UN RETOUR DES COURSES DE LONGCHAIYIPS
C’est une merveilleuse chose, que ce retour des courses de Longchamps. Il est cinq heures de l’aprèsmidi, par un temps d’été splendide, des curieux et des curieuses assis sur des chaises le long des Champs- Elysées, contemplent le Paris brillant et doré de la vie oisive, aventureuse ou facile, fleuve brillant, tumultueux et rapide. De beaux cavaliers, une rose ou un camélia à la boutonnière, juchés sur des bréaks conduisent et emportent des femmes du monde en toilettes élégantes. Des filles galantes, courant après l’occasion, sont couchées dans des victorias attelées à la Daumont que mènent des jockeys à veste de soie ; beaucoup d’hommes les saluent avec grâce. Des appels sont échangés, des éclats de rire retentissent ; un orage de bruits dans un fourmillement de flots de soleil.
Beaucoup de spectateurs à cette comédie de vanité semblent se dire : entre ceux qui vont à pied et ceux qui vont en voiture, il n’y a que la différence du marchepied, la question d’y mettre le pied ; après tout, parmi ceux qui sont en voiture combien voudraient aller à pied.
LES CHAMPS-ELYSÉES, LA MAISON DE FRANÇOIS Ier
Les Champs-Elysées forment l’entrée de Paris, la plus majestueuse entre toutes. Cette immense et magnifique promenade commence à l’arc-de-triomphe de l’Etoile, pour finir à la place de la Concorde et se continue, de l’autre côté, parle jardin des Tuileries. Cette avenue, avec ses beaux arbres, ses larges allées, ses ronds points, ses bassins, ses fontaines monumentales, ses massifs de fleurs et d’arbustes, mérite bien le nom mythologique dont on l’a décorée.
O11 sait qu’elle commence par deux chevaux de marbre qui se cabrent, maintenus par deux esclaves; ils ont subi un grand nombre de transformations; il fut un temps où les Champs-Elysées étaient la grande promenade des Parisiens, aujourd’hui ce n’est qu’un passage grandiose qui conduit au bois de Boulogne.
Un hôtel aux Champs-Elysées représente une fortune princière; il serait long d’énumérer les illustrations [de la fortune, de la naissance et des arts qui ont fixé [leur domicile dans ce domaine privilégié.
Nous sommes loin de l’époque où Marie de Médicis,
en 1616, fit planter le long du quai de Bill y, une promenade à laquelle on donna le nom de Cours la Reine. Ce fut, en ce temps, le lieu de rendez-vous de tous les jeunes seigneurs et de toutes les grandes dames de la cour; plus tard, Louis XIV en 1670, fit planter et dessiner par Le Nôtre le grand espace nu qui, du faubourg Saint-Honoré, rejoignait les bords de la Seine et qu’on appela dès lors les Champs-Elysées. Le Cours la Reine ne fut plus qu’une annexe. A partir de ce moment-là les Champs-Elysées deviennent l’asile de tous les plaisirs, le centre de toutes les fêtes: revues, réjouissances publiques , marches triomphales s’y succèdent à l’envi. La solennelle promenade de Louis X1Y est devenue aujourd’hui un jardin anglais. Des massifs de fleurs, épars dans les pelouses, parfument le pied des vieux ormeaux. L’uniformité des longues avenues est brisée, la fantaisie a succédé à la règle.
Le plaisir de la promenade n’y a rien perdu, le plaisir des yeux y a gagné ; les rhododendrons, les azalées, les géraniums ont conquis une large place de l’espace qui appartenait autrefois à la poussière, c’est pour tous de la verdure, de la fraîcheur et des parfums. Le duc d’Antin donna ses soins à une partie des Champs-Elysées ; il fit planter d’arbres l’avenue dont, en souvenir, on l’a fait le parrain. Madame de Pompadour avait mis son frère à la surintendance des bâtiments, changé son nom roturier par le titre de Marigny, il créa le carré Marigny, le nom lui en est resté.
On enchâssa dans ce quartier, comme une perle
DANS PARIS ANCIEN ET MODERNE
égarée, cette merveilleuse maison qui, en 1827, fut rapportée pierre par pierre de Moret dans la forêt de Fontainebleau, où elle servait de rendez-vous de chasse et qu’on appelle la maison de François Ier, elle est signée de l’emblème du roi : la Salamandre. C’était l’hôtel galant, que François Ier avait fait bâtir et orner pour la duchesse d’Etampes, avec tout le soin d’un amour en sa fleur.