Impressions de voyage
M. Albert de Vleeshouwer est né à Anvers le 8 juin 1863. Son père, Benoit de Vleeshouwer, agent maritime, occupa dans le monde des affaires une des places les plus en vue; il fut notamment le premier agent à Anvers du Norddeutscher Lloyd.
Il dirigea son fils d'abord vers la carrière judiciaire; il voulait qu'il conquit le titre d'avocat. Mais le jeune homme ne se sentait pas la vocation et il abandonna les études de droit pour entrer dans les bureaux de l'agence maritime.
Quoique doué d'un talent d'assimilation remarquable, Albert de Vleeshouwer ne put s'habituer davantage à ce travail spécial qu'entraîne la profession de courtier maritime.
D'autres pensées l'occupaient. Il se sentait un tempérament d'artiste; ses goûts le portaient vers la musique. Sa mère, issue d'une ancienne famille scabinale anversoise, les Van Eeten, femme instruite, spirituelle, excellente artiste, avait soigné elle-même l'éducation de son fils unique, et dès l'âge de six ans, elle lui fit étudier le piano. Plus tard Albert de Vleeshouwer compléta cette étude et passa sa jeunesse en compagnie d'amis, également passionnés d'art et c'est ainsi que se développa en lui le goût accentué vers la musique qui devait plus tard le prendre tout entier.
Ce ne fut point sans peine que son père le vit quitter ses affaires,
mais sur les instances du Maître Jan Blockx, dont Albert de \^eeshouwer était devenu l'élève et le disciple, il fut décidé que celui-ci pourrait se consacrer à l'art et il s'y adonna effectivement avec ardeur et passion.
Le père, déjà malade, ne vit pas le premier triomphe de son fils. Ce fut en 1886. La Ville de Blankenberghe venait d'édifier son superbe Casino, dont l'inauguration eut lieu en juillet de cette année. L'administration communale avait chargé M. Wauters, régent de l'école moyenne de l'Etat, d'écrire les paroles d'une cantate, et elle chargea Albert de Vleeshouwer de composer la musique. Ce fut un franc succès. Trois Ministres, toute la presse belge, assistèrent à la fête. Dès ce moment, Albert de Vleeshouwer fut classé parmi les jeunes artistes de grand avenir.
Albert de Vleeshouwer composa ensuite, Zriny, drame lyrique joué au Théâtre lyrique flamand; V Ecole des Pères, un acte d'Eugène Landoy, créé à Lille et représenté au Théâtre Royal d'Anvers, le Marquis de Meilhan, cinq actes d'Eugène Landoy, également représenté au Théâtre Royal d'Anvers et la partition d'un drame lyrique de Verhulst, drame qui n'a pas encore été représenté.
Il écrivit aussi une cantate pour la fête nationale à Anvers sur des paroles de Stinissen; deux cantates pour les orphelins, et le Rêve de Houten Clara, une œuvre de fort belle venue, tirée du roman d'Henri Conscience.
Comme œuvre symphonique, nous avons de lui : le Féroce Chasseur, d'après la ballade de Burger.
En dehors des œuvres déjà citées, actons encore :
a) un morceau pour violoncelle : Zoete Gedaclitenis.
b) un petit chœur à trois voix : Roosje uit de Dalen.
c) un terzetto pour piano, violon et violoncelle, Badinage.
d) une Idylle pour orchestre (1887).
e) une dizaine de Lieder dont plusieurs sont édités chez Forst. /) Zingen, chœur à trois voix avec accompagnement.
g) une page d'Album, Mélancolie, pour hautbois.
h) et des esquisses symphoniques (1897).
Albert de Vleeshouwer se dévoua surtout aux Orphelins. Il voulait répandre parmi eux le goût de la musique. Sur le scénario de la dévouée directrice des Orphelines d'Anvers, Madame Désirant, il a composé les œuvres suivantes :
a) Orphelines.
b) Vertu et vice.
c) Reconnaissance.
Il a composé en outre la musique d'une piécette française de M. J. Veyrière, directeur de l'hôpital Stuyvenberg, intitulée V Epave et d'autres piécettes flamandes du même auteur.
Une des idées les plus méritoires d'Albert de Vleeshouwer fut mcontestablement la création à l'Orphelinat d'une chorale mixte pour anciens orphelins; celle-ci dans son intention avait aussi pour but de permettre aux jeunes compositeurs de se produire en pubUc. Cette œuvre subsista grâce à la seule générosité de Monsieur Albert de Vleeshouwer.
Albert de Vleeshouwer fut aussi membre secrétaire du jury officiel des concerts de la Ville d'Anvers.
N'oublions pas de mentionner le travail remarquable effectué par lui, consistant à réunir en une brochure toutes les musiques qui furent exécutées en 1899 lors du cortège Van Dyck.
Mais en dehors de l'Art Musical, auquel il était absolument dévoué, Albert de Vleeshouwer avait encore les quahtés précieuses du cœur.
Aucune infortune ne le laissait indifférent.
Il fut le protecteur toujours, le trésorier pendant de longues années, de la société les Amis des Orphelins et dirigea les concerts de cette société dans le seul but de la saine philanthropie.
Il fut administrateur du Mont-de-Piété et donna à cette institution une grande partie de son activité .
Depuis quelques années, il consacrait ses loisirs à voyager et c'est ainsi qu'il apprit aux lecteurs du Journal Le Matin à mieux connaître bien des régions et des contrées intéressantes.
Il a prescrit de réunir ses (( Impressions de voyage » en un volume et de les publier.
Pendant bien des soirées, assis à sa table hospitalière, il a raconté à ses amis tout ce qu'il avait vu, tout ce qu'il avait admiré, leur faisant partager ses joies et ses enthousiasmes.
Sa phrase si claire, si chaude, reflétait bien le caractère de l'homme de bien, voué tout entier au culte de l'art et de la beauté.
Son souvenir restera cher à tous ceux qui l'ont connu, à tous ceux qui ont eu le bonheur d'avoir pu apprécier ses vertus et ses nobles ; qualités.
Vers Bayreuth.