L’EGLISE ET L’ABBAYE DE SAINT-GERIYI AIN DES PRÉS
Saint Germain, évêque de Paris vers 700, conseilla u roi Childebert de construire une église et un inoastôre destinés à être dépositaires des reliques qu’il pportait d’Espagne. Le chef franc accéda à ce vœu. u milieu de bois, de jardins-, de verdoyantes prairies ui se prolongeaient jusqu’à l’esplanade des Invalides, élevèrent les deux monuments, sur les bords de cette eine coulant libre entre des roseaux, aujourd’hui restée par des quais, traversée par des ponts, superes campagnes désertes que Paris couvrira plus tard ’ hôtels somptueux. Quelques rues gardent dans leur om le souvenir de ce Paris agreste. Il 11e faut pas àercher ailleurs l’origine de la rue du Jardin et de 1 rue Hautéfeuille. L’enclos de l’abbaye d’alors comrenait l’espace circonscrit aujourd’hui entre la rue e Seine, la rue Jacob, la rue des Saints-Pères, la rue u Vieux-Colombier, la rue de Sèvres.
L’abbaye demeura longtemps isolée au milieu de ces rairies si fameuses dans les annales universitaires et u’on appelait prés aux clercs. La rue de l’Université
les remplaça; ce vaste espace en faisait le champ des rixes entre les moines et les écoliers.
Il existe d’anciennes vues de l’abbaye qui nous la représentent entourée de solides remparts dominant le pré aux clercs, de fossés communiquant avec la Seine. Elle était curieuse à voir avec ses flèches, ses clochers, ses tours crénelées ; elle fut dévastée et incendiée par les Northmans et reconstruite sous Robert le Pieux. C’était le temps où les populations attendaient avec angoisse le cataclysme de la fin du monde. De toutes parts on laissait tomber les monuments, jugeant inutile de les réparer. Les riches et les puissants, dans l’ attente immédiate du cataclysme, s’empressaient de donner leurs biens en aumônes pour le salut de leurs âmes. Grâce à cette croyance, l’église et l’abbaye se relevèrent promptement de leurs ruines.
L’évêque Saint Germain s’était démis en faveur des abbés de son droit de haute justice. C’est au carrefour de la Croix- Rouge qu’ils exercèrent ce droit, la croix qui s’y trouvait avait pris pour cela la sanglante appellation de croix rouge qu’elle conserve encore. Là se dressait le pilori où parfois on exposait quelques-uns de ces étudiants toujours en guerre avec l’abbaye. Sur cette place que de Huguenots ont été brûlés comme à la place Haubert ! Leur supplice peut être considéré comme un des plus horribles de ce temps si riche en exécutions atroces. On laissait à dessein un grand intervalle entre le bûcher et le corps de ces malheureux, de sorte que la moitié du corps était à peine atteinte par les flammes que les parties inférieures étaient consumées.
dans paris ancien et moderne
La juridiction de l’abbaye, soit spirituelle soit temporelle, s’étendait sur tout le faubourg Saint-Germain. Elle possédait plus de dix mille âmes sur ses domaines et d’immenses terres labourées, des prés, des moulins. Le four banal où les vassaux de l’abbaye étaient obligés de venir cuire leur pain, la perception de leurs droits sur la foire de Saint-Germain, accroissaient les revenus de l’abbaye qui s’élevaient à plus de trois cent mille francs.
L’abbaye naît avec Paris, se transforme avec lui ; de féodale qu’elle était au moyen âge, elle devient au dix-septième siècle ouverte à tous les lettrés du dehors, accessible à tous les savants de l’univers. Les bénédictins de la congrégation de Saint-Maur s’y installèrent en 1640; ils élevèrent ces gigantesques monuments de persévérance et d’érudition qui font encore aujourd’hui l’admiration de l’Europe. Saluons d’abord dom d’Achéry, le premier en date de cette série de savants éminents, dom Mabillon, un des hommes les plus remarquables du dix-septième siècle ; il passa sa vie à déchiffrer des milliers de diplômes, de chartes, de pièces historiques, etc., etc. Dom Montfaucon créant sa paléographie parvint à lire les écritures anciennes, les inscriptions tracées sur les monuments, les médailles, etc. Dom Félibien, auteur de l’histoire de Paris toujours bonne à consulter malgré tant de changements survenus.
Nous les apercevons d’ici les bons religieux que rien ne perturbe, où chacun a sa besogne, nous passons une heure par la pensée dans cet asile.
Les abbayes, les monastères, furent pendant des
siècles les écoles, les archives,, les bibliothèques, les pénitenciers, les hôpitaux de la société chrétienne. Par eux la terre fut partout défriché#,, contrainte à être féconde, mais P abbaye de Saint-Germain est celle qui a rendu les plus longs, les aux sciences et aux lettres.
plus éclatants services
A voir la rue de l’Abbaye silencieuse, morne, glacée, on croirait qu’elle se souvient de la terreur de 92; personne n’ignore l’abominable boucherie qui eut lieu dans la prison de l’abbaye; on y égorgea deux cents nobles ou prêtres. Tous rappellerai-je le nom de l’infortunée duchesse de Lamballe, de ces deux anges de piété filiale : mademoiselle Gazotte, dont les larmes et les prières désarmèrent les bras des meurtriers, et mademoiselle de Sombre uil qui racheta la vie de son père en buvant un verre de sang.
Que reste-t-il de cette grande abbaye? L’église à laquelle manquent deux de ses clochers, le palais abbatial bâti par le cardinal Furstenberg, une porte dans la rue Saint-Benoit désignée sous le nom de porte papale, qui ne s’ouvrait que pour les papes, et le nom de Saint-Germain laissé au faubourg lui-même. Tout 1< reste a été transformé en voie publique, on a débar j rassé l’église des grossières constructions qui 1? en tou raient ; son vaisseau, actuellement, a un encadremenj pittoresque, on l’a dotée récemment d’un square j la grande joie des familles.
La municipalité de l’arrondissement cherchait u j emplacement pour la statue du grand potier Bernart j de Palissy auquel nous devons tant de chefs-d’œuvre On se souvint qu’il avait logé cpielque temps dan
DANS PARIS ANCIEN ET MODERNE
une maison de la rue du Dragon; on a dressé sa statue dans le square.
Nous avons esquissé en traits rapides les vicissitudes de cette illustre abbaye, qui fut l’abbaye de Paris par excellence, qui se rattache aux plus lointains souvenirs de notre histoire; après Notre-Dame, il n’est guère d’églises qui offrent à ceux qui aiment les études historiques et archéologiques un intérêt aussi vif.