‹ Impressions de guerre de prêtres soldats (volume 2)Chapitre 29 sur 36 · Noël aux tranchées · texte numérisé non relu

Noël aux tranchées

27 décembre 1914. — Aujourd'hui, je veux vous dire mes joies. Sans doute, au milieu de vos chers blessés, la fête de Noël vous a été douce, pleine de consolation. Je pensais à vous, je me réjouissais avec vous, — mais sans vous envier : car, pour rien au monde, je n'aurais cédé ma messe de minuit au bas des tranchées.

Deux de mes « enfants », étudiants très distingués et d'une rare élévation d'âme, qui sont venus trouver à la guerre leur vocation, s'étaient chargés du décor. Une grange, évidemment, — d'autant plus que l'église est presque entièrement détruite. Au fond, une charrette couverte de bottes de paille, avec mon autel de campagne sur du foin; un drap, quelques chrysanthèmes; à côté, deux vaches, qui ruminent, somnolentes. Chants parfaits, sous la direction d'un compositeur connu, gagné à Dieu lui aussi par la guerre, où il est sapeur du génie; quelques artistes de profession, mais pieux; des voix splendidement sonores dans la nuit claire; harmonium et piano, traînés durant plus d'un kilomètre sous les balles; flûte, clarinette et saxophone, empruntés à une musique de régiment. On avait failli nous interdire

par les anges sur le berceau de l'Enfant Jésus?

Nos cantiques classiques de Noël alternent avec les chants liturgiques. Ils furent très bien exécutés et vous comprenez combien ils furent savourés par nos soldats : il fallait entendre toutes ces voix d'honmies reprenant avec enthousiasme les refrains chers à leur enfance !

Il y eut deux autres messes militaires dans La matinée, avant et après la grand'messe paroissiale.

Dans l'après-midi, je fus invité par M. le Curé à chanter les vêpres solennelles. Cette fois, nos excellents ambulanciers firent un salmigondis de psaumes latins et de couplets français qui n'avait rien de liturgique. Mais le cœur et l'entrain y étaient. En sortant de l'église, j'avais à me rendre à quelques kilomètres de là pour une visite quotidienne d'ambulance : j'eus la joie de faire cette route en compagnie de mon ami Pierre Lauras qui était venu me rejoindre — c'était la première fois que je pouvais avoir avec lui une conversation à loisir — et voilà comment se termina pour moi, dans l'atmosphère de la grande famille plus aimée que jamais, cette belle fête de Noël.

Paul AUCLER,

Aumônier de la N' division.

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