, comme des trois ou quatre cents Passagers que nous sommes, la majorité se compose largement de blonds enfants de la Germanie.
C’est la première fois de ma vie que je vois de près cette race allemande. Vous voulez que je dise mon sentiment sur elle? Parfaitement.
D'abord, bien entendu, en ma qualité de “Français” désireux de venger-nos désastres de 1870, il n’est pas un de ces gros Allemands que je ne sois prêt à fustiger, à écraser, à égorger (on ne saurait imaginer à quel point tout cela est spéculatif, étant donné
surtout que ces gros Allemands ne se prêteraient probablement pas à mon dessein).
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Ayant ainsi rempli ce devoir patriotique, je dois dire que, d'autre part, je raffole des Allemands. Au point de vue physique, ils sont généralement beaux, grands, forts. Etant forts, ils sont doux et calmes. J'ai eu des rapports fréquents, cette semaine, avec un bon nombre d’entre eux: et je n’ai pu qu’estimer davantage ce peuple de vaillants. Vivent donc les Allemands— à part, ‘ | toujours, cette vengeance nationale que je brûle de satisfaire.
Vous saves s’il est facile de comprendre l'anglais d’un Yankee, Figurez-vous ce que c’est que de converser en anglais avec un | Allemand. J'ai eu souvent, ces jours-ci, l’occasion de subir ce | supplice. Quant aux gens du service, ils ont l’air à ne rien comprendre quand je leur parle l'anglais; c’est peut-être ma faute.
Nous découvrons à bord, tous les jours, soit quelque Français, soit quelque Anglais, Allemand ou Yankee qui parle plus ou moins le français.
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— “ Aimesz-vous les Anglais, dans la province de Québec ? me demanda hier un voisin du fumoir.
— Dites-moi d’abord, répondis-je, si vous êtes vous-même
— Oh non, je ne suis pas Anglais, je suis Américain. — Eh bien, je vous dirai que, dans la province de Québec, nous
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Par exemple, chose bien curieuse, . :...............:........"
Je regrette de ne vous communiquer qu’un aussi pâle aperçu de ma réponse. Mais vous êtes actuellement, au Canada, dans une situation si sujette à caution, qu'il faut y aller très. prudemment dans l’expression de ses idées.
La North German Lloyd n'épargne rien pour que ses passagers arrivent à destination en excellent état. Outre les trois repas
aisementaires, et dont le menu est superfin, on nous sert le café da le petit matin; vers onse heures, on offre à chacun du bouille
enfin, à neuf heures du soir, du thé régime auquel ne sauraient. se plier
‘€ adoucir les mœurs ”’ . Toujours est-il qu'à
, Sur un rythme | est un concert de la fanfare ë
Car, à part un jour où la mer s’est un peu excitée sous le fouet d’un aquilon tapageur, la traversée a été vraiment belle. Le lendemain de notre départ, nous atteignions le Gulf Stream, et dès lors la température a été douce. Ciel bleu, mer bleue, presque tout le temps.
Le 9 mars, nous Passons à travers les Açores. Toute l’ midi, nous avons côtoyé les grandes tles Fayal, Pico et San
après-
Jorge, et de
au-dessus des nuages à plus de 7,600 pieds d’élévation, ax — recouverts de glaciers brillant au soleil.
Nous serons à Gibraltar lundi soir, le 12 mars. Quelle joie de nous retrouver encore une fois abrités par notre glorieux drapeau britannique !
En attendant, je trouve curieux de constater qu’au moment où je finis cette lettre, il est ici cinq heures et demie du soir, et que vous n'êtes encore, au Canada, qu’à deux heures de l’après-midi. Quand on pense qu’il y a des gens assez forts en mathématiques et en astronomie pour reconnaître sûrement, avec ces seules données, à quel point précis nous sommes de la croûte terrestre, —une croûte singulièrement molle pour l'instant, et où notre grand navire se livre à des exercices d'équilibre fort périlleux pour les cœurs qui n’ont pas encore... le pied beaucoup marin.
ee IMPRESSIONS D'ESPAGNE ET DE MAROC
séance d'équitation. —À travers! Andalousie. — À Gkenanz.—L' —Ches les Gitanos.—Ronpa.—A bord du Str Werra.—Touchante entrevue avec nos valises,
À quoi son0 D PH de DE Ie ins de onnien RE as à Les fi Alhambra,
Str Werra, 22 mars.
En effet, nous sommes bien arrivés en face de Gibraltar le 12 mars au soir, vers 6 heures.
Quelle singulière chose ! Le pays est plat partout, et voilà que s’en échappe seulement cette monstrueuse protubérance qui est le mont Gibraltar. La place était bonne pour surveiller le
détroit et l’extrémité de la peninsule ibérique. Aussi, les Anglais n'ont pas manqué de la prendre et de la garder.
Mais voici bien une chose non moins singulière et qu'aucun voyageur, je crois, n’a encore signalée. Imaginez que, du large, c’est-à-dire à deux ou trois milles de terre, le rocher de Gibraltar est tout simplement la reproduction des caps Eternité et Trinité de notre rivière Saguenay; c'est même élévation et même forme. Sur la droite, la surface est coupée perpendiculairement : comme au cap Eternité; sur la gauche, les trois échelons se détachent sur l’horison, comme au cap Trinité, mais plus allongés.
Vers la partie supérieure du rocher, deux ou trois rangées d'ouvertures percées dans le roc courent en lignes parallèles: ce sont les embrasures des canons des fameuses galeries creusées dans la pierre. Cet aspect vous glace tout de suite le sang dans les veines,
A quelque hauteur, on aperçoit une vieille forteresse, avec une muraille qui descend en zigzag jusqu’à la mer. C’est là un souvenir de la domination des Maures sur le pays.
Par exemple, j'ai eu beau me frotter les yeux, je n’ai pu apercevoir à aucun moment la fumée des grands feux de ces forges établies dans les entrailles de la montagne, et où les satanistes fabriquent, au dire de Léo Taxil, les triangles et autres outils maçonniques. Disons, si vous voulez, qu’en ces forges on travaille les métaux aux feux électriques.
Enfin, divers ouvrages de fortification existent un peu partout, et rendent la place véritablement formidable, Il est vrai que des écrivains ont prétendu qu’à la première décharge des batteries, tout s'écroulerait. Mais, en cas que cela n'arrive pas ainsi, nous avons décidé, mon compagnon et moi, d’y aller en douceur et de he pas nous départir de l'attitude la plus correcte, au point de vue international, durant notre séjour sous les canons de Gibraltar.
De fait, il y a peu de villes, sans doute, qi aient autant que
Gibraltar l'aspect militaire. Ce n'est partout que casernes, magasins de guerre, arsenaux et poudrières, pendant que dans la:rade se balancent les cuirassés et les croiseurs. A tout instant, les échos nous apportent le son du clairon, ou de la fanfare d’un régiment qui passe dans la rue ou fait l’exercice dans la plaine voisine. Tout cela me rappelait bien un peu ce qu'était l’ancien Québec, du temps que les troupes anglaises y tenaient garnison.
La ville, peu considérable, est proprement tenue. Les rues y sont pavées soit en asphalte, soit en blocs de bois. 11 y a de beaux parcs et jardins publics, où je contemple des aloès, des cactus, des acacias, des callas croissant en pleine t-rre.
On rencontre fréquemment des Arabes ou Marocains, couverts de leur grand manteau,à capuchon, noir ou brun, et chaussés de pantouffles jaunes.
On entend souvent parler espagnol dans la rue et dans les magasins, Et, à ce propos, signalons que les Espagnols d’Espagne ne peuvent séjourner dans la ville que de 6 heures du matin à 6 heures du soir.
L'un des dimanches que nous fûmes là, j’allai célébrer la sainte messe à la cathédrale, édifice ancien et sombre. Je ne fus pas peu surpris d'y rencontrer, à la sacristie, l'abbé A. Defoy, prêtre de Québec, qui venait de faire son tour d’Espagne. L'après-midi, nous nous rendîmes à pied visiter la petite ville espagnole Linea, séparée du territoire de Gibraltar par un terrain neutre de quelques arpents. Il nous fallut, en y arrivant, subir l'inspection de la douane espagnole; au retour ce fut la douane briteu-ique à qui nous eûmes à faire face. Or, à Linea, tout était en mouvement, à cause d’une course de taureaux dont on devait donner le spectacle vers le soir. L’arène est un édifice circulaire, en pierre, dont le mur d'enceinte a bien une trentaine de pieds de hauteur. Nous y voyons entrer toute une multitude, où il y avait jusqu’à de tout petits enfants. Et que de gamins nous supplièrent de leur donner des sous pour s’acheter des billets d'entrée! Et que de mendiants qui nous demandèrent l’aumône !
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fois la semaine, qui dure quatre ou cinq jours, et qui comprend les points d'arrêt que voici: Tanger, au Maroc, et, en Espagne, Cadix, Séville et Grenade. Ce programme était le plus alléchant du monde ! Seulement— de même que l'excellente jument de Roland avait, parmi tant de qualités, l'énorme défaut de n’être plus vivante — il était impossible à réaliser.
Nous arrivâmes bien à Gibraltar le 12 mars au soir, à temps pour l’excursion. Mais le débarquement fut si long à se faire, que nous ne mimes pied à terre qu’à 64 heures, c’est-à-dire lorsque le bureau où se vendent les billets est déjà fermé. Et pourquoi fallut-il tant de temps pour débarquer? Parce qu’il n’y a pas de quai ou jetée où le vaisseau pût venir accoster, et qu'il fallut se : rendre au rivage — quel beau clair de lune il faisait! — sur une sorte de chaland. Chinois, Romains, Maures, Espagnols, et autres peuples qui avez possédé ce pays depuis tant de siècles, vous n’auriez pas pu en faire un, un quai, pour accommoder les steamers ? Quant aux Anglais, gloire à eux ! Ils sont actuellement à construire une longue jetée qui fera le bonheur des voyageurs futurs.
Ne pouvant donc plus songer à cette longue excursion par mer et par terre, nous avons tâché de la remplacer le plus possible,
C’est ainsi que tel jour, et en compagnie de deux respectables Américains, d’Aurora, IIl., qui avaient traversé avec nous depuis New-York, nous nous embarquions sur le Gibel-Tarik, pour aller faire un petit tour à Tanger, Maroc.
Un tout petit vapeur, ce Gibel-Tarik, et encombré de passagers et de colis. Nous avons peine à y trouver place. Avant de traverser le détroit, on commence par côtoyer l'Espagne, et l’on a une bonne vue de Tarifa, qui paraît une agréable ville, entourée de murailles. Le vent d’est souffle avec force et la mer est démontée. Notre Gibel-Tarik se faufile comme il peut à travers les énormes vagues. Tout le trajet dure trois heures.
Vu du large, l'aspect de Tanger, dominé par ses minarets, est ravissant. On dirait que la ville est bâtie en marbre blanc. Et à
mesure qu’on approche de terre, il en vient des senteurs parfumées qui nous ravissent, Mais tout cela change beaucoup quand on pénètre dans la ville ! Quelle sale ville ! Quelle population déguenillée! Vieilles murailles, rues étroites et tortueuses !
Toutes les races d’Afrique se coudoient ici : Maures, Kabyles, Juifs, Syriens, nègres, et les costumes varient à l'infini. Tout cela, et des mules et des ânes de tout poil, remplit les rues d’un tumulte inexprimable.
Ce qu’il y a de délicieux ici, c’est la plage admirable, c’est le ciel, c’est la lumière, c’est la végétation, les palmiers, les rosiers pleins de roses, les orangers chargés de fruits d'or. Sur le toit plat de l'hôtel, nous montons, le soir — après une partie de whist avec nos deux Yankees, et contemplons sans nous rassasier la belle nuit douce, la lune qui trace sur la mer sa longue traînée d'argent, les étoiles qui scintillent là-haut avec un éclat dont on n’a pas l’idée dans nos climats du nord...
Ah! Il n’y a pas de tramway ici! Il n’y a pas de coupés ! Il n’y a pas de “ calèches ”! Les rues sont pavées de cailloux, et l'on ne saurait y circuler en voiture. Aussi nous fallut-il monter sur des mules pour visiter la ville et ses environs. Cette promenade, qui dura deux heures, fut ma seconde “ performance ”’ d'équitation. La première avait eu lieu aux Antilles ; la troisième aura lieu je ne sais où, peut-être en Patagonie, Je me sentais, cette fois encore, si peu solide sur mes étriers, que j’exigeai que l’excursion se fit rigoureusement au pas, et même que le petit Marocain qui me servait d’écuyer eût constamment la main à la bride de ma monture — de crainte qu’elle ne prit l’épouvante et m'entraînât jusqu'au Sahara: comme il arriva, dit-on, il y a vagt-cinq ans, à un vieux naturaliste français qui, en promenade dans le nord de l’Afrique, ayant aperçu un chameau accroupi près d’une tente, et s'étant assis dessus pour voir comment cela faisait, vit avec terreur l’animal se lever brusquement et s’élancer dans la direction du désert, d’où ni l’un ni l’autre, d’après les dernières nouvelles, ne sont encore revenus... Nous visitâmes donc de la sorte les principales rues de
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la ville, le marché tout plein de choses extraordinaires: nous passâmes près d’une grande caravane de chameaux, près de la prison, près de l’ancien palais des Sultans. Sous le portique de ce dernier édifice, la justice se rend en plein air, et nous y fûmes témoins d’un procès sommaire d’où l'accusé, à force de se débattre, réussit à se tirer à son avantage... En revenant, mes compagnons, se sentant
plus sacrés, mirent leurs montures au galop, et je restai en arrière, allant toujours au pas, en Compagnie de mon petit Marocain, et sans cesse redoutant de me voir enlever pour être réduit en esclavage ou incorporé dans les troupes du Sultan...
L'église catholique de Tanger est desservie par une dizaine de religieux Franciseains. Je fus i i Pour nous, catholiques, de cette uniformité de croyan ce qui me parut bien curie Jésus et du Saint lui-même revêtues d on me dit que c’est la coutume espagnole.—Comme on était à peindre l’église à fresque, je ne pus y célébrer la messe, et je dus aller pour cet objet à la chapelle de la légation d’Espagne.
Nous nous embarquâmes, pour revenir à Gibraltar, par une teau, un encombrement à ne plus savoir où se mettre. I] y a là des bovidés, qui n’ont pas l’air beaucoup émus de quitter l'Afrique pour l’Europe, Voici un amas de longs cylindres formés de roseaux entrelacés: ce sont des cages
ui poussent l’inconscience
jusqu’au point de tn
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Le 15 mars, à 5 heures du matin, nous ous mettions en route pour Grenade, Par exemple, nous trouvâmes la porte de la ville de Gibraltar encore fermée... Enfin, voici le tourne-clefs qui arrive escorté par deux soldats portant fusil et baïonnette, et qui nous rend la liberté de partir.
A 6 heures, nous sommes à bord du paquebot espagnol Margarita. Une demi-heure plus tard, nous débarquons à Algésiras, ville assez considérable et aux maisons de couleurs claires.
Nous voyageons d’abord sur l’“Algesiras & Bobadilla Gibraltar Ry.”, puis, en partant de Bobadilla, sur l’“Ardaluces Railway Co.”
Nous avons pour Compagnons nos deux Américains de l'Illinois. Seulement, il est entendu qu'en Espagne ils se donneront pour des Anglais d'Angleterre, à cause des souvenirs trop récents encore de la guerre hispano-américaine. Pour nous, sans que nous nous en mélions, on nous prend partout pour des Français authentiques. Cette journée, où nous avons parcouru l’Andalousie, la plus belle partie de l'Espagne, nous a intéressés au plus haut point, Tout est si différent des choses et des coutumes d'Amérique.
. À chaque gare, se tient un gendarme armé d’une carabine, et couvert souvent du fameux manteau espagnol. Les locomotives n’ont pas de cloche. Pour annoncer le départ des trains, on joue du sifflet à vapeur, et le chef de gare agite une clochette. Chaque “traverse de chemin de fer”, comme nous disons au Canada, est fermée par une chaine, et gardée Par une femme portant un court bâton qu’elle tient levé durant le passage du train. Lorsque le train s'arrête aux stations, souvent quelque petite enfant vient de Wagon en Wagon offrir aux voyageurs des tasses de lait en criant d’un ton pitoyable: “ Lé-tché! Lé-tché!l”’ La salle d'attente, aux gares, a pour étiquette: Sala de espera. Cet “ espera ” a de la parenté avec le sens que nous donnons parfois, dans le parler
canadien-français, au verbe “ espérer.’
Tout ce pays est très pittoresque. Il Y a partout des montagnes, souvent très hautes et dénudées, des petites villes, des
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Clair de la lune, nous faisons
hameaux. Sur les ha antiques,
Les céréales sont déjà levées, Les champs cultivés ne sont
uteurs, on voit des ruines de constructions
Tout cela me jette, bien entendu, dans les transports les plus inouis de la poésie la plus lyrique. Voilà cinquante ans que je lis cela les livres: .. collines plantées d’oliviers.… bergers qui mènent les troupeaux dans les &ras pâturages... Et je vois enfin ces spectacles dont j’ai tant rêvé ! |
Une autre chose que je n'ai jamais vue, ce sont des wagons de chemins de fer chargés de planches de liège; ce sont des chênesliège, dont le tronc, jusqu’à une certaine hauteur, a été dépouillé de la précieuse écorce, J'ai pu faire connaissance, aujourd’hui, avec ces objets nouveaux.
Parfois, dans la Campagne, on voit un enclos cirré, entouré d’un mur de pierre, et où sont réunies la maison de ferme ca le château, et toutes les dépendances ordinaires.
, à 6 heures du soir, voici Grenade, et tout prèe la Sierra Nevada, au sommet toujours couvert de neige.
d’alentour est cultivée avec grand soin.
En nous rendant au “ Gran Hotel Washington Irving”, nous Passons devant une statue de la Sainte Vie » placée sur la façade d’une maison et entourée de lampes allumées, Les rues sont éclairées au gaz, avec becs Auer.
L'hôtel est tout près de l’Alhambra, et, dès ce même soir, au une promenade autour des murailles du fameux palais. Le lendemain matin, nous avons passé trois heures, sous la conduite d’un guide, à parcourir ces ruines grandioses. !
Voir l’Alhambra{ C’
est encore l’un des rêves de ma vie qui se réalise!
Le fameux palais bâti par les Maures couvre une hauteur d'environ un demi-mille carré, et domine tout le pays d’alentour. Les siècles ont déjà rongé beaucoup de sculptures fouillées dans le marbre, et l’on a dû en nombre d’endroits faire des restaurations. Les couleurs et les dorures sont Presque entièrement effacées. Mais des reconstitutions en miniature, exécutées par des artistes, sont là pour nous donner une idée de la richesse et de la pompe inouïe de ces salles, de ces voûtes, de ces galeries merveilleuses.
Nous visitons l'immense et riche cathédrale pendant que les chanoines chantent i
d'Isabelle, les illustres souverains dont le nom est associé dans l’histoire à celui de Christophe Colomb.
Un peu en dehors de la ville, et sous la garde d’un gendarme, nous allons au quartier des gitanos. Nous entrons dans l’un des
logis de ces Pauvres gens, creusé dans la Montagne et divisé en trois pièces souterraines.
» se met à courir après notre voiture, implorant encore de l’argect. Nous lui jetons quelques menues pièces de monnaie, et longtemps encore elle court en nous envoyant des
baisers du bout des doigts, et en criant: “ Gra-tsia ! L‘acia, merci) Good
Pas prévenus beaucoup en faveur des grandes villes d'Europe. Ces toits couverts de tuiles noircies par le temps, ce n’est pas d’un aspect beaucoup réjouissant, La plupart des rues sont très étroites, et les maisons à la moderne Y sont rares. Presque toutes les constructions Paraissent plutôt vieillies par les siècles, Les fenêtres du premier étage des habitations sont munies d’un grillage de fer; aux étages supérieurs, il ya fréquemment aux fenêtres des balcons pleins de fleurs. On ren- Contre beaucoup d'hommes enveloppés du manteau bordé de vert ou de bleu.
Durant n:tre séjour à Grenade, la météorologie ne s’est guère
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Préoccupée de nous être agréable. La pluie n’a Presque pas cessé de tomber, et Nous avons grelotté tout le temps depuis que nous 8VOns quitté Gibraltar.
Le voyage de retour prit encore toute une journée, 11 nous fut agréable, durant ce trajet, d'occuper un compartiment de Wagon €n compagnie du R. P. Dehon, supérieur des Prêtres du Cœur de Jésus. Ce religieux distingué et très Connu prit grand intérêt aux détails que nous lui ‘donnâmes sur le Canada, où il compte un ami dont il a grand souvenir, en la personne de Mgr Bégin, archevêque de Québec.
C’est par la pluie battante que nous avons visité Rond, et en Pataugeant dans la boue et les flaques d’eau, chaussés à la mode des Européens—nos ‘ claques ” en caoutchouc se trouvant quelque part sur l'Atlantique, avec nos bagages, Aussi, par cette température glaciale, nous étions absolument transis de froid, lorsque le train vint nous prendre; et nous aCcueillimes avec un enthousiasme indicible les cylindres de fer remplis d’eau bouillante que l’on apporta dans le Compartiment où nous étions entrés. Car, ce
Cependant, le 19 mars, le steamer Werra sur lequel nous devions nous rendre en Italie, était signalé je ne sais où, et il jeta l'ancre de bonne heure, le matin suivant, en face de Gibraltar.
La grande question Pour nous, c'était de savoir si nos malles étaient à bord; et si elles s’y trouvaient, il fallait empêcher qu’on ne les débarquât. Car il
rions, (Cela, assurément, donnerait du piquant à la t part de nos anxiétés à l'agent de la Lloyd, et l’avions dûment supplié d’avoir pitié de deux Pauvres Canadiens isolés sur une terre étrangère... Il fut entendu que cet officier, qui devait se rendre à bord du Werra dès qu'il aurait jeté l'ancre, verserait l’eau froide qu'il faudrait sur le zèle des hommes du steamer, et ferait donc en sorte que l’on gardât à bord les colis en question—s’ils s’y trouvaient. Nous ne fûmes pas lents nous-mêmes à nous rendre au port dès le matin... Voici enfin le canot de l'agent qui revient du steamer; et, en mettant pied à terre, il nous annonce que nog bagages sont bien à bord. Pour la deuxième fois en ce voyage, nous poussâmes alors un ‘“ immense soupir de soulagement”, et nous écriâmes, comme la petite gitanella de Grenade: “ Gracia! Good Bye ! Good morning | ”
Mais le plus extraordi- ’ÿ manquait ni même n'avait été dérangé, bien qu’ils ne fussent pas fermés à clef.
En somme, ce n’est pas si difficile, d’aller en Europe! Voici bien quatre ou cinq valises qui sont venues toutes seules, sans tickets de » Presque ouvertes, sans adresses écrites, de Montréal à Gibraltar !
Et le Werra partit bientôt à destination de Naples. En contournant Gibraltar, nous constatâmes que le rocher est moins abrupt du côté de l’est et s’y abaisse graduellement. Par exemple, ici aussi, ce n’est partout que murailles et bastions.