‹ Impressions de voyageChapitre 3 sur 16 · CHAPITRE ITI · texte numérisé non relu

CHAPITRE ITI

i^iBtotrc ic r^n^lrtt0 (\m rtoûlt pria un mot pour un autre.

Lorsque la voiture fut relevée, le cocher prit les chevaux par la bride et les conduisit en main. L'Anglais, Francesco et moi marchâmes en avant, et, comme le chemin était plus commode pour deux jambes que pour quatre roues , nous arrivâmes à Stcinibach

un quart d'heure avant l'équipage. Nous employâmes ce quart d'heure à chercher un charron pour réparer le dommage arrivé à la calèche de notre gentleman. Mais le charron était un personnage inconnu, un mythe fantastique , un être de raison à Steinihach , où , de mémoire d'homme , aucune voiture ne s'était avisée de paraître, et où celle dont nous précédions le retour avait occasioné à son passage un étonnement général. L'Anglais, qui paraissait fort timide, était tout ahattu de sa déconvenue : son visage devenait alternativement pale et cramoisi, sa langue embarrassée continuait de balbutier ; enfin tous les signes d'une gêne extrême étaient chez lui si visibles , que je commençais à craindre que ce ne fût ma présence qui la lui causât. Aussi m'empressai-je de lui dire que, s'il n'avait pas autrement besoin de nous, nous étions prêts à prendre son congé. Il fit alors pour nous retenir quelques efforts si maladroits, que je fus d'autant plus confirmé dans mon

opinion, et que, le saluant, je continuai ma route.

Je m'arrêtai à Winkel. J'avais fait à peu près sept ou huit lieues de France , et je n'étais pas fâché de me reposer un instant. J'envoyai Francesco à la recherche d'une carriole cpielconque pour me brouetter jusqu'à Lucerne, qui était encore éloignée de deux ou trois milles d'Allemagne , qui équivalent à quatre ou cinq lieues de France. Pendant qu'il courait le village, je commençai mes perquisitions dans l'hôtel , et je découvris à grande peine une gélinote, que l'aubergiste comptait probablement garder pour une meilleure occasion , et qu'il ne me céda que parce que , pour couper court à la contestation , je me mis à la plumer moi-même. Ce rôti, joint à des œufs accommodés de deux manières différentes pour varier l'entremets, m'ollrait encore la persj)ective d'un dîner assez confortable.

6 h IMPRESSIONS DE VOYAGE.

Au moment où on le dressait dans la salle à manger, mon Anglais arriva avec sa voiture à moitié démantibulée, et, entrant dans la première pièce, il demanda si on pouvait lui donner à dîner; ce à quoi l'hôtelier répondit qu'il venait d'arriver un Français qui avait tout pris. Cette nouvelle parut porter à notre gentleman un coup si douloureux , que j'oubliai à l'instant la manière peu gracieuse dont il m'avait remercié de la peine que j'avais prise en remettant sur pied sa voiture , et qu'allant à lui , je lui olFris de partager mon festin. Après être devenu tour à tour cinq ou six fois pale et cramoisi , après s'être essuyé la sueur qui, malgré un air assez frais, coulait de ses cheveux sur son front, mon original accepta , et se mit à table avec une gaucherie si grande, que je commençai à croire qu'il n'avait pas l'habitude de prendre ses repas de cette manière; pendant que je cherchais dans mon esprit à deviner celle qu'il pouvait avoir adoptée , Ti ancesco rentra , et me dit en ita-

lien qu'il n'avait point trouvé la moindre charrette.

— Ainsi , m'écriai-je, nous allons être obligés de continuer notre route à pied , hein ?

— Oh ! mon Dieu! oui, fit Francesco.

— Que le diable emporte ce pays ! on n'y trouve rien que ce qu'on y apporte; et encore , continuai-je en montrant la voiture de l'Anglais, qu'on était en train de raccommoder, ce qu'on y apporte s'y casse !

— Mais, dit mon convive, si j'osais...

— Quoi, monsieur?

— Vous offrir une place dans ma calèche;

— Osez , pardieu ! . . .

— Vous accepteriez ?

— Comment, si j'accepterais? mais avec reconnaissance.

— Je voulais vous en parler ce matin, continua l'Anglais, lorscpiejo vous ai rencontré; mais j'étais si embarrassé...

— De quoi ?

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