‹ Impressions d'un passant [microforme]Chapitre 8 sur 35 · NE · texte numérisé non relu

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et au découragement, nous décidâmes de reprendre la lutte contre, les circonstances, et de la pousser jusqu’au bout. re

Le plan de campagne fut promptement établi, comme il fallait. Je dis à notre “ American Boy ” : “ Conduisez-nous le plus vite possible et par le plus court chemin au bureau de la Compagnie Cook, tel numéro de telle rue 1 ”

C’est que je me rappelais avoir lu sur les prospectus des Cook —Ches qui nous avions pris tous nos billets de passage, de Québec à Québec—qu'il est bien avantageux pour leurs clients de. trouver dans toutes les villes importantes de l'univers des agences de la Compaguie, où ils peuvent s'adresser pour recevoir tous les services imaginables. Eh bien, dis-je À mon compagnon, nous allons voir cela ! C’est le moment, ou jamais.

J’expliquai, au chef du bureau Cook, de quoi il retournait, et ce que nous attendions de la Compagnie. Nos divers colis n'étant pas étiquetés à notre nom — les valises n'étaient pas même fermées à clef ,— nous les décrivimes le mieux possible, On aurait donc à les retirer du chemin de fer, et à nous les expédier, par le steamer suivant de la North German Lloyd, à Gibraltar, où nous devions passer huit jours. L'agent des Cook & Son nous promit que tout cela se ferait exactement. Mais qu’en serait-il de l’exécution ? Nous le saurons dans quinze jours seulement.

Il nous restait encore une couple d’heures avant le moment fixé pour le départ du steamer des ausis d’Hoboken, et c'était déjà bien court pour tout ce que nous avions à faire avant de mettre le pied sur le navire. Nos inquiétudes devena‘snt intenses! Néanmoins, je me rappelai avoir vu jadis dans Homère que je ne sais plus quelle déesse, en proie au chagrin le plus poignant, mangea cependant. Sans vouloir établir de co"paraison entre une divinité de l’Olympe et deux pauvres mortels de Chicoutimi, nous fimes comme ls déesse et primes a: restaurant quelque nourriture, malgré toutes nos épreuves.

Après ce “ quick lunch ” — institution qui existe dans les villes où les affaires laissent à peine le temps de souffler —, nous

entrons à la façon d’un cyclone dans un magasin qui se trouva là et qui était justement de la sorte d’établissement où l’on vend de tout. 11 fallait bien nous pourvoir des articles de lingerie, etc., dont nous aurons besoin durant deux semaines, jusqu’à la problématique réception de nos bagages.

Ensuite, nouvel et dernier appel à l'intelligence de l“‘American Boy.” Il nous remorque à grande vitesse par les modes variés de locomotion qui existent à New-York, jusqu’au vapeur qui fait la traversée de l’Hudson. Débarqués sur le quai d’Hoboken, nous constatons qu'il sera bientôt 2 heures; et comme il y a une distance assez notable à parcourir pour atteindre l'endroit où le Kaiser

enfin le pied sur le vaisseau, faisions nos adieux à l’habile jeune homme qui nous avait guidés si bien toute la journée, et poussions — pour la seconde fois en ce jour mémorable — un ‘“ immesse soupir de soulagement.’

La foule est considérable sur le quai, et les mouchoirs s’agitent de terre et du bord. Pour nous, nous n’avions pas prévu qu’au moment de quitter le continent d'Amérique ce serait d’un petit Yankee que nous recevrions les derniers souhaits de bon voyage.

Sur le pont du steamer, une fanfare exécute des airs joyeux, pendant qu’on largue les amarres. Cette musique contribue un peu à remonter le moral : car, on peut très bien l’imaginer, ce n’est pas sans une très vive émotion que l’on entreprend pour la première fois la traversée de l'immense océan.

Le temps est beau et frais, lorsque nous quittons ie port de New-York, ce 3 mars. I] y a sur les eaux, le long de la côte, une certaine quantité de glace en “ frasil.

Et voilà comment s’est fait notre départ pour l’Europe ! Heureusement, cela ne se passe pas ordinairement d’aussi tragique façon.

Vite! Fermons cette lettre pour l& confier au pilote, qui va nous quitter en emportant nos dernières communications pour les gens d'Amérique.

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