RUES DE LA CH AUSSÉE-D’ANTI N ET DE LA VICTOIRE
La rue de la Châussée-d’Antin commençait par une danseuse et finissait par un archevêcpie. La danseuse était la célèbre Guimard, de l’Opéra. Le maréchal de Soubise, un de ses protecteurs, lui avait fait construire un magnifique hôtel. C’était à qui, parmi les grands seigneurs et financiers, lutterait de prodigalités envers cette danseuse. Bachaumont nous apprend qu’elle vivait dans le luxe le plus incroyable. L’archevêque était l’archevêque de Lyon, l’oncle de Napoléon, le cardinal Fesch. Entre la danseuse et l’archevêque brille le nom formidable de Mirabeau. Chénier composa ce distique, gravé en lettres d’or, sur une plaque de marbre noir, placée devant la maison mortuaire :
L’âme de Mirabeau s’exhala dans ce lieu,
Hommes libres, pleurez ! Tyrans, baissez les yeux.
C’est de la rue de la Chaussée-d’Antin que partit le corps de Mirabeau pour aller au Panthéon. De 1791
MPRESSIONS DE VOŸAGE DANS PARIS
à 1793, la rue de la Chaussée-d’Antin porta le nom de Mirabeau, puis -on la nomma rue du Mont-Blanc, en l’honneur du nouveau département qui venait d’être annexé à la France. En 1816, la Restauration lui rendit le nom de rue de la Chaussée-d’Antin ; au numéro 64 est mort l’orateur populaire, le général Foy.
Au numéro 2 de la rue demeurait Rossini. 11 passait l’étéédans sa délicieuse villa de Passy; c’est là qu’il mourut le 13 novembre 1868. Rossini pendant plus d’un demi- siècle a été l’un des rois de Paris ; on voyait chez lui tous les gens tenant un rang dans les arts, les lettres, la politique.
On voit que la rue de la Chaussée-d’Antin, aussi jeune qu’elle soit, n’ést pas trop mal partagée. L’église, le théâtre, la tribune lui font une couronne de souvenirs.
Sa voisine, la rue de la Victoire, ne fut d’abord qu’une rue marécageuse, les grenouilles y faisaient tapage. On l’appela la rue Chante-Reine. L’appellation triomphale qui remplaça ce nom lui vient du général Bonaparte. Talma y possédait un hôtel, il le vendit à la veuve du général Beauharnais. Bonaparte, à son retour d’Italie, l’épousa; elle lui apporta en dot cet hôtel. C’est là que le vainqueur de Rivoli, après le traité de Campo-Formio, alla cacher sa gloire c’est là- que tous les partis vinrent sonner à sa porte., L’édilité parisienne donna à la rue Chante-Reine le nom de rue de la Victoire. L’hôtel Bonaparte porte le numéro 52 et se voit encore au fond d’une longue
avenue.