‹ Impressions de voyage [microforme] (volume 2)Chapitre 26 sur 63 · UNE PREMIÈRE MESSE · texte numérisé non relu

UNE PREMIÈRE MESSE

De l’église de Saint-Alphonse, je me rendis à Sainte-Marie-Majeure. Un con frère du Collège canadien devait dire sa première messe dans la crypte même de la Confession, là où l’on conserve les cinq planches qui servirent de berceau à l’ Enfant-Jésus, Est-il à Rome endroiït mieux choisi pour faire naître une première fois sur l’autel celui qui naquit miraculeusement de la Vierge Marie et fut déposé dans une crèche !

M. Labrosse est un ecclésiastique rempli de vertus et de science. On conçoit son recueillement, sa piété angélique en semblable lieu et à pareil moment. Sa

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voix tremble, des larmes viennent mouiller ses paupières attendries. En le voy-

ant, on se rappelle le refrain du cantique :

Est-ce un Dieu qui vient sur la terre ?

Est-ce un mortel qui monte aux cieux ?

Cependant il manque quelque chose à cette touchante et imposante cérémonie.

Je suis le seul à y assister avec un confrère. Où donc est le père qui a donné ce prêtre à l’Église? Où est la pieuse mère qui a développé le germe de la vocation dans cette âme privilégiée ? Où sont les frères, les sœurs et tous les amis ! On sent un vide autour de l’autel.

Si vous avez assisté à la première messe d’un prêtre dans sa paroisse natale, alors vous comprenez ma pensée, Vous vous, souvenez de lassistance nombreuse et sympathique accourue pour la circonstance. Au premier rang sont les parents du nouvel élu ; ils ont la première place,

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quelle que soit celle qu’ils occupent dans le monde : ilssontles privilégiés du jour.

Leur * seule suffit pour produire dans l’âme «.u célébrant des émotions qu'il ne peut contenir. Et n'est-ce pas dans cette église qu’il a été apporté au jour de son baptème, et qu’il est venu s’agenouiller depuis, tant de fois? A lacommunion, lattendrissement redouble lorsqu'il aperçoit à la Table sainte son père, sa mère et tous les membres de sa famille ; son cœur déborde, et à peine peut-il, de ses lèvres encore teintes du sang de son Dieu, prononcer les paroles de la liturgie.

À la sacristie, nouvelle scène. Tous les parents et intimes s y sont donné rendez-vous. Contemplez au milieu d’eux ce père dont les travaux, encore plus que les années, ont blanchi la tête, et, auprès de lui, l’heureuse mère, les mains jointes et comme ravie dans son bonheur. Le nouveau prêtre lève les yeux et les mains

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au ciel, trace le signe du salut, etappelle les bénédictions de Dieu sur ce petit peuple qui lui est si cher.

Puis, tous baisent la main qui vient d'offrir l’'Hostie sainte, et les cœurs se rencontrent dans un même élan d’amour et de reconnaissance ; et, tout le jour, les joies du Seigneur se continuent dans le cercle intime de la famille. Ne sontce pas là des heures ravies au bonheur des élus dans le ciel? Les parents y trouvent la compensation des sacrifices qu’ils se sont imposés pour leurenfant, et celui-ci est heureux des instants de douce félicité qu’il procure aux auteurs de ses jours.

Dites-moi, l’avantage de dire sa première messe dans l’un des sanctuaires de Rome l’emporte-t-il sur le bonheur qu’on goûte en ce jour dans l’église de son village? Dans le premier cas, il y a plus pour la foi ; dans le second, le cœur

jouit davantage.

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