NOUVELLE SÉRIE
Nous venons de remonter aux sources, de retrouver ce flot voisin des montagnes, vigoureux, abondant , intarissable , où plusieurs générations de poètes ont déjà puisé sans l'amoindrir ni parvenir à le rendre banal. « Remonter aux sources,» cela seul peut expliquer l'impression de fraîcheur, de grandeur sur les sommets, d'espace illimité que nous a fait éprouver la lecture des deux beaux volumes de Victor Hugo. Autour de ce maître unique l'admiration ne se changera jamais en habitude. Après chaque publication nouvelle tous les fervents du poète croient pouvoir se reposer dans la sérénité d'un sentiment acquis, installé; puis l'enthousiasme les agite de nouveau, car ce sera le caractère distinctif de ce génie que son rajeunissement perpétuel, ou. plutôt son immuabilité grandiose. Quel est celui parmi nous qui n'a connu le nom de Victor Hugo avant d'avoir su l'écrire, épelé dans
ses livres, trouvé son premier élan au bord d'une de ses strophes restée à jamais dans la mémoire éblouie de l'enfant? On peut dire qu'il a créé un monde. Depuis les Odes et Ballades, les Orientales, jusqu'aux Contemplations, à la Légende des siècles, en passant par les Feuilles d'automne, les Chants du créjniscule, le siècle s'est formé à celte voix puissante, toutes les lyres se sont accordées à celle-là, et même au temps d'exil, doublant son prestige de l'éloignement, de la distance, le poète a présidé le mouvement littéraire, provoqué d'ardentes sympathies, qui sont devenues des talents. Des poètes par admiration, voilà ce que Victor Hugo a su faire, et l'on peut dire que toute la pépinière romantique et lyrique fut formée de lui, comme certaines forêts africaines d'un seul arbre, fournissant des milliers de rejetons, mais sans rien perdre de sa sève, demeurant le plus grand parmi les plus nombreux, le front dans la lumière inaltérée, et les racines au plus profond des terres fertiles. Aussi bien il a épargné à ses fidèles le désenchantement tardif qui suit les idolâtries httéraires. A mesure que le temps marche, changeant à chaque élape son panorama de grands hommes, on est forcé d'avancer avec lui, de jeter aux cultes de sa jeunesse un regret, un adieu provoqué par l'éternelle justice de l'esprit, et c'est un des chagrins de la vie que ce renoncement partiel où le
néant s'apprend à mesure que l'âge arrive. Les admirateurs d'Hugo n'ont eu qu'à rester stables, attentifs, devant la production la plus inouïe, la plus égale. Au contraire, Tœuvre grandit toujours à mesure que l'homme vieillit, comme si l'approche de l'immortalité élargissait cette pensée au delà des limites ordinaires. Il y a certaines pages de cette nouvelle « Légende » où s'entr'ouvre réellement l'horizon, ainsi que dans une de ces lignes lumineuses, comme l'aube qui naît ou le soleil qui se couche en tracent en cercle autour de nous. Échappées mystérieuses vers des mondes inexplorés, gouffres qui tentent, attrait d'un voile écarté, d'une porte mal close, d'une barre de clarté dans l'ombre assourdie d'un cachot. La pensée du poète frôle d'une aile ces abîmes, de l'autre se maintient aux mondes réels dans un vol tenté d'inconnu, mais qui touche encore, pour nous mieux charmer, ce que nos yeux peuvent atteindre. C'est là l'idéal poétique; mais combien peu y parviendront ! C'est que, chez Victor Hugo, l'esprit demeure fidèle aux idées générales, se passionne au delà des âges, étend si loin son envergure géante que parfois il voile le soleil, jette une ombre triste d'humanité sur les gloires splendides de la poésie. Ses héros sont toujours- plus grands que nature, surtout dans ce dernier livre oi!i le rêve poétique constant fait une brume illusionnante autour de tous les person-
nages; ce sont des fronts hauts comme des sommets, des épaules où s'assied l'espace, des bras tendus à porter les astres, et des êtres vivants quand même et bons, terribles, indulgents ou coupables ; car, par un miracle d'art, l'humanité monte encore dans ces colosses, d'un sang bouillonnant et limpide. On n'analyse pas les chefs-d'œuvre, et la plupart de ces poèmes récents sont connus par un empressement des journaux qui, pour tout autre, aurait pu nuire à l'effet du livre. Ces pièces sont une somme de génie et de gloire, et 1 isolement en caractères médiocres parmi des préoccupations tout à fait étrangères à la poésie, pouvait diminuer leur unité d'ensemble ; car elles se tiennent l'une l'autre comme les souffles d'une haleine, ou les battements d'un cœur paisible et souverain. La forme employée généralement, c'est l'alexandrin en rimes plates, l'alexandrin que Victor Hugo rompt, transforme, coupe en dialogue, découpe en interjections, et qui, malgré tout, garde avec lui sa haute allure, le mouvement d'un geste de héros, retombant pour la rime sur quelque bouclier d'airain; puis la grande strophe, dont le poète s'est toujours servi avec bonheur, et qui convient bien, par l'espace qu'elle laisse entre les mots, et ses différences rythmiques dans le nombre des vers, aux conceptions de longue haleine. Quoi de plus beau, par exemple, que cette
pièce de la Terre, qui ouvre le premier livre de la Légende des siècles :
Elle est la terre, elle est la plaine, elle est le champ, Elle est chère à tous ceux qui sèment en marchant,
Elle offre un lit de mousse au pâtre.
Frileuse, elle se chauffe au soleil éternel, Rit et fait cercle avec les planètes du ciel.
Comme des sœurs autour de l'àtre.
Elle aime le rayon propice aux blés mouvants, Et l'assainissement formidable des vents,
Et les souffles qui sont des lyres.
Et l'éclair, front vivant, qui, lorsqu'il brille et fuit, Tout ensemble épouvante et rassure la nuit,
A force d'effrayants sourires.
Elle égalise tout dans la fosse et confond Avec les bouviers morts la poussière que font
Les Césars et les Alexandres ; Elle envoie au ciel l'âme et garde l'animal ; Elle ignore, en son vaste effacement du mal,
La différence de deux cendres.
Elle fut le berceau d'Adam et de Japhet,
Et puis elle est leur tombe ; et c'est elle qui fait
DansTyr qu'aujourd'hui l'on ignore, Dans Sparte et Rome en deuil, dans Memphis abattu, Dans tous les lieux où l'homme a parlé, puis s'est tu.
Chanter la cigale sonore.
La terre fut jadis Cérès, Aima Cérès,
Mère aux yeux bleus des blés, des prés et des forêts,
Et je l'entends qui dit encore :
Fils, je suis Demeter, la déesse des dieux, Et vous me bâtirez un temple radieux
Sur la colline Callichore.
Victor Hugo touche aux éléments, il les comprend, il leur parle, il en est un lui-même ; aussi leur immensité n'a pour lui aucun secret. C'est bien le génie livré à la nature, et qu'elle a pris pour confident et pour grand prêtre. Le Titan nous a rappelé le Satyre de l'ancienne Légende, mais, au lieu des bruissements de feuillages et de sources, des murmures d'insectes et d'oiseaux, de cet enveloppement de nature mouillée, chantante, vivante que secoue le Satyre au seuil de l'Olympe assemblé, nous avons ici le voyage du Titan sous les prisons de rocs où il se débat, et toute l'horreur de l'ombre pesante, insoulevable, dont s'irrite sa soif de clarté.
Par moments, il s'arrête, il écoute, il entend Sur sa tête les dieux rire, et pleurer la terre.
Et tout ce qu'il faut taire, Il l'aperçoit. La fin de l'être et de l'espoir, L'inhospilalité sinistre du fond noir,
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Le cloaque où plus tard crouleront les Sodomes,
Le dessous ténébreux des pas de tous les hommes,
Le silence gardant le secret. Arrêtez!
Plus loin n'existe pas! L'ombre de tous côtés!
Ce gouffre est devant lui. L'abject, le froid, l'horrible,
L'évanouissement misérable et terrible.
L'espèce de brouillard que ferait le Léthé,
Cette chose sans nom, l'univers avorté,
Un vide monstrueux où de l'effroi surnage,
L'impossibilité de tourner une page.
Le suprême feuillet faisant le dernier pli !
Le plus beau, c'est l'écartement subit des régions sombres :
Devant cette lumière, Brusque aveu d'on ne sait quel profond firmament.
Il y a là pour le lecteur un éblouissement, un éclair qui dure.
La ViUe dlsjxirue raconte la bataille de l'eau contre l'homme, la révolte du courant contre les digues asservissantes ; rien de plus complètement fort que la description de la ville avant son engloutissement. C'est un emportement de couleur asiatique. Cela est fait avec tout ce que l'on sait de grand des cités mortes, tout ce que le sable des déserts, la mer montante ont englouti sans retour ; il nous a semblé voir la Carthage de Salammbô em-
portée sur l'élan des rimes dans un horizon de rêves et de splendeurs passées.
Donc cette ville était toute bâtie en briques.
On y voyait des tours, des bazars, des fabriques,
Des arcs, des palais pleins de luths mélodieux
Et des monstres d'airain qu'on appelait les dieux.
Cette ville était gaie et barbare ; ses places
Faisaient par leurs gibets rire les populaces ;
On y chantait des chœurs pleins d'oubli, l'homme étant
L'ombre qui jette un souffle et qui dure un instant;
De claires eaux luisaient au fond des avenues;
Les vautours se posaient, fouillant du bec leurs plumes, Sur les temples, sans peur d'être chassés, sachant Que l'idole féroce aime l'oiseau méchant;
Mais un jour l'Océan se mit à remuer.
Si bien qu'un soir, à l'heure où tout semble frémir, A l'heure où, se levant comme un sinistre émir, Sirius apparaît et, sur l'horizon sombre, Donne un signal de marche aux étoiles sans nombre; Les nuages qu'un vent l'un à l'autre rejoint Et pousse, seuls oiseaux qui ne dormissent point, La lune, le front blanc des monts, les pâles astres Virent soudain maisons, dômes, arceaux, pilastres. Toute la ville, ainsi qu'un rêve en un instant, Peuple, armée et le roi qui buvait en chantant, Et qui n'eut pas le temps de se lever de table. Crouler dans on ne sait quelle ombre épouvantable.
Et lorsque, changeant d'inspiration, Victor Hugo transporte ces combats, ces agitations puissantes, ces forces vives dans le cœur de l'homme, le spectacle qu'il en donne est au moins aussi intense et aussi pur. Quelle impression profonde laisse, par exemple, la lecture des Bannis, et le superbe dialogue en vue des plaines vastes qu'emplit le tumulte des guerres lointaines, entre Cynthée et Méphialte.
Avec le Romancero du Ciel, Welf, Castellan d'Oshor Masferrer, Gaïffer-Jorge, le poète revient à l'histoire héroïque qu'il affectionne et qu'il traite à la façon des chansons de geste; car, si tout génie contient un prophète, il trouve aussi en lui l'écho des temps écoulés. Les sites mêmes dépeints dans ces épopées ont la sauvagerie d'une date lointaine : des bourgs bâtis sur des précipices, des ponts-levis jetés sur des torrents ; c'est l'aire, c'est la tannière, l'abri du seigneur fauve dont le peuple est la victime et la proie. Nous essayerons de raconter V Aigle dio casque, une des merveilles du livre :
Tiphaine est dans sa tour que protège un fossé. Debout, les bras croisés, sur la haute muraille, Voilà longtemps qu'il n'a tué quelqu'un. Il bâille. Dix ans, cela 'suffit pour que les chênes verts Soient d'une obscurité plus épaisse couverts. Dix ans, cela suffit pour qu'un enfant grandisse.
Cet enfant, c'est Jacques, le petit-fils du comte Sthathaël, qui a juré à son aïeul de tuer Tiphaine,
Le lord sauvage des forêts ; Pas un loup n'oserait l'approcher de trop près. Il s'est fait un royaume avec une montagne ; On le craint en Ecosse, en Northumbre, en Bretagne. On ne l'attaque pas tant il est toujours seul; Être dans le désert, c'est vivre en un linceul. Il faut pire. Est-il prince? est-il né sous le chaume? On ne sait; un bandit qui serait un fantôme, C'est Tiphaine; et les vents, et les lacs, et. les bois Semblent ne prononcer son nom qu'à demi-voix.
Tiphaine, provoqué par Angus, les deux adversaires réunis en champ clos, l'un tout jeune, l'autre dans la force de l'âge, le combat commence et la fougue de Jacques l'adolescent se heurte d'abord à l'impassibilité farouche du terrible lord, hnmobile, muet, celui-ci semble railler sa faiblesse, puis tout à coup :
Il leva sa visière, Eut un rugissement de bête carnassière, Et sur le jeune comte Angus il s'abattit D'un tel air infernal que le pauvre petit Tourna bride, jeta sa lance et prit la fuite.
Alors commence une poursuite qui franchit les bruyères et les précipices, retentit sur la terre mate
de la forêt, s'éclabousse aux ruisseaux qu'elle traverse. Emporté par sa fuyante terreur, Angus va droit devant lui, et Tiphaine, sans se laisser arrêter ni fléchir d'abord par un vieillard vénérable, puis par une procession de nonnes en voiles blancs, une mère nourrice avec son enfant dans ses bras, tous le suppliant pour qu'il laisse la vie au tremblant gibier qu'il pourchasse, le suit dans le vent de sa folle course, et l'attend au fond d'une ravine où il le tue sans merci.
Alors l'aigle d'airain qu'il avait sur son casque
Et qui, calme, immobile et sombre l'observait.
Cria : « Cieux étoiles, montagnes que revêt
L'innocente blancheur des neiges vénérables,
0 fleuves, ô forêts, cèdres, sapins, érables.
Je vous prends à témoin que cet homme est méchant, n
Et cela dit, ainsi qu'un piochi/ur fouille un champ.
Comme avec sa cognée un pâtre brise un chêne,
II se mit à frapper à coups de bec Tiphaine ;
Il lui creva les yeux ; il lui broya les dents ;
Il lui pétrit le crâne en ses ongles ardents
Sous l'armet d'où le sang sortait comme d'un crible,
Le jeta mort à terre et s'envola terrible.
Quelle superbe fini et quelle idée de poète que ce châtiment ailé qui frappe, s'acharne et fuit ensuite, ne laissant pas même au meurtrier l'honneur d'un svmbole à son front.
La Paterrdté se rapporte à ces hautes inspirations :
Le père a souffleté le fils.
Tous deux sont grands.
Et l'auteur commence le portrait de ces deux hommes, énumère leurs exploits ou leurs vertus sauvages, puis termine ainsi :
Le fils n'est pas un chef vulgaire ; Mais le père a souvent pardonné dans la guerre, Ce qui fait que le père est le plus grand des deux.
Le fils, lui, n'oubliera pas le soufflet reçu :
J'ai droit à la colère à mon âge. L'offense, Tombant du père au fils, est la fin de l'enfance.
Il s'éloigne, va cacher sa honte, et Jayme, lorsqu'il l'a vu partir, descend dans la crypte où dort son père, l'aïeul dès longtemps disparu. Alors commence une magnifique confession de cet homme à celui dont il porte le nom , une imploration vers cette autorité paternelle dont rien ne peut sortir d'offensant parce qu'on la sait toute-puissante, voisine de l'autorité de Dieu. Il supplie, il pleure, il demande à la statue rigide un pardon, un conseil, même un châtiment ; oui, qu'elle lui rende l'affront fait à Ascagne, mais qu'il la sente attentive au-
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dessus de sa douleur, animée par le long aveu qu'il vient de faire.
Et la fui touche au sublime, quand le poète raconte :
Le vieux héros sentit un frisson sur sa joue.
Que dans l'ombre, d'un geste auguste et souverain,
Caressait doucement la grande main d'airain.
Jean Chouan, le Cimetière cVEylau appartiennent à cette veine héroïque ; la concision de ces deux poèmes, leurs proportions bien graduées et théâtrales en font des récits d'une grande allure.
La pièce intitulée : Ap'èsles Fourclies-Caiidvnes , s'anime, en outre, d'un sentiment intime, d'une tristesse grandiose et communicative. Un peu plus loin, les Se]}t merveilles du monde, monuments d'orgueil ou de cruauté, entassements de pierres, larges coulées d'airain, marbres sans tache, lumières trahissant l'ombre et l'horreur des flots, revendiquent tour à tour la plus haute place ou la plus longue durée. Outre sa tendance philosophique, ce long poème en sept parties contient des vers admirables, et ces descriptions dont Victor Hugo a le secret, qui font frissonner la pensée sur l'immobilité des choses. Avec lui le marbre palpite, la mer parle, l'étoile regarde, et cette activité de tout met dans son vers un mouvement miraculeux.
Mais tout livre d'Hugo contient parmi ses pages
robustes un feuillet rose teinté d'enfance et d'aube, et que lecteur entr' ouvre avec un tremblement d'attente et de joie. Cette fois, Petit Pcml, la Voix d'un enfant d'un an, Guerre civile, Q,icestion sociale, appartiennent à cette partie du génie du poète qui, dans le monument de sa gloire, figurera les guirlandes d'Amours, les trophées de fleurs, les anges ailés dont s'allègent les plus sévères frontons. Gazouillements inarticulés, syllabes tronquées où il semble qu'une petite âme nouvelle et trop pressée raconte des secrets de Paradis, illusions des coeurs naïfs, grandes comme l'ignorance et tout l'avenir d'une vie d'homme, tendresses étreignantes et fragiles autant que ces petits bras qui serrent si fort étant si courts, tout ce que l'enfance a de larmes dans la clarté de ses yeux, de sourires dans la pureté de sa bouche entr'ouverte, Victor Hugo l'a exprimé et dans une langue faite pour ce sujet exceptionnel, où son vaste élan se resserre, se maintient, arrive à la précaution d'une étreinte de grandpère, au respect attendri de je ne sais quel saint gigantesque, soulevant l'enfant dans ses bras pour ui faire passer un ruisseau.
Maintenant, pour terminer cette étude si rapide et peut-être trop longue, où nous avons essayé de dépeindre l'ensemble de la Légende des siècles, nous n'avons plus à parler que de ces pièces pensives et profondes : AMme , V Épopée du mr,
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Clartés d'âme, la Comète, où il semble que le poète n'ait eu que la lumière pour inspiration et pour but. La lumière, rien que la lumière. Il la trouve dans chaque pierre qu'il frappe, elle jaillit entre les mots, elle monte là comme une aurore ou surgit allumée dans le parcours d'un astre. Après les poèmes héroïques, le choc retentissant des armes et des rimes, ces méditations sereines sont d'un fortifiant et pur effet ; le poète y semble l'intermédiaire entre quelque puissance occulte et nous-mêmes qui ne la comprendrions pas sans lui.
Cette splendeur calme, cette clarté exempte de tout nuage et qui peut être regardée parce qu'elle est plane, égale, il y a des ciels d'été, au couchant, qui la conservent après la magie des grands rayons. On ne voit plus d'où vient le jour partout épandu ; la rivière est blanche, l'horizon distinct jusqu'aux plus petits arbres dressés sur son arête ; les routes éteintes, encore fumantes de l'ardente chaleur de juillet, sont visibles même à leurs confms, et l'heure est si exceptionnelle, si rare dans son émotion lumineuse, qu'on se croirait transporté en dehors du temps et des saisons parmi l'atmosphère supérieure où les corps se transfiguraient pour les ascensions miraculeuses.