‹ Impressions de nature et d'artChapitre 43 sur 55 · MAURICE BOUCHOR · texte numérisé non relu

MAURICE BOUCHOR

Poèmes de Vamour et de la mer.

Après un début assez violent, plein d'exubérance, du même auteur, ce volume semble l'apaisement d'un talent, sa première étape vers cette région sereine où toutes les forces de la pensée sagement

réparties concourent à une harmonie générale. Il faudrait de nombreuses citations pour faire apprécier la langue très pure et l'élan mouvementé des poèmes de M. Boucher ; pourtant les trois strophes suivantes peuvent faire apprécier ce poète nouveau, dont l'avenir très long encore devra tenir de brillantes et sérieuses promesses :

Que la brise du ciel est légère et joyeuse!

Comme en silence au loin glissent les blanches voiles!

Que la voix de la mer, grave et religieuse,

Monte tranquillement vers les belles étoiles 1

Oh ! quand la sombre nuit apparaît et déploie Ses ailes, lentement comme un oiseau sauvage, Moi, mon âme s'éveille — et ma plus grande joie Est d'écouter rouler les galets sur la plage.

Tout est si beau, mes yeux s'emplissent d'un tel rêve! L'Océan monstrueux me donne le vertige ; La lune, que le flot fait danser et soulève, Semble une fleur des eaux qui tourne sur sa tige.

Si nous voulions chercher une analogie à ces vers de M. Boucher, nous la trouverions dans les poésies d'Armand Silvestre. C'est le même essor, loin des réalités de la vie, vers les cieux, la mer, les étoiles, tout ce qui représente à notre esprit, limité par des mots connus, l'inconnu de l'espace et des aspirations idéales ; ainsi ces deux poètes

aiment la nature, ils la chantent ; mais ils célèbrent surtout en elle l'infini qu'elle représente, et, pour compléter leur ressemblance, l'un et l'autre animent leurs paysages d'une figure vague, voilée d'amour ou de désespérance, et qui, transformée par le jour et l'heure, accompagne sans cesse leur inspiration, comme cette colonne de nuées changée la nuit en fût lumineux, qui guidait les Hébreux sous la conduite de Moïse.

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