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L’HOTEL SAINT-POL

Charles Y avait pris en horreur le palais de la cité depuis que le sang des maréchaux avait taché sa robe ; il fit construire l’hôtel Saint-Pol pour être, suivant les termes de l’édit de 1365, l’hôtel solennel des grands battements . 11 fut dépourvu du menaçant appareil des vieilles forteresses. Charles Y se trouvait suffisamment protégé par le voisinage de la Bastille ; l’hôtel occupait avec ses dépendances et ses jardins un emplacement immense dont les limites sont à peu près indiquées aujourd’hui par la rue Saint- Antoine, la rue Saint-Paul, les quais et le canal Saint-Martin. Le nombre des appartements et des galeries était extraordinaire, s’il faut en croire Yictor Hugo, dans Notre-Dame de Paris. Le roi de France avait de quoi loger superbement vingt princes de la qualité de dauphin, avec leurs suites, sans compter les grandi seigneurs.

Les jardins n’étaient pas, comme nos jardins modernes semés de fleurs et peuplés de statues, ils n’étaient pas moins faits pour l’utilité que pour l’agré-

ment, de magnifiques arbres fruitiers descendaient jusqu’à la Seine; partout des viviers, des volières, des colombiers ; une ménagerie renfermait des lions. Charles V se plaisait à embellir son hôtel de toutes façons, il pouvait errer dans ce vaste domaine caché aux regards de ses sujets. La plupart des événements tragiques qui signalèrent le long règne de Charles YI eurent leur dénouement à l’hôtel Saint-Pol. L’un de ces événements fut l’assassinat jdu brave connétable de Clisson par Pierre de Craon ; il reçut l’ordre de son seigneur le duc de Bretagne, de tuer le connétable. Dans la nuit du 14 juin 1492, il quittait l’hôtel Saint-Pol, où il y avait eu joute et souper ; il retournait chez lui accompagné de ses valets portant des torches. 11 fut assailli par une bande d’assassins ; criblé de blessures il tomba de cheval et fut recueilli par un boulanger qui le sauva.

Le règne de Charles Yl est une des périodes les plus déplorables des annales de Paris. On n’ose retourner la tète pour regarder Paris à cette époque ; cela fait froid comme le spectacle de l’enfer du Dante, à cela près que la réalité l’emporte sur la poésie.

Le roi tombe en démence ; tous les loups du temps, les grands feudataires, les princes du sang accourent à l’heure de la déshérence du pouvoir royal. C’est à qui prendra l’autorité. Le duc d’Orléans en sa qualité de frère du roi, entend recueillir l’héritage. Le duc de Bourgogne entend le posséder à son tour en qualité de duc de Bourgogne, jusqu’à ce qu’il devienne la proie d’un dernier vautour, P Anglais qui le guettait et rôdait à l’entour depuis tant d’années. Le duc de

Bourgogne et le duc d’Orléans se réconcilient en apparence, ils avaient communié ensemble. Quelques jours après, le duc d’Orléans soupait chez la reine Isabeau qui habitait l’hôtel Saint-Pol. 11 quitta l’hôtel dans la nuit du 20 novembre, commanda sa mule, monta dessus et partit précédé de trois pages qui portaient des torches pour éclairer la route et suivi par deux écuyers à cheval, il se voit tout à coup assailli par une quinzaine d’hommes armés qui fondent sur lui et l’assassinent.

Ces deux factions puissantes, les Armagnac et les Bourguignons, plus odieuses que jamais les unes aux autres après cet assassinat vont se. massacrer. Le sang va couler partout ; le duc de Bourgogne a pour allié le chef des bouchers, Caboche.

Cette corporation était formidable par le nombre, l’insolence et la richesse ; Caboche avait pour associée la population des métiers et des halles ; Péri net Leclerc, avait la garde de la porte de Bussy. Son fils s’engagea vis-à-vis du duc de Bourgogne à s’emparer des clefs de cette porte. Dans la nuit du 29 mai 1415, il prit ces clefs qui se trouvaient derrière le chevet du lit de son père endormi et alla lui-même ouvrir la porte à l’armée du duc de Bourgogne. Caboche et ses écorcheurs sont maitres de Paris, pendant plusieurs jours la terreur, la désolation y régnent. Les bouchers se livrent à tous les excès, tous ceux qui sont désignés comme Armagnac, sont aussitôt massacrés. Hommes, femmes, jeunes ou vieux subissent le même sort. Les bandes de Caboche envahissent les prisons ; tous les détenus y sont égorgés, le sang ruisselle de tous cô-

DANS PARIS ANCIEN ET MODERNE

tés ; au Châtelet il monte jusqu’à la cheville du pied.

Quelques jours après la terrible trahison de Péri- I net Leclerc, on trouva son cadavre percé de plusieurs il coups de poignard ; un maître sculpteur fabriqua une | grossière image du traître. On porta la statue de rue f| en rue, de porte en porte. Quand on l’eut souffletée on la plaça sur une borne, au coin de la rue Sainti André des Arts. Il était d’usage de jeter une pierre en ! passant à la statue du misérable périnet Leclerc, qui : avait livré la France de Charles VI aux Anglais, crime que son effigie, la face écrasée de pierres et souillée de boue,, a expié pendant trois siècles comme un pilori j éternel.

Jean-Sans-Peur, en pactisant avec les bouchers,

; croyait s’ètre donné la ville; il vit qu’il n’avait fait que la livrer aux plus effroyables désordres ; il s’alarma ? de l’horrible meute qu’il avait démuselée pour le ij servir; il se tint coi dans son donjon. Quelques an- |j nées après, un homme du parti d’Orléans l’attira au i pont de Montereau, et l’assassin mourut à son tour assassiné.

La reine Isabeau s’était alliée au duc de Bourgogne i contre le roi. Cette reine perverse eut quelque chose des impératrices de la Rome d’Auguste, de Claude et i de Néron. Elle avait introduit à Paris le goût du luxe : et des fêtes, elle avait donné l’exemple d’une prodigalité sans mesure et des galanteries sans pudeur. ! Elle ne rebutait aucun parti, aucune faction, elle ne voulait que du plaisir, du pouvoir et de l’or; elle mit le comble à ses faiblesses et à ses crimes, en signant le traité de Troyes qui livrait la France à l’étranger.

Elle mourut en 1336 à l’hôtel de Saint-Pol, universellement méprisée, après avoir vu la monarchie relevée par l’épée de Jeanne d’Àrc.

Il ne reste pas une pierre de l’hôtel de Saint-Pol ; ! seuls, quelques noms de rue en ont perpétué le souvenir. La rue des Jardins est un riant souvenir des jardins de l’hôtel; d’autres noms de rue en portent de semblables : la rue des Lions est à la place de la ménagerie; la rue Beautreillis a été percée sur remplacement de la treille royale; la rue de la Cerisaie rappelle les cerisiers dont elle occupe les terrains.

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