LES FOIRES DE PARIS
Les foires, mortes aujourd’hui dans le souvenir du peuple, sont présentes dans la mémoire des Bibliophiles ; elles ont joué un rôle prépondérant dans la vie de nos pères. Par leur commerce, elles sont l’embryon de nos Expositions Universelles. Les foires, du latin feria , fête, grand marché, avaient au moyen-âge une importance qu’elles n’ont pu conserver dans les temps modernes.
A une époque où les communications présentaient de très grandes difficultés, il était nécessaire qu’à des jours déterminés, les habitants des villes et des campagnes pussent venir s’approvisionner dans quelques centres principaux.
Ce fut sous le règne de Dagobert que fut donnée la Charte la plus ancienne dont nous ayons connaissance au sujet des foires; ce fut ce prince qui fonda en 669 celle de Saint-Denis. Par le même acte il autorisait l’abbé de Saint-Denis, à percevoir à son profit tous les péages de la foire; une foire semblable à celle de Saint-Denis fut celle de Saint-Germain, tenue
sur remplacement du marché Saint-Germain. On y venait de la France et de l’étranger. L’abbé de Saint- Germain des Prés en touchait les revenus, elle commençait quinze jours après Pâques et durait trois semaines. Tout s’y trouvait : jeux, théâtres, cafés, ; guinguettes, marchands de toutes sortes, le peuple y allait le jour, la noblesse y allait le soir masquée et déguisée. Les plus jolies filles, les filous les plus adroits y faisaient foule; il y arrivait les aventures les plus singulières en fait de vols et de galanterie. Le roi Henri lit prenait souvent plaisir à se promener à cette foire. Le roi et ses mignons si bien frisés et goudronnés, étaient devenus le plastron des écoliers qui les poursuivaient de leurs quolibets; ils s’écriaient : à la fraise on reconnaît le veau. La foire de Saint-Germain fut supprimée en 1 80G . Il y eut d’autres foires dans Paris : celle d’Ovide se tenait à la place Louis XV et celle de Saint-Laurent entre les portes Saint-Denis et Saint- Martin. S 1
La foire la plus célèbre fut celle qui succéda à celle 1 de Saint-Denis et qui s’appelait Landit (indicebatui) I parce que son ouverture était annoncée par des troin- < pes, elle durait quinze jours, du 30 mai au 14 juin; 1 tous les genres de commerce y étaient représentés, ' mais celui qui occupait la plus large place était le v commerce du parchemin, c’est pour cette raison que i1 le Landit devint la fête des écoliers. L’Université s’y rendait en corps, le recteur et ses régents y faisaient |[ la provision nécessaire à tous les collèges. Les ryem- à bres du chapitre leur offraient à boire d’excellent vin; ' au retour, plus d’un de ces graves régents se trou- s
DANS PARIS ANCIEN ET MODERNE
vaient dans un état de gaieté qui amusait fort les élèves. La foire du Landit commença à perdre sa vogue, quand le papier remplaça le parchemin.
Le nom de Landit est donné encore aujourd’hui à la grande foire qui se tient à Saint-Denis le 14 juin. Les halles remplaçaient les foires, la vente des vivres n’y était qu’ accessoire. Les vieilles halles sont le coin de la capitale qui présente le singulier caractère d’avoir conservé le moins de traces çhi passé après avoir été le quartier ou le passé a le plus vécu.
Tout contribue à faire des Halles Centrales une des merveilles de Paris : ces constructions en fer, ces aménagements admirables qui permettent à des transactions colossales de s’opérer sans trouble en quelques heures ; l’eau, le gaz, l’air y circulent à profusion. Mais pas un des débris du monument, pas une pierre ne vient rappeler la physionomie des anciennes Halles.
Elles furent cependant un des centres les plus importants de la vie populaire de jadis. Si le Louvre, le Palais de Justice, Notre-Dame représentaient le Paris féodal par ses côtés supérieurs et personnifiaient, en quelque sorte, les pouvoirs qui dirigeaient la société d’alors, c’est aux Halles qu’il faudrait aller, si l’on voulait évoquer pour une minute l’antique cité, dans ses manifestations extérieures/ dans son existence de chaque jour.
C’est au douzième siècle que les Halles des Champeaux, près de l’église de Saint-Eustache, commencent à exister. Le marché Palu était devenu insuffisant, celui des Champeaux fut installé sur leur terrain, situé alors en dehors de la ville et couvert de cultures en
plein champ (campelli), petits champ, de là le nom des Champeaux. Les Halles n’étaient pas, comme maintenant, le point central où se réunissaient les immenses approvisionnements nécessaires à l’appétit de ce Gargantua qu’on nomme Paris. Elles n’étaient pas un marché exclusivement destiné à ces approvisionnements, on y voyait les merveilles du temps, des étoffes, des joyaux, etc., etc. Toutes les corporations de Paris y avaient leur place ; on était sùr de trouver là tous les objets venus des contrées les plus lointaines.
L’ANCIEN APPARTEMENT DE MARAT PORTE AUJOURD’HUI LE NUMÉRO 20 DE LA RUE DE L’ÉCOLE DE MÉDECINE ANCIENNE RUE DES CORPELIERS
Avant que la pioche eût jeté bas la maison, je la visitai ; elle était bien telle que je me la figurais : sombre, noire, affreuse, tenant de la cave et de la tanière.
Lorsque Danton logeait Cour du Commerce et qu’il allait aux Cordeliers, il s’arrêtait parfois sous les fenêtres de la maison de Marat et de sa voix puissante : « Hét Marat, » disait-il, une des fenêtres s’ouvrait et la tête livide de Marat se montrait : « Je descends » et tous deux allaient au club célèbre d’où partirent tant d’arrêts sanglants ; aux jours de la puissance de Robespierre, il se tenait dans l’église du couvent des Jacobins, et ne fut fermé que le 8 Thermidor. C’est sur l’emplacement du couvent qu’on ouvrit le marché Saint-Honoré.
L’QPÉRA-COIYIIQUE
Quel sera le destin de l’Opéra-Comique ? La nouvel le salle renaitra-t-elle des ruines de l’ancienne,
ni
sur le meme emplacement ? j fi
Au nom du bon sens et de l’intérêt général on le P reconstruira, espérons-le, avec façade sur le Boule- P vard. Cela donnerait une vie nouvelle à ce quartier, P aujourd’hui un peu assombri par le palais du Crédit L Lyonnais ; c’est la partie la plus vivante de Paris ;LP nulle part on ne trouve un va-et-vient plus animé.
Si l’Opéra-Comique étendait sur le Boulevard sala- 1» çade majestueuse, le projet entraînerait une dépense I11 de huit millions. La Commission du Budget accédera- ' t-elle à cette demande de crédit ? Une autre combi- 1 naison, beaucoup plus économique, consiste à 11e pas i11 donner à l’Opéra-Comique sa façade sur le Boulevard 1 et aie réédifier sur son emplacement avec une légère I augmentation de surface obtenue par une emprise J sur la place Boïeldieu ; ce projet provoquera des pro- ^ testations dans le Parlement, dans la presse, dans la ^ population parisienne tout entière.
Comment et par qui le théâtre incendié fut-il bâti ?
Au début du règne de Louis XVI, l’ Opéra- Côiftique, qualifié à tort de Comédie Italienne, habitait encore 1a, rue Mauconseil. Or cette- situation topographique , dans un quartier boueux , devenait indigne ; d’autre part la vie active de Paris se déplaçait et se portait du côté des Boulevards. Les comédiens italiens, amenés en France par Catherine de Médicis et qui avaient diverti les contemporains, ivaient perdu, malgré leur privilège, la faveur du public. 11 courait de préférence aux spectacles renommés des foires de Saint-Germain et de Saint- Laurent, où du moins on parlait français. Pour faire cesser cet état de choses, Louis XVI par lettres patentes, réorganisa la troupe de ses comédiens ordinaires et, sous le nom de Comédiens Italiens, établit 3n réalité POpéra-Comique Français tel qu’il a subsisté jusqu’à nos jours. Voici un passage de ces lettres patentes :
< Désirant conserver dans notre bonne ville de » Paris, un spectacle qui puisse contribuer à l’amu- » se ment du public, nous avons établi une nouvelle •> troupe qui, sous le titre ancien de Comédiens Ita-
> liens, représentera à la Comédie-Française, des
> opéras mêlés de chant, et leur accordons la per- » mission de construire, à leurs frais, une nouvelle
> salle de théâtre. »
C’est alors que le duc de Choiseul, ancien ministre le Louis XV, et propriétaire de l’hôtel dont les jarlins s’étendaient de la rue Neuve des Petits-Champs lu Boulevard des Italiens actuel, céda une partie de
son terrain pour construire la nouvelle salle de l’Opéra-Comique,
On peut se demander pourquoi la façade du théâtre ne se trouvait pas sur le Boulevard. Cette disposition singulière, qu’on a peine à comprendre aujourd’hui, fut imposée à l’architecte Heutier, par les comédiens qui voulaient éviter, par là, d’être confondus avec les acteurs forains établis sur le Boulevard. On dut céder aux exigences de la vanité de ces comédiens. Il fut convenu que le monument tournerait le dos au Boulevard ; les épigrammes vengèrent le bon goût outragé par un orgueil imbécile ; il en plut de tous côtés. Voici celle qui eut le plus de succès :
Dès le premier coup d’œil on reconnaît très bien Que ce nouveau théâtre est tout Italien,
Car il est disposé d’une telle manière
Qu’il lui fait aux passants présenter le derrière.
L’inauguration de la nouvelle salle eut lieu le 28 avril 1783. On y donna bientôt après l’opéra de Grétry, Richard Cœur de Lion.
Le théâtre incendié avait donc célébré son centenaire le 28 avril 1883.