VICTORINE DEMAY
comme on dit, un tempérament, voilà tout. C'est peu de chose, si vous voulez, et même ce n'est rien. Mais ce rien nous ravissait, ce rien était inestimable — et ce rien n'est plus.... Et précisément parce qu'il n'est plus, parce que cette créatrice de gaieté est morte tout entière et que nul ne se souviendra d'elle dans quelques années, il me plaît de la déclarer aujourd'hui géniale. N'ai-je pas raison, puisqu'elle Ta été (ou presque), et puisque ,nous ne la verrons plus?
M. Renan serait de mon avis. Ce grand sage pense assurément que rien de ce qui nous donne une impression d'art accomplie dans son genre, et rien de ce qui nous communique une honnête gaieté et nous fait un moment trouver la vie plus divertissante sans qu'il en coûte à notre vertu, ne saurait être dédaigné par un bon esprit. L'approbation de M. Renan a été une des grandes joies et un des grands orgueils de Yictorine Demay. C'est pour préparer la rencontre de ces deux gloires inégales ou, pour mieux dire, difiërentes, que je m'étais mis en quêto de la chanteuse, le dimanche où elle mangeait des goujons à Bougival. Si je vous raconte cette petite histoire, c'est qu'un journal l'a déjà divulguée il y a quelques mois. L'entrevue eut lieu chez une personne qui aime H. Renan de tout son cœur et qui voulait
amuser un peu, ce soir-là, son vénérable ami. L'auteur de la Vie de Jésus, avec la politesse attentive et la bonhomie charmante que Ton connaît, se leva, vint à la chanteuse et lui dit :
Madame, je fréquente peu les cafés-concerts,
mais je serai heureux de vous entendre, car j'ai beaucoup entendu parler de vous.
Demay, très émue et voulant être aussi aimable que possible, fît cette réponse d'une simplicité grandiose :
— Et moi aussi, Monsieur, je vous (ionnais bien !
Gela est très beau, quand on essaye de se figurer ce que Demay pouvait connaître de M. Renan et quelle idée elle pouvait bien s'en faire.
Ainsi conversèrent ces deux « artistes lyriques ». Si Ton voulait méditer sur cette rencontre, il pourrait jaillir de cette méditation un joli cliquetis d'antithèses. Et, comme on verrait dans les deux personnages de cette petite comédie les deux représentants extrêmes de la pensée et de Tart, venus des deux pôles de la littérature (excusez cette langue déplorable) pour se saluer avec un peu d'étonnement, la chose tournerait vite au symbole.
^ Et Ton peut méditer aussi sur les conséquences politiques de la mort de Yictorine Demay. Tandis que M. Paulus personnifie le boulangisme dans les cafés-
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concerts, Demay y représentait vaillamment Tanliboulangisme. Vous n'avez pas oublié ces refrains : // reviendra ! Le voir et mourir ! Ne parle pas, Ernest, je fen supplie! Demay avait eu l'honneur d'inquiéter la Ligue des Patriotes. Des gymnastes de M. Paul Déroulède étaient venus la siffler un soir à l'Alcazar. Cette voix ne les troublera plus.
A moins qu'au contraire il ne soit dangereux pour lui que cette voix ironique cesse de lui conseiller le silence. Simaintenant «Ernest» allait parler, l'imprudent ?...
Tranchez vous-même la question ; et ne me reprochez point d'avoir parlé légèrement de la mort. Au moment où disparaissent les masques humains qui avaient pour emploi de nous divertir, le chagrin de leur perte nous ramène forcément au souvenir des joyeuses minutes que nous leur devons ; et ce souvenir, où il y a du regret et de la reconnaissance, ne saurait les offenser. Saltavit et placuitj dit Pépitaphe ancienne.
PagM.
Matinées classiques de l'odéon : VOrestiâ d*Egchyle, conférence à propos des Erynniâs
MOLIÈBB.
Matinées classiques de l'odéon : Conférence de M. Ferdinand Brunetière sur V Ecole des femmet et le Malade imaginaire» — Mort de Gondinet. . . 19
Odéok : Conférence de M. Henri Chantavoine sur Georgei Dandin. — La boulangerie parisienne à l'Ambigu p . 29
COMÉDIE-FBANÇAISE : Représentation de retraite de
M. Coquslin aîné. — Tartufe ^ . 37
BACINB.
Matinées classiques de l*odéon : Conférence de
M. Francisque 8;ircej sur Athalie 49
MARIVAUX
Matinées classiques de l*odéon : 12 Epreuve^ comédie
en on acte de Mariyauz 65
Pages.
Théâtre libre ancien : Isabelle crosse par vertu, farce ennn acte, attribaëe à Fagan. — Le divorce , farce en trois actes, de Renard. — Arlequin poli par rAtnour, féerie en un acte, de Marivaux. — Le marchand de m..... farce en un acte, de Thomas Gaenllette * . . 71
COMÉDIB-VBANÇAISE : Henri 211 et sa cour, drame en
cinq actes, en prose, d'Alexandre Dumas. ... 83 Réponse à M. Francisque Sarcej. 96