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LE SERVICE DES EAUX DE PARIS

Une des premières conditions de salubrité d’une ville aussi peuplée que Paris est d’avoir de l’eau potable, en abondance et de l’eau pour la voie publique, l’industrie, les cours, les écuries, les jardins.

Paris a eu ses temps de soif. La capitale des deux premières races de nos rois, à peine sortie de ses langes et contenue dans l’étroite limite de la cité, pouvait se contenter des eaux de la Seine pour son alimentation. Elles devinrent insuffisantes à mesure que les habitants s’éloignaient du fleuve. Les moines de Saint- Laurent trouvèrent moyen de boire de l’eau sans avoir recours à la Seine. Ils captèrent des sources sur les hauteurs de Romainville, des Bruyères, de Ménilmontant et les rassemblèrent dans un vaste réservoir au voisinage des prés Saint-Gervais ; de là elles se répartissaient par des tuyaux de plomb.

L’abbaye de Saint-Martin-des- Champs, qui est aujourd’hui le Conservatoire des arts et métiers, capta les eaux de Belleville. Elle construisit un acqueduc qui

les amena jusqu’au lieu de consommation; c’est là le point de départ, très humble, du système de distribution des eaux de Paris; ces eaux chargées de sel calcaire étaient aigres, rudes, prenant peu le savon.

Sully fit élever au Pont-Neuf la première machine hydraulique que connut Paris, ce fut la Samaritaine; elle alimenta d’eau le quartier du Louvre et des Tuileries. Le monument était orné d’un bas-relief représentant la* Samaritaine offrant à boire à Jésus- Christ et surmonté 'd’une horloge à carillon qui faisait chanter ses centaines de clochettes ; elle fut une des curiosités les plus. populaires de Paris, jusqu’à sa disparition en 1813. En 1771 on construisit la pompe à feu de Ch ail lot ; elle élevait par minute deux cent mille litres d’eau de* la Seine; les Parisiens la saluèrent avec enthousiasme, ils répétaient le distique suivant :

fci vois, par un sort nouveau,

Le feu devenu porteur d’eau.

Le 26 février 1841 le forage du puits artésien de Grenelle, sous la direction de f ingénieur M. Mulot, fut achevé. Après sept ans de travaux, M. Mulot atteignit le but si longtemps poursuivi ; l'eau jaillit comme une trombe. Ce jour-là fut un jour de fête, fête du travail opiniâtre vainqueur des plus insurmontables obstacles. Le gouvernement ne fut pas ingrat pour M. Mulot. L’argent qu’il avait dépensé en plus des prévisions primitives lui fut rendu par le conseil municipal; en outre, il fut gratifié d’une rente viagère

dans paris ancien et moderne

de trois mille francs et décoré de la légion d’honneur.

Il y a une trentaine d’années, la ville traita avec différentes communes pour l’acquisition des eaux de la Dhuis et de la Vanne; le grand édile parisien emmagasina ces torrents d’eau, venus de la Champagne et de la Basse Bourgogne, dans de gigantesques acqueducs et de magnifiques châteaux d’eaux. Ces eaux abreuveront Paris dans plusieurs siècles, comme les dérivations romaines alimentent encore la ville éternelle malgré les ravages du temps et des barbares, .fai visité un de ces châteaux d’eau, celui de Ménilmontant, creusé sur la hauteur près de la rue Haxo, de sinistre mémoire. Ce réservoir est un des plus imposants spectacles qu’on puissé contempler, il a deux hectares et cinq mètres de profondeur, c’est un lac. La voûte est soutenue par des forêts de piliers, il y en a six cent vingt-quatre; elle est recouverte par cinquante centimètres de terre gazonnée, système excellent qui maintient l’eau à une fraîcheur salutaire. Ce réservoir a deux étages : au premier il reçoit la Marne, au second, la Dhuis. Quel travail colossal ! Il faut être du métier pour comprendre ce qu’un tel labeur représente de conception hardie, de science acquise.

La ville possède plus de deux cents fontaines publiques auxquelles tout le monde peut puiser. Un riche philanthrope Sir Kichard Wallace, anglais de naissance, parisien d’adoption, a doté la ville d’élégantes fontaines qui portent son nom et où chacun peut s’approvisionner ou se désaltérer à loisir.

Le Parlement a récemment sanctionné l’acquisition

par la ville de la dérivation de PAvre, néanmoins Paris n’a pas encore tonte Peau cpii lui serait nécessaire et les habitants, pendant les grandes chaleurs, manquent souvent d’eau de source.

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