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PALAIS DE L’ÉLYSÉE

Le premier maître de l’Elysée, celui qui le fit construire, fut le comte d’Evreux, un des roués du régent, un des princes de la maison de Bouillon; il ordonna à son architecte, en 1728, de lui bâtir un palais digne d’une Altesse, un raccourci de Versailles, en plein faubourg Saint-Honoré. Il avait épousé mademoiselle Crozat, la fille du plus riche financier du commencement du xvme siècle ; madame de Bouillon appelait sa belle fille son petit lingot d’or ; ce fut ce lingot d’or qui paya la construction de l’hôtel d’Evreux.

Le comte de Turenne, héritier du comte d’Evreux, le vendit à madame de Pompadour, qui en fit le boudoir et la salle du conseil de la Royauté; elle l’embellit merveilleusement, en fit décorer les salons de trumeaux rococos par Boucher. Madame de Pompadour posséda l’hôtel d’Evreux jusqu’à sa mort; elle le légua au roi qui l’affecta à la résidence des ambassadeurs extraordinaires. Un des financiers les plus magnifiques de l’époque, Beaujon, l’acheta au roi ; à la mort de Beaujon, ce fut la duchesse de Bourbon qui en

fit l’acquisition ; elle n’en jouit pas longtemps, deux ans après elle émigra; il devint propriété nationale.

Murat, en 1805, en fut le propriétaire. Lorsqu’il monta sur le trône de Naples, Napoléon se l’appropria et en fit sa résidence favorite; là le Roi de Rome marcha ses premiers pas, aux yeux du père enchanté ; c’est là que Napoléon venait, entre deux batailles, se reposer loin des fastueuses représentations des Tuileries; c’est là qu’il se retira après la bataille de Waterloo. Qui pourrait dire ce que ces murs entendirent durant la nuit qu’y passa Napoléon après cette grande bataille?

Sous la Restauration l’Elysée fit partie de l’apanage du Duc de Berry. Le Duc, après avoir échappé aux traverses d’un long exil, revenait dans sa patrie, il commençait à y goûter le bonheur lorsqu’il fut tout à coup frappé, dans les bras de sa femme, à sa sortie de l’Opéra, place Louvois, dans la nuit sinistre du 13 février 1820; le prince était sorti plein de jours de l’Elysée, il revint là cadavre ensanglanté.

En 1830, l’Elysée rentra dans le domaine de l’Etat. Il ne servit, pendant tout le règne de Louis-Philippe cpie de caravansérail aux souverains étrangers qu venaient à Paris. En 1848 un vote de l’Assemblée Nationale assigna l’Elysée pour résidence au Présiden de la République; il fut agrandi et isolé par l’ouver ture de la rue de l’Elysée sur l’emplacement de l’hôte où fut assassinée la Duchesse de Praslin.

Là s’accomplit le 2 décembre. L’Elysée est aujour d’hui le palais le plus remarquable, le plus complet d<! Paris; les jardins se prolongent jusqu’à l’avenue Ga

briel ; ils sont plantés de beaux arbres bien entretenus. M. Carnot sait en faire une grande maison, hospitalière à tout ce que la France compte d’éminent dans la politique, la littérature, les arts et la science.

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