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lès personnages de Molière èe définissent dès leur ehtrée en scène ; un mot, un geste et Ton sent tout de suite à qui Ton va avoir affaire. En France, plus qu'ailleurs, l'attention se prête peu à la surprise : on aime à être prévenu.
Pareillement je dois me définir en entrant dans le steeple-critique ouvert pour le Salon.
Les lecteurs ne manqueront pas de s'écrier avec le plus profond désappointement : « Dieu ! un« plume de femme ! »
Un peu d*indulgencë, cher lecteur, et laissezmoi avec mon sentiment, mon cœur, et aussi avec mon imagination; laissez-moi vous raconter ce
que j*ëprouve, ce que je comprends, ce qui me fait souffrir. Puissent mes impressions sincères écrites sans aucun parti pri^» sous aucune influence de famille ou d'affection , me faire pardonner mon inexpérience comme critique et comme écrivain et vous arraclier uîi sourire de bienveillance, à vous qui lisez tous les jours des critiques, des meilleures et signées des plus illustres noms. Pas n'est besoin de vous en dire davantage, et main* tenant que votre indulgence m'est acquise, que vous m'avez presque applaudie pour me donner du courage, je vais commencer et tâcher d'en arriver promptement aux artistes, pour ne pas vous ennuyer trop fcMrtement pendant les quelques lignes d'avant-propos que je suis forcée de vous adresser pour suivre la ligne méthodique et raisonnable tracée par tous les critiques de tous les temps et de toutes les époques.
L'article Sahn est un morceau affriolnt, toujours recherché par la gent littéraire, et pourtant il ne suf&t pas d'être écrivain, romancier ou poète pour parler de l'art de la peinture.
* Outre le goût et le jugement, il faut avoir la connaissance de ce qui constitue les arts, je veux dire le côté pratique, la partie manuelle. £a Utr térature yous dictez, et votre œuvre se Mt; autre
chose en peinture. Le peintre exécute, concrète sa pensée; il est bomm» double, artiste et ouvrier» tète et main y imagination et labeur. Nos critiques oublient trop cette dualité, en faisant de grandes phrastcs sur là part intellectuelle, si inséparable ici de la part matérielle, ils font voir combien peu ils connaissent cet ordre d'étude. L'artiste est fort et complet, si ces deux choses, tète et main, sont puissantes en^ lui, l'une élevée, l'autre habile. Ah! si l'exécution chez Delacroix était à la bau-^ teur de sa pensée, de son imagination fulgu-rante , toute primesautière , quel peintre ! H égalerait assurément les étoiles de première grandeur, si radieuses dans le beau .ciel de l'art depuis Phidias jusqu'à Géricaiilt.
Si donc le littérateur veut raisonner de Tarf , il lui faut une éducation particulière. Pour lui, un tableau ou une statue est un livre ; il sépare ce qui est inséparable, saisit le sujet ou Tidée, et va brodant des variations sur le thème proposé par l'artiste.
Pourtant, la littérature a aussi ses dessinateurs et ses coloristes, ses idéalistes, ses réalistes et aussi ses barbouilleurs. Chez Gustave Planche, le dessin, la raideur dustyle et des idées dominaient; dans les ialons de Thoré, au GOnlraire, on voyait
Tiillure véhém^to unie au sentiment ôe la coii** leur ;lmâis la mattre à tous^c'est toujours Diderot, le créateur du genre.
Il semble que ce qu*U a écrit soit fait* d'hier. Si un médium pouvait évoquer au Salon ce grand esprit, cela donnerait une terrible sensation aux artistes et à ceux qui les régentent. H apporterait d'excellents avis.
i( Artistes, dirait-il, si vous êtes jaloux de la durée de vos ouvrages» je vous conseille de vous en tapir aux suj3ts honnêtes. »
Dans les arts, comme dans les lettres, chacun a le droit ^'exprimer son sentiment; mais heureux, mille fois heureux les amateurs qui cherchent l'occasion d'admirer, en demandant aux ouvrages de l'art ce qu'ils ont de meilleur, ce quelque chose qui touche et se grave dans notre esprit !
Vous gardez d'un opéra des airs, des mélodies ; eh bien! sachez trouver pareillement, dans la peinture, quelque chose qui se puisse emporter, quelque chose qui s'adapte à votre âme, à vos souvenirs, à vos rêves. Cherchez bien, et vous trouverez. Prêtez-vous à l'attraction de l'œuvre ; feuilletezrla comme on feuillette un livre ; isolezvous dans le cendre : le calme est nécessaire pour bien go^ter4a peinture.
' C'est de tous les arts celui qui nous parle le plus de la création, du fiai et de Tinfini; dans sa con* fidence il va plus loin que la musique, si pénétrante pourtant ! il fixe Tinsaisissable : le regard, le sourire> Texpression de Vèmel
L'artiste est l'interprète qui fait voir la nature intérieure ou extérieure au miroir de souàme. Sa main ne s*est exercée que pour rendre à nos yeux f^s sensibles les beautés du monde vivant.
Je ne m'étendrai pas en dissertations ; le temps presse, et le lecteur attend de moi des impressions, mon sentimant, non un cours d'esthétique. Je laisse à des plumes plus autorisées le soin de discourir sur Tart; suis-je pour le dessin ou pour la couleur? L'épigraphe qae j^ai choisie doit donner la mesure de ma pensée artistique.
Mais me voici dans ee > palais immense affecté aux exhibitions de l'industrie, cette souveraine moderne. L'art n'est pas cliez lui, on le sent, on le comprend ; hélas! nous sommes si peu avancés en ce qui touche les ïirls et leurs expositions; nous accrochons le tableau, nous plaçons la statue n'importe où, sans nous douter qu'il y a pour la peinture et pour la sculpture des conditions d'optique, comme il y a des conditions d'acoustique pour la musique* Gomment nous éton-
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ner du dédain ou de la légèreté du public? Cet océan de dorures et de couleurs, cet assemblage de choses discordantes, cet immense arlequin ar«tistique rénerve,Je fatigue, disperse son attention, et sa mauvaise humeur tombe, peut^tie assez naturellement, sur l'artiste.
La sculpture est encore plus maltraitée que la peinture; elle devient Fomement des jardins, elle émaille le gazon, elle a beau présenter ses faoe^ de ronde-bosse, on ne peut tourner autour.
Que dirait Benvenuto Gellini?
Que devient son plus naïf argument f
a Qu'est*oe que la peinture? disait<-iL Parlez*^ moi de la sculpture, au moins on tourne autour. 9
Sur ce, ohers lecteurs^ j*ai fini mon court avantr propos, j'accepte le bras que vous m'offrez ai gracieusement, et nous faisons notre entrée au Salon.
FLANDAIN. — GÉBOHE. — fiAMON. — BOUGUEHEAU — M™« HENRIETTE fiROWNE. — BAUDBY. "
Le Salon me rend très-malheureuse, non pas, comme on pourrait le croire, qu'il se isoit fait en moi une t^Ie invasion d'humeur noire, que tous les outrages exposés me paraissent mauvais ou repoussants ; c'est, au contraire^ la presque égalité de mé*rite qui met mon impartialité à une rude épreuve. Quand je veux commencer plutôt par tel tableau que par tel aulre, mon équité se révolte. Pourquoi cette préférence, me dit une voix intérieure , et complet la justifiei? .
Depuis que le Salon, au lieu d'être, coauiie
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.'iulrefois, une arène pureraenl glorieuse, a dégénéré tant soit peu, en se transformant en une salle d'exhibition, la critique se trouve réellement embarrassée. On comprend que, quand il s'établissait une lutte entre des artistes célèbres, l'intérêt dii public îse portait sur cette lutte même, en sorte que tout ce qu'il y avait de matériel dans lés efforts tentés par les peintres secondaires demeurait inaperçu, et que le critique s'occupait avant tout de faire ressortir les qualités et les défauts des artistes en pouvoir de passionner le public.
Aujourd'hui, les choses ne se passent point ainsi. Le nombre des artistes va toujours croissant, tout tend à l'augmenter encore; malheureusejnaent, le niveau de l'art ne s'élève pas dans la mêflae proportion, il s'en faut de beaucoup- Dans cette revue, je. ne suivrai donc aucune elassitication. J'irai un peu au hasard, sans que Tordre dan^ lequel j.e parlerai des artistes soit une marque du plus ou naoins d'estime que j'ai pour leur talent.
Je commencerai par M. Flandrin^ un grand artiste, dont le talent grave et distingué est devenu l'objet d'une vive sympathie pour les vrais appréciateuïs. ....
La frise qu'il a peinte à Sainl-Vincent de Paul marquera dans ce siècle comme un noble démenti aux détracteurs de la peinture de l'esprit, c'est-à^ dire de la peinture qui continue la tradition des maîtres du seizième siècle.
Sa palette religieuse est occupée en ce moment à Saittt-Germaiîi des Prés.
Le laborieux artiste a envoyée au Salon trois portraits, qui sont, à mon avis, les plus remar^ quables de l'Exposition.
Distinction, simplicité, correction du dessin, fi-r nesse du modelé, telles sont les qualités qui arrêtent les g^s de goût devant oes belles toiles.
Chez M. Flandrin, le côté moral tient plus de place que le côté matériel ; ses personnages ppsent moins pour les contemporains que pour la postérité. C'est une antithèse avec le portrait de M. de G... par M>»« Browne. Cette artiste prend ses modèles par l'aspect pittoresque et charnel ; on y sent l'intention d'être coloriste. L'exécution y est facile ; c'est un bon portrait... Mais laissons Mme Henriette Browne, dont nous aurons occasion de parler bientôt.
Les portraits de M. Uippolyte Flandrin, comme ceux d'IIolbein,. de Raphaël, du Titien, des plus grands maîtres, vous révèlent complètement le
caractère des personnages qu'ils représentenl. Il ne se borne pas à copier les traits , mais il rend merveilleusement la physionomie de TAme, la vie intérieure du modèle.
M. Flandrin a aussi un mérite qu'il faut signaler, un mérite qui devient plus rare chaque jour. H a une finesse de pinceau eitréme. Il couvre sa toile sans travail apparent, il modèle sans empâter. Cette manière est peut*étre celle qui se rapproHiie le plus de la nature. 11 ne cherche jamais à vous séduire par les ragoûts de la touclie, ni par un certain pétillant que donnent les emp&tements et le choc des tons rompus, exécution manuelle qui fait tout le talent de bien des artistes. En général, les tableaux ne prennent Taspect de la nature qu'à une certaine distance, ceux de M. Flandrin n'ont pas besoin qu'on s'en éloigne.
Nous voici devant to Mort de César^ de M. Oérôme.
On raconte que ce tableau avait ^'abord été conçu autrement; que, chargé par un éditeur d^ faire un pendant à la Mort du duc de Guise, de Paul Delaroche, M. Gérôme se met au travail, peint, efface, repeint, se décourage à la vue de son œuvre faite à tfttons.
Le César était couché, mort, comme nous le
voyons; seulement les conjurés, massés dans le fondyjs'agitaient sombres et farouches.
Le tableau terminé, M. Gérôme le fait photographier, habitude assez générale chez les artistes. Grande est sa surprise, la photographie lui donne un autre effet : elle a laissé les conjurés dans Tombre, elle éclaire admirablement le corps de César.
M. Gérôme se remet à peindre» plein d'enthousiasme« et sûr de faire un chef-d'œuvre. Ce second tableau» qu'il voit dans son inspiration d'artiste, sera pour le Salon; il ne mettra plus de conjurés, son César sera seul, seul étendu sur le carreau n'ayant pour témoins qu'un trépied.
Hélas 1 cette photographie, que, le ciel semblait lur avoir envoyée dans un moment de découragement, le trompait cruellement, M. Gérôme doit maintenant s'en apercevoir.
Nous eussions désiré savoir comment était mort le plus grand homme de l'histoire païenne, il fallait nous montrer cette tête sur laquelle le génie devait avoir imprimé sa puissante empreinte, il fallait nous émouvoir par la douleur qui devait être encore peinte sur ce noble visage en recevant le coup mortel de la main de celui qu'il avait le plus aimé. Nous eussions dû voir la résignation de la noble victime, quelque chose de la lutte
suprême où venait de succomber celui doDt la mort inaugure un monde nouveau, comme aiitre*fois à l'enfantement de la république la mort de Lucrèce et des fils de Brutus.
Nous n'avons rien vu de tout cela dans le tableau de M. Gérôme, parce que M.Gérôme a trop suivi les conseils de la photographiCj^ et que la tête, de son César est complètement dans Tombre; les pieds seuls sont en pleine lumière; le haut du corps, on le cherche, on le devine.
Je sais bien que le drame tout entier paraît être dans le siège curule renversé, je sais que le corps du dictateur n'offre qu'un intérêt trop secondaire, n'importe, il fallait que, quoique ému et occupé des détails, on pensât un peu aussi à ce cadavre saignant et abandonné sur les dalles du sénat.
Alors, c'eût été une composition grande et magistrale; le tableau, tel qu'il est, n'est qu'une vignette,. non une page d'histoire, comme veut nous le faire croire M. Gérôme par la dimension de sa toile.
Je suis d'avis que, pour représenter en peinture de grandes choses, il faut plus d'un personnage. Rubens, Michel-Ange, Raphaël et tant d'autres maîtres, comprenaient autrement la composition;
les personnages abondaient datis teurs drames émouvants.
M. Gérôme n'a pas la passion du peintre ; la euriosité, l'application, lui tiennent lieu de caractère. Est^l peintre d'histoire ou peintre" de genre? U est étrusque comme M. Hamon est athénien. On se rappelle les Pierrots, ce tableau si bien compris par le public, et qui n'est qu'un joli sujet de lithographie.
Cependant M. Gérôme a de grandes q<iidité$ comme dfcbéologue, son érudition va loin, si loin que le savant tue presque toujours en lui l'artiste.
C'est un continuel parti pris d'archaïsme; le Roi Candaule en est la preuve. Ce tableau arrête les érudits, les fouiileurs de bouquins, ceux qui préfèrent la poussière noire des livres à la poussière d'or du soleil. C'est une admirable chinoiserie, un superbe travail de laque, dont ridé.e ne rend nulleoient la version de Thistorien.
DansTi^ve Cœaar nous retrouvons les qualités savantes de l'artiste, mais nous retrouvons aussi cette continuelle préoccupation forcée du contour, cette absence complète de coloris, de charme, de morbidesse dans les chairs toujours dures et tendues ; on voit que l'artiste approche du style, mais qu'il fait de vains efforts pour l'atteindre.
Pourtant M. Gérôme est un peintre sérieux, qui appelle l'analyse ; il ferait bien d'abandonner un peu ses recherches archéologiques, et de revenir parfois à ces tableaux si intéressants, où il nous racontait les mœurs russes et les mœurs orientales, n excelle dans cette précision d'observateur. Là, nous le croyons, est sa vraie voie. Son meilleur tableau reste toujours son Combat de coqs.
En résumé, M. Gérôme est plus ingriste que M. Ingres, et, avouons-le en passant, M. Ingres gagne beaucoup depuis que ses imitateurs exagèrent son école.
Nous avons encore affaire à un élève de Delaroche; mais qu'il y a loin du tableau de M. Hamon à la grâce élégante, à la tenue, au charme que possédait l'auteur des Saintes Femmes ! vraiment nous avons peine à croire que le charmant peintre de Ma sœur n'y est pas, dés OrphelineSy et de tant d'autres jolis sujets, soit L'auteur de la lithographie coloriée qu'il intitule l'Amotêr en visite.
Cette peinture mièvre, lymphatique et léchée, a la prétention de vouloir imiter la peinture athénienne. Hélas I j'ai beau appeler toute ma bonne volonté et toutes mes illusions à mon aide, je n'y vois que les agaceries maladroites et le sourire plâtré d'une de nos parisienties demiH[nonde. La
tète de la jeune fine* que Ton aperçoit à travers les planches mal jointes de la porte, est assez agréable ; malheureusem^t elle parait beaucoup trop grande pour le reste du tableau.
Quant au héros de Tapologue, le petit Yisitear, il est trop beurré, trop mollet /le dessin en est sans caractère, comme san& accent,
. Le sujet a le malheur de prêter à la plaisanterie, c'est pour l'œuvre d'un peintre un triste succès.
Somme toute» le tableau de M. Hamon est sans mystère, et le mystère est une des puissances de la peinture.
Tant pis pour Tartiste qui dit tout dès le premier .moment, qui n'a plus rien .à nous apprendre qutfid on est resté deux minutes derant son •œuvre. ^
Du reste* que U. Hamon se console, il a des admii^teurs; le dimanche^ le public fait masse devant son tableau, ce public qui adore les jolies peintures proprettes , Ussées , léchées jusqu'à l'é*puisement. •
£n voyant tAm&ur en vitdte tout le monde s'é^ crie : (V Oh I qu'il est joli ! qu'il est joli ! )> ce mot esl le défaut, la condamnation et le supplice de M. Hamon. Joli^ joli ! joli sujet, joliâ personnages, jolis nûttois, joli dessin, joE smtiment, jolie cou*^
eur... P(mah! on en est écœUré, il semble qa'ôn e noie dans la confiture. Quand on a vu cela, on éprouve le besoin de voir du grossier, du laid, du commun. Vite, qu'on aille me chercher la BaU §neu$e de M. Courbet; je voudrais mordre dans une gousse d'ail ; si je n'étais pas femme je jd<^ rerais pendant une demi-heure.
L'Amourblessé, deM. Bouguereau, pourrait servir de correctif hl' Amour en visite. 11 nous parait piiis sain, mieux portant, mais faible encore ; la forme en est charmante, l'expression douce. C'est éûcore une variation sur le motif inépuisable du petit dieu malin. Toutènvoulaiit éviter les'comparaisons, je ne puis m'empêcber de penser à Prudhon, le poëte-peintre des amours: Prudhôn laisse dans l'esprit un charme ineffable, une amoureuse rêverie, une tendresse inquiète et vague que l'on 'ne peut définir.' Ses amours descendent de l'Olympe avec leur pureté idéale ; ils sont aniinés du souffle dés dieux; ils viennent de recevoir les baisers des déesses. Ceux dont nous avons parlé sont dés Cupidons bouffiiâ, qui n'ont jamais quitté la terre.
M. Bouguereau a encore un tableau au Salon :
le Jour des'Morts, siijèt moderne^ Cette. toile, nous paraît préférable sous Je rapport de l'exécutiou,
aecttfiae aussi plus oti^inal^^, pius personnelle ei plus intéressante.
Il est Une chose très-délicate, et qui m^arréte au moment où j'écris le nontde madame Henriette- Brov)ne;Àl me semble qu'il est difficile à jyine femme . de. parler, d'une autre femme, d'une artiste qui a un succès éclatant, incontestable. J'avoue donc que je suis, un ^eu Bmbfflrrasséè.
Si je fais trop Véloge de M™» Browne, on pourra m'accuaer d'avoir trop d'esprit de corps; si je critique ses o^uvre^ » ou dira très-certainement que. l'envie s'est glissée dans mon appréciation.
Je vais donc lâcher de parler de M»® Brownè bien sâncèr^Qûiienty jnais avec toutes les précautions possibles. :
; Ma position est d'autant plus difficile, que je ne suis pas de l'avis du public; sur les Smurs de Charité; c'est précisément l'osuvre qui parle à tous, et celui des tableaux de M"»« Brbwhe qui me séduit je moins. L'exécution m'en parait Icop. achevée, c'e^ un trompe-l'œil; le blanc domina par-dessus tout, les chairs manquât de fermeté^ tes accessoii^s sont trop bien faits, ils nuisent à l'effet moral de l'œuvre, qui manque entiè-. rement de viguem et de. ton ; c'est peut-être . le scAJil jilés (ftble^ux.de M!>^®^Blowne oti, avaat d'à-
voir vu la signature» on «ait deviné une mata féminine.
Du reste le sujet est intâressoat) attendrissant même. La composition est assez bien disposée, la peinture en est habile, et d*une artiste sûre d'elle^ *
même, habituée à bien faire; c'est encore trqp joli, voilà le plus grand défaut de cette peinture, que Ton dirait trans^ente et éclairée {)af Aei^ <
rière.
La Pharmatie est un bijou, une perfe ftie tom-» bée de Técrin de Mo^® Browne; le petit cadre convient mieux, nous semble-tHl, à ce td^t in-* time, observateur et plein de sentiment*
Quoi de plus simple qu'une pharmacie â*bo^ pice? et pourtant on re3te devant la petite toile de V.^^ Browne, tout ému, tout impressionné, se sentant les yeui pleins de larmes devant le dé* vouement sans ostentation, la vie sublime et ca«> cbée, Taetivité incessante des pauvres religieuses, dont le zèle aident, bien plus que les médiea^ ments, doit, arracher le malade à la mort. Ce petil tableau seul auvait sufB pour etpliquer le mur^ mure d'admiration qui se fait autour du nom de l-artiste.
La TùiUite;, encore une adorable petite toile, est d'une naïveté qui fait sourire ; dHine finesse
de toudiey d'une intimité qui séduit et (odiauCe. Mêmes qualités charmantes dans un tout petit tadre intitulé. : Une tœur.
M<n« Henriette Browne est un talent plein de promesses , un vrai talent» à qui il ne manque enoore qu'un peu de vigueur «^ d'accent pour devenir la George Sand de la peinture*
M. Bau€^, un des derniers venus de l'école de Home, M* Baudry qui fit éclat au Salon de iSSI^ gAœ à son tableau de l'Écolier et la FarlUne et à un très^bon portrait, arrive cette année avec une MaéeUine repentante , . la Toilette de Venus , deux portraits et une tète d'étude. Son exposition vaut presque autant que celle de 1867, cependant M. Baudry a beaucoup moins de succès. D'où cela vienl-il?
C'est qu'en 185T, on reconnaissait dans ses ta«> t^eaux, à oôté.d^ qualités sérieuses, des rémini^ scences que l'on . pardonnait volontiers au jeune artiste arrivant d'Italie; cette fois, on retrouve lea qualité» naturelles en moins grande proportion, et cependant la même préoccupation des mattres ita* liens; on commence à craindre que l'originalité lasse déiiaut à M. Baudry. 11 n'a pas progressé de*^ puis deux ans, et, à son Age, quand on est au dé* but, ne pas progresser, c'est reculer.
. La Madeleine repentie de M. Baudry est une étude de femme couchée, une étude d'après un modète et non la réalisation du type rêv.é et cherché par les artistes ; la composition en est banale . Texpression vulgaire, la coloration terreuse.
Dans cette femme couchée, je reconnais la péclieresse, mais je ne Tois nullement la sainte re-> pentie. Madeleine pleurant d'ailleurs, cç n'est pas une pécheresse ordinaire, elle pleure plus que ses fautes. Madisleine à qui on a tant pardonné, parce qu'elle a tant aimé, est, pour ainsi dire, la personnification du repentir humain. Elle pleure les fautes du monde ; elle pleure tous les péchés des hommes, que Jésus-Christ innocent a expiés sur la croix. Ce n'est point cette sublime repentie que nous montre M. Baudry. C'est une jolie loretle, qui a quelque léger chagrin d'amour, et qui ne demande qu'à pécher encore. M. Baudry, qui connaît les maîtres italiens , ne se souvient-il pas du tendre poëme où le Corrége nous montre la sainte amou* reuse et son adorable repentir, où il nous la montre toujours aimante, purifiée par ses larmes. La pécheresse n'existe plus, nous ne voyons que la bienheureuse, dont l'âme a quitté la terre, transfigurée par son céleste amour.
La Toilette de Vémts est un tai)leau qui ne
manque pas de charme, bien qu'il soit entaché d'un certain gongorisme gracieux, joli défaut qu'il faudrait être bien rigoureux pour condamner absolument et que racliètent de véritables quaUtés. Mais sans le condamner il faut au moins le consta-
ter. La préoccupation italienne de M. Baudry le conduit à cette affectation de rareté, à ce manié-
risme ingénieux, à ce satoir compliqué de grâce exagérée qui lui font prendre place au rang des précieux de la peinture. Je ne trouve pas tous les précieux ridicule?,, et M. Baudry ne court aucun danger de le devenir, mais pour mon compte je préfère les brutalités du génie à ces subtilités de recherche et d'esprit.
De3 portraits quQ M. Baudjpyes^poseeeiie^niiée il en est un qui me platt par ^aoiQdeié fefme ^t, en pleine pâte. On le voit, l'artiste a fait de fortes, études, il enteiid le pottrai*; à la façon d^s maîtres i oa ne le oonfQadfia jamais avec les fabrxn caots de portraits jlt la mode*.
KCGiNS DKLAC&OIX
Je pradds la phuse« et j*ai envie de la poser aussitôt après atoir écrit le nom : Bugèae Deia« croti!
J'avais oommeiieé ensotiriantma revue; je tou* dMûs, saus trop d'eaibanMi à tous œs noms de peintres connus ou m^e célèbres*) louwt ceux^ ci, raillant parfois ceux-là» usant du droit de dire tout ce que je pense, droit qua la galanterie des hommes ne conteste guère à une femme; mais voici que je rencontre un géant sur mon chemin, et je m'arrête tout interdite*
Oserai-je parler de Delacroix?
Ceci va parattre paradoial, mais je serai plus hardie pour te critiquer. Critiquer, ce n*est rien ; le savetier a fait une critique juste au taUeau d'ApeUes ; mais faire Téloge, c'est bien autre chose.
Faire Téloge d'un homme de géoie, lecomprenr dre, s'euthousiasoser de ses œuvres, c'est se rap« procber de lui; quand ou critique, ou est à Taise; quaod o» fait Téloge, il faut ètce digue de ùAm qu'on loue.
Heureusement, je suis uae feou»e, je dis mon impression, mais quelle que soit cette impresuoii, on sera indulgent si Texpression me manque.
Delacroix a été sans cesse le plus discuté de nos peintres, il a été ea butte aux attaques les plus injustes et les plus absurdes, et, il faut bien le dire aussi, aux éloges las plus compromeltants.
D^croix brave tout, résiste à tout; il affronte la fureur de la critique de parti, il défie ses enn^ mis et ses adversaires, il se sent grand parmi les grands, fort parmi les forts. Les expositions, il ne les craint pas^ il les désire ; c'est le champion toujours vainqueur dwas rarène où tous les coups lui sont destinés.
Oui, Eugène Defaicroix est plus grand que
— as-—
xM. Ingres ; rien ne le blesse , parce que rien n'arrive jusqu'à lui. M^ Ingres souffre et boude, retiré sous sa tonte; il refuse de combattre, et ne veut plus s'exposer aux coups d'une critique dont il a peur et qu'il ne se sent pas la force d'éorftsser.
La. prudence est une chose fort louable et fort juste, mais je lui préfère mille fois le courage audacieux, la passion fougueuse, que rien n'tirrête et n'intimide.
' ' M. Ingres est uft versificateur, Delacroixest un poète ; l'un a du talent, l'autre a du génie.
Ces> deux artistes éroinents se partagent le domaine delà peinturie. Ceux-ci tiennent pour Delacroix, ceux-là pont M. Ingres. Nous sommes divisés en Guelfes et Gibelins, en Piccinistes et en "Gluckistes ; l'armée d'Ingres est plus nombreuse, les soldats de Delacroix sont plus robustes.
' La' critique a développé d'innombrables théories sur la nécessité, pour un peintre, de se conformer «u goût du public. C'est tout shnplement conseiller l'impossible. Quel est-il donc , le goût an public? Où son tribunal siége-t-il? EM-ce que chacun ne préfère pae son sentiment particulier aux caprices de la foule? Où est seulement le pu- /blic? J ' ' » ' I.
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. CottfMreoez-vous dans quel endMurral t^rmi un artiste d'une foi douteuse, d'un caractère faible mais consciencieux, qui chercherait à recueillir les diverses opinions de ce public auquel il se consacre? La situation d'Eugène Delacroix est tout à fait digne de remarque à. cet égard. Après trente-*'Cinq ans de glorieux travatte, sans cesse discuté, combattu, nié méme,^ il possède cependant un des deux plus grands noms de la peinture actuelle.. M. Ingres seul est adopté et contesté avec autant d'obstination.
Les partisans de. l'un concluent à l'anéantissement kle l'autre. Qui donc a raison de ces deux grands antagonistes? Ils onhraison tous les dQux. Devant le magniûque plafond d'Homère,, dn prérfère les splendeurs de la coupole de la brbliothèqoe du Séoat, nous nous sentons pris d'émo»tions diverses, ralliés à un sentiment commua: l'admiration.
Ces nobles artistes^ également convai&cus et fidèles à leurs principes, ne «e sont jamais démenr tis et ont laissé au débat toute son. intégrité.
Continuellement sur la brèche, Eugène DbIch croix^ tandis que M. Ingres expose à huis clos pour quelques adeptes, envoie, lui^ chaque année, plusieurs, tableaux toujours hardis, passtonpésv vén-
tablas «rifaes dd guerre» manifestes beUkp^ux, sans restrictions, sans palliatifs, sans arrière**pon-^ sée, sans aoufii de Topinion de ses ennismis.
Delacroix est un de ces peintres rares dans tous les temps, qui, doués d'une Amechaleureuse, ont conquis sur la pratique naatériçlle de Tart un pout^ voir smei, tyrannique pour soumettre Texéeution à la conception, ppur contraindre la première à obéit, pour ne jamais s'en laisser dominer ou distraire, pour se servir d*elle comme d'un langage que l'on sait à fond et que l'cm peut plier savamment aux caprices d'une idée. Chaque fois qu'un peintpe maîtrise Tart de la sorte, il est grand et a le privilège de conquérir l'attention passionnée de la foule.
Ybyez tous les tableaux d'Eugène Delacroix; chacun d'eux vous frappe el vous émeut, chacun d'eux est vivant, étrange^ bouillant, fantastique comme un rêve que l'on a ; Delacroix rend ce rêve dans toute son activée dévorante. Rien ne l'arrête, et qiiaad l'exécution veut le détoumer, il la laisse en chemin avec insouciance ; l'effet obtenu, il s'arrête. On dirait qu'il a pris avec la main une vision toute viye en son cerveau, et qu'il l'a lancée d'un seul coup sur la toile.
Vous pouvez trouver des détails lâchés, quel-
^«^iwaç^wSWIjIJÇiPIlPf^^^^
ques inoorrectioDSy la (daptrt plutôt apparentes que réelles; mais ces accidents, qui seraient graves pour un au^e, ne sont rien pour Delacroix. Le spectateur ému, frappé, touché, n'analyse pas. On sentie maître partout, et Ton reeoimatt dans les passages les plus cavalièrement rendus la science Yolontaire et dédaigneuse qui a produit les meilr leurs morceaux de peinture de notre époque.
Voyez, par exemple, cette merveilleuae ifise w tombe<m. Il est impossible de ne pas rester ému et troublé devant cette grande scène empreinte d'une si religieuse terreur. Cette peinture est à la fois passionaée et recueiUîe. C^ n'est que lorsque vous vous êtes abandonné à Témotion qui s'est emparée de vous que,fevenant sur vosimpres^sions, vous pouvez vous rendre compte de lasin^ gulière entente des effets. Voua admirez alocs Tbarm^nie parfaite de l'ensemble, le trouvé des poses, la grandeur de la scène, le rayonnemwt du cprps du Sauveur, la profondeur saisissmite de la pose de la Vieige. Cette figure de la Vierge est à, peine exquissée, et elle est grandiose^ im^ muable, on dirait, la statue de la Douleur. La Niobé antique est i^oîqs émouvante*
lu Mmêfedu Galv^re est empreiuta au^i d'up sentiment h bt fw /dramatiqtte^hiiiiiaia et r^
gieux. On est vivetaent impressionné àla vue des souffrances infinies du Sauveur qui succonabe sous le poids de la croix et des iniquités du .monde.lCela ne ressemble pas aux Christs sereins et mélancoliques des peintres classiques, cela n'est pas sentimental et mystique. Mais c'est un tableau qui vous fait comprendre toute l'immensité du dévouement de JésuS) toutes les tortures sanslK)rnes qu'il a souffertes dans sa chair et dans son âme. Voilà vraiment le Sauveur, car il souffre ce que nul mortel n'est capable de souffrir.
^ Ovide exilé chez les Scythes estencore une de ^;es toiles qui vous laissent palpitent d'émotion, et qui ne'vous permettent de vous rendre compte de vos impresswns que lorsque vous avez eu • le temps de les oalmer, de les apaiser^ de réfléchir sur les grandes qualités de la pefinture qui les a fait naître.
Le site e^t à 4a fois grandiose et sauvage ;^ il est impossible de rêver une nature plus inculte et des lignes plus belles. La couleur est puissante, la lumière vive, et cependant il 'règne dans le-paysage je ne sais quelle tristesse qui doit se communiquer à l'Âme du poète, ou plutôt qui se communique de r4ffîe-du poëte à la nature; La pose
d'Ovide, flaélaneoUqueraent assis sur la tecre^ pose aeeablée* allanguie., vous remue jusqu'au fond des entrailles. Ce n'est pas une douleur poif^nante que ressent l'exilé» c'est bien pis, c'est un ennui seurd, intini, qui mine sans déchirer, mais qui ne pardonne jamais, qui ne laisse jAOMii&uti in<stant.de trêve ni de repos. C'est une souf£r«ice calme, modéeée, mais constante, morne, navrante. Ovide .pommt chanter ses Triste», mm si l'exil ne finit pas, le poète mourra, soyes-e» certain.
i'aimfir moins Vitamlet ; l'exécution en est plus Iftchée, et l'impression produite, est moins saisissante,, malgré le souffle shakspearien qui règne sur cette petite toile. J'en, dirai autant du Sixmt SébiMtien^ qui parait être resté à l'état d'esquisse. Je conçois qu'il ne faille pas toujours exiger que le peintre mette^ous les points. sur. les. t, mais42e nf est pas trop denaander que de désirer les t sous les points^,
Le paysage des Bords du fiiuve Sébou est une vive et brillante esquisse. C'est une vue de l'Afrique, non pas de l'Afrique lumineuse, dorée et brûlée qu'affectionnent Decamps et Marilhat, mais une sorte d'Afrique normande avec des arbres, des prairies, des coteaux verts, et se permettant ma foi de vrais nuages dans son ciel; nature
étrange, que Ton sent être vraie, et où je retrouve toutes les qualités de ce peintre de noble raee : son entente des pAleurs, son harmonie bizarre, son éclat plein d^une farouche originalité.
Ce n'est pas tout encore. M. Delacroix expose un Enlêvemefit de Réhêcca^ plein d'une turbulence passionnée, et. une Herminie chez les Bergerie . Partout, même quand ii se trompe, Delaoroix A de l'originalité, de la verve, la passion de l'art et une imagination dont on peut désapprouva: les écarts, mais dont il faut reconnaître la puissance peu commune. Il y a je ne sais quoi de satanique daxtô ses créations, je ne sais quoi de fascinet^iur dans son exécution presque sauvage.
. Victor Hugo est le seul poète de notre temps qui puisse être dans le secret de oe génie que Shakspeare aurait si bien compris. La pdette de Delacroix est riche et terriUe, les tons ont une harmonie singulière qui mt se déûnit pas. il faut en être saisi pour l'aimer.
Ce n'est pas aveoles yeux qu'il faut le^jugev, c'est avec le cœur; une ftme froide ne sympathisera jamais avec ce génie qu'on appelle Dela^ croix.
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DIAZ. — BEl^OUtlLLBé
Vite la chair, vive le soleil et vive la couleur ! YiyeDiaz, que sa chaleur de coloris et son audace de brosse ont dès longtemps sigiialé parmi les plus impétueux de nos révolutionnaires de la couleur. Dià£, malgré son nom espagnol et sa Yérve méridiouale, est bien un peintre français, un de ces adoraUes^ décorateurs du siècle dernier^ qui semble a^oir eu pour mission d'égayer les yeux et de réjouir le cœur. 11 est de la famille des Wat* teau, des I^ncret, des PrudhoDi de tous ces peintres de la joie, de la jeunesse, de Uamour, de rélégance et dea fêtes.
11 faut voir ses femmes' nues, ses petits iii h la chair nacrée, fouettée de vermillon ; ses bouquets de fleurs, ses forêts lumineuses, tous ces régals de l'œil. Diaz est aujourd'hui sans rival pour peindre les parcs Téeriques, les lumières ardentes, les ombres voluptueuses, les Temmes délicieuses assises nonchalamment, les gazons veloutés avec des corbeilles de lleurs, les étoffes jaunes, roses, lilas tendre. C'est le maître aux harmonies fines et délicates, à la variété étioc^ante, aux contrastes magiques, aus, hasards de lumières. Touche adroite, mais heureuse, œil capricieux, goût coquet , sentiment distingué , il réussit comme personne dans cette fantasmagorie lumilieusë, dans ce kaléidoâeop» de peintui^, dans ees tableaux éclatants, pleins de ven'e çt de malérielie poésie, qui font de lui l'iui des plus brillants coloristes de tsutes les écoles.
Malheureusement, car t«utë médaille i .son revers, malheureusement, cette fantasque et séduis santé harmonie, cette rêveuse et fugitive impression de la patute songea plutôt qu'étudiée, cesavoir facile que le caprice retiamse et dissimule, toutes ces quahlésesquiseschéz lui, parce qu'ailes sontjrniées, prôteat le ftaqc 6 l'JmitatiQn.
C'est recueil de certains ptrtis pris que la laii-
lité avec laquelle les imitateurs en saisissent le ^ secret. II y a plusieurs peintres qui font des Diaz avec assez d'tiabileiè. Diaz charme, étourdit avec ses étincelantes pochades ; il vous prend les yeux et les sens comme on prend les alouettes au miroir ; on voudrait vivre toujours à Tombre de ses forêts, au milieu de ses femmes kaléidoscopiques. On se passionne pour sa verve, pour sa fantaisie, jusqu'au moment où les lourdes et grossières imitations qu'on en fait vous agacent au point de vous indisposer contre Diaz lui-même. Tout le charme s'évanouit devant les efforts des copistes., devant les lourdauds qui me font penser au manant saisissant d'un doigt mal appris le papillon par les ailes, et lui enlevant toute la poussière colorée qui fait sa parure.
Au reste, on ne peut reprocher à Diaz les mauvaises dispositions où nous jettent contre lui ses copistes, mais ce qu'on peut lui reprocher, ce sont ses malheureuses tentatives de portraits de grandeur nature. Dans Icîs portraits qu'il expose, et où il semble si étrangement se préoccuper de Léonard de Vinci et de sa MonnaLisay je ne retrouve plus les qualités de Diaz ; la couleur, la iacilité, l'harmonie vaporeuse, tout a disparu. Les chûis sont lourdes, plâtrées, sans transparence ; la couleur
est fariiMiusii; mete, heurtée. Diaz n'a jamais brillé par le dessin, celte faiblesse est mise en relief d'une manière choquante paM'agrandissement de ses figures. Dans une figure de petiles proportions, on se fait pardonner ce qui manque au dessin par un lazzi de pinceau, par un escamo- . tage adroit de la difficulté, par l'esprit, par la couleur, par le mouvement ; quand on n'a plus ces ressources, on devient lourd et gêné, c'est ce qui est arrivé à Diaz.
Retournez donc à vos fantaisies adorables, retournez aussi à votre paysage. Quelle charmante toile que voire Mare aux vipères! là, je vous retrouve tout entier, là, je retrouve votre sentiment distingué de la nature, voire couleur élégante, lumineuse, vigoureuse, votre poésie de l'effet, votre léger clair-obscur, votre lumière blonde et caressante, vos arbres élégante qui tamisent la lumière, vos tons harmonieux, voire talent à la fois poétique et naïf. Là, je m'écrie encore comme en commençant: Vive le soleil, vive la couleur, vive Diaz I
Rendons maintenant un juste hommage à la mémoire du consciencieuï et sincère artiste que la mort est venue récemment saisir au milieu de ses travaux, tout occupé qu'il était
-sodé son art, ardent à suivre la route qu'il s'était tracée.
M. Beiiouville peut être appelé le peintre de saint Fran(^is d'Assise, comme Lesueur est le peintre de saint Bruno ; il semble que l'artiste, doué d'une Ame tendre et religieuse, ait voulu se faire un parti dans le ciel, tant il mettait d'exaltation et de chaleur à nous représenter la vie du saint qu'il affectionnait.
La première fois, il nous le montra arrêté sur le chemin d'Assise, mourant, porté par des moines. Saint François veut revoir encore une fois, avant de quitter la terre, la petite ville où il availsouffert et prié, où sa pieuse existence s'était écoulée dans les aumônes et les macérations, où enfin s'était accompli pour lui le grand miracle des stigmates sanglants.
Ce tableau, maintenant au Luxembourg, avait attiré l'attention par son austérité, et par une simplicité toucliante, qui rappelle l'Ame de Lesueur, et aussi par des qualités sérieuses d'art et de savoir.
Dans le tableau qui figure à l'exposition actuelle, le saint nous est représenté dans cette même ville d'Assise. Il est mort, étendu sur une civière, des moines l'ont porté dans le couvent
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fondé par lui. Sainte Glaire, en larraes, reçoit les restes- du vénérable fondateur des Franciscains, Le corps est entouré d'une foule de peuple accouru pour voir le héros du miracle qui avait fait tant de bruit. Tous contemplent le saînt, dont la figure sereine et calme annonce que la mort est venue le délivrer et lui ouvrir les portes de la céleste patrie après laquelle il soupirait.
Celte œuvre est empreinte d'un grand sentiment religieux ; elle se dislingue par une grande recherche d'expression et par une grande exactitude dans les costumes, exactitude très-conforme à l'esprit français, qui ne souffre ni l'anachronisme, ni la fantaisie à propos de sujets historiques. Il faut être Paul Véronèse pour oser peindre dans les JVoces de Cana la divine figure du Christ au milieu d'une foule de nobles de Venise dans leurs brillants costumes. Il faut être Corrége, Jilien, Rubens, Rembrandt, Raphaël même, pour oser se permettre de ces grandes hardiesses d'anachronisme qui étaient généralement admises autrefois ^t que l'on bafouerait aujourd'hui.
Le tableau de M. Benouville est fait avec trop de soin, les détails en sont trop cherchés, trop formulés ; on peut reprocher aussi à la plupart de ses personnages de n'être que des comparses sans
importance. Malgré ces imperfections, le tableau est plein de qualités réelles; il vous attire, et vous fait éprouver un sentiment de piété tendre; sa place est dans un oratoire éclairé par un jour crépusculaire, par une clarté douteuse, tamisée discrètement à travers des vitraux gothiques, chefsd'œuvre des anciens âges. Là, dans la pénombre mystérieuse où ses défauts seront dissimulés, comme ceux des coquettes prudentes, ses qualités seules subsisteront, et on pourra s'éprendre pour lui d'un sentiment que ne viendront troubler aucune arrière-pensée, aucune chicane de critique involontaire.
Ace Saint François d'Assise ^ je préfère la Jeanne d'Arc. Le sujet de ce tableau a un intérêt à la fois religieux et national. La poétique bergère de Vaûcouleurs est mieux qu'un personnage historique, c'est une guerrière et c'est une sainte; rame poétique et beUiqueuse de la France respire dans toute la vie de la noble Pucelle, qui résume en elle toute la foi religieuse du moyen âge et tout l'esprit chevaleresque de cette époque. Chose étrange, notre siècle sceptique s*est passionné pour cette vierge des batailles, pour cette adorable figure légendaire, tandis que des époques plus religieuses que la nôtre ont nié le mi-
racl« de son intervention divine, et même ont nié la virginité de la sainte^ fille. Ainsi, dans ses Recherches de ta France, Pasquier, qui écrit à la fin du seizième siècle, dit ceci :
ti Grande pitié, jamais personne ne secourut la France si à propos que ceste pucelle et jamais mémoire de femme ne fut plus deschirée que la sienne. Les Anglois l'estimèrent sorcière et hérétique, et, soul)s ceste proposition, la firent brus- 1er. Quelques-uns des dôtres se firent accroire que ce fut une faintise telle que de Numa Pompilius dans Rome quand il se vantoit de communiquer en secret avec Egérie la nymphe, pour acquérir plus de créance envers le peuple, et telle est l'opinion du seigneur de Langey au troisiesme livre de to Discipline militaire, chapitre trois.
» A quoy aultres adjouslent et disent que les seigneurs de la France opposèrent ceste jeune garce, faignant qu'elle esloit envoyée de Dieu pour secourir le royaume, mesme quand elle remarqua le Roy à Ghinon entre tous les aultres, on lui avoil donné un certain signal pour le recognoislre. J'en ay veu de si impudans et eshontez qui disoyent que Baudricour, capitaine de Vaucouleurs en avoit abusé et que l'ayant trouvée d'entendement capable il lui avolt faict jouer ceste fourbe. Quant
aux premiers, je les excuse, ils avoyent esté mal menés par elle. Quant aux seconds» bien qu'ils méritent une réprimande, si est-ce que je leur pardonne aulcunement parce que le mal*heur de nostre siècle aujourd'hui est tel que> pour acquérir réputation d'habillé homme, il faut machiave- User. Mais pour le regard des troisiesmes je ne leur pardonne, mais au contraire ils me senablent dignes d'une punition exemplaire, pour estre pires que l'Anglois et faire le procès extraordinaire à la renommée de celle à qui toute la France a tant d'obligation. Ceux-là lui osteront la vie, ceux^cy l'honneur, et l'ostent par un mesme moyen à la France quand nous appuyons le restablissement de nostre estât sur une fille déshonorée. De ma part je répeste son histoire un vray miracle de Dieu!... ».
Aujourd'hui, personne n'ose contester la Virginité, non plus que la mission divine de la sainte pastoure de Vaucouleurs. Les écrivains les plus avancés ont écrit avec amour la poétique légende de Jeanne d'Arc; il me suffit de citer M« Micbelet et Henri Martin. La tragédie s'en est emparée, après Schiller est venu Alexandre Soumet, et bicsn d'autres encore, jusqu'à Daniel Stern. Les peintres et les sculpteurs ont voulu reproduire les traits
héroïques de la sainte guerrière. Paul Delaroche', dès 1^4, peigoait Jeanne d'Arc en prison, interrogée par le cardinal de Winchester. M. Ingres a représenté la guerrlÈre triomphante, remerciant Dieu dans la cathédrale; la princesse Marie a fait une statue pleine de charme, et qui restera ; Hude « sculpté Jeanne d'Arc, encore bei^ère, au moment où elle croit entendre dans le ciel les voix Angéliques qui lui révèlent sa mission.
Interrogée, elle répondit qu'elle estoit lots de l'aage de dix>neuf ans ou environ, lingëre et fillandière de son mestier, et non bei^ère, alloit tous les ans à confesse, oyoit souvent une voix du ciel, et que la part où elle l'oyolt y avoit une grande clarté et estimoit que ce fust la voix d'un ange. Que ceste voix l'admonestoit maintes fois d'aller en France, et qu'elle feroit lever le siège d'Orléans, lui dict qu'elle âllast à Robert de BaudricourtiCBpitaine de Vaucouleurs, lequel luy donneroit escorte pour la mener, ce qu'elle fist, et le cogneut par ceste voix. »
Tel est aussi le moment choisi par M. Benouville. U n'a pas, comme M. Ingres, montré Jeanne la Pucelle cuirassée et armée de pied en cap, dans une pose raide et gothique comme une âgure de dame de pique, il la montre aumilieu des champs^
les yeux levés vers le ciel, fixés vers cette grande clarté qui illumine la par* du ciel d'où vient la voix. Le regard de la sainte fille est plein d'enthousiasme et de foi, rexpresjion de toute la tête est fort belle, fort passionnée, fort émouvante, mais je trouve à toute cette figure le défaut d*étte peinte avec trop de réalité, avec des tons trop crus, avec une certaine brutalité toute contemporaine. U fallait conserver au tableau la physionomie de légende sacrée qu*a Thisloire de Jeanne d'Arc. C'est ce que le peintre n'a pas fait. Il a peint une belle fille pieuse, dont l'âme s'élève vers Dieu ; jeTOUdrais deviner la vierge-soldat qui va battre Salisbury, Suffolk,Talbot, les vieux compagnons du prince Noir, qui va éclipser la gloire de
. Dunois, de Lahire, qui va sauver la France perdue.
Il me reste à parler du dernier tableau de Be-
nouville, du tableau émotion. Ce tableau, c'est le
portrait inachevé de M"»® Benouville et de ses
deux enfants. Ce n'est pas un tableau, c'est un
. poëme. L'artiste heureux peint la femme qu'il aime et les deux beaux enfants qu'elle lui a donnés. Déjà eUe est terminée, cette tête souriante et pure de l'heureuse épouse, de l'heureuse mère... Tout à coup, la mort interrompt le doux travail. Un des enfants est enlevé à l'amour de ses parents.
A 11 I le sourire de la mère, éternisé sur la toile, il s'est évanoui à jamais de ses lèvres ; ce sourire de rimage en face des larmes du modèle, c'est tout ce qu'on peut rêve( de plus douloureux, de plus déchirant. 11 faut interrompre là le tableau, le peintre ne peut pas le finir. Hélas I le voulût-il, il ne le finira pas.
Dans cette bataille de la vie, où tout le monde succombe, si du moins chacun attendait son tour. Mais non, l'enfant est frappé le premier, et maintenant c'est le père qui tombe. Le père était cependant encore jeune ; il est mort à l'âge heureux où tout brille, où tout chante, où l'espérance de la veille est le bonheur de la journée. 11 est mort lorsque la gloire lui arrivait , et en apprenant cette mort, chacun se regarda avec douleur et avec épouvante ; il semblait que chacun eût perdu quelqu'un qui lui fût cher : le jeune homme un frère aimé, le vieillard un fils chéri.
Au moment où le duc d'Orléans , frappé dans sa chute, rendit le dernier soupir, une pendule qui se trouvait dans la chambre où on le transporta fut arrêtée;, et, depuis lors, celle pendule, qui se trouve dans la chapelle de Saint* Ferdinand, marque à tout jamais l'heure précise
-kia^
où mourut ce jeune homme de tant d'avenir et de tant d'espérances !
Cette pendule arrêtée est une idée touchante. Mais combien plus touchante encore est cette peinture interrompue par la mort ! Ici c'est la destinée même qui a arrêté le mouvement, la vie, de son doigt implacable. La pendule n'a gardé que l'heure, la peinture a. gardé l'heure et l'âme aussi...
Mais, pardon, je suis femme, laissez-moi pleurer...
Haute et douloureuse leçon, — Il y a je ne sais plus où un caveau funéraire sur la porte duquel est écrit ce mol latin que je me suis fait traduire : Remirdscere. Eh bieni de quoi s'agit-il, après tout, pour nous tous, artistes, écrivains, philosophes^ poètes, femmes, enfants? il s'agit de passer tous la tête haute et le cœur tranquille par cette porte-là.
HIiBERT. — ISABEY. — CLESINGER. — CHAPLIN. — CÉLESTIN NANTEOIL. — BARON. •— ANTIGNA. — EUG^-NE FAURE. — SALMON. — BONVIN. — MARCHAI.. — DUBUFE FILS. — DOBUFE PÈRE. — WINTERHALTER. — MATTET.
Un des thèmes favoris de messieurs les critiques est le respect qu'on doit au public. Selon eux, oo doit considérer ses arrêts comme infaillibles , et surtout on doit étudier ses goûts et avoir toujours soin de s'y conformer.
Est-il un thème plus absurde, un problème plus irréalisable?
Quelest donc ce public qui a des principes raisonnés, un jugement sûr et immuable? où Tavezvous rencontré ? où siège son tribunal auguste ?
Mon Dieu ! ce tribunal est si peu reconnu que personne ne consent à en faire partie.
A son jugement capricieux et mobile, chacun préfère son opinion personnelle, son sentiment particulier. Écoutez ceux qui parlent autour de vous, parmi les spectateurs de Texposition ; Tun dira :
— Je ne comprends pas que le public aime celai
L'autre s'écriera :
— Voilà qui est bon pour amuser la foule !
Un troisième ajoutera :
— Que peut-on trouver à cela d'intéressant ?
Que les gens sont badauds, mon Dieu !
Mais qui parle ainsi ? Sont*ce les artistes, les poêles, les critiques ? Non ; ce sont des avocats, des banquiers , des militaires , des médecins , des commerçants, des artisans, des epfiployés.
Mais alors où donc est-il, le public, puisque personne ne daigne consentir à en faire partie?
Dans quel embarras se plongerait un artiste d'une foi douteuse, d'un caractère faible mais consciencieux, s'il s'attachait à recueillir avec soumission les discordantes opinions de ce public auquel cependant il a consacré son talent, son génie!
Le peintre lui-même et le critique sont assimilés au vulgaire par le jury, composé de membres deTInstitut; et enfin le jury lui-même est récusé à son tour par les académiques forcenés, qui lui reprochent d'avoir accepté beaucoup trop de choses.
La situation de certains peintres à cet égard est tout à fait digne de remarque; ainsi, voyez Eugène Delacroix ; après trente-cinq ans de glorieux travaux, discuté sans cesse par la critique, nijé, combattu par les peintres, incompris par le public, il n'en possède pas moins un des plus grands noms de la peinture actuelle.
M. Hébert est un. des artistes qui me semble avoir le plus de droits, lui aussi, à se plaindre des jugements de la foule; ce n'est pas qu'il soit nié, ce n'est pas même qu'il soit contesté ; non , M. Hébert est un de ces rares privilégiés que le public a pris sous sa protection. Mais il lui arrive quelque chose de bien plus douloureux pour un artiste que d'être contesté, il lui arrive de n'être compris par personne.
. Ce que lout le monde aime et apprécie dans M. Hébert, c'est la partie matérielle de sentaient, c'est sa correction, son coloris, un peu faible, mais harmonieux; c'est l'égalité et l'homogénéité de
son exécution^ où rien n'est sacrifié, où chaque chose est à son plan, et d'une facture parfaitement équilibrée.
On ne saurait concevoir combien une toile ga« gne à l'application de cette méthode rationnelle. Ce qui souvent donne à un tableau un air de négligence, ce sont les contrastes que l'œil y saisit entre deux objets de la même valeur , l'un touché d'une manière serrée, l'autre avec un abandon plus libre. Monseigneur du public n'ad-^ met pas cette liberté; qui se la permet lui manque. M. Hébert ne se permet point de ces négligences. Par son faire, il est respectueux envers le public, qui l'aime à cause de cela, mais qui n'aime que le corps de son talent, sans en comprendre l'esprit, sans en deviner l'âme.
Je commencerai par louer dans les tableaux de M. Hébert ce qui fait son succès auprès du vulgaire : sa couleur agréable, non point à cause de la richesse, de la- vivacité, des tons, mais à cause de l'accord paisible et harmonieux des nuances entre elles. Ses Cervarolles et son joli tableau de la Rosanera à la fontaine, se distinguent par l'é^ légance du dessin, par la grâce des poses, par une lumière calme» limpide ; ce sont des œuvres de coloriste en ce sens seulement qu'elles softt har*
inonieuses, que l'impression de la nature y est saisie vivement par le modelé, par le relief, que les tons y dessinent les formes, au lieu de paraître enfermées dans des contours accusés ou superposés à des formes accentuées sans leur concours.
Ces qualités-là, qui lui sont réelles, ne sont méconnues par personne. Dans les œuvres de M. Hébert, je les reconnais bien volontiers.
Mais jusqu'à présent, devant ces tableaux, je n*ai joué que le rôle d'un critique, et ce sont les impressions de la femme que je vous dois. Aussi, maintenant, je ne vais plus analyser, ni détailler, ni reprendre tel contour, ni blâmer telle pose ; je ne m'en sentirais pas la force devant cette peinture sympathique et qui fait doucement rêver. Devant le tableau de la Rosanera je me sens émue par je ne sais quel sentiment vague, par une grâce naïye et printanière qui révèle le peintre bien doué, tendrement épris de son art, et qui enfante avec ivresse une œuvre embellie de toute la fraîcheur mélancolique d'un premier amour. J'ai entendu contester que ces jeunes filles fussent de vraies Italiennes; que m'itnporte? ce que je sais, c'est qu'elles ressemblent à des fleurs sauvages qui ont fléliTi sur ce sol ; ce que je sais, c'est que ces
adolescentes ont déjà toute leur jeunesse qui vient d'éclore et leur beauté qui s'épanouit; que Tartiste leur a mis dans le regard et dans le cœur cette insouciance déjà rêveuse, cette rêverie sans objet qui fait battre le cœur des jeunes filles; ce que je sais c'est que cette Rosanera, songeuse comme la Mignon de Scheffer, cette Rosanera et ses compagnes réunissent dans leur beauté simple les grâces idéales de la plus chaste poésie à la sensuelle réalité de la vie ; c'est qu'il y a dans ce tableau une douceur, une élévation, une morhU dezza méridionale, une intime assimilation du style et du sentiment qui lui communiquent non pas cet intérêt bête d'un tflft)leau à sujet bien choisi, cet intérêt d'une anecdote racontée au pinceau, mais ce chatme indéfinissable, cette saveur exquise d'un poëme de la muse sicilienne.
Cette peinture d'Hébert produit sur moi un singulier effet, que je raconte sans l'expliquer: elle me fait sourire et elle m'attendrit, elle me plaît et elle m'attriste. C'est bien le printemps, l'âme s'éveille à toutes les fraîches émotions; tout chante, tout sourit de ce sourire ineffable de la jeunesse et de l'amour... Mais quoi! il y a quelque chose de triste au fond de ce sourire, le souffle de la Malaria semble avoir passé par là. On rêve mal-
gré soi qu'ils pourraient bien s'effeuiller plus tôt qu'on ne pense^ces pâles rayons de l'adolescence. Ces jeunes filles ne sont point des héroïnes de tableaux. Non, tout le charme de ces créations délicieuse se perdrait comme un vain parfum si on leur donnait les proportions de l'héroïsme. Non, leur grâce est une grâce naturelle : elles sont jolies sans le savoir, charmantes sans le vouloir, fraîches — quelle héroïne oserait être fraîche ? — et cependant touchantes. Elles vivent, elles rêvent, elles n'aiment pas encore.
Gomme contraste, voici un peintre qui ne dit rien à la pensée, qui ne fait jamais rêver, mais qui, en revanche réjouit les yeux, parle aux sens, et vous amuse comme une joyeuse musique italienne. M. Isabey estunvirtuose*de premier ordre ; il n'y a pas un de ses tableaux qui ne soit un véritable concert pour les yeux.
Pour les penseurs, qui aiment que l'artiste, sous l'impression directe de la nature, subordonne à l'idée le procédé manuel, M. isabey manquera certainement de valeur sérieuse. Mais il est sans égal, aux yeux de l'amateur sybarite, qui veut que les artifices du pinceau soient la principale affaire du peintre, M. Isabey n'est point un peintre de sentiment, se fondant sur la recherche
naïve de la ^réalité, c'est un peintre de procédé, demandant ses effets à roriginalité de la manière et à la dextérité de la main. H ne s'adresse pas à l'esprit, mais aux yeux. Qu'importe le sujet qu'il traite ? que ce soit* le mariage de Henri IV, la cérémonie de l'église de Delft, un antiquaire, une marchande de poissons nacrés ou un nauCrage^l'aspect sera aussi brillant. Les figures pétilleront , brilleront comme des fleurs, les lumières ruiselleront ; vous verrez des grappes de figurines éblouissantes; l'esprit s'amusera, l'œil se régalera, vous aurez un tableau divertissant, peint grassement, d'une touche vive, originale, heureuse> peint par un artiste profondément maître de son ingénieux procédé, et qui veut que nul Bouci, nulle inquiétude ne troublent jamais le spectateur.
Le sujet du tableau de M. Isabey est un incendie en mer. Lisez la notice, c'est effrayant. Voyez le tableau, c'est charmant. Quel tour de force! Gomme ils sont accusés, les reliefs de ces agrès désemparés^ comme ces vagues sont joliment fouettées, comme la couleur pétille sur ces grappes d'hommes qui tombent à la mer, avec de chatoyants effets d'un rendu prodigieux ; quelles mosaïques de tètes blondes et brunes, de corps ruisselwts d'étoffes spontanément édoses dans
les empâtements d'une couleur libre et généreuse; on dirait un bouquet de fleurs. C'est un naufrage, dites-vous ; que m'importe? c'est charmant.
Le tableau de M. Clesinger mérite d'être remarqué : c'est une peinture grande et sculpturale. Le sculpteur s'est fait peintre avec une assurance et une audace qui n'ont rien de surprenant, car ' on reconnaissait déjà le coloriste d'instinct dans le statuaire. L'£t?c est dessinée avec une maestria qui rappelle l'école de Florence ; elle ne manque pas d'un certain style ; elle est d'un modelé puissant» d'une hardiesse de pinceau qui touche à l'exagération. • La tête paraît un peu petite, l'expression n'en est pas heureuse. Les fleurs au milieu desquelles Eve est couchée sont traitées Ifès-largement. Qw^ls que soient les défauts du tableau, c'est l'œuvre d'un véritable artiste, d'un talent plein de sève et de verve.
Quant aux paysages de M. Clesinger, ce sont des esquisses à peine indiquées, des improvisations passionnées, où il est difficile de reconnaître cet art délicat et harmonieux du paysage, qui demande tant de poésie, de vivacité et une si grande sincérité d'impressions. En somme, ces essais ne prouvent pas grand'chose. M. Clesinger
s'expose par là à se faire admettre comme sculp * leur par les peintres, et comme peintre par les sculpteurs. Sa réputation ni son talent n'ont rien à y gagner. Nous le retrouverons dans la sculpture, où il est bien lui-même et où nous aurons à lui donner des éloges sans réserves.
r Astronomie et la Poésie^ tableau décoratif de M. Chaplin, ne manque ni de grâce, ni même d'esprit, bien qu'il rappelle trop l'école lâchée, boursouflée et dissolue du dix-huitième siècle. . Le dessin est maigre, sans élévation, sans distinction, sans aucun sentiment du beau idéal.
M. Chaplin, il n'y a pas longtemps encore, se faisait remarquer par les qualités sobres, gracieuses, discrètement agréables de son aimable pinceau ; on a vu de lui de fort bons portraits, peints avec un sentiment tendre et délicat. Lorsqu'on se rappelle ses œuvres, on éprouve un regret d'autant plus vif en voyant cet artiste de talent abandonner les roules décentes de l'art digne pour se jeter dans le domaine de l'art décolleté et même graveleux. Il peint le nu, non pas pour chanter un hyînne à la beauté, non >point pour fixer sur la toile ce divin poëme du corps humain qui est le type le plus élevé du beau idéal, il peint le nu pour le nu. Ses femmes ne
sont pas nues, elles sont déshabillées. Je n'insiste pas sur ce défaut, qu'il est toujours difficile pour une femme de critiquer.
A M. Chaplin comme à ses. imitateurs je me contenterai de répéter ces paroles de Diderot : a Artistes, si vous êtes jaloux de la durée de vos ouvrages, je vous conseille de vous en tenir aux sujets honnêtes. »
Voici encore un charmant coloriste, pétillant, aimable, facile, trop facile même, car il abuse souvent de ses qualités. M. Célestin Nanteuil a exposé trois tableaux : Séduction^ Perdition ^ Ivresse. Ce sont trois compositions poétiques et agréables. Le dessin n'est pas d'une correction irréprochable, la pensée manque de simplicité, l'expression est entachée d'affectation, néanmoins, malgré ces défauts, ces tableaux prouvent que M. Nanteuil est dans une bonne voie ; il a déjà pris rang parmi les gracieux artistes aimés du pu- •blic; il comptera certainement bientôt parmi les artistes d'élite prisés des vrais connaisseurs.
M. Baron est un coloriste de la même famille, plein" d'esprit, de talent, un peintre harmonieux, qui ne travaille que pour le plaisir des yeux ; un des émules de Camille Roqueplan, qui ont le plus approché de cet artiste charmtnt et regretté*
M. Baron a de la coquetterie dans la touche, de l'éclat dans la couleur. 11 compose bien ; sa peinture est lumineuse et attrayante. 11 excelle à peindre les scènes d'amour, de fêtes, les parties de campagne, les terrasses de marbre, où s'accoudent de belles dames et d'élégants cavaliers. C'est tout un monde heureux, jeune, féerique ; ce sont des concerts, des festins, des parties de plaisir au milieu de paysages riants, un coloris plein de soleil et de charme. Avez-vous vu le délicieux éventail où sont peints cinq médaillons, Tun par M. Baron, les autres par MM. Hamon, Vidal, Français, Eugène Lamy ? Cet éventail est... Mais silence; la femme allait s'oublier; elle dépose l'éventail et reprend la plume.
Passons brusquement à un talent d'un tout autre caractère, à un peintre qui vit dans un tout autre monde, qui voit la nature d'une tout autre manière. 11 ne s'agit plus de grâce ni d'afféterie ; ' ce sont des scènes passionnées, terribles, mélodramatiques. M. Antigna est TEugène Sue de la peinture.
La peinture de M. Antigna est démocratique. U ne recherche pas les scènes du monde aristocratique,, il ne met en scène que le paysan et l'ouvrier; ce sont là ses seuls modèles, les seuls qu'il
comprenne et qu'il aime. M. Antigna était réaliste avant M. Courbet. Il a de grandes et belles qualités; sa couleur, un peu terreuse, a néanmoins de la puissance et de l'harmonie ; il est énergique, passionné; il exprime bien ce qu'il veut exprimer. L'un de ses tableaux représente une Scène de guerre civile. Dans une mansarde, une pauvre famille est en proie aux plus terribles angoisses. Un homme est étendu sur le lit, son linge est taché de sang, sa pensée, son regard se dirigent vers la porte, l'ennemi va venir peut-être; un jeune homme déterminé, pistolet au poing, se tapit contre cette porte; la femme du blessé se tient près du lit, armée d'une hache, résolue à sauver son mari au péril de sa vie ; plus loin une jeune fille s'est évanouie; enfin, près de celle-ci, à l'angle droit du tableau, une vieille femme épouvantée se jette à genoux devant un crucifix.
11 y a plusieurs tableaux dans cette toile ; la composition manque d'unité , l'intérêt, au lieu de se concentrer sur les personnages principaux, le blessé et sa femme, s'éparpille également sur tous. Les têtes sont bien dessinées et très -justes d'expression. Plus simplement conçu, avec un peu plus de science des sacrifices, ce tableau eût été une des meilleures toiles de M/ Ântigoa.
Dans les Baigneuses effrayées, ^ M. Antigna, contre son habitude, a cherché la grâce et le charme de la couleur. Son tableau n'est pas sans mérite. Mais combien je lui préfère cette charmante petite toile intitulée le Sommeil de midi ! Une petite fille, étendue sur Therbe» dort à Tombre. Rien de plus naïf, de plus souriant et en même temps de plus vrai. C'est une véritable idylle de village. Cela sent Todeur enivrante des foins coupés. C'est délicieux et complet.
M. Eugène Faure a peint X Éducation de l'Amour. Debout, sur un tertre de gazon, Vénus montre à son fils comment il doit se servir de ses flèches acérées. C'est une peinture gracieuse, une nudité chaste, tenant du tableau et du bas-relief. La verdure, les fleurs, la blonde lumière, tout indique le printemps, cette douce saison de l'amour. Sans doute le sujet est un lieu^commun : c'est toujours la Vénus éternellement chantée par les poètes, éternellement décrite par les peintres; mais l'invention est rare chez nos artistes, et il faut tenir compte à M. Faure du charme qu'il a su donner à sa peinture.
M. Salmon est le peintre ordinaire des dindons. 11 affectionne particulièrement ce précieux animal importé de l'Inde par les jésuites, et telle est la
puissance de l'art, qu'il est parvenu à se faire une réputation en le peignant.
La Gardeuse de dindons nous montre ces augustes volatiles dans les proportions tout à fait historiques. Le tableau est noir -de dindons, et la pauvreté qui règne sur cette multitude gloussante semble avoir adopté la sombre livrée de ses bêles. Le dessin est alourdi par les teintes ternes et opaques; M. Salmon nous. avait habitués à mieux.
M. Bonvin est un artiste sérieux et qui a su conquérir une réputation méritée. Ses tableaux ont ceci de remarquable, que, bien qu'il attende sa réussite du pouvoir de l'effet matériel, il la doit cependant à la valeur intime de ses sujets recueillis, rendus avec une sincérité vigoureuse peu commune. Ses sœurs de la charité, ses ouvrières humblement occupées h quelque travail de couture, ses petites toiles, où il est toujours, préoccupé de l'adroite et sobre économie et de la concentration de la lumière, sont des œuvres consciencieuses, attachantes, qui font aimer l'artiste et son talent. Malheureusement, cette année, il s'est quelque peu écarté de cette excellente voie. Son tableau, Une lettre de recommandation, est tout plein d'excellentes qualités ; mais il exa-
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gère ces qualités au point d'en faire des défauts.
En voulant trop faire silencieux et calme, le peintre a fait sourd et lourd ; en voulant trop concentrer la lumière, il a fait sombre. En visant trop au recueillement, il a presque atteint la pétrification. M. Bonvïn nous doit une revanche, et ce n'est certes pas le portrait de M. Octave Feuillet qui peut être accepté pour cette revanche.
Les tableaux de M. Charles Marchai, et notamment le Dernier baiser ^ sont des peintures de moraliste et d'observateur, exactes, serrées, littérairement conçues, dans les données précises du roman de mœurs ou du drame acti^el. Si M. Marchai n'était pas un peintre distingué, il serait un excellent romancier de l'école d'Eugène Sue.
11 est impossible de ne pas s'intéresser à cette scène de séparation douloureuse ; car ce n'est pas rinconduile qui pousse la pauvre mère à se séparer de son enfant ; elle ne le met pas aux Enfants-Trouvés pour cacher le fruit d'une faute ; non, elle se sépare de lui parce que la misère a tari sa mamelle, parce qu'elle ne peut plus le nourrir ; parce que, si elle ne se sépare pas de lui, il mourra, et qu'elle aime mieux mourir de douleur que de laisser mourir son enfant d'inanition.
Dans ces Impressions d'une femme, vous vous étonnez déjà que la mode n'ait pas encore fait irruption. La voici , escortée de ses serviteurs les plus zélés, messieurs les portraitistes jurés,
M. Dubufe tîls est certainement un homme de talent, un peintre habile, mais ilsacrifie à la mode; la mode est sa muse. 11 excelle à faire joli, et c'est ce qui enchante sa ravissante clientèle de jolies femmes. M. Edouard Dubufe a trop d'intelligence pour ne pas savoir ses défauts mieux que moimême. Mais ses défauts lui sont imposés, aussi ne voudrais-je pas lui reprocher son procédé un peu mesquin, sa recherche, sa mignardise, son faire vitreux et mou, son manque d'accent, de réalité. . Je m'en prends à ses modèles, et je leur dis :
Ah ! mesdames, comment êtes- vous si peu intelligentes que d'exiger de tels sacrifices de M. Du- . bufe? Commetit prenez-vous pour le beau cette grâce factice, cette recherche galante et légère; comment pouvez- vous croire qu'on arrive à la ressemblance par cette peinture lisse, où l'on ne sent ni les os, ni les muscles, pat ce maniérisme fluide et souple, mais inconsistant, par cette grâce débile?
Vous serez punies vous-mêmes par oîi vous avez péché. Votre portrait vous enchante aujourd'hui ;
il est à la mode. Il n'y sera plus demain, et vous le reléguerez avec vos capotes de la veille et vos bonnets de Tannée dernière.
Mêmes observations pour M. Winterhalter : son. portrait de la princesse Woronzoff ressemble à une pâle imitation de Lawrence.
M. Dubufe père possède naturellement les défauts que son fils se donne malgré. lui; sa peintur^ a les charmes vieillots de la mode d*avant-hier. Voyez sa Vénus anadyomène, comme dirait M. Ingres, quelle fadeur !
A tous ces portraits je préfère le portrait réel, qu'expose M. Mattet. Voilà une image qui doit être ressemblante et qui est l'œuvre d'un artiste studieux et sincère.
LOWS BOULANGER. — MILLET. — CH. COMTE. — MULLER. — JACQUAND. — AZE. — ADOLPHE LELEUX. — ARMAND LE- LEUX. — BRION. — JtLES BRETON. — CABANEL.
Le Salon de 1827 fut, m'a-t-on dit, un des plus brillants de la moderne école. Les plus belles pages de ce Salon sont restées illustres et survivront à notre époque, Delacroix y exposa plusieurs des plus beaux tableaux de son œuvre. L'école tout entière était pleine d'audace et de fougue. Cette généreuse passion dont lord Byron s'était fait le sublime don Quichotte, le philliellénisme, était la dixième muse de l'art, elle inspirait nos jeunes maîtres, et elle les inspirait si bien que
les œuvres de cette époque n'ont rien perdu de * leur valeur et ont survécu même à ce mérite d*àpropos qui fait vivre pour un temps grand nombre de productions médiocres.
G*est cette aanée-là que Scheffer exposa ses Femmes Souliotes inspirées par cette passion et qui sont restées un de ses bons tableaux. C'est cette année-là que fut exposée la Naissance d'Henri IVj par Eugène Devéria, tableau excellent, d'une composition harmonieuse, d'une couleur brillante et d'une exécution libre autant qu'habile ; c'est cette année-là aussi qlie fît ses débuts, débuts éclatants, M. Louis Boulanger, l'auteur du Mazeppa^ dans lequel, si j'en crois ceux qui m'en ont parlé, le jeune artiste fit preuve d'un talent plein de passion et de furie. Malheureusement pour lui, la même année, on vit le Mazeppa propret, léché, de M. Horace Vernet, lequel nuisit beaucoup à l'œuvre franchement romantique de M. Louis Boulanger.
Cet artiste a peint depuis lors d'autres tableaux, demeurés justement célèbres; tels sont, notamment, le Triomphe de Pétrarque, la Ronde du Sabbat, les Jardins d'Armide, les Noces de Gomâche, elc.j etc., tableaux qui produisirent un trè»-grand effet à cette époque où les meurtres
académiques étaient encore le comble du terrible, et où M. Heim passait pour un grand coloriste.
Chose à reiparquer, trois des peintres qui brillèrent à ce salon de 1827, dont je parlais plus haut, figurent au salon de 1859, à trente-deux ans de distance. Ce sont MM. Eugène Delacroix, toujours aussi bouillant, aussi coloriste, aussi passionné qu'autrefois; Louis Boulanger, qui, dit-on, a un peu alourdi, assombri son coloris, et enfin Eugène Devéria, qui semble avoir oublié tout à fait la Naissance de Henri /F, ce tableau merveilleux de la brebis qui vient d'accoucher du lion.
Quant à M. Louis Boulanger, qu'il m'est impossible de comparer à lui-même, attendu que je n'ai pas vu ses tableaux d'autrefois, je ne puis dire si, comme on me l'a assuré, son pinceau a perdu quelques-unes de ses qualités. Ce que je sais, c^est que le portrait d'Alexandre Dumas en Circassien est peint avec beaucoup de chaleur, de verve, de vie, et que la couleur en a beaucoup d'éclat, d'harmonie et de solidité.
Quand un pei ntre fait le portrait du premier bourgeois venu, il lui est permis de ne pas faire ressemblant. Pourvu qu'il ait fait une belle image, bien comprise, bien pensée et bien peinte, nous, gens de goût, indifférents au modèle, nous nous sou-
dons fort peu d^ la ressemblance. Le peintre, au lieu de copier un modèle vulgaire, a créé un type, cela vaut bien mieux.
Mais lorsqu'un artiste fait le portrait d'un homme illustre, d'un grand poëte, d'un grand écrivain comme Alexandre Dumas, là ressemblance est un des premiers devoirs. Admirable chose à faire que le portrait d'un homme de génie, mais aussi chose difficile par-dessus tout. M. Louis Boulanger a réussi parfaitement cehii d'Alexandre Dumas.
C'est bien là le fécond auteur de tant de livres dont lui-même a oublié les titres, le créateur de tant de drames qui ont remué le monde; voilà bien son front vaste, son regard brillant et sa lèvre causeuse. Voilà bien ses traits, et voilà bien aussi sa physionomie. Une seule chose me déplaît dans ce portrait, c'est le costume. Le costume fait trèsbien comme effet pittoresque et comme couleur, mais il gâte la ressemblance; la coiffure surtout, qui amoindrit la tête et cache cette forêt de cheveux indomptés, signe de force ét^e puissance.
Le portrait de M. Granier de Cassagnac est inférieur à celui du maître, celui de M. Alexandre Dumas fils est très-ressemblant et très-bien peint.
Outre ces portraits,M.LouisBoulanger a exposé plusieurs tableaux fort intéressants.
— voie citerai notamment le Don Quicïuitte avec les chevriers, et la Mencontre de Gil Blas avec Melchior Zapata, où M. Louis Boulanger, peintre lettré, d'une grande imagination, a su parfaitement saisir la couleur espagnole et sauvagement poétique du sublime roman de Cervantes, et celle de l'espagnolerie souriante et railleuse de ce Parisien de Lesage.
M. Louis Boulanger n'est pas tout à fait un rêveur et je lui en sais grél La rêverie est une grâce dont il faut se garder d'abuser. Louis Boulanger ne rêve pas seulement, il sent et il voit; aussi ne s'iospire-t-il pas des poètes nuagueux d'outre- .Bhin. Il laisse Gœthe à Ary Scheffer;il abandonne la poétique vision de Marguerite et le Faust poncif aux peintres débiles et brumeux. Lui, il va cher- .cher ses inspirations chez les poètes des pays du soleil ou chez le grand William, ce poète du soleil des passions, il lui faut à ImRoméo et Juliette, Othello, le Marthand de Venise, elc.
Le tableau du Christ aux saintes femmes est une très-belle chose, empreinte d'un excellent sentiment religieux, et qui est bien certainement le pltis distingué de tous les tableaux d'église exposés au palais de l'industrie.
Me voici forcée de revenir sur les fautes du
jury. Certes, je ne veux pas exagérer les reproches qu'on lui adresse. Je suis tentée de lui en adresser d'une toute autre nature. Je lui reproche surtout d'avoir reçu des tableaux qui figurent honteusement à l'Exposition, la déshonorent et empêchent de voir les bons tableaux, qu'ils éteignent de leurs tons criards.
Mais le jury mérite aussi toutes les accusations dirigées contre lui pour certaines de ses exclu-* sions, coupables et inexplicables.
On a beau vouloir excuser le jury, il suffit de citer vingt noms d'artistes éminents pour réduire au mutisme la voix assez osée pour tenter une justification impossible. Oui, certes, des exclusions qui autrefois ont atteint des noms comme ceux de Delacroix, Barye, Préault, Diaz, Rousseau, et vingt autres, qui, cette année, ont atteint Millet, sont certainement le plus déplorable résultat des entêtements systématiques des académiciens aveugles. L'absence de toute autorité découle nécessairement dé ces][rigueurs plus maladroites et plus ridicules encore que nuisibles. Le jury croit-il servir l'art par ces iniquités? Il lui fait le plus grand tort, au contraire, parce que les vanités saignantes justement condamnées ont beau jeu pour cacher leur défaite méritée
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derrière ces injustices éclatantes qui leur servent à. la fois de remjwirt et d'artillerie.
Le tableau de M. Millet, la Mort et le Bûclieron^ refusé par le jury cette année, est certainement un des plus remarquables qui aient passé devant les yeux du jury, et on ne peut comprendre qu'il ait été repoussé.
On a prétendu que M. Millet était un réaliste ; il n'en est rien. Je hais le réalisme. £h quoi! nous avons la gloire des arts, nous avons les longues études qui demandent de longues années, nous vivons dans une ville brillante de grâce, de beauté, brillante par ses monuments ; nous vivons au milieu d'une civilisation à la fois moderne et antique ; moderne par la passion, antique par cette tradition merveilleuse qui est la métempsycose des hommes et des nations, par laquelle l'âme de Njnive a animé Memphis, l'âme de Memphis Athènes^ l'âme d'Athènes Rome, Tàme de Rome Paris, la plus glorieuse de toutes ces villes, parce qu'elle tient à la fois de toutes les autres et d'elle-même ; et c'est au milieu de celte ville de Paris, centre de la civilisation , que les réalistes osent élever la voix pour nous dire, ces nouveaux barbares, qu'il n'y a pas d'enseignement du passé au présent; que l'âme des nations
tT»fr "^^> mia>"i >.»^i^»'^w ' ^w •^mm^-^mi^mmmim .i^ juptt— - ■ i- | >iii
ae se perpétue pas dans^ les nationa ; qu'il n'y a pas ée traditidii,et par conséquent pes de progrès, puisque le progrès c'est la vie aidée de la tradition, la force vivante ajoutée à la force des devanciers ; que les citésne se transmettent pas leurs con • quêtes intellectuelles comme de glorieux héri tages ; qu'il n'y a pas d'art, Nenfia, puisque la Hé^ation de l'art peut remplacer l'art, puisque l'on trouve des admirateurs, pour le néant mis à la place de l'invention, àlaplace de l'ordre, à la place de la couleur.
Mais si je hais le réalisme, vulgarité doublée d'impuissance, je me garde bien de confondre avec le réalisme , cette étude .approfondie de l'homme pauvre, souffrant, digne d'amour et de pitiés de l'homme grandi pac la résignation, par le travail, par là souffrance même, étude passionnée, douloureuse, généreuse et féconde à laquelle se livre TA. Millet depuis bien des années, malgré la colère des réalistes qui le répudient
et malgré les dédains des académiques qui ne le comprennent pas.
Dans les tableaux de Millet, je trouve ce qui se trouve si rarement dans la plupart. des% tableaux modernes, une pensée ! > Les autres peintres; peignent des costumes, lui peint des lH)mmes.^ Tous
les hommes de Millet travaillent, doncib pensent; — c'est ce que Ton n'a pas asse2 compm. Se mouvoir, c'est accomplir un acte organique, in-^ stinctif, à la portée de tout être vivant ; travailler c'est le propre de l'homme fait à l'image de Dieu, Oé travailleur éternel I
L'homme qui travaille s'unit à Dieu ei prie par conséquent. Le travail est la plus sainte et la plus féconde des prières. ^Yràà pourquoi les tableaux de MiUet nous causent une si vive, une si profonde impression, une impression si grandément religieuse. Ces tableaux sont des prières, mais les prières les plus touchantes et les plus communicatives, les prières des hommes simples qui ont le front courbé vers la terre et qui prient en semant le blé, en moissonnant, en glanant, qui prient^ en un mot, par le travail, en faisant dans leur cœur la part de Dieu.
Cette prière«^là, on a beau dire; on a beau faire, eette prière des cœurs simples, cette foi robuste du charbonnier et du laboureur sera toujours plus touchante que celle de l'enthousiaste, du savant, du poète, qui vont trouver Dieu par la pensée pour s*unir à lui. Cet homme inoccupé qui prie en extase rêve aussi, et la rêverie a ses dangers; de la réverii» au doute il n'y a pas bien
loin. Wi piHi l'action est toujours préférable à la simple volooté , oelui qui prie en actiim prie bien miem que celui qui ne prie qu'en peBf*
Voyez, par exemple, cette jeune femîtie qui mène pattre dans tin champ inculte sa vache amaigrie. H y a dftns sa pose immobile et patiente, il y « dans sa tournufe, il y a dsBA sa laideur même tant de carattère et de sérénité dôulonreuse, il y a dans l'ensemble et dans les détails un style si évident, si grand, une teHe indifférence pom* ce qui est détail individuel, une telle intelligence de tout ce qui est trait de caractère, que cette figure est devenue un type. On dirait une statue de la résigoation.
Quant au tableau refusé par le jury : ta Mori et le Bûehefnm, c'est certahiement le poëme l€| plus salissant que l'on puisse imaginer ; c'est la traduction la pluft naïvement indépendante de la fable de La Fontaine. Le bûcheron est t^mbé épuisé auprès de son fagot. La Mort vient. La Mort, pour ce pauvre vieillard, c^est certainement l'amie qui délivre. Mais non I le vieillard tient en* core à la vie ; que dis^je? il tient à ses souffrances, il tient à ses rudes travaux, il se cramponne à aeo
fifgot, qu'il maudissait tout à l'heure. Cet asiour
de ta vie soulTra&le en face de la. luort aftiie et qui apporte la délivrauce, n'esl-ce pas enoore «ne prière, ua hymne de reooniiaissaace. C'est si riant et si beau, la vie !
, La scène se passe au (ond d'uQi chemin creux, (Hi.ne voit qu'un bout d^ paysage au haut d^ la berge ; mais le paysage est si souriant, les derniers rayons du soleil couchant oolpiient si gaiçr Vient le feuillage jauni pa;: rautonme» que Ton comprend ce r^ret de la vie même, au cœur dij vieillard qui a terminé sa journée, son année, sa vie de labeurs et dç misère. La Mort, vue de dos, est ^veloppée dans ime sorte de jobe de laine blanche qui .en) pèche de voir les détails horribles du squelette; le vieillard est admirable xle dessin. BoH$ sçs habits grossiers et résistaQjLsan.sent le cort)s. il y a de& bras sous ces n^])che8, des j^ambes daos ce pantalon usé. Si i^f. Millet, ne peint pas Je «u, ce n'^st. certes pas par igporai^ce; ilest capable plus, que personne de mettre une figure sur ses. pieds. Ce tablaau en uu mot brille par toutes les qualités qui révèlent le véritable artiste original et créateur .: .sentiment profond, dessin plein de grandeur, exécution sagement sidsordonnée à la pensée, couleur ii^^rmooieuse ^ fiaDftttemeat d'accord av^ec. la^ujel tr^^ par le
peinlre. L'exolàsicsi de <îe ittUeaii râ$l6 pour moi
la plus fliooiopréhensible des «Freurs du jury^ ' M^ Charles Coifite diffère essentieilemeat de Millei^ U aime les cdstumes fidèles, une action, un fait histoiiqiïe, «« simjrte fait de'chroiwcpie, Bettenaeot iodiqué, un» cambinaisoQ de scène habit») des expressions justes, des personnages qui:a^ssei>l, qui représentent ttfi« époque, et laut ce qu!il aime, il a l'Art'de nous ih laoDtF^. ^ Ce sont li^de grande» qualités mais eUes^ ae suffisent pas encore* -Pour émouToir, il faut que les figures qui s'agitent sur^k teile soient vraies au^ fceiàenl que par iemiet cesUimes. M. iComte desr sine bien et ne compromet pas son système pœr une fausse o^li^ation. Mais^ee qui masque dans sestaUeaui, c'est lestj^ki, c^est.lavie parlicuHère qui ^nime tous le» persosioi^es avec Fàme ménie du peintre. Le.^noîé-ferac de^l'hisloiïe, que Toa me peipmette cette expr^ssioa* triviale, lespré^c*^ eupe Maueoup plus que l'espfitsdes temps qu'il ireut nous rnootrer. Son Alain Ghartier, par exemple, reasemble beaue&up plus à une scène d-ua drame hi&toj^que montée avee beaucoup de lu«e^ qu'à une scène {^oétiqine de Tbiatoire.
«.Alain Ghartier était un auteur de marque du quatorzième '»ii€le^%R. a été regardé comme un
éerivuin du»prâui«r niérile éi êmA^amme uti des plus grands orateurs de soti temps. Il a laine des poésies fort estimées jadis et divers ouvrages en prose : iê Curiaé, le Quadriloguey Yffimoire ék Charles VII, donrt il fut le secrétaire.
il'iui arriva une aventure nm a rendu sm nom plus célèbre que ses livres même. Un jour» eu sortant de la messe,' Marguerite d'Ecosse, femme du dauptiin qui devait devenir Louis Xi, traversant une salle du palais avec une grande suite de dames et de grand» seigneurs, aperçut Alain Char* tier endormi sur un bane. l^le s'approcha de kii et tf relia baiser en la booche, » comme dit ua vieil auteur.
Bt conraie les seigneurs et les dames qui sui* valent la dauphinè s'émervetOaient de celte ae^ lion, d'atttmit plus qu'à dire vrai la nature avait enchftssé en Alain Gbartier une belle Ame dans un covps fort Uitf, la princessese retournant, leur dit :
« Saches qu'il . ne vous fwt estonner de 4te m;fetère, d^autast que je n'entends point avoir baisé l'homme, mais la booche de la^ueHe sont iss«» tant de mots et sentences dore& »
Ce qui manque au tabMti de M. Charles Gonale est piédsément ée qui fait ie tharme de ee réeit ; ta iMMvelé poéli<}ue. I;'aneodlet0 d'Alain Gh»^
lier, que j'oserai appeler anecdote^Iégende, est pleine de grâce et de jeunesse, pleine d'éléganoe galante. Les anciens nous apprennent que les abeilles venaient se poser sur les lèvres de Platon enfant ; une femme, une reine venant baiser lé poëte sur les lèvres, n'est-ce pas bien plus gra^ cieusement poétique? Le tableau de M. Charles Comte n'est pas assez idéal ; il raconte le fait comme le ferait un chambellan, non pas comme le ferait un poëte.
Le cardinal de Richelieu, jouant avec ses petits chats, devant son feu, est un autre tableau de M. Comte que je préfère au premier. Lés cos* tûmes de l'époque sont plus connus et moin« ornés de détails ; ils se rapprochent déjà plus de notre temps. Pour être exact, l'artiste n'a pas été) comme dans l'autre tableau, forcé de se livrer i âes recherches archéologiques, où se sont ufi-peu absorbées ses faeultés de peintre.
M. Comte ne sacrifie pas assez les détails à l'effet général. Il y en a plusieurs qui prennent trop d'importance et détournent l'attention du sujet. Rien n'effraye plus la muse que ces in«ventaires de mobilier^ et de costumes faits avec la précision qu'y mettrait un commiasaire-pri-iseur*
Il eât certains sujets de taWeaux qui conduiseot à des succès populaires assurés et tout à fait indépendants du mérite même de Toeuvre. Ainsi le Démméron de Winterhalter, peinture essentielle* ment médiocre, mais agrjéable à l'œil, brillante, coquette, montre au vulgaire charmé <le jolis mi- ^ nois de femmes et de belles têtes d'hommes, belles têtes de cire à fare rêver un coiffeur.
Éparpillant toutes ces figures sur le velours des gazons, sous les arbres, au milieu des cristaux, des aiguières, des armes bizarres, des iostruments (te musique, en un mot de tout le bric-à-brac dés scènes de plaisir et de luxe, le Décaméron produisît sur le spectateur un effet forcément agréable. D'autant pkis qu'au moment où parut leDécamé^ ron, il était à- la fois' une réaction contre les myttiologies des classiques et contre les scènes du XAoyeii âge des romantiques, et que M. Winterhalter avait au moins le mérite d'être le premier ^ui se fût avisé d'exploiter ce genre faux et joli, qui est à la peinture ce que les gravures de mode Sônt^aux bellôs planches de Rembrandt, d'Albert Durer ou de MarcrAnloiïie Raimondi.
M. Winterhalter, ayant •inventé le genre déca*nàéroD, eut nécessairement une foule d'imitateurs, désireux de partager son succès. Pendant quel-
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ques années, il plut des décainérons. Chacun fit aon Ubleau de fête élégante et chaippètre,.inontirant bon nombre de fillettes aussi avenaptes que los plus Jolies demoiselles de comptoir, ajustées avec une liberté que le caprice autorise, dessinées .avec une désinvoltuie de pipceau qut^ la cam-r pagpe excuse^ des arbres servant de prétextQ h toutes les incartades d*ombre et de lumière, des ga^on^ veloutés, plaqués d'ombres blondes, des qiels. fantastiquenjent jolis. Les bergerades coquettesi des précieux du .Lignon étaient dépassées en affeotatiojD, en maniéré, en faux jo)i, mais non en grâce et en distinction. ^ '
M. Muller fut un de ces faiseurs de décai^érpns, et il eut, il y a quelque dix ou douze ans, un grand succès, à rendre M, Winlerfialler jaloux. MaUieureusement pour les artistes de traient pomme M. Muller, il y a des succès qui se payent bien cher; on est puni par où l'on a péché. On a cherphé la popularité à Taide du jolj, et le jolj s'attache à votre chair comme la chemise du centaure Nessus^ et vous ne pouvez plus l'arracher sans arracher en même temps votre peau, vos muscles^ sans faire couler votr^ sang.
. M. Muller en est réduit jà. On dirait, que, pour secouer son succès de décau^éFon, poii^c^'arracher
àùjttH, i\ cherché les sùjôlSWs ^Itts dMttiëticittes, lëè plùè s^jfùbtes, les piiis terribles ; valitis efforts, le jôB jjéfèisté, le joH ddttlîftè, ei jùsqul l'appel deis condamnés â litiort, M. Mùlîëfpèint tout jôllffiént.
M. Multer ndiis môntte, cette sfiméef, ati« scÂtiô qui prête à l'effet dramatique, une dé ces scènes de Tiolëîiicés religieuses qui fotit pendant àui dMg'onnàdes de Lotiis ÎIV. Seuleoient ici, ce sont lés prôlestàiïts, qitr sont leè fanatiques f^er^écutétitè et les catholiques sont tes martyrs. Dès soldats àfjglats eiï)bârt[uênt les jeunet filles irlàtidaises pour la Jamaïque.
M. Muller a disposé se§ persoiinà^es ôotrimé aurait ph le falire un habile mèttëiir en scène disposaflt le tableau flùal d'un qùatrièitiè àfcte, lôais où sent qrfil est sans passion, qu'iHiè partage pas la foi de èesirictimes de Fititolérârice àngli'(îane, qu'il né se mêle pas k èliës. Il s'est préddcutré, surtout, de peindre' de jolies ticlimes, portant Côtïvenablement la doûleu^ Dans ses persontiaiges, IK douleur Bi'est potntdans râîne, elle s'expfrimé au iiioyeni d'une mimique conventionnelle, cromrae le langage des sourcls-nnluets ou celui des baîtets, La main sur le cœur Veut dire : je vous aitoe ; les deux iMex, placés côte h côte, Signifient : je
voudrais bien vous épouser ; les bras râides, leis lïiaÎDs jointes, les prunelles convulsées, les sourcils arqués vers le ciel, signifient : mon Dieu ! que je suis malheureuse.
Du reste, les expressions du visage soflt nulles ; un placide sourire mélancolique, qui veut être douloureux, mais qui ne Test pas, tient lieu de pensée, d'intérêt, d'action même. Les teintes, qui veulent être les plus sombres, sont tendres malgré le peintre. Dans un décaraéton, il eût fait du rose tendre, du vert céladon, du jaune tendre et du bleu tendre. Dans ce tableau, qui aspire à l'effet dramatique, il fait du brun tendre, du sombre tendre, du noir chatoyant, du foncé qui se pâme. Tout cela plaît lorsque l'artiste voudrait toucher; tout cela est charmant et sans valeur; le peintre voudrait être intéressant, et n'arrive qu'à une grâce molle et monotone, à une grâce un peu plus assourdie par la nature du sujet, mais que ne rehausse ni l'élévation du style, ni l'élude consciencieuse. C'est là une douleur d'opéra-comique, un dessin élégant sans fermeté, une peinture flwide, molle, estompée, adroite, sûre comme un parafe, agréable, mais froide et restant toujours étrangère à tout sentiment, à toute passion.
Heureusement pour'moi, je puis me dédomma-
ger de ces critiques en faisant Téloge d'un excellent portrait de religieuse exposé par. M. MuUer. Le portrait est bien peint, sobrement, sévèrement> sans fausse enluminure; il est bien dessiné, Irès-consciencieusement étudié ; l'expression de la têle est calme et belle, l'ensemble vous frappe par -la sage harmonie de la couleur et de l'arrangement. Les efforts du peintre pour arriver à la perfection par des moyens dont la sévérité l'effraye d'ordinaire sont tout à fait dignes d'éloges ; ce portrait suftit pour que l'on ne désespère pas de M. Muller : lorsqu'il aura rompu avec le joli, il sera un peintre.
M, Glaudius Jacquand est toujours le peintre des scènes historiques ; cela intéresse sans émouvoir ; cela manque d'originalité ; c'est du WaUer Scott de troisième main ; c'est une réunion de qualités de troisième ordre, justement équilibrées dans une médiocre et. doucereuse harmonie, sujet raisonnable, banal, choisi avec une médiocre intelligence, petit dessin sans ampleur, ipais sans erreur choquante, composition honnêtement conçue, couleur qui n'est pas précisément froide, mais qui arrive à une tiédeur de bain-raarie. Arrangement convenable, effets rebattus et mesquins, rien qui étonne, mais aussi rien qui
choque, sans qualilés qui frappent, sans défauts qui déplaisent, peinture bourgeoisie, peinte avec une sérénité exempte de toute inquiétude et qu'aiment les vulgaires amants delà besogne faite proprement,
M. Aze a exposé un Côme W de Médicis, tuant son frère, sujet emprunté à V Histoire des Médim^ par Alexandre Dumas. Après la mort tragique de sa fille, la grande-duchesse s'était retirée dans les jardins de Pise avec ses deux fils, don Garcia et le cardinal Jean, de Médlcis. A la suite d'une querelle à la chasse, don Garcia poignarda Jean, son frère. La mère lui avait pardonné; mais Côme n'était pas si facile à fléchir : il poignarda don Garcia pour lui apprendre à vivre. Ah ! la jolie famille! Gomment un peintre peut-il choisir un sujet pareil I quel intérêt peuvent avoir les sanglants démêlés de ces Alcides bourgeois? Je conçois les grands crimes quand ils ont la passion pour excuse. Je lisais dernièrement dans un Recueil d'anecdotes qu'un jour un enfant tua son frère plus jeune en le jetant dans le feu. La mère, furieux, précipita le petit coupable dans un grand chaudron plein d'eau bouillante, où il périt. A cette vue, le père furibond poignarda sa femme et se pendit ensuite de désespoir. Sanieuil,
chargé dé raconl€lr cette histoire, TeBferma tout entière en deux alexandrins, pensant, avec raison, que inoJns on raconte ces choses, mieux on faitv Oà peut faire mieux encore que de dire cela en deux vers, c'est de ne pas le dire du tout. Il était si facile à M. Aze de ne pas choi-
i^ir ce sujet! Je lui conseille de ne pas peindre
le gracieux sujet du poëme concis de Santeuil.
Ce reproche fait, il faut louer M. Aze de Texécutioii de son tableau. M. Aze est un peintre consciencieux et chercheur, de l'école de M. Robert Fleury. Son dessin sent un peu le travail, mais il est correct; sa couleur est brillante, solide^ comme celle du maître ; elle manque de finesse et de transparence. Les détails de Farchitecture et de la décoration sont faits avec soin, sans recherche exagérée. Ce tableau se sauve de ce €(ue le sujet a de répulsif par Tharmonieuse homogénéité de refxécutioD et par Thabrle concentration de la lumière sur Taction principale. C'est FcBuvre d'un artiste de talent et d'avenir.
M. Adolphe Leleùx est un coloriste ori^nale, il est lui, iiest vrai. H est observateur sagace. Ses scènes de paysans sont intéressantes, sincères,!»mineuses. H abuse parfois des oppfositfops et les
pousse jusqu'à deve^it lourd, tbàîâ jéiflàFs iji ile reste au-dessous dtisoti effet. Il se ris(iue souvëffl 8 le dépasser et me fait penser S ces barytons (i|ûi otit iitie beHe vt^i et qui, ne se cùfitëritâÈtt pâ^ de chanter, se metterit à crier. C'est là mode aujourd'hui au théâtre, on crie et on ne ehéfltè plus, mais etï peinture c'est tout le cofitraire, on tie diahte même plus, on fredonne, et ma foi je fié mé sètis pas le courage d'en vouloir à qui sairt eÉKîore élever la voii, même poiif crier.
M. Aniiaad Leleùî est ausi tin peitrtre tort diàfifïgué, et qui, comme soh frère, mérite toutes lès sympathies. Dans Èes petits tableâut d'ihtérlëùfè, H abuse aussi quelque peu des cofitràstes. A fofce de les employer à ptodutfe le relief, il se l'end dur et uh peu noir ; les figures viénnétft ainsi fort eu avatit, mais te tableau înanque d'air et d'espace. Les toiles deUi Armand Lef eux, malgré ces défauts peu sérieux, pfodiiisént tineitopre^sloti vive et soudaine. On aime ce cdlorisqui tieftt k la fois des Flamands et des Espagnols, et qui s^âttaehe à des figtires hâfivëment conçues et ôurieusenfent étùdiéeè. MM. Adolphe et Armand Leleux sont des artistes auxquels on sait gré de leurs f)rogrès parce qu*on aime lêrur- talent éonstteiWieui, rabdeste, èrnienfii de téfutè rtdâihe
et de loule colerie, et qui ne dierclie le succès que par le Iravail et l'iqtelUgtjnce,.
M. Brion peint a\xssi des paj^sans. Il aimq surtout ceux delà forêt Noire. Peinture nette, ferme, bon sentimeBt de couleur, ^n peu d*ex£\gératii)n dans les contrastes.
M. Jules Brelon es,t un des artistes qui qntle plus de succès cette annpe, malgré ce que sa. peinture a d'uQ peu monotone et .d'un peu lourd; à quoi cela tient-il? à la poésie qu'il appojte d^s ses sujets les plus simplement vulgaires, à cette faculté charmante qui fait sçule les vrais artistes, la faculié.d'interpréter la nature avec leur âme et d'idéaliser ainsi les choses les plus réelles, les plus simples. Les Gianfiuses sont essentiellement un tableau d'émotion; on y sent l'émotion que Von éprouve toujours à la ûa d'une belle journée d'été, lorsque le soleil, est descendu h l'horizon; l'émotion (pe donne la campagne, l'émotion que donne le travail, cette prière, coowne je le^disais plus haut. Les Glaneuses de M. J. Breton sont pour moi un ^tableau religieux, plus religieux que La Procession, qui cependant représenta une cérémonie religieuse !
Voici un tableau dont je pense bea^ucoup de bien, malgré les reproches que j'ai envie de yui
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fairp. C'est to Veuve de Vorganistey par M* Caba* nel. M. Cabanel est un idéaliste, un talent coTrect, fin, un talent issu deTécole des Beaux-Arts, et qui cependant a su dépouiller ce que les poncifs de cette école ont d'antipathique aux gens intelligents. Dans ce tableau de la veuve, la principale figure est fort belle, pleine de douleur et d'émotion. Les autres sont moins heureuses, un peu entachées de cette affectation angélique des néo-Allemands. Ange ou bête, a dit Pascal, c'est lorsqu'on veut faire l'ange qu'on fait la bête. Le jeune homme blond qui prend une pose rêveuse et affectç le sentiment, fait l'ange.
La couleur du tableau est agréable, mais trop léchée. En somme , malgré tous ses 4^auts, l'œuvre touche. C'est une page d'un roman inté • ressant que nous avons sous les yeux.
Il se peut qu'on se récrie sur cette phrase, qui, pour moi, est un éloge. Je sais bien que beaucoup de peintres ont la prétention de pouvoir se passer du sujet. Pour eux, la peinture doit, comme là musique, chercher ses effets dans la mélodie,, dans l'harmonie des couleurs, et faire naître la pensée en s'adressant d'abord aux sens. Pour moi, tout en reconnaissant qu'il ne suffit pas de trouver un sujet intéressant pour intéresser, je
sais gré au peintre qui se préoccupe d'abord de la pensée de son œuvre. Le tableau de genre sur** tout, qui doit être le roman de la peinlure, le tableau de genre a une mission intellectuelle trop méconnue. Comme le romancier, le peintre peut coîitribuer à propager ou a faire disparaître certains principes, certains sentimjBnls. 11 peut attirer Taffection ou la désaffection sur certains types et par conséquent sur les idées que ces lypes repré-* sentent ; il peut convertir par le sentiment. Le tableau de genre devrait être un traité de philo-»- Sophie à Tusage des femmes.
C'est, que les peintres me permettent de le leur dire, c'est ce qui fait la grande supériorité de la littérature sur la peinture. Trop souvent, la pein* ture se contente d'amuser les yeux. La littérature parle au cœur et à l'esprit, même dans ses petites œuvres. En peinture, il n'y a que les grandes œuvres qui élèvent l'âme; en littérature, combien de petits romans ont eu une influence immense sur leur siècle I
Et cependant la peinture pourrait se rendre utile aussi: elle pourait, sans donner la raison des solution», en donner l'enthousiasme; elle pourrait mettre devant nos yeux un idéal qui nous couduistt^ à travers le» montagoes et les fleuves, au
berceau de la vérité naissante. Mais non, elle ne fait rien de cela. Elle songe à décorer de ses petits tableaux nos petits appartements, et la vodà satisfaite. Citez-moi un petit tableau qui ait eu sur son époque le quart de Tinfluence qu'a eue* sur la sienne, par exemple, Paul et Virginie^ ce petit tabeau de genre à la plume qui a purifié l'amour au dix-huitième siècle? La/u/ie, de Jean-Jacques, a émigré par une glorieuse et incontestable métempsycose dans rame de ces généreuses bé«roine^ de raristocraiie qui montaient en chantant sur réchafaud. Le livre sait très-bien qtfîl n'est pas une simple récréation; pourquoi le tableau se relègu6-t<il à ce rôle secondaire, pourquoi ne cherche-t-il pas à avoir une influence morale, à agrandir les ftmes, à redresser les caractères? Pourquoi? Si la peinture ^e résigne à renoncer à cette morale influence qu'a la litt^ature, que la pewtore reconnaisse sans contestation la supé-^ riorité de» letties»
Ehsposiiion des osuvres cTahy BCftEfVE^* au boulevard Jdes Italiens. — yv©n. — babrus. — Pii49-*' — curzon» t-
LOUIS B60X. — HENftI LBHMAJS. — RODOLPHE LERMAN.
— LANDELLE. — HAMMAN, ^ VETTER. — CHAVET. — VOILLEMOT. — RICARD. — BÉNÉDICT MASSON. — LIES.
— MADAME O'CONNELL. — ROBERT. — HtlLBlTTH.
L*exposition d'Ary Scheffer offre un tel iwtérêt, même à côté du Salon officiel, ette est sî attrayante pour les âmes tendres et poétkjitès, qtfii me sera permis d'en dire quelques Hïot$.
Cette exposition est fort curieuse pour une bonne partie du public en ce qu'elle fait voir des œuvres qui ont eu une grande réputation, et qu'on n'avait pu juger que par ouï dire. L'idée de l'organiser, la «lanière dont elle est disposée, tout mérite des éloges.
J'aime de respect des gran<jl5 artistes, ce culte des gloires nationale. Ces eipositions giorieuse» me font penserauTasse, qui parât mort et couronné de lauriers sur le" char glorieux du triomphe, au milieu des cris Tt'admiralion enthousiaî^te et des lameiïtatiohs du peuple.
te talent d'Ary Scheffer était, si je puis m*cxprimer ainsi, un talent-femme. C'est donc un talent qui m'est très-sympathique, qui me touche,' quim'émeut,' qui me fait rêver. Cependant, faut-il le' dite, comme penseur, il y a dans Scheffer quelque chose d'incomplet, que je vais essayer d*expliquer. Comme peintre, Fexécution est chez lui d'une débilité relative, qui n*est pas sans charme, que Ton n'aimerait pas' chez un autre peintre et que Ton aime chez lui, parce qu'elle est bien* d'accord avec la nature de son esprit poétique et sentiniental.
f>e tous les tableaux qui figurent à l'exposition, lé seul qui produise sur moi un eifet complet, le seul qui me plaise tout à fait, sdns restriction, le tableau sans défauts, le chef-d'œuvre, le résumé exquis de la poésie d'Ary Scheffer, c'est la Marguerite au rouet : en dit la Marguerite au rouet comme on' dit la Vierge à la chaise f
Du reste, permeltez-moi de vous dire que ri'en
ne m*a plus surprise que de voir Asy Scheffer, eet élégiaque esprit {demde soupir» et de teiHlr«$seSp aller chercher p^ur tbhim de ses tablea^X'^réves le Faust de Gœtbe.
Je Usais derûièremeol daas w feuilletoa sur Ary Scheffer, par un écriyaia dont j'aioie beau^ coup Tesprit sensé, je lisais oette parole très-vraie : a Tout ce qui est clair est fraDC^is, tout ce qui est obscur est allemand* »
J'irai pfais loin, moi qui ai la prétention d'être très^Frapçaise. Même en se f>laçant au point de vue du sentiment, de la poésie, je dirai aussi : Tout ce qui est clair et vrai est françaisi tout ee qui est obscur est faux et allemeod.
Le Faust de Gmihe est certainement un poëme remarquable, mais c'est une raillerie amère d'u^ bout è l'autre, et je trouve que rien n'est moins sentimental, rien n'est moins humain, rien n*est mi>ins attendri que la poésie, qv^ les passions, que les idées de ce drame fantastique. Je trouve surtout que rien n'était moins propre à insinrer un peintre rêveur et élégiaque.
Je n'ai pas envie d'entreprendre une critique détaillée du Fawt de Gœthe* mais laissei^^moi faire deux ou Urois observations. Je trouve ab« surde de voir le diable, cet ange révcdté qui a ^sé
pp^^""w"^^^i^i«^"^^^^^^^i^^^^"'^^i^p"^
tenir tdte à Dieu,,cet insurgé du ciel, remuer tous Les élémenis, troubler la nature» appeler à lui les puissances du ciel, de la terre et de l'enfer, coa<* voquer le sabbat, et tout cela pourquoi? Pour faire succomber une pauvre jeune fiUe ignorante et pauvre, et qui a déjà Marthe peur voisine,
il n'y a pas dans Fauêt une seule parole réellement amoureuse. On voit bien que ce Fau^t était un vieillard rajeuni par le diable; on sent bien que Gœthe n'a jamais eu de cœur. Don Juan, à la bonne heure, voilà un jeune homme dont chaque parole est comme un couplet de chanson amoureuse. Mais Faust, fi donc, c'e$t un cadavre em^ baume pat le diable : son haleine sent la myrrhe et le naphte. '
Et puis y a-t-'il rien de plus absurde qite ceite intervention continuelle de Méphistoplaélès dans Içs passions de Faust? Il est stupide, ce diable en livrée ; le Mascarille de Molière a plus d'esprit que lui. Le beau diable, vrainxent, qui a besoin de se glisser dans le confessionnal de Marguerite et d'écouter sa confession pour savoir qu'elle es^ pure et inoocenle4
Entre Faust et Marguerite, le diable est de trop en peinture comme en poésie. Le diable, faites^le deviner, je le veui bien* Voilà une jeune âUe qui
travaille ; devant elle, un jeune liomiue, respeo tueux encore, tendre, ému, lui parle, lui dit des choses indifférentes, mais, d'une voix qui tremble, lui dit :
— Vous filez là de bien beau chanvre !
D*un ton qui signifie :
— Heureux chanvre que touchent vos jolis doigts.
11 ajoute :
• — Est-ce que le travail vous amuse ?
D'un ton qui veut dire :
— Laisse-là ton ouvrage, ô belle enfant! et viens errer avec moi dans les bois!
Que le peintre me montre cette scène de séduction, qu'il nous fasse voir l'émotion de cette enfant, dont la joue s'allume et dom le cœur bat, je devine que le démon est «n tiers entre ces deux amants ; mais me montrer le diable, sa présente réelle, parlant à sa personne, — comme disent les huissiers, — cela est absurde, cela est injurieux pour le spectateur. Gela est de la même naïveté que les légendes écrites que les peif^tres primitifs faisaient sortir de la bouche de leurs personnages.
Quel niais pourtant que ce Faust! quel niais maladroit et sans cœur! 11 évoque le diable, il se
donne à lui, il lui vend son âme, pourquoi? pour séduire Marguefrfte ! au moins pour qu'il lui donne un objet qui ait touché sa personne ! a Procure^ moi, lui dit-il, le mouchoir quia touché son sein, là ceinture qui a serré sa taille. » Le beau mystère ! et que c'est bien la peine d'avoir recours à cette intelligence supérieure de Satan I Voyez si Chérubin amoureux a besoin de Méphistophélès pour emporter le ruban qui a touché les beaux cheveux de sa chère marraine. Se donner au diable pour un mouchoir!
Et qu'il est bêle,'ce Méphistophélès! Voilà une jeune fille simple, naïve, innocente, il suffit de l'aimer pour qu'elle vous aime ; le butor la séduit en lui donnant des diamants et^ies perles. Figaro, cent fois plus spirituel que Méphistophélès et cent ibis plus vrai, se fût contenté de lui donner des fleurs et de lui jouer un air de guitare.
Faust était donc, à mon avis, le poëme le moins propre à inspirer Scheffer. C'est le poëme ironi^we par excellence; c'est un poëme sansétnotion et sans* amour; c'est môme, je vais plus loin, un poëme sans rêverie, sans idéal. Montrer le diable, donner un corps au rêve, c'est tuer le rêve. Faust est un poëme qui appartient à Eugène Delacroix,' ce démon de la couleur. Scheffer n'y a - trouvé
ré^ement que la Marguerite au rouet. Pourquoi a-t-ii révélé Marguerite? C'est qu'elle est seule, qu'on n'y voit ni Faust ni Héphisto, c'est qu'enfin on y çst loin de ce ricanement qui est insuppor*table. Cette réussite complète de la Margu^ite au rouet prouve tout ce que Je viens de dire. Je ne m'étenas pas davantage sur l'exposition . d'Ary Scbeffer ; je retourne au Salon, Je me borne à ajouter que j'ai beaucoup admiré le portrait de Mme Guizot, celui de M"»» Scheffer, la, Françoise de Rimini, et Migmon regrettant sa patrie»
Permettez-moi de ne rien dire des peintres de batailles. Je ne veux pas faire de fausse sensiblerie; les récits de combats m'émeuvent beaucoup I je lis avidement les bulletins de victoire ; je ne connais rien d'émouvant, d'attachant» de beau^ comme le récit de la première campagne d'Italie* par M. Thiers; mais j'ai horreur de la bataille peinte. En fait de batailles, je suis de l'avis des tragiques classiques : il faut les éloigner des yeux et les mettre en récit. Je ne puis voir tout ee tapage silencieux, tout ce mouvement immobile^ tous ces gens qui courent sans changer de place, tous ces blessés qui tombent éternellement, ces baïonnettes éternellement suspendues sur des poi-^ trioes, tpute cette fougue qui pose, jioute cette fu"
rie à quarante sous l'heure. Pour moi, une bataille peinte me cause la même émotion qu'un combat de cire dans le cabinet de Gurtius.
Et puis nos soldats ont le malheur d'accomplir toutes sortes d'actions héroïques dans des costumes horribles pour le peintre, non-seulement à cause de leur cOupe étriquée, mais encore à cause de leurs couleurs. Ces habits d'un bleu fuligineux, ces revers d'un rouge criard, ces blancs crus, ces noirs sourds, ces pantalons garance, ces épauletles jaunes, toutes ces couleurs hurlantes, sans qu'un seul ton intermédiaire vienne les accordef entre elles, sont répulsives et repoussantes à l'œil. Il y a de quoi mettre en fuite un troupeau de bêtes à cornes.
Ce n'est donc pas tout à fait la faute des peintres de batailles si je n'aime pas leurs tableaux. Je reconnais que MM. Yvon, ftarriàs, Pils, etc., sont des peintres fort distingués, maié rinfluence des couleurs criardes qu'ils ont à peindre est si désastreuse, qu'elle annule leurs qualités dlstinctives. Dans la perpétration d'une peinture de bataille, le coloriste le plus saisis* sant disparatt, forcé qu'il est de subir les sauvages anomalies de ces couleurs voyantes et heurtées.
Passons dope à d'autres tableaux, et renvoyons les batailles à Versailles.
Parmi les gens de fanlaisie libre, il faut citer M> de Gurzou, dont plusieurs ouvrages sont déjà restés dans la méoioire des amateurs, M. de Gurzon i3i*a pas suivi régulièrement la belle carrière qui lui semblait promise. Il a été souvent inférieur à lui-même. On n'oubliera pas cependant le sentiment franc et individuel qu'il avait montré tout d'abord dans notre, jeune école, et l'on savait sa facilité extrême, sa promptitude nette et sûre. Cette année, il est en progrès évident; ses tableaux nous touchent à ce titre. St^Jeune mère est up tableau eslim<itble, d'un mérite moyen, où l'on voit combien l'artiste est maître de son exécution. Ce qu'il voit, ce qu'il sent, il le fait. Peu de peintres ont plus d'habileté et d'aplomb dans le travail, à^ franchise dans le r^ndu. J'en dirai autant du Tasse à Son^ente; seulement, là M. de Gurzon aurait pu voir plus fortement soa sujet et vouloir davantage. 11 y a là de l'effet pittoresque et une recherche de l'émotion ; mais le pittoresque cherche à être dans la couleur; l'émotion, qui n'est pas sans apprêt, voudrait être relevée par le caractère plus haut des personnages. Le tableau est dans l'anecdote, non dans la situation.
^^^^^^^-^l»-fn^ll^»wi*»»^p
. Homnna, par M. Loui$ Koux, eet un tableau d*un mérite doux et sans grand éclat; un de .ces tableaux calmes devant lesquels rien oe se présenta à Tesprit : ni blâme, ni louange, ni observations, rien. Le peintre cherche mais ne parvient pas à trouver du nouveau ; il n*ose rien, il reste dans la voie tracée par le maître; il n'a ni défauts essentiels, ni qualités saillantes, du savoir- faiije dans la plus bounéte convenance.
, U y a un certain éclectisme dangereux, p'esit celui qui prend sur notre naturel et Ténerve en y substituant des théories. M. Roux a as3ez de valeur pour ne pas s*obstiner ainsi à marcher dans le chemin tracé par Paul Delaroche. Son Episode du temps de lai Fronde rappelle encore trop le maître. .
M. Henri Lehman a exposé plusieurs portraits. Peux sont bien peints et ont de la vie. L*un sur*tout a beaucoup 4e charoie et de finesse. L'artiste était servi par un modèle d'une grande beauté. Dans un autre de ces portrfiits, le modelé est lourd, les traits manquent de spuptesse, le ton de la pew, égal partout, manque de transparence* C'est le défaut habitu.el de. J4. Lehman que cette unifor*mité de ton; te natujre présente des gammes plus étendues. Cette variété des nuances, c'e^t la mfHr
lié de la Vie. 11 fatit peindre et non pas ëstôthper avec des couleurs.
La France, sous tes Bléroringîètis, refiaissattt S la foi; la Prahce, sôus lès CapétienSj délivrée de ses eîiûeîHis eîtérieuts, et s'élevaCïl au premier tahg de^ nations, tels feont les sujets de deuit gfisaiHes , carions des hémicycles peints dans la salle du trône au Luiembourg.
Ces deux compôsitiolis allégoriques ne sont pas agencées d'une riïaniëre bien heureuse. Ce sont des séries de personnages rangés sytiiétriquemenf, debout, se suivant sans se tenir, qui fôtlt ffenserà deirt peignes gigantesques. Combien je préfère les sujets siBBiples et vrais à la peinture de convention, où Fatt est subordonné à des théories creuses et à des idées sans forme, incompatibles ateo lui ! C^i soit dit sans offenser M.*Lehman, qtii ésl M artiste de grand talent et qui, dans cette dreonstaflce, é eu le tfialbeur de devoit obéir à Uîi progràiÊliiÉlé de plus poncifs.
Contre-sens déployable de raisonner dans un art 4i(i, fàt sa nature est destiné à iie représenter que dés formes accomplies , des objets éiBtahls, des faits, qui ne peut donner Xin corps au Déant^l»<réalité è ce qsi n'est pMs, pfersoùdiftèfr «ne abstradlioA I
L'ifitrôdùctioh d'titi âUàsi ââgfâiit l^ophismè réagit forcément sur rexécutioii,en subotdtmoant Tétudë de la nàtare au rêve de rimagîhatioh.
H. Lehinan est, malgré lui, victime de ces spéculations matérielles aii fond, mystiques en ce qui toiifche à rart, parôe qu'eHe§ èti rendent les coiieeptions èbscures.
Gêné par les entournures de sod progratûme, l'artiste n'a créé (ïue des figutes ftiédîôctes, de ces tigures (jue Diderot appelait des figures à louer, que nul Intérêt commun tiè groupe, âoiït le» expressions ne disent rien et dont le travail est pesant.
M. Rodolphe Lehman est eti progrès. Le tableau quitious fifiontre uti troupèati dé bufiles Èfettdyant un canal aux environs de Rome est originaleihetit conçu, et peirit avec vigueur.
Lé presseniiment dé la Viér^è^ de M. Lândelie, est UD iabieàu agréable, jdlimeili peint, ayant ilh demj-càractère, une justesse froide d'expression, une égale (tahquUlilé d'effet, qui frappent sans émouvoir.
L^, S'trddivaHuê et îe^esale^ de M. tiamman, se distiiigifent paM'habilete dé là cohdposition, le séntiméttt flrit dès' attitudes et dès^pfitsîoiiomieé. ta tdttvenàilcè pàrTfidlë dtt su}«f"ét ub médite
d'observations caractérisent les tableaux de M. Vetter. 11 faudrait que la main du maître passât làdessus; mais cette main même ne ferait rien des mesquines toiles de M. Chavel, impuissantes tt médiocres imitations de Meissonnier, ni des fantastiques pochades de M. Voillemot, parce qu*il n*y a pas là principe d'œuvre, d'idée saine, de sentiment noble*
M. Ricard^ arlisle chercheur et j aventureux, me paraît avoir été moins bien inspiré cette année . que précédemment ; la plupart de ses portraits, élégamment dessinés, bien posés, d'un joli sentiment, se font remarquer par une certaine exténuation de style: ils manquent de couleur; je voudrais plus de vie, plus de sang sous la peau.
11 y a une bataille devant laquelle on peut s'arrêter, c'est la Bataille de Trasimène, par M. Bénédict Masson. Il y a là de la furie, de l'horreur, de la fatalité, de lia fougue. Si l'exécution faiblit parfois, du moins la composition a une certaine grandeur poétique.
M. Lies, pour lequel M* Alexandre Dumas a été beaucoup trop sévère dans son excellent Salon de l'Indépendance, a exposé un tableau intitulé, les Maux d9 la guerre* Ce tableau est L'œuvre d'un
peintre qui a fait de fortes études, goûDé les beautés de Tart, et qui veut avec énergie. Les ph.vsioDomies ont de l'expression ; c'est une reprësentationanimée et vivatite de FAUefloagne du quinzième siècle ; on est frappé de la n«(v6té de la plupart des figures et du mérite, de la couleujr.
Le»partFaits de M^^^ O'GoDQell sont des œuvres très-reraarquées. M«» O'Coonell est une eoldtiste Bée. Son pinceau est arrière-cousin de celui de Aubens, peUt-fiisde celui de Pradhoii,'irferecak det de celui de Diaz: »
Les err^rs des portraitistes qui courent te joli justifient pleinement M% Robert de la sévé«rite presque trop grande avec laquelle il a arrêté les lignes et recherché les moindres détails de son beau portrait de M. le comte de Morny, porti^ait étudié avec beaucoup de conscience, d'un modelé savant, où la lumière joue avec une sage harmonie. La ressemblance doit être justement louée. Malgré la sobriété des moyens qu'emploie l'artiste, ce portrait est un de ceux que Ton remarque au Salon.
Il y a dans les tableaux de M. Heilbuth quelque chose qui vous fait entrer dans l'intimité des personnages, deviner leurs caractères, leurs mœurs, leurs goûts, leurs habitudes. La peinture de
M. Heilbuth est d'un rendu excessif, d'un pré* ci«ux hollandais, et cependant on y remarque je ne sais quelpetillement de touche, quel lazzi de pinceau, (^uelescamotage adroit des difficultés, quelles âcelles de peinture, qui sont françaises et dont l'artiste fera bien de se défier. Cette manière heurtée contraste avec le tempérament de M. Heilbuth «E^le ne convient qu'aux peintres pas^ sionnés, qui choisissent des données violentes et dramatiques et les peignent d'une main d'acier, avec une imagination qui s'échauffe, qui bout, qui s'escrime en peignant, et qui, dane son invincible entrain, semble ferrailler avec le pin-eeau.
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8ÏGN0L. — LOYER. — JANHOT^ — DCVAL LE CAMUS."— VIDAÎ.. — AMAURT DUVAI^. -^ JIAOAIIE CAMILLE UBVftT. «- MADEMOISELLE OB WEILMER. ^ BIOA. -* »BLLAMa£li. CABAUD. — TBAYER. — ENADB. — DELPOSSE» «r- BRON- GNIART, —ALFRED DE DREUX. — DE BALLEROY. — HEIM. — BONHOMME. — FROMBNTiN. — LOUIS BROWNE.
Oq ne voit plu^ d'œavres origîaalei inspirées par le christianifime* Quel<iue$^UQ8» comine Hjp* Flandrin, continuent avec talent la tradition des écoles du seizième siècle*, mais ils n'inventent pas» Ary Scheffer est peut-éire le c(ernier peintre chrétien : qu'on se r^pelle h Christ wmolateur, Saint Àugustifi et Suinte Monique, Les maîtres
ont épuisé cette sublime source d'inspirataiions)
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de pensées élevées : I^e catholicisme aura été pour la peinture ce que la mythologie a été pour la sculpture antique.
Après avoir été divine la peinture se fait humaine. L'homme a pris la place de ses Dieuxl Notre époque positive veut un art positif : l'imagination baisse; — on est en mal d'idéal! £t le vent du siècle souffle ailleurs
Quelle pauvreté dans cetlç galerie des peintures d'église! Quelle imagerie insignifiante, plate et poncive.. Gomme on voit bien que les tableaux de religion se font avec des personnages connus, à barbes rousses, vêtus de ' manteaux bleu Théiiard, bleu d'outre-mer, bleu du lac de Genève, bleu comme le soufre qui s'allume, bleu à faire verdir le ciel pur sur le sommet des Alpes ; de robes rouges à mettre en fureur tous les bœufs de l'univers, d'écarlate dûment plaqué, de jaune en délire. 11 faut savoir gré à M. Signol d&ne pas tomber dans ces exaspérations de couleurs crues et de nous montrer des taèleaux pleins de réserve, modéfés dans la forme, de tons tranquilles et d'une assez belle ordonnance ; le Saine Vincent de Paxile de M .Loyer se distingue par des qualités réelles : de l'élude, du sentiment, des modèles bien choisie, des expressions vr^s. Il fout re-
marquer d'une façon particulière les compositions religieuses de M. Janmot» ses figures ont du mou-^ vement et de TexpressioD.
Le Jésus au mont des Oliviers de M. Duval Le Camus peut être mentionné au milieu de tant de saintes médiocrités.
Les frais et légers caprices de M. Vidal fleurissent chaque printemps aussi veloutés, aussi délicats que les premières fleurs de la saison; un souffle les effacerait. On dirait Tœuvre d*un sylphe qiii a estompé, du bout de ses ailes de papillon, ces visions vaporeuses comme un rêve du matin. ' Ces figures brilleni non -seulement par Tesprit et par la grâce, mais encore par le dessin, qui est correct et simple ; par le modelé, qui est plus rendu qu'on ne le suppose.
Signalons les portraits de M. Amaury-Duval ; j'en aime le style, l'expression vraie, et la concision élégante.
Les portraits en miniature de M"»® Camille Isbert sont charmants, vrais, d'un dessin élégant, touchés adroitement, et Ton y reconnaît une constante préoccupation de la couleur.
Il me faut parler aussi de M"« Caroline de Weilher, qui a exposé deux portraits très-habilement peints.
Les dessins de M. Bida sont remarquables.
Quelle eiécution soignée, achevée, et comme on est surpris d'apprendre que cet artiste est élève d'Eugène Delacroix.
M. Bellangé est infatigable ; c'est le frère spiri-> tuel de Charlet et de Baffet. Ses scènes militaires de petites dinsensions sont toujours intéressantes.
M. Garaud est un peintre de genre en progrès; il entreprend Taoecdote historique. On se platt aux tableaux intimes de M. Trader. Quant à M< Knaus, je trouve son succès un peu surfait; la Cinquantaine est faite pour rire, c'est du Paul de Kock.
Je me dédommage de cette peinture bruyante devant les scènes intimes et bien rendues comme m'en offre une M. Delfosse, peintre modeste, colorisle fin, attentif, correct sans affectation. La Grand'mère mdormie, voilà un intérieur des plus charmants ; il y a là tout un poëme plein de gr&ce ; les détails sont soignés sans nuire à l'ensemble.
, Je me plais à mentionner la Convalescence , par M, Brongniart; les fashionable peintures de MM. de Dreux et de Balleroy; les remarquables portraits d'académiciens par M. Heim, dessin spirituel, ressemblance sans banalité ; voilà une précieuse collection.
M, Bonhomme se fait reai^quer par une suite de p^intur^s originale» représentant des scènes industrielles dans la métallurgie. Cela doit décorer une salle de FEcole des mines^
U me faudrait un article tout entier pour par^ 1er de» toiles de M-. Fromentin, coloriste qui peint si bien avec sa plume et avec son pinceau. Dans.des sujets pris en Algérie, il a su mettre un intérêt tout particulier d'art et de curiosité. U a su décrire non -seulement d^s costumes»
mais encore des physionomies, des caractères et des mœurs. Tous ces personnages étranges sont peiijts de la manière h plus remarquable, avec une rare finesse d'intention, la couleur est puissante sans exagération, ces bbnshommef sont bien des Arabes, des bateleurs orientaux, des esclaves, des soldat^. La nature du paysage est rendue avec une sincérité d'impression tout à fait saisisn santé.
L'exposition est un véritable kaléidoscope; les impressions y sont multiplesi elles changent promptement, et les yeux se repaissent de sensations variées à l'infini. - ,
Je viens de ressentir la vivacité* charmante de Fromentin, sa brillante paletle m'a fait comprendre et goûter l'Afrique. Me voici maintenant en^
présence d'un tableau des plus étrâDges par la forme et par le style. J'y vols un mélange saisissant de réalisme et d'idéalisme : deux expressions, Tune douce et inefrabie, Tautre profonde, grave et songeuse. Une antithèse en peinture. Mais quelle tristesse dans ce cadre I Quelle tbnalité fantastique! £t quel est le titre de celte singulière composition? Vision d'un 'penseur: teGénie de l'a" venir. Titre effrayant fait pour séduire un littérateur. On se figure une thèse de métaphysique toute nue, le pinceau à la main, mais on se rassure bien vite. L'auteur^ M. Louis Browne, évidemment, ne s'est pas tout à fait astreint aux rigueurs de la réalité matérielle. Son tableau, créé sous r^mpire d'une libre imagination, se dis« tingue par l'idée poétique contemporaine, par une exécution large et généreuse, et par la spontanéité de la sensation produite.
n^p^i^^TP»»
COROT. — TROYON. — COMPTE-CALIX. — THÉODORE ROITS- SEAU. — PAUL FLANDRIN. — ACHARD- — ALIGNY. — DE KNYFF. — FRANÇAIS. — FLERS. — JUSTIN OUVRIÉ. - ANASTASI. — BELLy/— BELLEL. — TOURNEMÎNE. — BFR- CHÈRK. — CABAT. — DADBIGNY. — JEANRON. — ZIEM.
— BRENDEL. — ROBBE. — YERlAT. —JOSEPH STEVENS.— PHILIPPE ROUSSEAU. — JADIN.— PALIZZI. — SALNT-JEAN.