‹ Impressions de voyage [microforme] (volume 2)Chapitre 24 sur 63 · CONSISTOIRE · texte numérisé non relu

CONSISTOIRE

Encore un beau jour que celui du 17 décembre, un jour de grandes et douces émotions, de ces émotions qu’on n’éprou- | ve qu'à Rome. C’est qu'aujourd'hui | j'ai eu le bonheur insigne de revoir Notre | Saint-Père le Pape. à

A dix heures j'étais rendu dans la cour | de Saint-Damase, et je prenais l'escalier Æ : qui conduit à lasalle Ducale que le Pape | doit traverser pour se rendre au Consis- LL:

toire. Elle etait remplie, et je dus pren- Æ « dre ‘place parmi les personnes qui atten- | daient déjà à la porte.

Bientôt de l’intérieur parvinrent jusqu’à nous des applaudissements avec les crisdeevviva il Papa!...evvivail Papa- Æ$# 11 Re!l:. :vive le Pape....vive le Pape- Fe Roi!... C'était Léon XIII qui faisait son | | entrée solennelle à l’autre extrémité de la

salle. Les acclamations s’élevaient sur S

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son passage, et, comme une marée montante, s'avançaient vers nous ; elles devinrent plus distinctes lorsque le Pape passa devant nous ; nos cœurs battirent plus fort ; puis les voix s’éloignèrent et cessèrent tout à fait. Le Souverain Pon-:

tife avait pénétré dans la salle Royale où devait avoir lieu la collation de la barrette à deux cardinaux, dont l’un est archevêque de Vienne.

En ce moment la porte de la salle Ducale s’ouvrit, et la foule qui la remplissait s’écoula pour céder la place aux arrivés de la dernière heure.

On ne peut assister à un Consistoire que sur présentation d’une carte d'admission ; elle est jaune pour la salle Ducale, et bleue pour la salle Royale.

Aussi, tous les invités doivent être vêtus suivant l'étiquette du Vatican. Les hom-

me ont le frac avec la cravate blanche ; )

les dames portent une robe noire, et sur la

tête un voile de même couleur qui couvre |

le front et descend sur les épaules ; les # :

ecclésiastiques sont tenus an manteau

romain.

De temps en temps nous voyons se dé- (

tacher des rangs des gardes aux brillan-

tes armures ou de hauts personnages,

J’ai remarqué surtout un ministre pléni-

potentiaire avec son épouse et ses deux 4

petites filles habillées comme au jour # :

de la première communion. | Cependant la cérémonie du Consistoire

est terminée, et la procession, composée

des chanoines de Saïnt-Pierre, des char-

gés d’affaires des nations catholiques, de

la cour pontificale, des évêqueset des car-

| dinaux, défile depuis quelque temps,

lorsque tout à coup les applaudissements |

b:. éclatent : le Pape vient de faire son appa-

che ; sur la uvre : les nteau

e déillanages.

plénideux

jour

stoire posée chares, de S CATemps, ments a pPa-

Consistoire 113

rition du côté où tous les regards l’attendent. |

Qui pourrait rester froid devant pareil snectacle ! Qui pourrait retenir les élans de son cœur et les accents de sa voix ? Il y a dans la personne de Léon XIII un cachet de grandeur qui le distingue ; sa peau comme transparente, le sourire plein d'intelligence qui illumine ses traits amaigris, ce regard perçant qui va jusqu’au fond du cœur, sa vieillesse ellemême: tout sé réunit pour l’entourer d’un caractère surnaturel qui semble faire du Pape un esprit céleste. Ils’avance porté sur sa sedia geslatoria,tandis que des serviteurs l’accompagnent tenant élevés au- Jessus de sa tête des /abelli,énormes plumes d’autruche qui se déploient en éventail. Il va lentement, et sa main tremblante bénit la foule prosternée.. Nous le voyons qui s'éloigne avec son cortège royal, . Au fond de Ja salle, la sedia.s a-

baisse, le Pape en descend et se dérobe à la foule qui lui fait une dernière ovation, Oui, celui qui compte des sujets dans toutes les parties du monde est vraiment roi, et le pontife devant qui se courbent tous les fronts, est vraiment le chef de l’Église universelle. La puissance du Pape est encore la première dans le monde, et ses triom phes sont les plus beaux. La crainte ni l'intérêt y ont part; tout eït spontané et vient du cœur. La captif du Vatican attire dans sa royale prison les peuples de lu terre et les princes des nations ; tandis que le roi Humbert tremble dans son palais usurpé, ne jouit pas de la liberté, et ne possède ni l'affection | ni la contiance de ses sujets ; jamais il ne } sera l’objet de démonstrations comme

celles dont le Vatican est si souvent le

théâtre.

La première fois que je vis Léon XITI, c'était, pour ainsi dire, dans l'intimité ;

lérobe à >vation.

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Église de St-Alphonsede Ligquori 115

il était dans son cabinet de travail ; nous étions à ses genoux, baïisant ses pieds, ses mains et ses habits ; nous lui parlions, et lui nous répondait avec la bonté d’un père pour ses enfants, Aujourd’hni le vieillard, si modeste dans sa vie privée, est devenu le monarque que tous acclament. En ces deux circonstances, les impressions qu’on éprouve sont de celles qui ne s’effacent pas. La vérité est audessus de l'idéal. On ne nous avait pas dit tout ce qui en était, et nous-mêmes nous ne pouvons le décrire aux autres.

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