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LA PRISON MAMERTINE

Dimanche, 28 novembre.—Le dimanche, le temps du déjeuner se prolonge jusqu'après huit heures. J’en profite pour aller dire la messe dans quelque sanctuaire plus éloigné ; c’est ainsi que ce matin je me suis rendu à la prison Mamertine.

Imaginez, à douze pieds sous terre, un cachot sans porte ni fenêtres: c’est la prison Mamertine, ainsi nommée d°’Ancus Martius qui l’a fait construire. Pénétrez encore plus avant dans le roc, etdescendez dans un souterrain étroit et ténébreux qui n’a de communication avec l'extérieur que par une ouverture prati-

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quée dans la voûte, et vous avez une idée du cachot Tullien qui remonte de même à l’époque de la Royauté. Dans ce trou obscur et infect, on jetait les grands criminels, les coupables de lèse-majesté, les rois vaincus. On y faisait quelquefois des exécutions capitales. Quel spectacle plus affreux que celui de bourreaux immolant sans pitié, au milieu des gémissements des victimes et à la lueur de torches fumeuses, les malheureux condamnés à mort! Jugurtha, laissé sans nourriture, y mourut dans les tourments de la faim et de la soif ; l’héroïque défenseur des Gaules, Vercingétorix, y fut étranglé par ordre de César son vainqueur.

Que ce lieu a vu de sanglantes tragédies !

Un jour, deux prisonniers d’un nouveau genre descendirent sous ces sombres voûtes. Tout leur crime était d’enseigner que les dieux des nations sont de

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vaines idoles, d’annoncer une religion nouvelle toute de charité et opposée aux idées reçues jusqu'alors. Dans les fers ils continuèrent leurs prédications, convertirent les geôliers et un grand nombre de leurscompagnons de captivité. Ils y demeurèrent plusieurs mois prisonniers de Néron ; et ce réduit obscur, objet d'horreur jusqu'alors, est devenu un sanctuaire vénéré, le plus ancien monument de la Rome chrétienne, qui attire les pèlerins de toutes les parties du monde, comme la Croix, cet arbre d’igncminie, est un instrument d'honneur depuis la mort du divin Crucifié.

Je repassais ces pensées dans mon esprit, en descendant la rue Nationale et m’engageant dans les ruelles qui avoisinent le Forum romain, lorsque j'arrivai à l'église de Saint-Joseph-des-Menuisiers bâtie au-dessus de la prison Mamertine.

Dans la crypte je trouvai, agenouillée dans la chapelle de Saint-Pierre èn Carcere, une foule nombreuse et recueillie.

Je me rends dans une espèce de sacristie où je revêts les ornements sacerdotaux à la lueur des flambeaux ; puis, par deux escaliers, dont l’un de construction récente, je descends jusqu’à la prison Mamertine et au cachot "Tullien. L’autel qui sert au saint Sacrifice est bien tout ce qu’il y à de plus simple ; le souterrain lui-même n’a que vingt pieds sur dix, et de ma tête je crains de frapper la voûte de pierre brute, lorsque je veux me redresser. Mais, ici même, furent enchaînés le Chef des apôtres et l’Apôtre des nations, et, à côté de moi,je vois la colonne de granit à laquelle leurs chaînes furent rivées, et,tout auprès, la source qui jaillit miraculeusement pour le baptême des geôliers convertis !

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Lorsque je revins à la lumière du jour, je m’arrêtai quelques instants à réfléchir.

J’avais devant moi le Forum romain. Que de fois, pensai-je, le peuple roi s'est réuni sur cette place fameuse, pour discuter les intérêts du monde ! Là, bien souvent, les flots tumultueux de la foule, comme les eaux de la mer, se sont soulevés au souffle puissant des passions populaires. Cicéron y débita ses immortelles harangues.

La voie Triomphâale la traversait sous le nom de voie Sacrée, et c’est par ici que les triomphateurs romains arrivaient avec un déploiement inouï de faste et de richesses. Au pied du Capitole, les rois captifs étaient détachés du cortège et conduits à la prison Mamertine, pendant que le superbe vainqueur montait au temple offrir un sacrifice d'actions de grâces à Jupiter Capitolin. Il n’en sortait qu'au moment où l’on venait luiannoncer, par ces mots restés célèbres ‘‘ «c-

lum est, c’est fait,” que ses ennemis avaient été immolés.

Telles étaient les mœurs païennes. La loi du plus fort pesait sur l’humanité.

On égorgeait les hommes comme on tue les animaux. Mais ces siècles sont passés ; un monde rouveau a succédé à l’ancien ; la croix du Christ a remplacé la statue de Jupiter. Dans cette grande lutte de la force brutale contre le droit, la victoire est restée à la divine faiblesse. Les vaincus ont été les empereurs romains ; les vrais triomphateurs, les victimes des persécutions, les condamnés de Néron. Et les peuples de la terre ont fait entendre un cri de reconnaissance au Christ qui les a délivrés de l’esclavage du démon et des hommes, et les a faits enfants de Dieu et de son Église,

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