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LES ENSEIGNES DE PARIS

Depuis que nous assistons à la transformation de Paris, les anciennes rues se sont élargies, les grands hôtels historiques ont disparu. L’aspect général do la ville devient d’une beauté uniforme. Le caractère particulier des rues s’est altéré, et leur physionomie perd chaque jour quelque chose de ce pittoresque qui rappelait les mœurs si curieuses de nos aïeux. L’histoire de l’institution des enseignes a joué un rôle important dans la décoration de nos rues.

C’est en 1720 seulement qu’on commença à mettre le nom des rues sur un écriteau. Avant cette époque, la tradition seule désignait la rue; les noms avaient été peints en gros caractères noirs sur des feuilles en fer-blanc à l’angle des rues, plusieurs de ces plaques sont conservées aujourd’hui à l’hôtel Carnavalet. On voit les noms gravés sur une pierre de grès encastrée dans le mur de la maison. Les enseignes des maisons étaient en usage avant les enseignes des boutiques, car les boutiques, avec leur étalage de marchandises, annonçaient suffisamment ce qu’elles offraient aux

passants, tandis que les maisons, n’étant pas numérotées, n’olfraient aucun signé, extérieur qui les fit distinguer l’une de l’autre. Faute de numéros, les habitations avaient leurs enseignes distinctes. Les hôtels des grands [seigneurs n’en portaient pas d’autre que leurs armoiries sculptées. Au quinzième siècle, l’usage des enseignes règne partout : pas une boutique, pas une échoppe qui n’ait son enseigne modeste ou triomphante, religieuse ou libertine, sévère ou plaisante, bizarre ou ridicule. Dans les siècles croyants, l’enseigne refléta les idées religieuses et offrit toutes sortes d’images de saints, de saintes et de madones. Les images de Notre-Dame étaient fort nombreuses, il faut les attribuer à la dévotion ardente qu’on avait pour la Vierge Marie; beaucoup de ces statues étaient placées dans des niches, on leur rendait une espèce de culte. Chaque métier avait un saint pour protecteur ; pendant quatre siècles les saints et les madones ont été les gardiens respectés des métiers et de la marchandise.

Les enseignes pendaient à de longues potences de fer, criaient au moindre vent se heurtant entre elles, elles étaient un danger permanent pour les passants. Le vent les secouait et les arrachait quelquefois de leur pivot. On força plus tard les marchands à enlever ces potences et à appliquer leurs enseignes sur les murailles. Cette multitude d’enseignes variées était très singulière et très amusante, elle témoignait des caprices ingénieux du bourgeois de Paris. Celles à double sens, les jeux de mots étaient les plus appréciés. Par exemple Monsieur X... à la Roupie, une roue

et une pie; Monsieur X... au signe de la Croix, un cygne ttenant une croix. Ces sortes de rébus faisaient la joie de nos pères. Un très grand nombre de rues doivent leur nom à des enseignes, j’en citerai quel- 1 ques-unes : rue du Croissant, quartier Montmartre, une enseigne représentait la lune, dans son croissant.. Le nom de la rue Labarpe lui vient d’une enseigne, le roi David jouant de la harpe. A la fin du dix-sep- 1; tième siècle, on voyait dans la rue Saint-André des Arts la maison de Jacques Coitier, le médecin de, Louis XI, laquelle conservait la représentation figurée d’un arbre chargé de fruits, avec cette devise en rébus :| à l’abri Coitier. Cette maison était à l’endroit mêrmi où s’ouvre le passage du Commerce. Rue du Cherche ! Midi, quartier de la Croix rouge, selon Sauvai, était une enseigne où l’on avait peint un cadran, et des gens qui y cherchaient midi à quatorze heures. L’en j seigne fut remplacée par une autre sculptée en pierrJ qui subsiste encore.

Depuis le numérotage des maisons, au dix-septièm siècle, la plupart des enseignes, que ce nurnérotag i rendait inutiles avaient disparu.

La préfecture de police en 1871, s’est occupée d relever les enseignes de Paris, elles forment pins d vingt volumes in-folio. De nos jours l’étalage, Par nonce, la réclame, l’affiche illustrée ont remplac] l’enseigne. II.

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