‹ Impressions de théâtre (volume 2)Chapitre 9 sur 14 · SS · texte numérisé non relu

SS

Si j^étais prêtre catholique, on de mes chagrins serait de voir ce que les artistes et les littérateurs ont fait de l'histoire de Jésus et de Madeleine.

Dans VEvangiU^ c'est très simple, très touchant, très pur, — et très court. Toute cette histoire tien* (irait en une page. Un Jour que Jésus soupait ches Simon le pharisien, une femme de mauvaise vie vient s*agenouiller à ses pieds, les arrose de larmes, les essuie avec ses cheveux, puis y verse des parfums* Et Jésus dit à Simon : c Beaucoup de péchés lui seront remis parce qu^elle a beaucoup aimé >. Puis la femme 8*en va sans rien dire. — Cette femme, si Ton en croit la tradition, était la même que Marie» sœur de Marthe et de Lazare. Et, quelque temps après, nous la retrouvons chez Lazare, toujours auK pieds de Jésus, toujours silencieuse et récoulant. Après la mort de Lazare» elle tombe aux pieds de

Jésus (toujours !) et ne lui dit que ce mot : a Seigneur, si vous aviez été ici, mon frère ne serait pas mort. D Elle suit Jésus le jour de son supplice : elle est debout au pied^ de la croix. Le surlendemain, elle se rend à son tombeau, s'aperçoit qu'il est vide et, se retournant, elle voit Jésus qu'elle prend d'abord pour le jardinier. Alors Jésus, lui adressant directement la parole pour la première fois, lui dit: — a Marie I » et elle répond : « Maître ! » Et Jésus lui dit : a Ne me touche pas; mais va trouver mes frères et dis-leur ce que tu as vu. »

C'est tout, et certes c'est assez. Ce fait, que le Sauveur a absous une femme publique et Ta eue pour amie, est éminemment significatif. G^était une grande nouveauté morale. Lacordaire l'explique éloquemment dans son histoire de Sainte Marie-Madeleine. «i On se demandera pourquoi le divin Maître des âmes a voulu choisir pour laimer de préférence une pauvre pécheresse, et nous la léguer à nou^ comme le plus touchant exemplaire de la sainteté. La raison n-en est pas difficile à entendre : Tinnocence est une goutte d'eau dans le monde, le repentir est l'océan qui l'enveloppe et qui le sauve. » (Lacordaire n'a pas toujours la métaphorv3 très sûre.) « Il était donc \ digne de la bonté de Dieu d'élever le repentir aussi haut que possible, et c'est pourquoi, dans l'Ancien ) comme dans le Nouveau Testament, il a mis sous nos ! yeux un modèle accompli de réhabilitation par la ^ pénitence : David et ^arie-Madeleine. » Pui«, . il

montre que, de ces deux grandes figures de la pénilence, la seconde est la plus divine : c D*abord, c'est une femme, c'est-à-dire l'être en qui la souillure est le plus irrémédiable, et cette différence entre l'Ancien et le Nouveau Testament est à elle seule un progrès subMme dans la miséricorde. Ce n'est plus l'homme qui est racheté par le repentir, c'est la femme. Aucune femme flétrie par le vice n'avait été rendue grande avant Jésus-Christ : Jésus-Christ seul

l'a fait Marie-Madeleine n'a eu que ses larmes,

mais elles coulaient sur les pieds du Sauveur.... Humble et cachée après avoir trouvé grâce, elle ne s'éloigne pas des pieds quiTont purifiée... Séparée de ce maître, l'unique objet de sa vie..., elle ensevelit en unanire inconnu ses souvenirs et son âme. Elle meurt enfin d* amour ^ en recevant d'un évêque envoyé de Dieu la chair sacrée du Fils de Dieu. »

Il ne faut qu'adorer. Lacordaire lui-môme commente trop. Sa vie de Marie-Madeleine devient une sorte de roman divin de l'amitié. Il démontre que la créature que Jésus a le plus aimée, ce n'est point Lazare, ce n'est point Marthe, ce n'est même pas saint Jean TEvangéliste, c'estMarie de Magdala. lia, à propos de l'histoire de la résurrection de Lazare, des remarques d'une finesse exquise, mais un peu imprudente : • La vue des larmes de Madeleine touche Jésus, et il pleure lui-même. Jusque-là il s'était contenu ; devant Marie sa faiblesse éclate. » Et plus loin : c II y avait donc dans Marie... une plue

grande action sur le cœur de Jésus. « Et alors une question nous brûle les lèvres, une question que le saint religieuse ne s'est point posée (car elle est presque impie), mais que tout son livre nous suggère : a Que le plus grand ami de Jésus ait été une amie, — et que cette amie ait été une femme souillée... d'où vient cela ?.,. Et qui dira (je tremble à écrire ces mots) si quelque chose de Tattrait mystérieux du sexe ne subsistait pas, purifié et angélisé, dans cette amitié surnaturelle ? » J'ai grand^peur que le ressouvenir de la beauté mortelle et de l'ancien métier de Marie ne rende périlleux et aisément sacrilège tout essai de définition des sentiments qui unissaient à son Sauveur la pécheresse rachetée. Ce ressouvenir, l'imagination si chaste du grand dominicain n^y échappe point entièrement : « Tout en pleurant, Marie laisse tomber ses cheveux autour de sa tête et, faisant de leurs tresses magnifiques un instrument de sa pénitence, elle essuie de leur soie humiliée les larmes qu'elle répand. C'était la première fois qu'une femme condamnait ou plutôt consacrait sa chevelure À ce ministère de tendresse et d'expiation. » Oh ! ces cheveux de la pécheresse, ces cheveux trop beaui, trop longs et trop lourds !... Pourquoi nous les étaler ? Nous avons beau faire, il y a pour nous une volupté dans ces images extérieures de la pénitence de Madeleine. Au moment même où son cœur se purifie et se renouvelle dans l'amour divin, l'appa* reil même de son repentir continue de trahir Marioo

dans Marie, et Madeleine, c*est encore Madelon.., Non, nul de nous, hommes de chair, n'est assez pur pour concevoir ces choses sans trouble, et je com« prends maintenant que la formidable orthodoxie de IVf. Barbey d'Aurevilly ait repoussé, comme amollissant, le livre du candide Lacordaire.

Mais ce qui fait que les âmes pieuses et croyantes hésitent devant leur pensée pour ne point profaner un mystère, c'est cela même qui a toujours fait la joie des artistes et des littérateurs, et généralement de tous les païens (et Dieu sait s'il y en a, même parmi ceux qui ont été baptisés !). Et ainsi l'épisode le plus touchant de la vie du Sauveur, et Ton peut dire le plus divin, si la divinité se mesure à la puissance de la miséricorde, est celui qui a inspiré aux hommes, dans la suite des âges, les rêveries les plus voluptueuses et les fantaisies les plus antichré* tiennes.

D'abord, que Madeleine ait été si belle, qu'elle ait commencé par faire le métier que vous savez, et qu'une légende naïve ne lui ait laissé, même à la Sainte Baume, pour vêtement que ses cheveux (tou* jours ces cheveux!)... quelle aubaine pour les peintres ! Obstinément, ils se sont plu à nous rappeler qu^elle conserva jusqu'à la fin, dans sa pénitence, le costume de sa perdition ; et, depuis le Titien jusqu'à M. Henner, ils nous ont livré en pâture des « Madeleines au désert » qui ressemblaient parfaitement à des Vénus couchées. En sorte quo la première

et la plus illustre héroïne de la pénitence chrétienne est de toutes les ûgures historiques et légendaires celle dont le souvenir a fait s'épanouir sur la toile le plus de nudités et les plus complètes, et qu'ainsi elle a continué à faire ici-bas en quelque façon, la pauvre sainte! ce qu'elle faisait avant la rencontre de

Jésus.

Puis, les littérateurs et les poètes de notre temps s'en sont mêlés. Cette espèce de roman qu'ils croyaient découvrir aux origines du christianisme les ravissait, les rendait pleins d'indulgence pour la religion de leurs mères. L'aventure de Marie-Madeleine « rachetée par Pamour i, c'était, pour ces surprenants chrétiens, quelque chose comme le prototype de l'histoire de Marion Delorme ou de la Dame aux Camélias ! Vous vous rappelez ces profanations romantiques. (Mon Dieul pardonnez-leur, car ils ne savaient ce qu'ils faisaient!) Dans le Tableau d'église d'Alfred de Musset, un a enfant du siècle » interroge l'image peinte du Christ :

« Oh 1 si au fond de ton &me, si dans les derniers et secrets replis de ta pensée, le Doute, le Doute terrible... si toi-même tu ne croyais pas à cette immortalité que tu préchais; si l'homme, l'homme criait alors en toi I... Et pas un être au monde ne savait ta pensée... Et dans cette nuit terrible des Oliviers, oh I devant qui t'agenouillas-tu ? Qui l'a su ?Quile saura jamais?... Quoi! pas un être!... i « A cette parole je m'arrêtai... Une douce mélodie

se fit sentir à mon oreille, et j'entendis chuchoter : Maria Magdalena ! >

Dans la Fin de Satan, de Victor Hugo, c'est autre chose, et c'est encore, au fond, la même chose. Ayant appris que celui qu'elle aime est en danger, Marie-Madeleine se glisse un soir vers la maison de Marie, mère de Jésus :

Elle regarde à gauche, elle regarde à droite Et marche. S*îl faisait moins sombre au firmament. On pourrait à sei doigts distinguer vaguement Le cercle délicat des bagues disparues...

Elle entre et dit à Marie :

n &iit que ce soir même il fuie, et que jamais

n ne revienne, ô mère! et, si tu le permets,

Je vais remmener, moi I Ces prêtres sont infâmes I

Manquer sa mission, ne point sauver les âmes,

Que nous importe, à nous les femmes qui rairaons!...

Qu'il renonce au rachat des hommes, sa chimère!. .

Laisse-moi Tarracher à son afiEreux devoir I etc..

Et dire que ce vieux goût romantique pour Mario- Madeleine est peut-être tout ce qui reste de cliriHlianisme à la plupart de nos contemporains !...

Thsatbe-Libbe : Rolande ^ drame en quatre actes, en prose,

de M. Louis de Gramont.

12 novembre 1883.

La moitié d'un bon drame, simple, véridique, robuste, à la Becque, — et moral ! ah I épouvanlablement moral ! beaucoup plus moral ({m^ V Abbé Corntantin! — puis, (quelques scènes de mauvaises mœurs, un f eu à la façon des Bas-fonds d'Henry Monnier ; enfin, un dénouement ^a?prM« et cornélien... voilà de qut i se compose la pièce imparfaite, mais distinguée, de M. Louis de Gramont.

Au premier acte, la comtesse de Montmorin est en train de moufir. Elle meurt du libertinage de son mari, liberlirage ignominieux de quinquagénaire, aveugle et fatal comme une maladie. En ce moment même, tandis que, haletante sur ses coussins, elle sent l'asphyxie venir, Montmorin s'attarde chez sa dernière maîtresse, une Madame Rixdal, chez qui il a passé la nuit. La mourante le sait. Elle fait approcher sa fille Rolande, lui confie la triste vérité, et que déjà elle a laissé entamer sa propre fortune pour

payer les dettes de son mari. Elle fait jurer à la jeune fille de veiller sur son père, de proléger son petit frère Lucien et de défendre l'honneur de la maison.

Montmorin rentre là-dessus. Il n'est pas méchant, le malheureux f C'est, du reste, un monsieur considérable, très décoré, ancien officier de marine, haut fonctionnaire au ministère des colonies... « Tu sais bien que je n*aime que toi », dit-il à sa femme. Et il dit vrai ! Il se repent, implore son pardon, promet de rompre avec M°»« Rixdal. Et il est sincère I Ah I misère de nous !

La pauvre femme le croit, ou fait semblant. Elle s'apaise et peu à peu s'endort. Une servante paraît. C'est une femme de chambre entrée le matin même dans la maison. « Savez- vous que vous êtes gentille ? » lui dit Montmorin. La fille sourit, a On a dû déjà vous le dire, que vous étiez gentille ? — Dame ! oui. Mais c'étaient des ouvriers ou des domestiques qui me le disaient, et alors ça m'était bien égal... Ah! si c'était quelqu'un de bien I... » Montmorin l'interroge sur ses rêves d'avenir. Elle voudrait être gantière dans un passage, puis, quand elle serait riche, se retirer à la campagne. Pour cela, il faudrait d'abord queses gages fussent doublés.— « Ils le seront, mon enfant. » Montmorin la lutine, l'attire sur ses genoux... Tout à coup, un grand cri I La malade a tout vu, tout entendu. Elle retombe sur ses oreillers, morte...

Montmorin pleure très sincèrement sa femme.... et

continue à vivre comme devant. Une vieille Macette, M""* Mitaine, qui est usurière par-dessus le marché, et qui lui prête de l'argent (car M"* Rixdal lui coûte cher), vient lui proposer ce qu'elle appelle du « nanan ». Ce nanan, c'est une fillette de quatorze ans, Thérésine Putois, dite Zizine.. . Montmorin refuse, mais du ton d*un homme, qui accepte. « Je vous enverrai la jeune personne, dit M"^* Mitaine ; cela ne vous engagera a rien. »

Cependant Rolande, âme sérieuse et virile, se souvient du serment fait à sa mère. Pour mieux se dévouer à sa tâche, elle refuse sa main â un honnête garçon qu'elle aime et dont elle est aimée. Forcée par son père de recevoir M™e Rixdal, qui voudrait la marier pour s'installer à sa place dans la maison, elle dit son fait â Tintrigante et la met à la porte. Ici, une fort belle scène entre le père et la fille. Le digne érotomane, soulevé par une colère de vieux faune qui ne se contient plus et que guette le gâtisme, balhutie des menaces... Avec une noble tristesse et une héroïque fermeté, Rolande répond qu'elle fera son devoir. « Et si je te chassais ?... — Oh ! cela, je vous en défie I »

Le vieil enfant, resté seul, lâche un gros juron. (Cette brutale exclamation, cette naturelle remontée d'ignoble colère aux lèvres molles du vieux suiveur correct et décoré, ne m'eût choqué en aucune façon si elle- n'eût quelque peu détonné avec la scène précédetfte, qui est presque trop « écrite ».) Entre alor

m IMPRESSIONS DE THEATRE.

Zizîne Putois, le petit troUin, nez retrousse, dents de loup, cheveux sur les yeux, grêle et pourtant déjà formée, le parler gras, — comme les pavés où elle a poussé, ^ fleur de ruisseau, vierge et pourrie, mais gardant encore dans son vice (elle a quatorze ans) des étonnements et des gentillesses de petite fille. « C'est rien chouette, ici ! » Telle est sa première phrase. Tout ce dialogue est d'une vérité choisie, ramassée, expressive.. •

Le reste peut se conter en deux mots. Montmorin, attiré dans unguet-apens par Putois, père de Zizine, par son frère Victor Putois, dit « la Saucisse n, et par M^n^ Mitaine, qui est la propre tante de la jeune personne, ne s'en tire qu'en signant pour 60,000 fr. de billets. Moyennant quoi, on lui laisse Zizine... C'est le troisième acte. Ce n'est point pour sa hardiesse que je l'admire. Je serai hardi quand on voudra, c'est à la portée de tout le monde. Mais il est remarquable par la précision et la sûreté dans la transcription des ignominies ; et il a, comme le reste de la pièce^ ce grand mérite d'être tout en action.

Montmorin a disparu depuis des mois, quand Putois apporte à Rolande le billet à payer. La pauvre fille n'a plus le sou... Elle apprend alors que son père se cache avec Zizine dans une maison de campagne aux environs de Paris. Et, tandis que Putois, menaçant, va prévenir la police, Rolande arrive la première auprès de Montmorin et lui tend un revol* ver. Le malheureux comprend, — et se lue, — uoa

sans quelques phrases sur l'honneur et sur son passé de vieux marin.

Si je m'en rapportais aux règles de l'ancienne poétique (et il faut bien que je m'en tienne à celle-là, tant que je ne serai pas sûr que la nouvelle nous a donné des chefs-d^œuvre), je dirais que le drame de M. Louis de Gramont me paraît dévier au beau milieu de son développement. Je dirais que le vrai sujet de ce drame est évidemment la lutte du père et de la fille ; que M. de Gramont a fort heureusement renouvelé la vieille histoire du baron Hulot en substituant à la baronne trop résignée l'énergique Rolande, protectrice de son jeune frère, gardienne du foyer, gardienne de l'honneur dn nom; mais que, cette luUe singulière et vraiment tragique, il n'en est vraiment plus assez question à partir du troisième acte. Après un premier engagement, Rolande disparaît, pour ne plus reparaître qu'au dénouement. J'aurais voulu, dans l'intervalle, d'autres rencontres entre la fille et le père. De les motiver et d'en graduer les effets, c'était l'affaire de l'auteur, et je ne dis point que ce fût facile. Il m'eût plu de voir Rolande traverser divers états d'esprit, et peu à peu, parmi des doutes et des déchirements de conscience^ passer, par piété filiale, de la fermeté résignée du commencement à l'indignation désespérée et à la sainte impiété de la fin. £t j^aurais aussi aimé que Montmorin ne fût point perdu, irrévocablement perdu dès le second acte, qu'il pût avoir encore, dans quelque scène avec sa

fille, un suprême réveil de tendresse humble et repentante, et que, avant de retourner à sa fange pour jamais, il eût ce mouvement, de se réfugier auprès de cet ange et de se mettre lui-même sous sa garde... Que sais-je, moi ? Mais voilà ! Montmorin est, au premier acte, tel qu^il sera au dernier. Nous sentons, dôs le début, qu'il n'est déjà plus partagé entre son vice et ses sentiments de père et d'époux. En réalité, il demeure immuable. Son cas est proprement pathologique. Il n*y a donc pas grand'chose à en iaire au théâtre, car le théâtre vit de mouvement. Ou bien il fallait que Rolande surgit au premier plan, que tout l'intérêt fût concentré sur elle. Au lieu de cela, à partir du second acte, c'est son incurable père qu'on nous met presque uniquement sous les yeux. Le mouvement est bien encore dans chaque scène en particulier : il n'est plus dans l'ensemble de l'œuvre.

Et l'auteur a si bien pris soin d'éteindre chez ce misérable Montmorin jusqu'à la plus petite lueur de sa conscience d'autrefois, que je m'étonne, en vérité, de le voir retrouver si subitement, à la fin, le sentiment de l'honneur et le courage de mourir. Non, non î tel qu'on nous le montre, il n'est pas possible qu'il lui reste assez de vertu pour se tuer. Tout à l'heure, il versait sur Zizinedes larmes dHdiot... Je m'attendais à le voir pleurer et trembler de peur devant Rolande, et la supplier de ne pas lui faire mal, et s'affaler sur les marches du perron... Dirai-je toute ma pensée? Oui, c'est Rolande qui devrait le tuer, — au moment

THÉÂTRE LIBllE. 327

OÙ les gens de police ouvriraient la grille. C*est cela qui serait crâne ! £t je vous assure qu'en insistant davantage sur le caractère de la jeune fille, en nous découvrant plus à fond ses sentiments et ses souffrances, on nous eût fait accepter ce parricide. Ne le croyez-vous pas ?

Je disais tout à l'heure : « Si je m'en rapportais à Fancienne poétique... » Il faut être sincère. On découvre de temps en temps qu'elle a produit d'ineffables sottises, l'ancienne poétique, celle de la pièce or bien faite t et de Toptimisme 1 Des sottises si nauséabondes qu'elles me réconcilient presque avec Esther BrandèSf la Pelote et Monsieur Ijimblin. Mon gracieux ami Jacques du Tillet nous donnait ces jours-ci dans le Gaulois, à propos de Rolande^ l'analyse de Madame Marneffe. C'est un « drame-vaudeville » (I) tiré de Balzac par Clairville et joué au Gymnase en 1849. M°^* Marnefife est devenue un ange de pureté, qui se donne les apparences d'un monstre parce qu^elle a une double vengeance à poursuivre. Elle veut venger sa sœur, autrefois séduite par Hulot, et son père, autrefois dépouillé par Crevel (je vous dis les choses tout en gros et à peu près) . C'est pourquoi elle se plaît & faire souffrir et à plumer les denx vieux messieurs. Mais, à la fin, elle pardonne à tout le monde. Elle épousera son petit camarade d'enfance, le Brésilien Montés ; et Marneffe, qui n'est point son mari et qui ne l'a jamais touchée du bout du doigt, sera son garçon d'honneur l La Xorme est plus prodi*

pieuse encore que le fond. Je ne choisis pas : je prends la première scène. M"* Hortense Hulot se marie. Mais, tandis que ses demoiselles d'honneur s^empressenl joyeusement autour d'elle, M"« Hulot {Adeline) est inquiète, et le jeune Victorin Hulot reste somhre : c'est qu'il vient d'apprendre que son père est ruiné. Et la scène, évidemment dramatique dans la pensée de l'auteur par le contraste de cette joie et 4e cette douleur, se termine par ces flons-flons :

HOBTENSE.

Terminons ma toilette, Car je veux aujourd'hui, Et sans être coquette, Plaire à mon mari.

LBS nSMOISELLISS. -^'^

Terminons sa toilette,

Elle peut aujourd'hui,

Sans paraître coquette,

Plaire à son mari.

CBEVEL, ADELINE. '

Terminez sa toilette, etc.

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